L'ALLUMETTE MÉCANIQUE
Au phosphore blanc on substitua le sesquisulfure de phosphore presque inoffensif. Puis, on perfectionna, comme nous l'avons dit, les machines automatiques, en mettant les ouvriers à l'abri de toutes les opérations nuisibles. Finalement, la nécrose phosphorée ne sera plus, dans un avenir prochain, qu'un fâcheux souvenir; on aura vu avec un véritable soulagement disparaître ce fléau qui affligeait profondément les sentiments humanitaires.
Voici en quoi consiste et comment fonctionne, la machine automatique qui a vaincu le phosphorisme.
D'une façon générale, on l'alimente, à une extrémité, en petites tiges de bois blanc, en soufre, en paraffine, et en pâte de sesquisulfure ; puis, à l'autre extrémité, en petites bottes de bois et de carton qu'elle remplit avec une docilité et une régularité exemplaires. L'organe qui porte les allumettes pendant toute la fabrication, et que l'on nomme <i Presse », est formé par une plaquette d'acier large de Scentimètres et longue de i m. 20, dans laquelle sont percées cinq rangées de trous équidistants. Chacune des rangées comprend 1 10 trous pouvant fournir, à volonté, une botte de ïoo allumettes, ou, deux boites de 5o : quelques troua supplémentaires, en nombre que l'expérience a indiqués, pourvoient a aux manquants )>.
Les trous sont circulaires, d'un diamètre sensiblement égal au côté du carré que forme la section d'une allumette : il en résulte que les petits bâtonnets de bois, une fois entrés dans les trous, y restent encastrés par une compression relativement énergique. L'ensemble des plaquettes est réuni sur une chaîne de Galle, sans fin, dont l'entratnement par des cliquets assure la marche régulière et continue. Pour alimenter la « Presse », une ouvrière remplit continuellement un réservoir avec des tiges puisées dans les caisses d'alimentation. Sous l'influence
des trépidations répétées, les liges tombent dans des rainures creusées dans une table horizontale en fonte : elles en sont expulsées à chaque coup de machine par une rangée correspondante de poinçons qui les amènent dans un organe appelé « chariots transporteur ».
Ce « charioL-lransporleur » consiste en une tablette de fonte animée d"uQ mouvement de va-et-vient et dans laquelle sont creusées iio rainures placées bien en face de celles dont les tiges sont expulsées. Lorsque le chariot est garni de tiges, il s'avance horizontalement vers la presse verticale: pendant ce mouvement, un couteau se relève à l'arrière des rainures et les tiges ne peuvent plus reculer. La plaquette de fonte élanl moins large que les tiges ne sont longues, celles-ci débordent en avant et elles sont obligées, quand elles rencontrent les trous de la presse, de s'y enfoncer et d'y rester fixées lorsque le chariot prend son mouvement de recul.
Mais, cet enfoncement << à force » nécessite une pression élevée qui pourrait occasionner des ruptures par flexion : une pièce de fonte horizontale en « arasant » le haut des rainures empêche cette flexion. Voilà donc les tiges entraînées par le mouvement de la chaîne : elles vont devenir " allumettes ".
A cet effet, loul d'abord, elles plongent par leur extrémité libre dans un bain de paraffine qui les imprègne, et de soufre. Puis, un rouleau-trempeur les attend, garni de pâte par sa rotation dans un réservoir ; les têtes d'allumettes, en traversant cette couche de pâte, y prennent bien régulièrement « le bouton » inflammable. Elles sèchent tout aussitôt sur le parcours qui les conduit au « dégarnissage ■>. Le « dégarnissage », c'est-à-dire l'expulsion des allumettes engagées dans les trous delà « Presse », a donné beaucoup de soucis à MM. Sevène et Cahen. Il fallait faire pénétrer avec une extrême précision, dans les
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iio trous dez millimètres de diamètre, les iio poinçons expulseurs : et ces poinçons n'ont pas a millimètres de longueur. On y est parvenu en employant la douceur au lieu d'employer la force : cela réussit souvent même en mécanique.
Dans ce but, le banc des poinçons de dégarnissage est muni de ressorts très doux qui lui permettent de suivre le mouvement de la plaquette comme le ferait la main d'un ouvrier adroit voulant faire coïncider les deux pièces ; sans choc, l'adaptation se fait.
Les allumettes .« dégarnies » tombent alors, par petits paquets de cinq, dans des alvéoles d'où elles sont expulsées par un Jeu de piston qui les pousse dans les boites. Celles-ci sont introduites en piles dans la machine par une ouvrière, ouvertes mécaniquement, remplies en passant devant le garnissage, refermées automatiquement.
Une machine battant 45 coups par minute produit, en dix heures de travail, So.ooo boites de 5o allumettes, soit i5 millions de bottes par an.
Toutes les opérations de fabrication et d'emboîtage sont, on le voit, mécaniques ; la main humaine n'intervient que pour l'alimentation de la machine en matières premières, el deux ouvrières suffiraient pour le fonctionnement d'une machine. Pour assurer une parfaite fabrication, on en adjoint une troisième qui examine et classe les bottes à la sortie.
Il est instructif de rappeler que, dans les anciens et dangereux procédés de fabrication, pour effectuer le même travail, il fallait employer vingt ouvriers et ouvrières : et de plus, le résultat dépendait beaucoup de l'habileté personnelle de ces braves gens.
Le rôle que joue l'allumette est considérable, primordial. Si, d'une façon déûnitive, comme on peut l'espérer,-
les machines nous donnent des petites boites bien solides, avec le nombre d'allumettes convenu, et bien inflammables, nous leur en serons, d'une façon générale, tout k fait reconnaissants.
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