CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Le végétal est une individualité multiple dont les différents termes sont représentés par les bourgeons. Cette association est essentiellement fixée au sol, et chacun de ses membres possède une vie propre, tout en participant activement à la vie de l'ensemble.
Les caractères essentiels de l’économie végétale résultent de cette attache invariable de la plante au sol qui l'a vu naître.
Privée de la faculté de locomotion, elle ne saurait fuir les influences funestes à son organisation, et aller au devant des influences favorables à son existence ; elle est sous la dépendance immédiate et absolue des agents extérieurs. Incapable de pourvoir par ellemême, comme le fait l'animal, à son alimentation, elle ne saurait se créer un régime propre ; elle doit subir celui qui naît fortuitement des hasards qu’elle traverse. Son existence dépend aonc des ressources du lieu qu’elle habite, et rien en elle n’est capalie de modifier l’ordre de choses établi sans sa participation.
Dans de telles conditions, il faut à un organisme vivant une force de résistance très-energique, pour supporter sans périr, les brusques variations du chaud et du froid, de la sécheresse et de l'humidité, de l’extrème abondance et des privations excessives. Le caractère dominant de l’organisation végétale doit donc consister surtout dans une grande force de résistance, dans une puissante vita-
lité, C’est ainsi que, dans les typesinférieurs de l'animalité, comme VI. 2
les causes de mortalité se multiplient à mesure que l'organisme se simplifie, nous voyons la vitalité grandir rapidement. Mais cette force conservatrice de l'individu a nécessairement une limite; et quand les chances de la dépasser augmentent, alors s’accroit simultanément une autre force, protectrice de l'espèce, et qui prend sa source dans la puissance de propagation de l'individu.
Il est encore une conséquence remarquable de ce caractère fondamental de la plante.
Ainsi fixé au sol, et astreint d’ailleurs à une propagation active en raison même des dangers incessan(s qui menacent sa vie, l'individu végétal se crée bientôt une famille nombreuse, dont les d.vers représen(ants se succèdent donc très-rapidement dans le même lieu. Par suite le type spécifique, ainsi reproduit des millions de fois au milieu du mème ordre de choses, doit acquérir par là, une fixité, une constance incomparablement plus grande que celle que peut obtenir un type animal, chez lequel les pérégrinations individuelles favorisent les croisements des races, et multiplient les changements climatériques, circonstances toutes deux éminemment favorables à la variation des types.
La fixité dans le type tend d’ailleurs à diminuer la vitalité dans l'individu. Car, si un concours particulier de circonstances parvient à surmonter la résistance de la première force, l'organisme végétal devra périr, ou bien subir des transformations susceptibles de le mettre de nouveau en parfaite harmonie avec le monde extérieur. Ces modifications, alors devenues nécessaires, seront évidemment entravées par la résistance du type à la variation. De cette situation naitra pour l'individu végétal, une délicatesse de tempérament, si je puis parler ainsi, qu'il n’aurait point sans cela.
Maintenant quelle est exactement la grandeur de cette force de résistance ? Et, lorsque l'organisme en action est enfin dominé par les influences extérieures, peut-il se modifier de manière à se mettre en harmonie avec le nouvel état de choses? S'il en est ainsi, entre quelles limites sont renfermées ces métamor-
phoses ? Le temps est-il leur indispensable auxiliaire, et faut-il voir se succéder plusieurs générations avant d’en constater les effets ?
Tels sont les points principaux d’un problème, dont Ja solution intéresse également et au plus haut degré la philosophie naturelle et une pratique horticole sage et raisonnée. Ce sont des documents pour cette grande question que je me suis efforcé de rassembler dans ces études.
Parmi les agents naturels de la végétation, il n’en est aucun de plus influent, et dont l’action amène des effets plus énergiques et plus variés que l’agent aqueux. Aussi est-ce à l'étude de l’eau, considérée comme agent physiologique, que je me suis tout d’abord attaché,
Quand on envisage la végétation dans son ensemble, on reconnait que les plantes peuvent vivre dans trois milieux différents : la terre, l'air et l’eau; mais quel que soit le milieu, 1l doit renfermer une certaine quantité d'humidité , sous peine d’être mortel au végétal ou portion de végétal qui l’habite. Les unes, les plantes terrestres, vivent : les racines dans la terre, la tige et ses dépendances dans l'air ; les autres, les plantes aquatiques, végetent : les racines dans le sol, et la tige totalement ou partiellement submergée; enfin un bien petit nombre d'espèces n’habitent qu'un seul milieu, comme les truffes dans lesol et les conferves dans l’eau.
J'ai voulu rechercher, dans ce travail,quels étaient les accidents éprouvés par la plante terrestre que l'on force de végéter à la manière des plantes aquatiques. Mes études comprennent trois parties distinctes.