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LE GULF-STREAM

quarante-cinquième degré de latitude nord. Ses eaux, de teinte foncée, d'un bleu accentué, ne se mélangent pas, comme coloris, avec celles de la mer avoisinante, de telle sorte que c'est bien une sorte de fleuve, coulant entre des berces d'eau auquel on a à faire. Mais, quel fleuve 1 Sa largeur varie entre loo et 4oo kilomètres, et il s'écoule à une vitesse allant de 2 à 4 milles à l'heure. Quatre milles à l'heure I un peu plus de 7 kilomètres à l'heure ! c'est-àdire une vitesse supérieure à celle que peuvent souvent réaliser, tout en gouvernant, les bâtiments à voiles qui ont réduit leur voilure par crainte d'un coup de vent. Dans ces conditions, le navire semble avancer ; mais, dans la réalité, il ne bénéficie que de la différence numérique entre sa vitesse propre et celle du grand courant et il t^e déplace, en réalité, par l'arrière ; c'est là un des bons tours entre autres, que joue le gulf-stream aux navigateurs.

Au large des États-Unis, dans la région océanique oii le gulf-stream vient se heurter contre le courant d'eau froide descendant du pôle nord, le fleuve marin donne naissance à toute une série de courants parallèles secondaires dont la température décroît au fur et à mesure que l'on se rapproche de la côte. Ce n'est pas vers le milieu que la température est la plus élevée, mais c'est dans cette région que l'eau se déplace avec la plus grande rapidité; il suffit de s'éloigner de quelques centaines de mètres de l'axe du courant pour trouver subitement une augmentation de température de près de 2" centigrades et cela est très sensible pour le navigateur. Il en résulte la production de brumes et de brouillards qui s'élèvent et se condensent avec accompagnement de phénomènes électriques plus ou moins intenses. Le nombre est grand, sans doute, des tempêtes qui, originaires du gulf-stream, viennent se ruer sur les côtes d'Europe. Elles ne parviennent heureusement pas toutes à destination ; fréquemment, une saute de vent les

fait dévier de leur trajectoire, ou bien il se produit une détente thermique qui les fait, en quelque sorte, s'effondrer sur elles-mêmes et se dissiper.

Néanmoins, il y a là ce que l'on pouirait appeler « une importante fabrication » de perturbations atmosphériques, car, les statistiques maritimes enregistrent 63 tempêtes par an entre le trentième et le trente-cinquième parallèle, et 112 tempêtes par an, en moyenne;pour la zone comprise entre le trente-cinquième et le quarantième parallèle nord, c'est-à-dire à peu près une tempête tous les trois jours. Les voiliers et les petits steamers ne se risquent dans cette dangereuse région qu'en prenant toutes les précautions possibles et avec beaucoup d'inquiétude, comme on peut le supposer. II était toutefois rassurant de penser que le gulf-stream avait des allures bien connues et bien régulières ; si cette régularité venait à faire défaut, pour des causes du genre de celles que l'on a signalées cette année, il en résulterait de graves inconvénients pour la navigation.

Au point de vue de ce que l'on peut nommer « l'hygiène générale » de l'Europe, doit-on craindre, d'autre part, d'importantes répercussions provenant d'un changement d'allure du grand courant océanique ! Peut-il se produire notamment des variations dans le régime des saisons ? Les météorologistes ne le pensent pas d'après ce qu'ils ont pu tout au moins observer jusqu'à présent, et ils nous conseillent de ne point nous exagérer l'action du gulf-stream sur la température des côtes de France-

En effet, à cette latitude, ce n'est, ainsi que le montrent les caries, qu'une branche du gulf-stream qui arrive au large de nos côtes ; elle apparaît comme un courant d'ouest à petite vitesse ayant perdu la plus grande partie de la surélévation de température qu'il possédait au début. Si les côtes de France sont relativement chaudes en hiver,

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cela lient principalement à ce fait que les vents dominants y soufflent de Touest, c'esl-à-dire de la surface de l'immense H régulateur thermique » que constituent les océans. L'action calorifique du gulf-slream se fait sentir en réalité d'une façon particulièrement évidente, non pas sur les côtes françaises, mais beaucoup plus au nord sur les côtes occidentales de l'Ecosse et de la Norvège; dans ces parages, la branche ascendante du courant est franchement de sud-ouest, et s'il y avait une déviation originaire du déversement, c'est vers la Scandinavie très probablement que l'on en observerait les premiers effets manifestés par un abaissement prolongé de la température, par des chutes de neige et par des phénomènes glaciaires. Jusqu'à nouvel ordre, on ne peut prévoir d'une façon précise aucune modification générale importanle. Cependant, les observateurs spéciaux pourront enregistrer des concordances entre les variations des grands courants atmosphériques et celles des grands courants océaniques, variations dont la différence totale constitue l'équilibre des saisons pendant des périodes dont il conviendra d'enregistrer aussi la durée. Ce ne sera pas encore la « prévision du temps » depuis si longtemps souhaitée, mais ce sera un élément d'une grande utilité pour arriver finalement à l'établir.

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