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cours de Mickiewicz fut suspendu. A une leçon où il parlait des misères et de la grandeur morale du paysan slave, il avait fait distribuer à l'auditoire une lithographie représentant un paysan polonais en haillons et une autre fois l'image de Napoléon I'"^ pleurant sur la carte d'Europe. Il expliqua plus tard ainsi sa conduite dans ces circonstances :
Il est quelque fois nécessaire de faire scandale pour frapper Tesprit. En distribuant Fimage lithographiée d§J^^i^léon pleurant sur la carte d'Europe, j'ai fait au Coll/ ae France une chose tout à fait en dehors de tous les usages. On a oublié mes leçons, mais cela on ne l'a pas oublié. Avant de partir pour Tltalie, un peu avant février, à la suite d'une discussion politique, j'envoyais à un monsieur une feuille de soldats d'un sou comme on en donne aux enfants. Cela piqua sa curiosité et le fît réfléchir. Plus tard, il comprit ce que j'avais voulu lui marquer : que c'était de là que la solution devait venir, et la seule chose dont il eût à se préoccuper. C'est M. Villemain qui m'a suspendu au Collège de France. Je n'ai pas eu à me plaindre de ses procédés. J'attaquais les doctrinaires et j'invoquais Napoléon. Le ministre me fît venir et me dit que le gouvernement ne pouvait tolérer qu'on le niât, qu'on sapât sa base, et me demanda si je ne pouvais pas, à l'avenir, laisser ces questions de côté. Je répondis : — Vous êtes dans votre droit; moi, mon devoir est de persister à dire ces,choses-là jusqu'au bout (i).
Yillemain lui offrit même une mission littéraire en Italie, cr Mais il ne m'était pas plus possible [de me dé-
(1) Entretiens notés par M. Armand LeTy.
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lasser alors à Naples qu'il me l'eût été pendant notre insurrection de 1831 de composer des poésies amoureuses en l'honneur de Mary la », a dit Mickiewiez à un ami polonais en lui citant ce fait.
Le ministre était harcelé au sein des Chambres. Ce fuient les leçons de M>cheletetde Quinet qui motivèrent les premières attaques et elles vinrent de MM. de TocquevtUeet de Montalembert. Tocqueville s'excusait presque à la Chambre des pairs d'attaquer des hommes qu'il houorait profondément. Montalembert se défendait de vouloir une révocation. Villemain lui répondit qu'accuser les personnes, c'est faire quelque chose de semblable à une provocation de sévérité contre elles et que l'enseignement du Collège de France se trouvait placé sous une sorte de garantie très ancienne. (Moniteur Universel du 17 avriH844.)
Le tour de Mickiewiez ne tarda pas. Le 9 juillet 1844, M. de FEspinasse monta à la tribune et interpella le ministre en ces termes :
Je De saurais laisser voler le chapitre sans appeler Tattenlioa de M. le Ministre de rinstruciion publique sur les scènes importantes, graves, qui se sont passées dans certains cours du Collège de France. L'année dernière nous avons voté pour le Collùge de France une chaire de langue slave.Gette langue^ qut devait être professée dans c; Collège, ne Ta été que très accesoirement jusqu'à ce jour. On s'occupe de toute autre choses que de celte vieille langue des peuples du Nord. Le professeur adnjis dans ce Collège pour y enseigner celte science s'occupe d'une religion nouvelle, qu'il professe au grand scandale de la population de Paris. De nombreuses
personnes du sexe assistent à ces leçons et il s*y est passé à diverses époques les choses les plus inconvenantes. Oui, Messieurs, inconvenantes, et en m'exprimant ainsi, je me sers, croyez-le bien, du langage le plus modéré. Je redoute de toucher à une question brûlante et d'autant plus délicate en ce moment, que j'aurais à vous parler de deux autres professeurs du Collège de France. Il me suffira, je Tespère, d'avoir signalé à M. le Ministre tout ce qui s'est passé.
Yillemain répliqua sans faiblesse :
Au commencement même de la session, j'ai eu à répondre à un orateur généralement aussi mesuré dans son langage que savant dans ses théories, et qui avait cette fois élevé de vives objections et des reproches contre l'enseignement de quelques professeurs du Collège de France. Je dus lui faire remarquer que cet enseignement qui est destiné à des adultes, qui n'est imposé à aucune classe d'étudiants, n'a point de rapports avec l'enseignement plus restreint, plus grave et plus surveillé de l'Université. Aujourd'hui l'honorable préopinant porte à cette tribune des accusations plus véhémentes encore. Il désigne, il inculpe un étranger auquel la générosité habituelle de la France et son respect pour le malheur et pour le talent ont donné une chaire dans le Collège de France. Messieurs, il est toujours difficile et il est souvent fâcheux d'accuser un absent et d'incriminer des fautes qu'on n'a point personnellement entendues. Je dirai que l'étranger •célèbre, si vivement attaqué par l'honorable préopinant, est l'auteur d'un écrit intitulé : le Pèlerin polonais, écrit très religieux, qui fut publié et traduit avec enthousiasme par M. de Montalembert. Je dirai donc qu'au premier aspect nulle inquiétude exagérée, nul soupçon d'irréligion ne doit s'attacher au nom de l'étranger auquel le
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malheur, le talent et la poésie peuvent avoir communiqué un peu d'exaltation, mais dont les premiers écrits étaient tous empreints d*un caractère si religieux et consacrés par un si pieux traducteur. Je ne puis donc légèrement admettre des accusations dirigées contre un étranger, contre un absent, contre un poète. (Approbation.)
M.'GlaiS'Bizoin, — Ces outrages sont des éloges.
M, le Ministre de Vinstruction publique. — Je prends acte seulement de deux choses que Timpartialité et la haute raison de la Chambre apprécieront. Le Collège de France n'est pas iin collège dans Pacception du mot; ce n'est pas un de ces établissements où toutes les paroles s'adressant à une jeunesse qu'il est important de préserver doivent être sévèrement pesées, sévèrement surveillées; c'est un établissement de haut et libre enseignement. Cependant, les professeurs de cet établissement, par cela seul qu'ils professent sous la protection de l'État, je ne dirai pas au nom de l'État, car chacune de leurs paroles n'est pas soufflée par l'État, mais parce qu'ils professent sous la protection de l'État, ont des devoirs très étroits, très impérieux, des devoirs de modération, de gravité, de réserve, des devoirs que nous n'oublierons jamais de leur rappeler au besoin.
M. de l'Espinasse. Je remercie M. le Ministre de l'instruction publique d'avoir accepté implicitement le reproche que j'adresse à l'étranger.
M, le Ministre de l'instruction publique,— Mais non, pas le moins du monde.
M. derEspinasse.—Dsins la réponse qui vient de m'être faite à l'instant même et que j'accepte avec bonheur, parce qu'elle vient à l'appui de ce que j'ai signalé à la Chambre, M. le Ministre s'est appuyé principalement de la qualité étrangère du professeur dont nous parlons. Ce moyen a été le seul dont M. 1« Ministre a cru devoir se servir pour disculper celui dont
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j*ai attaqué les doctrines. Certainement^ Messieurs, je serai le premier à appuyer le gouvernement toutes les fois qu'il accueillera les nobles infortunes, mais je ne veux pas que le bon accueil fait à des étrangers malheureux leur serve d'encouragement et de prétexte pour venir empoisonner notre nation. (Exclamations.) Le professeur dont il s'agit est Tauteur d'un ouvrage que M. le Ministre connût sans doute mieux que moi et qui est contraire aux idées de morale et d'orthodoxie reçues jusqu'à ce jour. Cet ouvrage dont il est l'auteur aurait dû certainement suffire pour le faire repousser du choix que M. le Ministre a fait. Je ne désignerai pas cet ouvrage. M. le Ministre le connaît. (Dites-le 1 dites-le I) Cet ouvrage, puisque vous le voulez, puisque vous m'y forcez, est la négation de tous les dogmes, qui contient la pins triste des morales et dont les pères de famille interdisent toujours la lecture à leurs enfants; ouvrage, je ne saurai trop le dire, épouvantablement écrit. Le Collège de France n'est pas un collège pour les enfants, mais c'est un lieu d'instruction d'autant plus dangereux que c'est là où les hommes faits, dont la raison est en plein développement, vont prendre de mauvais principes de science erronée. (Nouveaux murmures.) (Moniteur Vniversel du iO juillet 1844.)
Le livre si ridiculement attaqué par M. de TEspinasse, c'était les Pèlerins polonais.
Le gouvernement de Louis-Philippe éloigna les professeurs qui passionnaient la jeunesse, et celle-ci se refroidit progressivement. A l'heure des désastres nationaux, il y eut quelques lueurs touchantes, mais la flamme nécessaire pour embraser les âmes ne brûla pas sur l'autel de la patrie. Les étudiants se garèrent des entraînements humanitaires, rien ne les détourna plus