L'Œ(L ET LA MAIN
MM. Ley, Laureys, et Van Bierolyei, ont élucidé cette question dans de récentes recherches que M. Alfred Binet, directeur du Laboratoire de la Sorbonne, a résumées dans son « Année psychologique ».
Ainsi, on prend deux balles de caoutchouc, l'une ayant 3o centimètres cubes comme volume, l'autre 2^0 centimètres cubes : on y introduit, par un trou, des quantités variables de grenaille de plomb. Les gens appelés à soupeser les deux balles sont incapables de dire qu'elle est celle qui est la plus lourde. Lorsque les deux balles sont également chargées de grenaille, c'est toujours la plus grosse que les sujets déclarent Ctre la plus lourde, l'œil trompe la main et il attribue le plus gros poids instinctivement à la plus grosse chose. Les yeux bandés, les sujets répondent à tort et à travers, lorsque le poids des balles est inégal. En thèse générale, c'est principalement l'œil qui se trompe et qui est trompeur.
On pourrait penser que la sphère, la boule, avec son contour uniforme, se prête surtout à l'erreur. Il n'en est rien. On peut faire avec des cubes en bois toutes sortes d'expériences déconcertantes. Dans un tas de ces cubes, il est presque impossible à un sujet de trouver les deux cubes ayant le môme poids, ni même ceux ayant les mêmes dimensions. Plus on prolonge l'expérience, plus les appréciations deviennent confuses, et plus aussi le sujet que l'on expérimente s'obstine « à avoir raison » ; il finit par nier l'exactitude du mètre et la précision de la balance, afm de ne pas être convaincu d'erreur.
M. Van Bierolet, en analysant cette question, montre combien on a tort « d'attraper ■> les jeunes enfants en leur demandant ce qui pèse davantage de i kilogramme de plumes, ou, de i kilogramme de plomb. Les petits répondent sans hésiter : « Le kilogramme de plomb est beaucoup plus lourd ». On rit de leur naïveté qui est, en effet,
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ftHulaineDlale, mais on a eu tort de leur poser une question qui soulève }^ ^os grandes équations des sens. Ce qui est le plus lourd, en effet, c'est ce qoi est le ^as <liflîf»lw i
soulever et à porter. Or, s'il fallait transporter à quelques kilomètres, sans courroies d'attache, un lingot de plomb de 1 kilogramme, ou un oreillerde plume de i kilogramme, aucun savant n'hésiterait.
Cette considération permet, dans la pratique, d'entraîner tout doucement les conscrits à porter le sac et l'on ne manque pas d'y recourir lorsque l'on y fait mettre par le conscrit, encore un peu apeuré de la vie militaire, tout ce que doit contenir son i< as de carreau », c'est-à-dire cartouches, vêtements et accessoires, l'aspect seul de tout ce bagage le déconcerte : l'œil lui dit qu'il va être très fatigué. Mais, faites-lui mettre progressivement dans le sac des petits paquets peu encombrants, quoique 1res lourds, par exemple (et c'est ce que l'on fait) des paquets de vieilles cartouches hors d'usage, voilà notre jeune troupier rassuré. Presque sans discussion avec lui-même, il se dira qu'il y aurait mauvaise grâce à trouver lourd un sac dans lequel il n'y a apparemment pas grand'chose, et le voilà parti tendant allègrement le jarret.
D'une façon générale, d'après les recherches des psychologues physiologistes, un être humain, soumis à des expériences de vision et de poids, déclarera toujours égaux en poids deux volumes inégaux à la condition « qu'ils soient de poids différents ». Par contre, jamais, à moins d'un véritable hasard, il ne déclarera égaux en poids deux volumes <i qui pèseront de même ». Tant que l'on opère sur des objets de volumes par trop dissemblables, les densités des objets déclarés égaux en poids seront relativement constantes; mais, si les volumes deviennent très dissemblables, la fatigue causée par les poids forts accumulés dans l'objet te plus grand, rompra l'équilibre ; les
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