‹ Adam Mickiewicz, sa vie et son œuvreChapitre 11 sur 19 · I/JHSTRCCTION PUBLIQUE ET DES CULTES · texte numérisé non relu

I/JHSTRCCTION PUBLIQUE ET DES CULTES

Dioision .

Bureau

Paris, le Août 1855

Depuis les réformes introduites dans l'Empire turc par le sultan Mahmoud et que son successeur n'a cessé de développer, des rapports de plus en plus fréquents se sont établis entre les chrétiens de la Turquie et des principautés danubiennes et les peuples de l'Occident. Les événements actuels et les conséquences qui en découlent ne peuvent qu'affermir ces rapports et les rendre plus intimes. La protection désintéressée delà France lui concilie la bien-

Mî APPENDICE

veillance des habitants non moins que la reconnaissance du Gouveraeraenl; et il est évident que la sympathie mutuelle qui attire les populations de l'Occident et de l'Orient ne fera que s'accroître à mesure qu'elles se connaîtront davantage. Aussi le Ministère de l'Instruction publique a-t-il porté son attention sur ce point.

Déjà l'on a vu des savants et de hauts fonctionnaires dans l'Instruction publique des pays qui composent l'Empire turc venir étudier en France les questions qui concernent l'établissement des écoles, des bibliothèques, des imprimeries, etc. Et, d'autre part, les voyageurs Français ont eu récemment l'occasion de visiter et d'observer ces pays si intéressants sous tous les rapports avec plus de liberté que cela n'avait été possible jusqu'alors. Il importe de faciliter ces communications, d'activer ces recherches et d'en préciser ces résultats.

C'est une tradition de la France, que partout où elle porte ses armes elle porte en même temps les investigations de la science, que toujours des missions scientifiques et littéraires soient poursuivies à l'ombre de ses drapeaux, assurant ainsi ces conquêtes vraies et durables, les seules qui ne coûtent aucun regret et qui font profiter la civilisation des calamités mêmes de la guerre. Cette tradition, inaugurée par celui qui organisa et accomplit l'expédition d'Egypte, a été depuis constamment suivie.

Lors de nos luttes en Algérie, le "Minisire de l'Instruction publique , Monsieur Villemain, a dirigé les recherches des savants vers la découverte de plus d'un document précieux chez les Arabes. Aujourd'hui que la bravoure de nos soldats rétablit en Orient la prépondérance de nos armes, il a paru opportun de s'enquérir sur les lieux mêmes de tout ce qui peut éclairer l'histoire des Turcs et des populations de leur Empire sous le point de vue civil et religieux. 11 est utile aussi de constater, comme l'a fait il y a quinze ans Monsieur Cousin pour la Hollande et la Prusse, quel est l'état de l'Instruction publique dans l'Empire turc, quels sont les progrès survenus depuis quelques années, et

de déterminer quels conseils pratiques il y aura à donner quand les avis et les bons offices de la France seront demandés.

On se souvient de l'action que notre littérature a eue au dernier siècle sur l'Europe, sur les mœurs et sur les idées des gouvernement et des peuples : le temps n'est pas éloigné peut-être où nous verrons notre littérature agir sur les populations de l'Empire turc. Déjà un commerce considérable de librairie trouve des débouchés jusque dans les contrées éloignées de la Bosnie et de la Bulgarie ; évidemment l'Occident scientifique et littéraire est appelé à exercer une nouvelle influence sur ces peuples ; il serait donc nécessaire d'avoir des renseignements précis sur la nature de cette influence et sur l'étendue qu'elle peut avoir, ainsi que sur les principaux centres des populations chrétiennes où elle se manifeste davantage.

Monsieur le Ministre de l'Instruction publique désirerait avoir le tableau exact des établissements scientifique et littéraires qui existent maintenant chez les chrétiens de la Turquie et dans les pricipautés Danubiennes ; — et savoir :

Quelles y sont, en matière d'instruction publique, les lois, ordonnances et coutumes actuellement en vigueur :

Quels sont les rapports entre la hiérarchie ecclésiastique et les personnes employées dans les établissements d'instruction publique ;

Quelles sont les méthodes suivies dans les écoles publiques et quels sont les livres présentement en usage ;

Quels sont les auteurs occidentaux les plus connus et les plus populaires et les livres qu'on a traduits;

Quelle est la proportion des traductions d'auteurs allemands et d'auteurs français ;

Quel est, à peu près, Je nombre de livres exportés de la France; quel chemin prend ce commerce ; quels sont à cet égard les règlements de censure et de douanes :

S'il y a dans les bibliothèques, dans les monastères, quelques manuscrits soit anciens, soit du moyen âge qui concernent la littérature classisque proprement dite ou celle de l'Occident.

La personne chargée de cette mission se rendra d'abord a Constantinople, protitera des renseignements utiles de l'ambassade française, les complétera parla visite et l'examen des bibliothèques et des imprimeries chrétiennes établies à Constantinople, ainsi que des chrétiens habitants de la capitale.

De Constantinople, M. se rendra, en traversant la Bulgarie, à Widdin, centre commercial de ce pays. Un court séjour dans laBulgarie suffira pour prendre connaissance de tout ce qui peut avoir trait à la présente mission.

La cité qui offrira le plus d'intérêt sous tous les rapports est Belgrade; mais on ne doit point se borner à profiter des ressources scientifiques qui se trouvent dans cette capitale delà Serbie. Le pays serbe est si important au point de vue historique et littéraire qu'il serait utile d'en visiter toutes les villes les plus considérables. De la frontière de Bosnie, on pourra prendre des informations sur la Bosnie et sur l'Herzégovine, dans le cas où, par suite des circonstances, il serait impossible de parcourir ces pays et de pousser l'excursion jusqu'au Monténégro.

De la Serbie on ira en Valachie et en Moldavie. On verra aussi la Dobroutscha.

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