‹ Addition à l'exposé des titresChapitre 7 sur 9 · DIVERS · texte numérisé non relu

DIVERS

Plusieurs de mes travaux, en rapport indirect seulement avec la pathologie chirurgicale, ont eu pour point de départ des intentions que je tsrôït devoir faire connaître.

La lecture des journaux et des travaux scientifiques publiés à l’étranger m’avaient montré qu’il y avait en dehors de nos frontières beaucoup de choses dignes d’attirer notre attention. En 1858, un séjour de six mois dans les hôpitaux de Londres, dans le but d’étudier la chirurgie anglaise et la question des résections articulaires, ma participation à la campagne d’Italie en 1859, dos voyages en Angleterre, en Écosse, en Irlande, en Belgique et en Hollande pour y poursuivre l’étude des questions d’hygiène hospitalière et de thérapeutique chirurgicale, amenèrent dans mes idées une véritable transformation. Ce n’était point dans un but de plaisir on de curiosité, pour visiter les musées ou les monuments, que je sacrifiais à ces excursions mes faibles ressources pécuniaires; c’était pour étudier tout ce qui de près ou de loin appartenait au domaine si vaste de la science médicale. L’organisation des hôpitaux et des secours hospi- , taliers, l’organisation de l’enseignement médical, firent surtout l’objet de mes préoccupations. Avant de franchir pour la première fois nos frontières, je croyais à une supériorité incontestable de la France sur tous les points. Je ne tardai point à voir que sur beaucoup d'entre eux nous entretenions de fâcheuses illusions, et des voyages ultérieurs, surtout celui que je lis en 1861 au nom de l’administration des hôpitaux, ne firent que confirmer de sérieuses inquiétudes sur l’avenir de mon pays.

Je m’adonnai à l’étude des langues étrangères et je me vouai à ce rôle ingrat, dont j’ai si souvent ressenti l’amertume et dont je ne me suis jamais dissimulé le danger personnel, de montrer, de mettre en relief les défectuosités de notre organisation, c’est-à-dire de laisser à dessein de côté tout ce qui était à approuver, tout ce qui faisait notre supériorité (puisque sur des points divers et heureusement nombreux il n’y avait rien d’essentiel à modifier), pour rechercher, au contraire, et pour mettre en lumière tout ce qui en France était défectueux, tout ce qui pouvait être utilement modifié, en. profitant de l’expenence acquise par nos voisins. Sans illusion, et je tiens à honneur de pouvoir dire : sans faiblesse, je n’ai pas reculé devant l’accomplissement .de ce que je regardais comme un devoir ; je n’ai pas hésité, par dévouement pour mon pays, à mettre à découvert ses défauts et à faire ressortir les qualités de l’étranger, souvent même celles de l’ennemi. J’ai montré l'infériorité de nos résultats statistiques aussi bien dans la pratique hospitalière civile que dans la pratique militaire; j’ai montré l’infériorité de notre hygiène hospitalière ; les desiderata de ^-organisation de notre enseignement médical ; l’abaissement progressif de notre natalité ; nos illusions sur la durée de la vie moyenne et sur les déductions qu’on croyait pouvoir tirer des calculs erronés de la .statistique officielle;,l’influence désastreuse du recrutement sur le mouvement de la population ; l’inquiétante proportion des naissances illégitimes (1 sur 4 à Paris, 1 sur 25 à Londres) ; le danger du développement excessif de la prostitution à Paris ; l’excessive mortalité des jeunes enfants rapprochée de la forte proportion des naissances illégitimes, et, dans un ordre de choses un peu plus médical, la déplorable organisation de la chirurgie militaire. Toutefois, ennemi acharné du dénigrement et de l’opposition stérile, j’ai cherché à montrer partout le remède à côté du mal, et je n’ai même signalé le mal que lorsque j’avais a proposer le remède. Je ne me suis point demandé si en suivant cette voie, si en faisant de périlleuses excursions en dehors du domaine exclusivement chirurgical, je ne m’exposais pas à me nuire à moi-même ; il me suffisait de savoir que je pouvais être utile à tous.

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