‹ Adansonia; recueil d'observations botaniquesChapitre 119 sur 132 · DÉTERMINATION PRATIQUE DES GENRES · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION PRATIQUE DES GENRES

Dans la Monographie des Renonculacées que nous venons de publier (2), et qui constitue le premier fascicule du grand ouvrage

(1) Un cahier de 6 feuilles, avec 114 figures dans les textes, Paris, 1866, librairie ‘Th. Morgand, 5, rue Bonaparte.

3h16 RENONCULACÉES,.

que nous préparons depuis longtemps, sous le titre d'Histoire des Plantes, les caractères génériques des Renonculacées sont l’objet d’une étude approfondie ; mais la nature même de ce travail nous a empêché de donner un procédé pratique pour arriver à la disünction et à la détermination des genres. Il est cependant incontestable que la connaissance d’un pareil procédé rend de grands services à ceux qui débutent dans l'étude d’un groupe quelconque du Règne végétal. Aussi notre intention est, toutes les fois qu’une famille aura été étudiée, de publier en même temps uné note dans laquelle nous indiquerons à quels caractères extérieurs et ordinairement faciles à constater d'une manière rapide, on peut, par voie d'élimination, arriver à préciser le nom du genre auquel appartient la plante vivante ou l'échantillon d'herbier qu’on a sous les yeux. C’est ce que nous tentons de faire aujourd’hui pour les Renonculacées, en renvoyant d’ailleurs, pour les caractères de détail et la fixation des sous-genres, à la page du travail dont il a été question ci-dessus.

Etant donnée une des plantes actuellement connues de la Famille des Renonculacées, ses fleurs sont ou régulières ou irrégulières. Dans ce dernier cas, la plante appartient à une des sections du genre Delphinium (p. 25).

Avec des fleurs régulières, les feuilles sont presqué toujours alternes. Si elles sont opposées, il s’agit d’un Clemalis (p. 52).

Les feuilles étant alternes, deux cas peuvent se présenter :

Ou que le réceptacle floral soit concave, ou qu'il soit convexe.

Si le réceptacle est convexe, ou il l’est fort peu, les pièces du périanthe sont à peine périgynes; la plante a des feuilles composées, et ses graines ne sont pourvues à leur base que d’un radiment d’arille; ces caractères appartiennent aux Pœonia (p. 62). Ou bien les feuilles sont simples ; les graines sont enveloppées d’on arille considérable ; lé réceptacle a la forme d'un sac trés-profond ; ce ne peut être qu’un Crossosoma (p. 66):

Mais, bien plus ordinairement, les fleurs ont un réceptacle convexe et l'insertion devient nettement bypogyne. Si les organes

RENONCULACÉES. 3147

appendiculaires de la fleur présentent alors les mêmes caractères que dans les Clématites, avec cette légère différence que le calice est primitivement imbriqué, au lieu d’être d’abord valvaireindupliqué, et de ne devenir imbriqué qu'après l’anthèse, on a affaire à un T'halictrum où à un Actæa.

En ouvrant un des carpelles, on voit qu'il est multiovulé; il s'agit alors d'un Actœa (p. 60); ou bien qu'il ne renferme qu’un ovule descendant à micropyle intérieur; c’est dans ce dernier cas un T'halictrum (p. 57).

L'ovule unique, qu'on observe dans chaque carpelle, demeuraut suspendu avec le micropyle intérieur, peut appartenir à une fleur dont les différentes parties, échelonnées sur un réceptacle très-étiré, sont : un calice imbriqué à folioles éperonnées, une corolle à pétales étroits et glanduleux, un androcée et un gynécée à éléments nombreux insérés suivant une spire à tours écartés. La petite herbe qu’on a sous les yeux est alors un Myosurus (p. 42).

Si l’ovule suspendu, seul destiné à devenir graine, est surmonté de deux paires d’ovules stériles, la plante est un Anemone (p. 3), dont le réceptacle floral est d’ailleurs beaucoup plus déprimé, et dont le périanthe est formé de larges folioles imbriquées et toutes pétaloïdes, ou plus vertes en dehors qu'en dedans et pouvant à la rigueur se distinguer en calice et en corolle {Adonis).

Le périanthe étant le même que celui d'un Adonis, où ne présentant, plus rarement, qu'une seule espèce de folioles, comme celui des vraies Anémones, l’ovule unique qu'on observe dans chaque carpelle, sera ascendant avec le micropyle en bas et en dehors. Il s'agira dans ce cas d’un Ranunculus (p. 33).

Semblable en tous points à une Renoncule, si la plante avait dans chaque earpelle deux ovules, dont l’un, peu visible, avorté, et l'autre, bien développé, suspendu, tourne son micropyle en haut et en dehors, cette plante est un Callianthemum (p. 50).

Très-analogue aussi par sa fleur À une petite Renoncule, mais n'ayant qu'un périanthe simple à trois folioles (rès-caduques, un

318 SUR L'ORIGINE DE L'ARILLE DES CARUMBIUM.

Hydrastis (p. 51) se reconnait d’ailleurs à la présence de deux ovules bien développés dans chaque carpelle.

Dans toutes les autres fleurs régulières comme celles des Renoncules, les carpelles sont multiovalés. Dans ce cas :

Ou le périanthe est un simple calice pétaloïde : la plante est, ou un T'rollius ües sections Caltha où Calathodes (p. 22), où un Isopyrum de la section £Enemion (p. 27);

Ou le calice est doublé d'un nombre variable de nectaires ou staminodes, tenant la place d’une corolle: c’est, ou un vrai Trollius (p. 24), où un vrai Zsopyrum (p. 19), ou ur Helleborus (p. 12), genres très-voisins les uns des autres, mais faciles à distinguer entre eux par les caractères de valeur secondaire énumérés aux endroits cités;

Ou les nectaires pélaloïdes sont opposés, ordinairement par paires, aux sépales, les étamines étant curvisériées et les carpelles plus où moins unis à leur base; cela ne s’observe que dans les Nigella (p. 8):

Ou les étamines sont rectisériées et disposées, en apparence du moins, par verticilles; et les pétales, bien développés, ordinairement éperonnés, sont alternes avec les sépales ; c’est alors un A quilegia (p. 1).

De très-petites fleurs dont le plan général est celui des fleurs des Ancolies, avec des pétales sans éperon et d’une forme particulière, un androcée appauvri, des tiges ligneuses et le feuillage d’une Actée, caractérisent le Xanthorhiza (p. 6).

S'il s'agissait d’une plante japonaise, il suffit de songer qu’elle pourrait bien appartenir aux genres exceptionnels, où peu connus, Glaucidium où Anemonopsis (p. 2h).

SUR L'ORIGINE DE L’ARILLE DES CARUMBIUM.

La caractéristique du genre Carumbium, telle qu’elle est donnée dans le Prodromus de De Candolle (XV, pars alt., 1145), n'est

SUR L'ORIGINE DE L’ARILLÉ DES CARUMBIUM, 249 pas complétement exacte et demande, si je ne me trompe, à être retouchée. I conviendrait sans dotite d'indiquer que le fruit peut être, dans certaines espèces, capsulaire, et déhiscent à la maturité suivant la ligne dorsale des loges. C’est ainsi qu'il s’est offert à nous, comme nous l’avons dit (Adansonia, V1, 325), dans le C. Sreberi M. arc. En second lieu, la nature de la production arillaire qu’on observe sur les graines, aurait besoin d'être déterminée d’une maniére-exacte; car le genre Wartmannia, établi pour le Carumbium stillingiæfolium H. Bx, est considéré comme différent du genre Carumbium, en ce que ses graines sont caronculées, tandis que celles des véritables Homalanthus seraient pourvues d’un arille d’une origine toute différente. Or, l'étude des développements de l'ovule et de la graine, que nous avons pu faire sur lc Carumbium fastuosum H. Bx (1), plante actuellement cultivée dans presque foules les serres, nous a montré que l’origine de la produetion arillaire est au fond exactement identique dans les Carumbium et dans les Wartmannia, et ne présente que des différences insignifiantes de taille et d'épaisseur.

Dans les fleurs femelles du Carumbium fastuosum, qui se trouvent au nombre de deux à einq à la base de l’inflorescence et qui sont solitaires à l’aisselle d’une bractée biglanduleuse, ou qui peuvent constituer le centre d’une petite cyme bi ou triflore, dont les fleurs latérales sont mâles, on observe un calice légèrement gamosépale, à deux ou trois lobes très-courts et obtus. L’ovaire est presque toujours à deux loges qui alternent avec les divisions du périanthe, lorsque celles-ci sont en nombre égal. Le style s'élève d’abord dans une courte étendue sous forme d’une colonne eylindrique ; puis il se partage en deux longues branches divergentes à sommet épaissi et révoluté. Toute la surface intérieure des branches du style, jusqu'au point où elles naissent de la portion commune, est recouverte de tissu papilleux sigmatique.

(1) C’est nous qui, le premier, et plus d’une année avant la publication du Pro-

dromus, avons considéré comme une espèce du genre Carumbium, le Mappa fastuvsa des jardiniers et de M. Ed. Morren.

300 SUR L'ORIGINE DE L'ARILLE DES CARUMBIUM.

Quant à l’épaississement du sommet des divisions stylaires, il est dû en majeure partie à la production d’une elande située à la face externe et séparée de chaque côté de la région stigmatique par un sillon longitudinal assez profond. Ce tissu glanduleux sert probablement à la fécondation, en attirant vers le stigmate les insectes chargés de pollen, car il sécrète en assez grande abondance, pendant quelques jours, un neetar liquide à saveur légèrement sucrée. Mais, quelque intérêt que puissent présenter à l’observateur ces différents organes, ils ne doivent pas nous détourner plus longtemps de l'examen du contenu de l'ovaire.

Chaque loge renferme un ovule suspendu dans l'angle interne,

pourvu de deux enveloppes, dirigeant son micropyle en haut et en dehors, comme celui de la plupart des Euphorbiacées, et coiffé d’un obturateur étroit et atiénué en pointe à son extrémité libre. C’est assez longtemps avant lPanthèse que le sommet de l’ovule présente les premières traces appréciables d’épaississementarillaire, Le pourtour de l’exostome se gonfle bien, ainsi que dans un grand nombre de plantes de la mème famille, de manière à représenter un petit anneau saillant; mais lhypertrophie cellulaire n’est pas limitée à eette région. Elle s’étend de là à droite et à gauche vers la région ombilicale, gagne le pourtour du hile et constitue de chaque côté de lui une saillie limitée inférieurement par un bord oblique de dehors en dedans et de haut en bas. Tandis que, dans les autres Euphorbiacées, l'hypertrophie péristomique augmente rapidement el prend même quelquefois des proportions énormes ; dans notre Carumbium, elle s'arrête de bonne heure, pendant qu’au contraire l’épaississement fait des progrès rapides du côté de Pombilie et amène bientôt la production des deux ailes cellulaires qu'on aperçoit au-dessous de celte région, dès l'époque de la fécondation.

C'est à l’accroissement plus ou moins considérable de ces rudiments d'ailes membraneuses qu'il faut attribuer Porigine de l'espèce de sac qui enveloppe une portion variable de la graine des Carumbium et qui se trouve représentée dans la planche VIE de notre

SUR L'ORIGINE DE L'ARILLE DES CARUMBIUM, 991

atlas de l’Étude générale du groupe des Euphorbiacées (fig. 30, 31). Tantôt la graine en est recouverte dans presque son étendue ; tantôt l’arille ne descend que jusqu’au milieu, ou à peu près, de sa hauteur; et plus cette sorte de toile présente d’étendue, moiss d'ordinaire elle offre d'épaisseur, et plus elle devient membraneuse en se desséchant. Dans le W'artmannia, au contraire, elle s’allonge bien peu et ne couronne que le voisinage du sommet de la graine ; son épaisseur et sa consistance charnues sont bien plus accentuées ; el, pour celui qui n’observe cet organe que dans le fruit mür, il présente tout à fait la inême apparence que la caroncule qui surmonte uniquement la région micropylaire d’une Euphorbe. Mais, en étudiant l’origine de l’arille dans la fleur, au moment de l’anthèse, on aperçoit facilement, comme dans le C. fastuosum, ur léger épaississement circulaire de l’exostome, et une hypertrophie bien plus considérable de la primine, descendant obliquement vers les deux côtés de la région ombilicale. La nature de l’arille est done exactement la même dans les C. stillingiæfolium et fastuosum ; elle ne diffère, dans l’un et dans l’autre, que par le plus où moins de longueur, d'épaisseur ou de succulence ; et ces différences ne suffisent pas pour caractériser deux genres séparés.

EXPLICATION DES FIGURES

PLancHe VIII.

Fic. 1. Port du Carumbium fastuosum, Rameau florifère.

Fie. 2. Fleur mâle.

Fic. 3. Fleur femelle entière,

Fic. 4. Fleur femelle dont l’ovaire est ouvert.

Fie 5. Ovule à l'époque où l'arille commence à paraître. L'épaississement cir-

culaire de l'exostome est peu considérable ; mais l'hypertrophie arillaire descend obliquement de chaque côté de l'ombilic.

Fic. 6. Ovule du Carumbium (Wartmannia) stillingiæfolium. Le développement de l'arille est le même au début que dans la plante précédente.

Fic. 7. Graine müre. L'arille n'occupe qu'une petite étendue de son sommet, voisine de l'ombilic.

Page 1