‹ Adam; mystere du 12e siecle. Texte critique, accompagné d'une traductionChapitre 1 sur 20 · Adam; mystere du 12e siecle. Texte critique, accompagné d'une traduction · texte numérisé non relu

Adam; mystere du 12e siecle. Texte critique, accompagné d'une traduction

tâ&ans toutes les contrées du globe, le langage suit les variations de la politique, et nulle science, peut-être, autant que la philologie, n'est susceptible de remplacer les documents écrits. Si nous ne savions pas, par exemple , que l'empire romain, avant même de perdre ses provinces, était déjà frappé au cœur et pour ainsi dire complètement détruit au delà des Alpes, certaines particularités des vieux idiomes longtemps en honneur parmi nous, nous V apprendraient suffisamment. De même la féodalité, avec ses lignes principales , se retrouve tout entière dans les différents dialectes dont on a voulu, bien à tort, confondre l'existence avec celle d'obscurs patois.

Que primitivement il y ait eu, dans ce que nous

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appelons la France aujourd'hui, un seul et même idiome, diversement nuancé suivant les localités, nous ne le nierons assurément pas , tout en assignant pour extrême limite à cette sorte d'uniformité le ixe siècle environ. Mais, à partir de cette époque, après les tentatives infructueuses de Charlemagne pour raviver ce qui était définitivement mort, le latin vulgaire, qui avait résisté che\ nous plus longtemps que partout ailleurs aux attaques des Barbares et à la corruption des âges, donna naissance à deux langues parfaitement distinctes bien qu'ayant entre elles d'étroits liens de parenté, sœurs pumées des idiomes romans dont l'Espagne et l'Italie avaient vu la rapide éclosion. Puis, comme si ces divisions ne suffisaient pas, bientôt s'accentuèrent des variétés d'orthographe et de prononciation, la même idée se voila sous des formes un peu différentes, et, du même coup, furent créés, seulement au nord de la Loire, trois dialectes principaux . A proprement parler, il n 'existait pas de langue d'oil, en tant que langue fixée, officielle, généralement admise, mais on écrivait en normand, en picard ou en bourguignon, en sorte que

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trois littératures diverses se développaient côte à côte, bien que procédant du même fonds.

Maintenant, auquel des dialectes indiqués appartient le Mystère dont nous donnons aujourd'hui une nouvelle édition ? Bien qu'à cet égard il ne saurait y avoir de divergence d'opinions, l'erreur de M. Victor Lu^arche, à qui revient l'honneur de la première publication, est bien excusable en un certain sens. Ne semble-t-il pas, en effet, tout d'abord, que les ducs de Normandie, étant devenus rois d 'Angleterre par droit de conquête, aient dû, tout en imposant leur langue au peuple vaincu, lui emprunter aussi quelque chose, que de là se soit formé un dialecte particulier, qualifié avec raison d' anglo-normand ? En réalité, il en fut ainsi, mais seulement au delà du détroit, c'est ce qu'il ne faut pas oublier. Tandis que sur le vieux sol anglais s'opérait le mélange de deux parlers différents, en même temps que la fusion de deux races à tous les points de vue opposées l'une à l'autre, la Normandie ne ressentait aucunement le contre-coup de ces profonds changements. C'est pourquoi M. Littré a pu dire du

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mystère d'Adam, à l'époque de son apparition, il y a déjà vingt années : « // est purement normand et composé dans le dialecte qu'on parlait alors en Normandie et dont le patois, encore usité dans cette province, a beaucoup retenu (i). » De là on doit conclure que nous sommes en présence d'un ouvrage éclos, sans aucun doute, dans une des villes du littoral de la Manche, telles que Rouen, Caen ou Bayeux. Mais il n'est pas possible de songer au Maine, province trop voisine de la Touraine, dont le parler était nettement bourguignon, bien moins encore à l'Anjou, qui se partageait entre ce dernier dialecte et celui qui vient d'attirer tout particulièrement notre attention.

La provenance une fois établie il serait peut-être bon de rechercher l'âge de ce premier essai dramatique dans notre pays. Sans vouloir, sur ce point, entrer dans une étude comparative qui nous entraînerait trop loin et sortirait du cadre que trous nous sommes tracé, nous ne craignons pas de dire que

(i) Histoire de la langue française, par E. Littré, tome II, page 57.

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