‹ Adam Mickiewicz, sa vie et son œuvre: sa vie et son œuvreChapitre 8 sur 20 · MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR

GABIKBT

du sous-secrétaire d'État.

Monsieur, j'ai fait examiner de nouveau l'affaire de M. Mickiewicz et ne puis que vous faire connaître nmposssibilité de lui al louer des subsides, attendu que ce célèbre poëte polo-

nais ne s'est point réfugié en France pour cause politique.

Vous insistez pour obtenir en sa faveur les subsides accordés aux réfugiés, parce que votre compatriote a été exilé à Moscou en 1823 et que ses ouvrages lui auraient fermé la porte de sa patrie. Je ne saurais vous répondre mieux qu'en rapportant l'extrait d'une lettre de M. Mickiewicz à M. de Broglie, ministre des affaires étrangères, en 1833 :

« Je voyageais en Italie (avec un passeport russe) à l'époque de la Révolution de Pologne* J'arrivai à Paris en 1831, au mois de juin. Comme je ne pris aucune part aux derniers événements politiques survenus dans la Pologne, je ne me trouve pas dans la catégorie des réfugiés, i

On ne peut donc en présence des faits et, après cette déclaration formelle, regarder M. Mickiewicz comme un réfugié politique, et je ne puis proposer à M. le Ministre de lui accorder les subsides que vous reclamez pour lui.

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

Le Pair de France, sous-secrétaire d'État de l'intérieur,

Gaspabin.

Il était puéril d'arguer de l'échappatoire imaginé en 1833 par Mickiewicz afin d'esquiver une expulsion de Paris, pour dénier sa qualité de réfugié politique à un homme auquel la politique seule fermait les portes de son pays. Le 3 juillet 1837, le prince Adam Czartoryski pensa qu'il serait plus heureux avec M. de Montalivet qu'il ne l'avait été avec M. de Gasparin, Il lui fit remettre la lettre suivante :

Le prince Czartoryski s'était adressé l'année passée à M. de Gasparin, sous-secrétaire d'Etat, pour lui demander

d'accorder des subsides à M. Mickiewic^, Il a obîenii une réponse nég^ative basée sur ce que M. Mîckiewîcz ii'ètail pas^ à proprement parler, im réfugié polonais. Cependant, M. Mîekiewicz partage !e sort de rémigralion depuia six ans et ne saurait retourner dans le pays sans danger; ses ouvrages y sont sévèrement défendus^ ce qui le prive de son unique moyen de subsistance. IL est de plus en plus exposé à des privations très pénibles. Ces considénitloits, sans parler des qiiiiïités éminentcs qui le distinguent, semblent de nature à pouvoir baliincer les nioLifs du refus de Tannée passée. Le prince Czarloryski prend la liberté d'en appeler à U bienvei!' lance et aux sentiments élevés de M. le Ministre et réitère sa demande en faveur de M. Mickiewic^ el de sa petite famille.

Mickiewicz n'avait vu, dans reffcrvescence politicoreligieuse des adeptes de M. de Lamennais, qu'une évô- IntiOTï morale remarquable. Il ne s'enrôla pas dans ce gi^oupe ardent el généreux qui se flattait de rajeunir le inorjde, mais qui ne tarda pas à offrir le spectacle d*un géiiéral abamîonné de ses troupes et seul à lutter, tandis que siiis anciens soldats retournaient à la vie de caserne, non sans tressaillir parfois, dans leur servitude militaire, au souvenir de ieur juvénile ambition. Leur géuéral, délaissé par eux, ne capitula pas et resta Jidèle jusqu'au bout à la libellé et à la nationalité que tant de ses es- lieu tenants devaient trahir en 1848, Mais en i83'>, par exemple, rien ne faisait prévoir ces futures défaiî lances j et, le â3 mars, M. de Montalembert écrivait la page suivante pour Taibum de mademoiselle AnkvvîcK :

■ Le plus grand malheur pour Thomme politique, c'est

« d*obéir à une puissance étrangère... Aucune humiliation, c aucun tourment du cœur ne peut être comparé à celui-là. ( La nation sujette, à moins qu'elle ne soit protégée par € quelque loi extraordinaire, ne croit pas obéir au souve- « raîn, mais à la nation de ce souverain; or, nulle nation « ne veut obéir à une autre par la raison toute simple qu'au. « cune nation ne sait commander à une autre. Observez les « peuples les plus sages et les mieux gouvernés chez eux, ( vous les verrez perdre absolument cette sagesse et ne c ressembler plus à eux-mêmes, lorsqu'il s'agira d'en gouf verrier d'autres. La rage de la domination étant innée dans c l'homme, la rage de la faire sentir n'est peut-être pas c moins naturelle; l'étranger qui vient commander chez une « nation sujette, au nom d'une souveraineté lointaine, au f lieu de s'informer des idées nationales pour s'y conformer, ( ne semble, trop souvent, les étudier que pour les contrarier ; « il se croit plus maître, à mesure qu'il appuie plus rude- « ment la main. Il prend la morgue pour de la dignité et c semble croire cette dignité mieux attestée par l'indignation f qu'il excite que par les bénédictions qu'il pourrait obtenir, c Enfin, tous les peuples sont convenus de placer au prec mier rang des grands hommes ces fortunés citoyens qui « eurent l'honneur d'arracher leur pays au joug étranger ; c héros s'ils ont réussi, ou martyrs s'ils ont échoué, leurs c noms traverseront les siècles. » {Du Pape, par J. deMaistre, t. I, p. 303.)

Certes, on ne peut reprocher à l'auteur de n'avoir pas su défendre les principe de la légitimité, du royalisme et de la religion, et néanmoins, lorsque la Pologne, dernièrement, a fait de sublimes efforts, uniquement pour secouer un joug étranger, imposé de force et insupportable s'il en fut jamais, les partisans de la légitimité, du royalisme et le chef de la religion lui-même se sont tous réunis pour la traiter de

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rebelle et s'acharnent encore contre la victime, encensant son bourreau, justice ! tu as disparu de la terre!

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