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EFFETS PRODUITS PAR LA SUBMERSION DES TIGES HERBACÉES

Je commencerai par bien préciser les conditions dans lesquelles j'ai opéré, pour ne pas faire naître l'idée de conclusions qui pourraient devenir inexactes par suite de fausses interprétations ou de généralisations prématurées.

Quand après avoir déraciné une plante herbacée, en ménageant les organes souterrains, on la renverse et on la maintient suspendue verticalement, de manière à plonger sa tige dans l’eau et à laisser ses racines dans l'atmosphère; ces dernières se flétrissent et meurent au bout de quelque temps. Pour empêcher, dans ces circonstances, la prompte dessiccation des racines et, par conséquent leur mort, on peut avoir recours à divers moyens. Duhamel, comme je l'ai dit plus haut, les entourait de mousse humide. J'ai pensé qu’on arriverait au même résultat, tout en se rapprochant davantage des conditions naturelles de la végétation, en laissant les racines dans la terre où elles sont nées, et en mouillant cette dernière chaque fois qu’elle deviendrait trop sèche. Partant de cette idée, la disposition que j'ai adoptée dans toutes ces expériences est des plus simples. Dans une cloche de verre pleine d’eau et de dimensions variables selon les cas, on plongeait la tige d'une plante enracinée dansla terre d’un pot soutenu lui-même au-dessus de l’eau, par deux planchettes reposant sur le bord libre du vase. Par là, tout en submergeant la tige, on ne changeait pas le mode de végétation de la racine. Cette dernière continuait à rester dans la terre, qu’on pouvait rendre à volonté plus ou moins humide, et par l’intermédiaire de laquelle elle se mettait en communication avec l'atmosphère, absolument comme dansles circonstances ordinaires.

Ce

Une première série d'expériences à élé exéculée sur des pieds de fèves provenant d'un même semis.

Le 26 juillet 1864, à neuf heures du matin, on a rempli six pots de moyennes dimensions avec du terreau consommé, puis on à enterré 3 graines de fèves dans chacun d'eux.

Dés le 2 août, à quatre heures du soir, c’est-à-dire au bout de sept jours, les tigelles sortaient de terre et commençaient à se redresser et à verdir. A partir du 6 août, on soumit successivement les plantes aux épreuves suivantes.

On détermina d’abord l’action de l’eau ordinaire sur la végétation.

ExPÉRIENCE N° 66.— Le 6 août, à neuf heures du matin, on prend l’un des pots : il contient trois plantes d'une végétation saine et vigoureuse; les tissus ont une coloration verte bien franche. L'un de ces pieds a développé ses trois premières feuilles; les deux autres en présentent seulement deux complétement séparées et distinctes du bourgeon terminal. Enfin ces tiges ont, à partir du sol des hauteurs, de 0",175, — 0",105, — 0",10. On renverse le pot de manière à plonger la partie aérienne dans de l’eau ordipaire, puis on place l'appareil derrière et contre une fenêtre où il peut recevoir, pendant la première moitié de la journée, les rayons directs du soleil.

Le 7 août, à cinq heures du soir, on note l’état des plantes.

Les parties submergées se sont montrées aussi sensibles à l’action de la lumière, que si elles étaient restées à l'air. Toutes les feuilles se sont retournées sur leur pétiole de manière à présenter en haut leur face supérieure et les trois tiges, complétement recourbées, sont maintenant verticales et ascendantes, de verticales et descendantes qu’elles étaient au début de l’observation. On laisse en expérience sans changer l’eau.

Le 13 août, à quatre heures du soir, ces plantes offrentles particularités suivantes. Les tiges et les feuilles sont très-saines et vertes à l'exception d’une feuille qui noircit sur ses bords. L'eau est d’ailleurs restée limpide, et ni elle ni les fèves n’ont de mauvaise odeur. Deux tiges forment leur cinquième feuille et le troisième pied sa sixième. En outre, sur un premier pied le bourgeon axillaire des deux feuilles inférieures s’est épanoui; tandis que sur un second,

c'est seulement le deuxième bourgeon axillaire, compté à partir du sol, qui s’est ainsi développé et épanouit déjà sa seconde feuille. Seulement cette dernière pousse, s’étant recourbée comme toutes les autres pour reprendre son orientation naturelle, dans son mouvement le bourgeon terminal à rencontré la planchette quisupporte le pot, et depuis lors il continue de végéter horizontalement.

Ainsi des tissus herbacés ont pu rester sept jours environ au contact de la même eau sans éprouver d’altération sensible. La végétation a persisté et présente comme je l’ai vérifié le même degré d'avancement que les sujets croissants à l’air et en toute liberté. Cette particularité est due, très-probablement, à l'air que les tiges absorbaient par leurs régions revenues dans l'atmosphère, après leur retournement. Cependant l’activité végétative a dû se ralentir notablement dans leur portion terminale; et, soit par l’unique effet du séjour dans l’eau, soit par suite de la courbure des tiges vers la terre du pot, la sève a été en partie rabattue, comme le prouve le développement prématuré des bourgeons axillaires inférieurs.

ExPÉRIENGE N° 61. — Le 13 août, à trois heures du soir, on prend un second pot contenant, comme le premier, trois pieds vigoureux qui forment en ce moment leur sixième feuilie. Pour éviter, comme cela s’est présenté dans l'expérience précédente, que les axes en se redressant ne sortent en grande partie de l’eau, on les fixe à un tuteur de fer ; puis on achève de disposer l'appareil comme pour le n° 66.

Le 24 août, à trois heures de l'après-midi, c’est-à-dire onze jours après le commencement de l'expérience, l’eau n'ayant pas été renouvelée, ni la terre du pot arrosée pendant tout ce temps, on note l’état des plantes.

Les tiges se sont redressées toutes les trois, mais génées par le tuteur, elles n’ont pas accompli une évolution aussi complète que dans le cas précédent. Chaque pied a continué son élongation sous l’eau, et la portion terminale nouvelle, n'étant plus fixée au fil de fer, a pu obéir à son orientation naturelle el se recourber peu à peu. Au moment où on les examine la pointe de la premiére tige émerge, son bourgeon terminal et la feuille qui le suit immédiate-

ment sont hors de l’eau. Sur le deuxième pied, c’est seulement le bourgeon terminal qui affleure à la surface du liquide. Quant à la troisième tige, plus courte que les deux autres, elle est restée complétement submergée, aussi une de ses feuilles est-elle déjà altérée, noircie.

Enfin, l’eau est recouverte d’une mince pellicule translucide dans laquelle se meut une multitude d’infusoires ciliés, des vorticelles entre autres, au milieu des cadavres agglomérés de protozoaires : vibrions et bactéries.

Les plantes ont continué à rester en expérience dans la cloche dont l’eau n’a pas été renouvelée.

La putréfaction a peu à peu envahi la tige complétement submergée ; et le 15 septembre elle était entièrement décomposée. Mais les deux autres pieds ont vécu pendant plus longtemps, leur partie terminale redressée et devenue aérienne leur permettant de respirer. Cependant la mort à fini par les atteindre à leur tour, et le 45 septembre ils avaient totalement péri. Une de ces deux plantes avait épanoui le bourgeon axillaire de sa première feuille. Il en était résulté un rameau aérien qui portait déjà trois feuilles séparées et distinctes du bourgeon terminal, lorsque le 14 septembre il commença de se faner. Enfin le 45 du même mois il était mort ainsi que loutes les autres parties foliacées des trois pieds.

Ce jour-là on arrêta l’expérience et lon fit, en examinant les racines, les remarques suivantes.

Les cotylédons avaient disparu sans laisser de traces ; il restait bien les enveloppes de la graine, mais cette graine était vide. Ce n’est plus comme dans le cas de la végétation normale où avec le temps les cotylédons s’atrophient, s’amincissent et finissent par devenir membraneux; mais persistent et se retrouvent assez longtemps après la germination, même à l’époque de la floraison. Ici ils ont complétement, et pour ainsi dire brusquement disparu. Enfin les racines étaient blanches et saines, un peu parcheminées, moins cassantes et moins jturgides que dans l’état normal.

Ces premiers essais montraient que les tissus herbacés peuvent subir le contact de l’eau pendant dix à douze jours sans en éprou-

ver de notables altérations. Il était en outre établi par là que leur développement se continue malgré les circonstances défavorables, et qu'il offre d'autant plus d'activité que la portion des tissus émergés est plus considérable.

En présence de cette remarquable innocuité de l’eau ordinaire, il y avait lieu de se demander si elle n’appartenait qu’à elle seule, ou bien si elle la partageait avec d’autres liquides. *

Deux expériences ont été faites dans le but d'éclairer cette question: l’une avec de l’eau de mer composée artificiellement, et l'autre avec une dissolution de perchlorure de fer.

On a vu, d’après des faits indiqués plus haut, que l’eau salée devient rapidement mortelle pour les plantes terrestres dont elle baigne les racines. Tout porte à penser, au contraire, que la dissolution de perehlorure doit être, dans les mêmes circonstances, plutôt favorable que nuisible au végétal. Il est facile de citer des faits à l'appui de cette opinion.

D'abord il est des plantes qui vivent naturellement dans des sols trés-ferrugineux ; et, dans certains cas particuliers, la pratique horticole a même su tirer un parti avantageux de l'emploi des sels de fer. Je rappellerai que l'Hortensia japonica donne des fleurs bleues quand il est élevé dans un sol très-ferrugineux ; et, à part ce changement si remarquable dans la coloris des fleurs, le fer ne parait pas exercer une influence bien caractérisée sur l’ensemble de la végétation (1). On sait encore, depuis les travaux d'Eusébe Gris que l’on peut combattre avec succés la chlorose dans certaines plantes, par l'emploi de composts ferrugineux (2).

J’ajouterai, enfin, qu’il m'est arrivé à diverses reprises de faire végéter des jacinthes en posant les oignons sur l’orifice d’éprouvettes remplies d’une dissolution étendue de perchlorure de fer,

sans que le liquide ait paru exercer d'action sensible sur les plantes.

(1) André Leroy, Sur l'Hortensia bleu (Annales de la Société d'horticulture de Paris, t. XXXII, 1843).

(2) Eusèbe Gris, De l’action du sulfate de fer sur la végétation (Annales de la Société d’horticullure de Paris, t. XXXI, 1542; et Ad. Brongniart, Rapport sur les expériences de M. Gris, concernant l’action des sels de fer sur la végétation (Bulletin des séances de la Société centrale d’agricullure, t. V, 1845),

Ainsi, d’après l'ensemble des faits connus, la dissolution de sel marin nuirait rapidement à la plante qu’elle attaque par ses racines; tandis que dans les mêmes circonstances, la dissolution ferrugineuse produirait plus ordinairement des effets favorables ou tout au moins à peine sensibles.

Il était intéressant de s'assurer si l’on parviendrait au même résultat en agissant sur les parties aériennes des plantes, sur la lige et ses dépendances. Dans ce but j'instituai les deux expériences que je vais rapporter.

ExPÉRIENCE N° 63.— Le 6 août à dix heures du matin, on prend un pot faisant partie du groupe dont j'ai parlé plus haut. Il renferme deux plantes vigoureuses, bien vertes, mais un peu moins avancées que celles du n° 66. Les tiges ont 0",145 et 0",09 de hauteur. On plonge les tiges dans l’eau de mer en se conformant aux indications que j'ai données précédemment.

Le lendemain 7 août à cinq heures du soir les feuilles se sont retournées et les tiges redressées absolument comme dans Pexpérience n° 66.

Le mercredi 40 août à neuf heures du matin, l’eau est sans odeur et offre une teinte noirâtre très-appréciable ; mais les plantes sont manifestement malades. Toutes les feuilles sont couvertes de taches noires et dégagent cette odeur particulière, caractéristique de la décomposition qui résulte, pour les parties vertes, de leur macération dans l’eau. Sur le plus petit des deux pieds, chaque bourgeon cotylédonaire s'est allongé sans donner encore de feuilles, lun a 0",045 de longueur et l’autre 0,035 seulement. Les bourgeons cotylédonaires de l’autre plante n’ont pas végété, peut-être parce que ces organes étaient trop profondément enterrés; mais le bourgeon axillaire de la première feuille est en plein développement et présente déjà une longueur de 0",057.

Ainsi un contact de quatre jours avec l’eau salée a suffi pour altérer gravement les plantes.

ExPÉRiENCE »x° 65, — Le 11 août à dix heures et demie du matin, on choisitun nouveau pot contenant trois pieds en bon état. Chaque tige, de 0",18 environ, porte deux feuilles épanouies et séparées du bourgeon terminal. On leur met un tuteur pour s'opposer à leur

redressement et on les plonge dans une dissolution étendue de perchlorure de fer.

Le lendemain 12, à neuf heures et demie du matin, on retirele pot, et on lave les fèves. Les plantes sont en très-mauvais état, et beaucoup plus malades que celles du n° 63 après quatre jours d’immersion dans l’eau salée. Les feuilles ont noirci et les parties terminales des tiges sont flétries. On remet en expérience dans les mêmes conditions. Vingt-quatre heures ont donc sufli dans ce cas pour amener des désordres beaucoup plus graves que ceux que l’eau de mer ne produit qu'au bout de quatre jours.

Le 13 août, à une heure et demie de l'après-midi, les extrémités des trois liges sont noircies, flétries et desséchées. Après les avoir lavées avec soin dans de l’eau ordinaire, on les coupe, on les broie dans un mortier avec un peu d’eau distillée, puis on filtre le tout. Le liquide ainsi obtenu ne précipite point par le prussiate jaune de potasse ; ce qui montre que le fer, ou n’a point pénétré dans les tissus, ou bien a formé un composé insoluble.

Quoi qu'il en soit, il ressort nettement de l'expérience 65 que le perchlorure de fer exerce sur la végétation une action notablement différente selon qu’elle se produit sur la racine ou sur la tige.

Mise en contact avec le premier organe, son effet est favorable dans certains cas et paraît nul dans les autres ; mise en contact avec le second, son action semble au contraire devoir être rapidement mortelle.

Ces faits nous prouvent qu'il existe entre la tige et la racine d’une même plante un antagonisme de propriétés qui doit évidemment coïncider avec un antagonisme tout aussi prononcé dans la nature des fonctions dévolues à ces deux groupes d’organes.

Les recherches qui précédent sont susceptibles d’une application importante. Nous venons de voir que les tissus herbacés vivants peuvent séjourner plusieurs jours dans l’eau sans éprouver d’altération sensible. Il en résulte un procédé expérimental nouveau pour l'étude de certaines questions physiologiques ; puisque désormais on pourra plonger pendant quelques jours les parties aériennes dans de l’eau diversement colorée par des substances inoffensives,

sans avoir à redouter les effets de la décomposition. Les circonvI. 6

stances dans lesquelles il peut être avantageux d’avoir recours à celte méthode sont de deux sortes : pour la recherche des excrétions, ou pour l'étude de l’action de la lumière sur les parties vertes. J'ai entrepris sur ces deux sujets quelques expériences que e vais rapporter.

La question de l’origine et de la nature des excrétions, est l’une des plus obscures et des plus délicates de la physiologie végétale. En assimilant à priori l’organisation de la plante à celle de l’animal, on fut conduit à rechercher si la première n’expulserait point comme le second, par certaines régions de la surface du corps, les matières liquides devenues inutiles ou nuisibles à l'entretien de la vie. On possède déjà plusieurs travaux sur cé sujet, mais quelquefois les conclusions, d'un auteur à l’autre, sont contradictoires. J'ai essayé d’élucider un des points de ce problème complexe, et je me suis proposé de rechercher si, pendant la végétation chez les plantes saines et bien portantes, les feuilles sont le siége d’une excrétion.

ExPÉRIENCE N° 64. — Le 7 août, à cinq heures du soir, on a pris un des deux derniers pots du semis utilisé dans les expériences précédentes. Il contenait trois plantes vertes, vigoureuses, dont les tiges avaient toules sensiblement uné hauteur de 0",10 environ. Chaque pied possédait ses deux feuilles inférieures qui, dans la fève, sont normalement bractéiformes ; mais quant aux feuilles ordinaires, aucune d’entre elles n’était encore séparée du bourgeon terminal.

On renversa le pot de manière à plonger les liges dans de la teinture bleue de tournesol, et l’on plaça près de l'appareil un verre à expérience plein du même liquide, et dont la coloration devait servir de terme de comparaison.

Le lendemain, 8 août, àneuf heures du matin, la teinture en conlact avec les tissus végélaux n'avait éprouvé aucun changement de couleur. On retira le pot et on le plaça à l'air libre et à la lumière, afin de laisser reposer les plantes. On remit en expérience le 40 août, àneuf heures du matin; et le 13 août, à trois heures et demie de l'après-midi, on arrèta l'expérience. Les tiges étaient saines et sans odeur, la coloration verte des feuilles semblait avoir

ufi peu pälie ; mais la teinture de tournesol n’avait point changé de couleur. Si donc les feuiiles excrètent, le produit d’excrélion ne peut être que neutre ou basique.

ExPÉRIENCE N° 63.—Le 13 août à quatre heures de l'après-midi, on prend le dernier pot du semis de fèves. Il renferme trois pieds vigoureux, dont le plus avancé forme sa sixième feuille et le moins avancé sa troisième feuille seulement. On leur met des tuteurs, puis on les plonge dans de la teinture de tournesol colorée en rouge bien franc par la plus petite quantité possible d'acide sulfurique, À côté et pour servir de point de comparaison , est un verre à expérience contenant un peu de ce même liquide.

Le 16 août à neuf heures du matin, la teinture n'ayant point changé de couleur, on arrête l'expérience.

Il résulte de ces deux observations que les feuilles submergées wexcrètent point de substances acides ou basiques.

Depuis le mémoire de Tessier, publié en 1783, plusieurs savants ont étudié l'influence exercée sur les parties vertes par les diverses radiations solaires. Nous connaissons jusqu'ici deux effets produits par cette influence : la formation de la chlorophylle, et l'inflexion des tiges. C’est de ce dernier phénomène dont je vais m'occuper.

En se plaçant à ce point de vue, on s'était demandé quelle était la radiation active par excellence. Il régnait à cet égard beaucoup de divergences dans les opinions, lorsque mon ami, le docteur G. M. Guillemin, fit sur ce sujet une série d'expériences exécutées avec toute l'habilelé et toute la rigueur que ce savant physicien apporte toujours dans ses travaux (1). Il parvint à démontrer que :

« 1° Les jeunes plantes éliolées se courbent sous l'influence de tous les rayons du spectre; les rayons calorifiques les moins réfrangibles, ou les rayons de basse température, paraissent seuls faire exception.

» 2° Les rayons ealorifiques moins réfrangibles que le rouge et les rayons chimiques plus réfrangibles que le violet présentent deux maxima d’action pour la flexion des liges végétales; les rayons

(14) C. M. Guillemin, Production de la chlorophylle et direction des tiges (Annales des sciences naturelles, IV® série, BOTANIQUE, t. VIL, 14857, p. 154 et suiv.).

colorés intermédiaires déterminent au contraire, plus activement que les précédents, la formation de la chlorophylle.

«6° Ces deux maxima sont séparés par le minimum qui est situé dans les rayons bleus, près de la raie F. de Fraunhofer. »

Ces importants résultals avaient été obtenus en analysant la lumière à l’aide de prismes de sel gemme, de quartz et de flint. Il était utile de rechercher si l’on arriverait aux mêmes conclusions en soumettant la radiation solaire à un autre mode d'analyse, à celui qui résulte de l’usage de liquides diversement colorés; procédé déjà appliqué par plusieurs physiciens dans des recherches d’optique pure, mais qui n'a point encore été employé, que je sache, dans des études physiologiques.

Les expériences que je vais rapporter ont été faites sur les plantes des n°* 64 et 62. |

ExPÉRIENCE N° 64. — Le 7 août, à cinq heures de l’après-midi, avons-nous dit plus haut, les trois tiges de fèves furent plongées dans la teinture bleue de tournesol. Étant alors fort peu avancées dans leur développement, elles devaient être très-impressionnables à la lumière, comme on pouvait le prévoir d’après les faits connus. Aussi le lendemain, 8 août, dès neuf heures du malin, les tiges étaient complétement recourbées et leur bourgeon terminal venait s'appuyer sur la surface de la terre contenue dans le pot. Alors on suspendit momentanément l'expérience ; et replaçant le pot dans sa situation naturelle, on abandonna les végétaux à la lumière et à l'air libre. Dès dix heures du matin les rayons solaires vinrent frapper les plantes jusqu’à la fin de l’observation.

À onze heures, les tiges étaient notablement redressées, mais néanmoins la portion précédemment recourbée n’était pas encore horizontale. À onze heure et demie une des tiges avait atteint cette dernière situation ; enfin à quatre heures et demie les trois tiges étaient de nouveau droites et ascendantes.

Le 10 août, à neuf heures du matin, on remet en expérience, dans de la teinture de tournesol, les plantes alors revenues à leur état normal, On avait eu l’aitention de placer un tuteur à chaque

pied, afin de gêner, d’entraver le plus possible le retournement des tiges.

Le 13 août à trois heures et demie, quand on examinales plantes, on trouva encore les feuilles et les tiges orientées naturellement, c’est-à-dire comme elles le sont à l’air libre et à la lumière solaire.

Pour apprécier ce résultat à sa juste valeur, il faut savoir que la teinture de tournesol sous Pépaisseur qu’elle présentait dans le vase qui servait à l’immersion, éteignait complétement toutes les radiations colorées autre que le rouge et un peu de violet. Ainsi la teinture de tournesol réfléchit les rayons colorés les plus réfrangibles, et transmet au contraire principalement les rayons colorés les moins réfrangibles; ou la lumière réfléchie par le tournesol est bleue, tandis que la lumière transmise est rouge. Voici comment j'ai constaté le fait.

Dans la chambre obscure, j'ai fait passer un faisceau de lumière blanche à travers le vase plein de teinture de tournesol qui servait à submerger les plantes. En recevant ensuite la lumière transmise par le liquide sur un prisme de quartz, j'ai reconnu que le spectre renferme seulement deux couleurs : beaucoup de rouge et une quantité variable de violet dont la proportion dépend du degré de concentration du liquide; car, en analysant, par ce procédé, la lumière transmise à travers la teinture de tournesol suffisamment concentrée, j'ai obtenu des spectres monochromes rouges.

Il résulte de là que les organes foliacés sont sensibles sous l’eau à l’action de la lumière rouge. Cette conclusion est d’ailleurs confirmée par l'expérience suivante.

ExPÉéRIENCE N° 62. — Le 13 août, à quatre heures de l'aprèsmidi, on avait submergé des tiges dans la teinture de tournesol rouge par l'acide sulfurique. Le 16 août à neuf heures du matin, les plantes avaient une légère odeur qui n’était ni l'odeur propre à cette espèce, ni l'odeur de putréfaction. Les tiges s'étaient d’ailleurs recourbées, mais elles avaient noirci à leur extrémité libre, effet que j'attribue en grande partie à l’action de l'acide sulfurique. Quoi qu'il en soit, cette dernière observation était un nouvel exemple de la sensibilité des parties herbacées pour la lumiere rouge.

Les expériences et les observations contenues dans ce chapitre montrent que l'eau ordinaire n’exerce point d'action toxique, délétère, sur les parties vertes des plantes herbacées, Toujours il est vrai, au bout d’un temps de durée variable avec les circonstances dans lesquelles on opère, la tige se flétrit, s’altère et se putréfie; mais la mort parait survenir par le double effet d’une privation d’air et d'aliments; il n’y a pas empoisonnement mais bien inanition et asphyxie. Une des causes principales de la mort du sujet dans ces circonstances, l’inanition, était particulièrement accrue, dans les cas précédents, par le mode de végétation. La plante soumise à l'expérience était adulte et par conséquent devait puise! sa nourriture dans le sol et dans l'air. Or, par l’effet même de sa situation, sa tige submergée et ses racines enterrées, ces deux actes devaient être considérablement atténués et entravés, Ne pourraiton trouver des sujets moins défavorablement disposés que ces plantes pour des tentatives de cette nature? oui évidemment en prenant des plantes encore en germination, ou bien des plantes bulbeuses.

Je n’ai point encore fait d'observations suivies sur les plantes en germination et immergées dans l’eau par leur tige, c’est un point que je réserve pour des recherches ultérieures, Je ne m'occuperai donc ici que des plantes bulbeuses.

Depuis la jolieexpérience du marquis de Gouflier (2), il n’est point d’horticulteur ou simplement d’amaleur qui n’ait fait végéter et fleurir des cignons de jacinthes en les renversant sur le goulot d’ane carafe ; de manière à plonger seulement dans l’eau la pointe de l'oignon. Dans ce cas la vie s’entretient plus longtemps que dans les pieds de fèves des expériences précédentes ; et, en outre, la végélalion est beaucoup plus active. Ce double résultat tient à ce que Ja jacinthe reçoit, par son bulbe, de l'air et des aliments en quantité suffisante. Mais il faut bien le remarquer, en raison des ressources alimentaires que le bulbe contient, c’est surtout de lair qu'il importe de donner au végétal pour entretenir son existence, On retrouve ici des circonstances et des conditions fort analogues à

(1) Journal de physique de l'abbé Rozier, mai 1778,

celles que nous avons signalées précédemment, dans notre étude de la germination des plantes submergées.

Cette vue théorique se trouve pleinement confirmée par les résultats fournis par une expérience dont j'ai publié les détails il y a quelques années (1).

J'avais résolu à cette époque de répéter, en la variant, l'expérience du marquis de Gouffier.

J'ai choisi un vase de grès à large goulot, de ceux qui servent dans les laboratoires à renfermer certains produits chimiques solides. Après l'avoir rempli d’eau ordinaire, j'ai placé sur son orifice un oignon de jacinthe dans une situation renversée, la pointe du bourgeon terminal plongeant dans l’eau et le corps du bulbe restant au contraire exposé à l'air libre.

En opérant ainsi, je contrariais le cours normal de la végétation :

1° En obligeant la plante à changer l'orientation de son axe;

2° En submergeant la région que devait ultérieurement occuper la tige, et en privant au contraire d'humidité l'organe d’où naîtraient les racines ;

3° En maittenant à l'obscurité la tige et ses dépendances, et laissant au jour la racine.

Malgré ces changements, la végétation eut lieu, les feuilles se développérent successivement, puis les fleurs s’épanouirent à leur tour.

Voici quel était l’état de la jacinthe au moment de sa floraison.

La base du plateau est privée de racines, et nulle part du reste on ne rencontre de ces -organes.

La partie foliacée est complétement étiolée; les feuilles possèdent bien leurs dimensions et leur consistance ordinaires, mais elles sont toutes d'un blanc légèrement jaunâtre. De plus la hampe, avant de fleurir, a recourbé son extrémité libre en forme de crochet, et la pointe a repris ainsi son orientation ordinaire.

Six boutons se sont épanouis; les autres commencent à s’altérer sans s'ouvrir. Les fleurs ont une coloration rouge solferino et le parfum ordinaire.

(1) Henri Emery, De l'influence de l'obscurité sur la végétation (Adansonia, t. I, juin 1863, p. 267 et suiv.).

Une autre jacinthe élevée de la même manière a présenté les mêmes particularités; ses fleurs étaient d’un bleu très-franc.

Les feuilles de la première plante ont des stomates qui présentent tous les caractères qu’on observe dans ceux qui se montrent sur les feuilles de jacinthes développées dans les conditions ordinaires. Au contraire, les racines d’une autre plante de la même espèce, mais qui a végété la base posée sur le goulot d'un vase de verre, n’en offrent pas de traces. En outre, les sépales de la plante étiolée ont également des stomates.

Enfin, en examinant une de ces fleurs épanouie depuis une dizaine de jours environ, j'ai été frappé de trouver le pollen parfaitement constitué et intact, au moins en apparence, dans des anthères dont les parois étaient décomposées et comme réduites en bouillie. L'ovaire renfermait un grand nombre d'ovules ; je n'ai pas trouvé de boyaux polliniques; et d’ailleurs la durée anormale de ces fleurs ne donnerait-elle pas à penser que la fécondation n’a pas eu lieu?

Après être restés en fleurs pendant un certain temps, les tissus jusqu'alors parfaitement sains et nets dans les deux plantes ont commencé à se recouvrir de cette matière incolore glaireuse dont j'ai déjà parlé ; puis la décomposition à fait de rapides progrès, et les jacinthes sont mortes en présentant toutes les particularités caractéristiques de la putrefaction, sous l’eau et à l'obscurité, des matières végétales.

Ces phénomènes produits par l'immersion des tiges de jacinthes sont trés-propres à montrer toute linfluence que l'air exerce sur ce genre de manifestation. En effet, comme je l’ai annoncé plus baut, j'ai répété à diverses reprises ces expériences en submergeant complétement les oignons ; et, soit à la lumière, soit à l’obscurite, toujours les plantes sont mortes rapidement sans avoir végété. Cependant le mode d'alimentation était le même dans les deux cas, le mode de respiration seul différait et entrainait rapidement l’asphyxie pour les végétaux entièrement submergés.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

L'eau n’est point un agent toxique pour les organes foliacés dans laquelle ils plongent. Dans ce nouveau milieu les tiges et les racines s'orientent de la même manière que dans l'air, ainsi que Bonnet l’a observé le premier. Leur accroissement se continue tant qu'ils reçoivent de l'air et des aliments en quantité suffisante; et la mort du sujet, qui survient toujours dans un espace de temps de durée variable, est le résultat d’une double influence : l'asphyxie et l’inanition.

Certains liquides colorés, comme la teinture bleue de tournesol, partagent sous ce rapport l’innocuité de l’eau ordinaire; tandis que d’autres liquides, comme l’eau de mer et la dissolution de perchlorure de fer, exercent sur les plantes une action toxique d'énergie variable.

Enfin certaines substances, comme le perchlorure de fer, peuvent être favorables à la végétation quand ils agissent sur les racines ; et au contraire très-nuisibles lorsque leur action immédiate se porte sur les liges.

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