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NOIR D'ACÉTYLÈNE

Au point de vue psychologique, « broyer du noir » n'est pas une agréable chose. Tout le monde est d'accord làdessus et le poète a dit :

,., Pourquoi broyer du noir

El s'aflliger, lorsque l'on peut m i eu ï faire.

Mais, au point de vue pratique et industriel, broyer du noir, fabriquer du noir, c'est une chose intéressante.

En effet, le noir industriel, la poudre fine de carbone, cohérente, radio-active à sa façon, se prête à de très nombreux usages.

Sans parler de la peinture à Ihuile, bien plus difficile, dit-on, que la peinture à l'eau, nous trouvons « le noir » dans les encres lithographiques et typographiques, dans la photogravure, dans la photographie au charbon, dans l'encre de Chine. Nous )e trouvons dans le cirage. Énorme chapitre industriel! Veaux vernis et cirés, vernis gras, chaussures impeccables à plusieurs reflets des gentlemen 1 Pour ce dernier cas, l'infectieuse anilinen'a heureusement pas pu parvenir à se substituer au noir.

Comment le prépare-ton ?

D'une façon générale, c'est eu brûlant incomplètement à l'air des matières organiques, solides, liquides ou gazeuses, riches en carbone, huiles, résines, essences, pétroles, naphtaline.

On a un excellent exemple de la façon de préparer le noir en laissant fumer sa lampe, car, quel que soit le procédé actuel, le noir est toujours obtenu par une flamme et par la combustion d'un hydrocarbure en présence de l'air.

Dans la pratique industrielle, les procédés dérivant de ce principe élémentaire sont, bien entendu, fort perfectionnés.

On obtient des produits très fins et très purs en faisant lécher des surfaces refroidies par des flammes éclairantes d'huile ou de gaz. Les fabricants de cirage, notamment, ont tous, pour cela, un petit tour de main spécial qu'ils considèrent comme un " secret de fabrication » et dans lequel ils ont souvent une naïve confiance.

Un des procédés les meilleurs, parce qu'il est continu dans son action, consiste à faire passer un courant d'eau froide à l'intérieur d"un cylindre bien lisse, tournant autour de son axe, et sous lequel on fait brûler une rampe de becs de gaz.

Le noir déposé sur la surtace refroidie est enlevé, par une brosse, au fur et à mesure de sa production.

Il y a aussi le procédé « du disque ».

Un disque métallique creux est refroidi intérieurement par un courant d'eau : au-dessous, brûle un brûleur à gaz. Le carbone se dépose et une raclette en fait méthodiquement la récolte.

Tout cela fonctionne convenablement et depuis longtemps. Mais le progrès est inéluctable, et il semble que le gaz acétylène, produit par le carbure de calcium novateur, apportera à celte importante fabrication une sorte de renouveau.

En efîet, l'acétylène, c'est une sorte de carbone à l'élat gazeux, c'est le plus riche des hydrocabures ; il renferme plus de 92 p. 100 de carbone : le restant de sa composition est de l'hydrogène.

NÛIR D'ACÉTYLÈNE

Donc, en brûlant convenablement de l'acétylène, < l'a montré M. Hubon, savant ingénieur en cette matière, on peut, on doit obtenir du noir excellent, du carbone amorphe, le « noir d'acétylène ».

On peut réaliser cette décomposition, à la pression ordinaire, en chaulîant le gaz dans des tubes à 780 degrés centigrades, et en l'y soumettant à l'étincelle électrique d'induction. Mais le procédé est lent et demande de grandes précautions industrielles. Il est préférable d'opérer résolument sous presBion en mettant à profit les propriétés explosives de l'acétylène.

C'est une chose tout à lait originale, en vérité, que d'employer des canons, des sortes d'obus, pour préparer le pacifique noir de fumée. Cependant, c'est bien ce que fait M. Hubon.

MM. Berlhelot et Vieille, les savants maîtres des explosifs, ont montré que l'acétylène comprimé au-dessus de 3 atmosphères devient explosif sous l'action d'une simple étoupille, fulminate, étincelle d'induction, ou fil métallique porté à l'incandescence. La décomposition se produit dès lors dans toute la masse, et l'on obtient du carbone et de l'hydrogène. Le volume d'hydrogène obtenu {tout est curieux là dedans) est égal à celui de l'acétylène introduit dans le canon, et ce gaz peut être recueilli pour se prêter à diverses opérations industrielles.

M, Hubon opère à la pression de 4 atmosphères. Il met le feu au canon au moyen d'une étincelle électrique. La pression monte à 25 atmosphères, puis retombe à 4- H n'y a plus qu'à ouvrir le tube pour recueiUir le noir d'acétylène très pur et très fin. Pour un mètre cube d'acétylène qui a été soumis à l'explosion, on recueille un mètre cube d'hydrogène et un kilogramme de noir susceptible de servir de base aux plus attrayants cirages : il y a de quoi faire frémir d'avance les brosses ù reluire.

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