‹ Actualites scientifiquesChapitre 84 sur 97 · L'OEIL ET LA MAIN · texte numérisé non relu

L'OEIL ET LA MAIN

corps volumineux seront déclarés supérieurs en poids à d'autres plus petits dont la densité sera supérieure.

Il va sans dire que les erreurs constatées dans l'appréciation des volumes et des poids que l'on peut regarder de près et manipuler, deviennent extraordinaires lorsqu'il s'agit d'apprécier des couleurs, des formes, des distances. Alors, c'est la fantaisie même qui se donne carrière et l'on constate, d'ailleurs, que la plupart des gens s'obstinent d'autant plus à soutenir leur erreur qu'elle est plus forte '■ ils en aggravent au besoin l'importance et Unissent par faire corps avec elle, en quelque sorte, tant ils en sont intimement pénétrés.

Faut-il en conclure que toute évaluation fourme par nos yeux est inexacte « a priori »? Assurément non. Cette évaluation pourra être sensiblement exacte et admise comme telle si, comme nous le disions, dès le début, elle est motivée par une expérience prolongée dfis choses identiques et analogues. Mais, si le cas est nouveau, il convient de nous défier systématiquement de notre évaluation personnelle sommaire, et aussi de repousser la suggestion de l'évaluation sommaire de nos voisins. Pour nous faire une opinion, l'expérimentation proprement dite sera nécessaire : il faudra faire apporter tout d'abord, sur le lieu du débat, le thermomètre, la balance, et le mètre : dans bien des conditions il ne sera pas inutile de faire intervenir le chronomètre. On pourra établir ainsi des comparaisons sans risquer de se tromper d'une façon qui serait risible si elle n'était souvent dangereuse, et parfois cruelle, dans ses conséquences.

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Parmi les termes étrangers qui teodent à s'infiltrer dans la langue française, il convient de citer « le bluff n et le « trust ». U y a dix ans, si on les eût prononcés devant un auditoire instruit, personne, ou à peu près, n'en eût compris le sens. Actuellement, on sait bien ce que cela veut dire : le bluff et le trust ont même la gloire du « verbe », gloire très précieuse pour les mots nouveaux : on commence en effet à dire « bluffer » et « truster «. Iront-ils jusqu'au dictionnaire de l'Académie ? Qui sait 7 Tout arrive.

Quoi qu'il en soit, ce qui a fait le succès de ces deux termes nouveaux, c'est qu'ils résument bien, avec une extrême condensation, toute une série de choses variées, chacun dans son genre.

Le u bluff » pratiqué avec une rare maestria aux Ëtats- Unis, c'est l'art d'exagérer les choses afin d'étonner ses voisins. Assurément le bluff est particulièrement à la mode à notre époque : mais il a toujours été pratiqué : on n'a fait que le perfectionner. Ce que l'on appelait récemment encore l'Histoire, grâce à l'absence de tous documents certains, c'était en vérité, le résumé des bluffs les mieux réussis par nos ancêtres. Parmi les bluffeurs antiques les plus notoires, il convient de citer Homère et Pline. Rolland, neveu de Charlemagne, bluffait admirablement avec son cor, dont le son portait à une invraisemblable db-

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tance, et son épée avec laquelle il coupait les rochers on deux.

Louis XIV fut un bluITeurde tempérament exceptionnel, et il donna à toute son époque un incontestable caractère de haut blufT. Les poètes spéciaux le célébrèrent en disant : « Le génie de Louis enfantait les bluffeurs » et aussi : « Grand roi, cesse de bluffer, ou je cesse d'écrire ! »

11 serait aisé de multiplier les exemples, mais il faut savoir se borner.

Le bluff historique, qui avait résisté aux progrès de l'imprimerie, devient difficile à pratiquer de nos jours en raison de l'inlervention de la télégraphie et de la photographie. La photographie notammenl, qui se transforme automatiquement en gravure, conslitue des approvisionnement.s de documents tout à fait fâcheux pour les gens qui aiment à travestir ou à exagérer les choses. Cependant les bluffeurs ne se tiennent pas pour battus : ce devient un art véritable que de maquiller la photographie et de produire le «document artificiel)!. Sans doute, plus tard, on se trouvera parfois en présence de deux documents photographiques représentant le même événement sous des aspects contraires et avec des proportions différentes : les historiens de l'avenir auront à les expertiser, et, selon le cas, ils préféreront la solution réelle ou la solution imaginaire, comme disent les mathématiciens. Il y aura cependant tout de même un avantage sur le passé ; car autrefois, avec le goût inné de l'homme pour la légende et le merveilleux, c'était, d'une façon générale, la solution imaginaire que se transmettaient lesgénérations. II arrivait mémeque la solution imaginaire, copiée par des gens naïfs, devenait réelle, par la suite, ce quia donné lieu à un certain nombre d'atrocités et d'actionsd'éclat historiques, LeblulT, soigneusement contrôlé, a beaucoup moins de chances de devenir réalité.

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A côté du bluff, nous l'avoDS dit, s'est installé son codtempoiain le trust ; ils se prêtent parfois une aide mutuelle. Le trust, tout à fait américain d'ailleurs, consiste à accaparer, à un moment donné, soit effectivement, soitpardes contrats, tout ce qui existe d'une denrée, ou d'une marchandise, dans le Monde entier. Alors, les trusteurs peuvent en hausser le prix à leur gré et faire payer ce qu'ils veulent au consommateur.

L'opération parait, tout d'abord, extrêmement pratique el avantageuse pour ceux qui la font. Mais elle présente quelques dangers dans certains cas. D'une part, les trusteurs, lorsqu'ils ont mal ou imparfaitement calculé leur affaire, peuvent perdre leur mise de fonds. D'autre part, il ne serait pas prudent pour eux de truster trop audacieusemcnlles denrées nécessaires à l'existence, surtout celles qui entrent dans l'alimentation proprement dite. Le public rationné ou affamé ne résisterait évidemment pas, en effet, au légitime désir de leur faire passer, comme on dit, un mauvais quart d'heure.

Le trust a, d'ailleurs, toujours existé ; il se pratiquait jadis par province, ou par État de petites dimensions. Les transports rapides, chemins de fer ou steamers, l'ont simplement étendu et facilité, mais en ont heureusement diminué aussi les chances de succès.

Ainsi, prenons un exemple vulgaire.

Voilà des trusteurs qui ont trusté toute la moutarde actuellement produite dans le Monde entier, acheté toute la graine de moutarde disponible el élevé à un désolant tarif e prix de cet agréable condiment.

Mais en préparant leur infernale opération, ils n'ont pas songé aux sinapismes dont les pharmaciens de tous les pays sont largement approvisionnés. Les consommateurs, avertis, font tout aussitôt une petite provision de sinapismes qui seront léchés k table : il ne faut pas beaucoup

de sinapismes pour pouvoir résister pendant plusieurs mois, et pendant ce temps, les usines à moutarde des trusteurs tournent à toute vapeur, remplissent leurs magasins : ils sont donc obligés de capituler.

C'est là ce qui arriva plus rigoureusement encore aux célèbres trusteurs du cuivre, il y a quelques années, lis avaient acheté tout le cuivre disponible, du moins ils le croyaient, et tout le minerai de cuivre extrait ou à extraire pendant longtemps. Mais dès que cela fut connu, comme le prix du cuivre avait énormément monté, il sortit de tous les recoins, de tous les pays de véritables montagnes de cuivre sous forme de vieux tuyaux, de vieux robinets, de vieilles casseroles, de vieux boutons de portes. Les trusteurs du cuivre furent ruinés et, de plus, accablés de malédictions universelles, et d'avanies. Puisse cet exemple « attrustant » nous préserver, autant que possible, des trusts et des trusteurs ! il nous restera le bluff et les bluffeurs, lesquels du moins, sont à peu près inofîeQsifs, car ils se contentent de se moquer du pauvre public, mais sans le ruiner ni l'affamer.

A notre époque où tout ce qui inléresse les systèmes nerveux surmenés attire l'attention à si juste titre, on ne devait pas manquer d'étudier les tics, et c'est efîectivement ce que l'on a fait.

Convulsifs ou douloureux, les tics abondent, très ennuyeux pour ceux qui en sont affligés, très agaçants pour ceux qui sont obligea de les regarder lorsqu'ils se produisent. On les reconnaît aisément à la présence de ces mouvements grimaçants et bizarres qui animent les muscles du visage d'une façon dissymétrique ; ils sévissent à tout âge et ils sont d'une désolante persistance : c'est, en vérité, un petit fléau de l'humanilé.

Aucun spécialiste n'a encore essayé, à notre connaissance, d'établir un catalogue ou une classification générale des tics. Ce serait d'ailleurs une chose probablement difiicile en raison de leur étonnante variété. Tout muscle peut en être le siège et ce muscle peutréagir lui-même sur les muscles voisins, de sorte que l'on arrive aux combinaisons les plus fantaisistes.

La face humaine avec sa mobilité s'y prête — que l'on nous passe l'expression — admirablement, et il. n'est pas prudent de l'encourager à s'y prêter. Ce qui a pu être à l'origine une simple grimace pour amuser « la galerie »

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