‹ Adansonia; recueil d'observations botaniquesChapitre 53 sur 132 · I. ACANTHOLOMA Gaudich · texte numérisé non relu

I. ACANTHOLOMA Gaudich

Nous avons rappelé ailleurs {2) l'introduction qui fut faite, il y a quelques années, dans les serres de différents horticulteurs parisiens, puis dans celles du Muséum, d'une très-belle plante à feuilles allongées et épineuses sur les bords, qu’on désignait dans le commerce sous les noms d’'Hippomane spinosa, ilicifolia et longifolia. Son port et le suc laiteux qu'elle contenait en abondance lui donnaient l'apparence d’un certain nombre d'Euphorbiacées, en même temps que ses slipules supra-axillaires rappelaient beaucoup celles des Artocarpées. « Ses feuilles, disions-nous, ressemblent aussi à celles de certains Sorocea; de sorte que cette plante tient à la fois par l’aspect aux Morées et aux Euphorbiacées. » La patrie de cet arbuste était alors totalement inconnue des jardiniers ; mais nous eûmes occasion d'en retrouver un échantillon parmi les Artocarpées provenant de l’Herbier impérial du Brésil, dont les doubles ont été rapportés au Muséum par Gaudichaud. Celui-ct à pensé que cette plante devait être considérée comme le type d’un genre particulier auquel il a donné le nom d’Acantholoma; nous avons done nommé la plante À. spinosum, el nous en avons donné la description sommaire que nous reproduisons ici :

Acantholoma Gaunicn., mss., in herb. Mus. par.— Hippomane

(1) Adansonia, 1V, 257; V, 221, 305; VI, 15.

(2) Horticulteur français, XV (1865), 256.

spinosa #. ». (an L?). — H. longifolia et ilicifolia mort. Arbor humilis (ad 1 m. + alla) (A); caule erecto tereti (ad 2 cent. crasso); corlice glabro ruguloso (griseo) longitudine striato, cicatricibus remote alternis obovatis orbicularibusve (albescentibus) foliorum delapsorum et cicatricibus longe arcuatis (fuscatis) transverse linearibus stipularum notato. Folia, ui planta fere tota, valde lactescentia, superiora adscendentia, inferiora declinato-refleæa ; intermedia autem subhorizontalia breviter peliolata oblongo-subspathulata (ad 50 cent. longa, 10 cent. lata), basi longe attenuata ; apice rotundato; subæquali-fissa ; lobis acute spinescentibus pungentibus demum fuscalis ; penninervia fere avenia ; nervis primariis paralleliter obliquis v. ferme transversis ; costa pallidiori subtus prominula; limbo cœlerum glaberrimo, supra lucido lœvr, subtus pallidiorri. Petiolus teres glaber robustus (ad ? cent. longus), crassitudine pennæ anseritiæ, lineis fuscatis circinnatis transverse notatus. Shipulæ supraaæillares geminæ inter se connatæ ovatoacultæ glaberrimæ (eas Artocarpearum referentes). Flores monœæct, aut in sumimis ramulis brevibus aæillaribus spicati, fœæmineis 4;, 2 inferioribus ; reliquis masculis alternis in axilla bracteæ brevis glandulis 2 stipulaceis oblongo-scutatis munitæ; androphoro tereti ereclo antheras sessiles 3 extrorsas cum calycis campanulali dentibus 3 allernantes gerente ; bractea fæmineorum glandulis 2 carnosts late ovalis complanatis shipata ; ealyce crassissimo 3-mero ; lobis in alabastro contortis ovarioque arcte adpressis ; ovario tenui conico à-loculari 3-ovulato ; stylo erecto mox 3-fido ; lobis subulals revolutis intus dense papillosis.

Nous avons fait remarquer, tout en donnant cette description sommaire de l’Acantholoma, que ee genre se rapprochait bien moins des AHippomane que des Stillingia, que sa fleur femelle était à peu près celle d’un Sapium ; et, si l’on ne conserve pas comme distinet le genre admis par Gaudichaud, à cause de l’organisation de ses stipules, de son androcée, du calice des fleurs des deux sexes et, comme nous le verrons plus loin, du développement

(4) Aujourd'hui la plante a atteint plus de 2 mètres de hauicur,

énorme que prend, dans son fruit, la columelle, c’est parmi les Sapium, les Stillingia, et non parmi les Manceniliers, qu’il faudra le placer à titre de section.

Plus tard, nous avons retrouvé, dans les jardins anglais, le même végétal cultivé partout sous le nom d’Hippomane spinosa L., et nous l'avons encore revu dans l’herbier de Kew, envoyé par l'herbier de Berlin qui l'avait reçu de M. Sellow, et nommé par Klotzsch Pachystroma, nom générique qui n’a pas été publié jusqu'ici et auquel le nom également manuscrit d’Acantholoma doit être préféré, à cause de son antériorité. Récemment enfin, la plante dépourvue de fleurs a été observée par nous dans les collecions de Guillemin (cat. n. 697) qui l'avait cueillie à Rio-Janeiro. Nous ne savons de quelle partie du Brésil viennent les échantillons de Sellow; ceux de l’Herbier brésilien (n. 3) sont indiqués comme provenant de la province de Rio-Grande-do-Sul.

Il s’agit donc ici d’une espèce originaire du Brésil méridional, et dont la patrie est bien éloignée de celle des véritables Hippomane. Elle est en tous cas bien différente de l'A. spinosa de Linné (Spec., 1432), que Willdenow (Spec., VII, 573), Persoon (Synops., I, 589) ,Steudel({Vomencl.)et tous les auteurs reconnaissent comme synonyme du Sapium ilicifolium W., plante représentée par Plomier (Zcon., 171, f. 1) et par Plukenet (Almag., 197, t. 196), sous les noms de Mancinella Aquifolii foliis, et de Llexæ Aquifolii folio americana, et dont l’herbier de Vaillant renferme un échantillon sans fleurs, avec des feuilles ovales ou obovales, entières ou découpées en un fort petit nombre de dents épineuses, et à peine plus longues que larges ; ce qui est loin d’être le cas de notre Acantholoma, dont les feuilles sont souvent six fois plus longues que larges et pourvues de dents épineuses très-nombreuses sur les côtés.

Les particularités les plus dignes d'être signalées dans cette curieuse Euphorbiacée, sont relatives :

4” Au mode d'insertion de ses stipules. Celles-ei sont réellement latérales el au nombre de deux. Mais leur insertion est sou-

levée d’une quantité variable au-dessus de l'insertion même du pétiole ; et, devenant connées entre elles, ou simplement rapprochées par leurs bords, sans adhérence réelle, elles forment à un certain âge un seul sac conique qui enveloppe toutes les feuilles supérieures non encore développées, et ne contribuent pas médiocrement à donner l’apparence d’une Artocarpée à une plante qui, sauf la nervalion, présente les feuilles d’un Sorocea.

2° A l’organisation de la fleur mâle. Son calice est une sorte de cornet gamophylle, partagé seulement en deux lobes dans la portion supérieure. Le réceptale se prolonge au centre de la fleur, sous forme d’une colonne cylindrique qui porte sur ses côtés, un peu au-dessous de son sommet, trois anthères sessiles, extrorses, alternes avec les divisions du périanthe.

3° A la structure de la fleur femelle. Elle est entourée d’un certain nombre de lames glanduleuses, épaisses, qui de loin simulent un périanthe, et qui ne sont autre chose que les bractées florales munies de deux glandes stipulaires à développement énorme. Quant au véritable calice, formé de trois sépales tordus dans la préfloraison d’une manière très-prononcée, il est si étroitement appliqué, jusques à son sommet, contre l'ovaire sur la surface duquel il semble se mouler exactement, qu'on ne le distingue pas du tout au premier abord du gynécée. L’ovaire est à trois loges alternes avec les sépales, uniovulées ; surmonté d’un style à trois branches entières, révolutées, papilleuses sur toute leur surface intérieure.

h° Aux dimensions relatives des différentes portions du fruit. Nous n'avons vu celui-ci que sur un échantillon de Sellow, dans l’herbier de Kew. Les trois feuilles carpellaires s'étaient, ainsi que les graines, probablement müres, détachées de la columelle. Celleci persistait sous forme d’une épaisse pyramide à trois pans, présentant une consistance ligneuse, une largeur de base sans exemple dans les autres genres de la famille des Euphorbiacées, et, outre les cicatrices linéaires, verticales, indiquant les points où la paroi convexe des loges venait se joindre à l'axe central du fruit,

trois petites taches équidistantes, répondant aux faces de la pyramide, et au point d'insertion des graines sur la columelle.

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