ODEURS ET PARFUMS
préfère à la vanille naturelle. En la mélangeant à l'essence de poivre, ou pipéronal, on obtient l'héliotropine, le parfum de l'héliotrope que les coiffeurs aiment à pulvériser sur les têtes de leurs clients.
Voulez-vous l'odeur du foin coupé, ce n'est pas la peine d'attendre la fenaison. On prépare tout simplement « l'anhydride de l'acide coumarique » ; que l'on obtient luimême comme dérivé de l'acide phénique. Le lilas de Perse fleurit dans les laboratoires sous la forme de terpinéol provenant de la terpine. Or, on obtient la terpine en trai tant l'essence de térébenthine par l'alcool et l'acide nitrique. L'aubépine artificielle provient, d'une façon analogue de l'oxydation de l'essence d'anis par l'acide nitrique. Le musc artificiel, dont les puants bouquetins du Thibet con servèrent longtemps l'odorant et lucratif monopole, trait maintenant du goudron de houille.
La modestie de la violette ne l'a point sauvée des convoitises chimiques. On la soumit tout d'abord à une aorle de falsification naturelle, en lui substituant l'huile extraite de l'iris. Mais, depuis bientôt dix ans, M. de Laire a montré que le parfum de la violette c'est chimiquement l'ionone, dérivé d'une aldéhyde spéciale nommée le citral De là à préparer des quantités d'essence de violette il n'y avait qu'un pas et ce pas a été fait tout de suite.
On prépare d'une façon analogue bien d'autres parfums celui de l'oranger, de l'œillet, du thé. De gros Traités de Chimie suffisent à peine •■ indiquer toutes les formules. et l'on en fait constamment breveter de nouvelles.
C'est une chose fort tentante, lorsque l'on est chimiste, que de découvrir un parfum, ou plutôt un siraili-parfi puisque l'on peut y gagner beaucoup d'argent. Mais cela n'est pas aussi aisé qu'on pourrait le penser. Il ne suffit pas, en effet, de mélanger des drogues variées jusqu'à la réalisation de telle ou telle odeur. Il faut se guider par des
itizedbïGooglc
29i ACTUALITÉS SCIENTIFIQUES
analyses fort délicates et très coûteuses, il faut tâcher d'imiter l'œuvre chimique de la nature, recommencer sans cesse, oxyder, réduire, chauffer, refroidir. Parfois pendant des années on obtient quelque chose d'infect avant d'arriver à l'agréable parfum. La dilution du parfum synthétisé a aussi une grande importance. Ainsi, l'essence de violette, l'ionone pure, qui vaut 12.000 francs le kilogramme, est une sorte de sirop d'une odeur si violente et si désagréable qu'elle ferait reculer des ours. Mais, en la diluant dans 700 fois son poids d'alcool, on obtient le parfum délicat de la violette fraîche.
Ce degré de dilution est très difOcile à apprécier et exige de véritables spécialistes. Les grands parfumeurs sont des maîtres en cette matière: ils jouent du parfum comme d'aulres jouent du violon avec une délicatesse extrême, et lorsqu'ils ont trouvé le bon dosage, ils le conservent jalousement. Des appareils de mesure très ingénieux ont été combinés pour contrôler ces dosages; II convient de reconnaître qu'ils ne donnent guère de résultats utiles et surtout comparables. Le véritable appareil d'analyse, c'est le nez du professionnel : c'est « l'analyse olfactive » qui renseigne avant tout ; mais, il n'est pas besoin de dire qu'elle nécessite un flair tout particulier. Ceux qui le pratiquent, et dont les aptitudes sont recherchées, la nomment tout simplement « l'analyse au pif » : on sait que le terme familier de pif s'apphque de temps immémorial à l'appendice, parfois gracieux, dont les visages humains sont ornés.
Généralement un nez humain est apte, d'une façon plus ou moins rafCnée, à déguster les parfums qui lui sont soumis. Cependant, il y a d'assez nombreux spécimens de gens qui sont absolument insensibles aux parfums et qui ne savent littéralement pas ce que c'est : on les nomme les «anosmiques ». Les dames sont beaucoup plus souvent
itizedbïGooglc
ODEURS ET PABFUMS 29B
qu'on ne le croit anosmiques : cela explique les parfums violents et en doses massives dont quelques-unes s'imbibait avec la conTÎclion généreuse, mais déplacée, d'être agréables à leurs voisins ; l'excès, en cela comme en tout, est un grand défaut, surtout lorsque le bon marché de quelque parfum chimique en permet la profusion. Alors, les gens qui respirent cet excès « en ramassent avec leur nez comme avec une pelle " suivant l'expression populaire, el de justes protestations se font entendre. Un parfum, cela doit être un souffle, un rien, de quelque chose de très bon. A ce titre et malgré les opiniâtretés des recherches scientifiques, les parfums naturels extraits des fleurs conserveront toujours, n'en doutons pas, une véritable suprématie.