CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Anciennes éditions, T'.i,p.ag. xxxvj, lig. i5 : — édition Béclard, T. i, pag. 2 , lig, f8 : — « En. donnant l'existence à chaque corps, la nature lui imprima un certain nombre de propriétés qui le caractérisent, etc.. »
Il résulte de ce passage remarquable de VAnatomie générale, que Bichat prend pour synonymes les expressions lois , propriétés de la matière , et qu'il considère comme identiques les idées qu'elles représentent à l'esprit : or c'est là une erreur trèsgrande , à mon avis , et qu'il importe d'autant plus de signaler en commençant , qu'elle a été la source d'erreurs plus graves, sur esquelles j'appellerai par la suite l'attention des physiologistes. En effet , les lois , toujours placées au-dessus de la matière , la tiennent dans leur dépendance , sans être en rien influencées par elle ; les lois déterminent les formes etla composition des corps ; formes et composition desquelles résultent pour ceux-ci les propriétés qui les caractérisent ; les lois sont immuables comme la source première de laquelle elles émanent ; la matière seule est changeante, et ses modifications entraînent comme conséquence nécessaire la modification des propriétés qu'elle revêt d'une manière plus ou moins durable. Le chaos , sans doute , était la matière sans propriétés : mais pour créer l'univers, l'auteur de toutes, choses resta dans une sphère plus élevée que celle qui lui est assignée par Bichat ; il institua les lois qui nous régissent, physiques, et vitales; et aussitôt un grand mouvement , une sorte de, fermentation s'établit au sein de la matière jusqu'alors immobile
inerte ; et l'on vit apparaître mille composés , différens les uns des autres sous les rapports de la structure et des propriétés. Tous furent doués de gravité, d'élasticité, d'affinité, etc., et quelquesuns , plus privilégiés , possédèrent en outre la sensibilité et la conlractilité. A côté du fer, remarquable par sa dureté , vint se placer la molle argile ; à côté du végétal fixé au sol , l'animal qui se meut à sa surface ; le fer et l'argile , peu compliqués de composition , eurent des propriétés simples et faciles à apprécier, leurs élémens peu nombreux eurent beaucoup d'affinité réciproque, ils devinrent moins attaquables par les agens extérieurs, et partout leurs propriétés furent remarquables par leur stabilité ; le végétal et l'animal , au contraire , d'une structure plus complexe , formés d'élémens plus variés , et pour cela même moins cohérens , furent plus attaquables par les circonstances extérieures , et leurs propriétés présentèrent un caractère tout spécial de mobilité.
En résumé , dans un corps quel qu'il soit , il faut distinguer trois cboses : i° la matière qui le compose ; 2" ses propriétés , qui ne sont que la traduction extérieure de sa structure ou composition ; 3° les lois qui ont déterminé cette structure, et qui la maintiennent pour un temps variable. ( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. \,p. xxxix, lig. 23; — édition Béclard , T. t, p. 6, lig. 5. — « Voyez combien les sciences physiologiques diffèrent encore des sciences physiques, etc..»
Que l'on reconnaît bien , dans ce passage , Bichat tout entier ! Combien, parce peu de mots , se trouve caractérisé ce génie mpalient et créateur, qui plus d'une fois sans doute dépassa les limites posées à son époque par les faits , mais qui le plus souvent sut lire juste dans le livre à peine ouvert de la nature , et remplit ses ouvrages de ces aperçus lumineux et nouveaux qu'ont déjà fécondés , et que féconderont encore les médecins les plus habiles ! Bichat s'indigne en voyant les sciences physiques l'emporter sur la physiologie , sous le rapport de la pei-
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fection ; et , sans s'arrêter à rechercher la véritable cause de cette différence , il médite , par une conception hardie , d'élever les unes et les autres au même niveau , en posant pour les sciences physiologiques des principes d'où l'on puisse déduire , comme conséquence, les faits qui les composent. Mais, il faut le dire , telle n'est pas la marche que doit suivre l'esprit humain dans la recherche du vrai : loin de descendre de principes établis à priori, à l'observation postérieure des faits particuliers , il doit au contraire considérer ceux-ci comme les degrés qui conduisent au faîte de l'édifice de la science. Cette méthode , à la vérité , est lente dans ses progrès , mais elle est infaillible dans ses résultats : tandis que la première , plus rapide et plus séduisante, est trop souvent trompeuse et stérile; trop souvent surtout , elle oppose de fâcheuses entraves au perectionnement de la science , en la représentant comme parvenue à son terme , alors qu'elle touche encore à son berceau. La tentative de Bichat , relativement aux lois vitales , est malheureusement trop empreinte des vices de cette méthode. Il ne fallait pas , en effet , créer quelques lois vitales , comme on verra plus loin que Bichat l'a fait réellement ;mais il fallait observer les phénomènes des êtres vivans, il fallait les cpmrarer , les généraliser , et s'élever ainsi à la connaissance d'un certain nombre de lois premières , qu'alors on aurait appelées vitales , si l'on avait voulu, mais en convenant que cette dénomination n'est et ne peut être que provisoire , que les choses qu'elle représente à l'esprit ont besoin d'être analysées , et que des recherches ultérieures sont nécessaires sous ce rapport , soit pour classer ces lois d'après leur nature intime , soit pour calculer leur force et leur influence. C'est ainsi qu'a procédé le célèbre Newton , et c'est par cette méthode qu'il est arrivé aux découvertes qui perpétueront à jamais sa mémoire. En effet , qu'on ne s'y trompe pas , Newton n'a jamais dit que l'attraction fût chose bien réelle , bien établie : il a montré que tout se passe comme si cela était. On savait d'ailleurs, avant ce grand homme , que les corps sont attirés les uns vers les autres : aussi sa gloire véritable , son titre à l'immortalité , ne consiste-t-il pas dans la considération de l'attraction comme loi
générale des corps ; mais dans la mesure de cette attraction , qtri agit en raison directe des masses et inverse du carré des distances , et surtout dans l'application du calcul au système planétaire , application grande et sublime , qui nous a révélé le mécanisme du monde, en nous montrant ^ suivant l'expression de Bichat , la simplicité des causes réunie à la multiplicité des effets. ( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. i, p. xliij, lig. 26; — édition Béclard, T. 1, p. 10, lig. 19 : — « L'homme et les espèces voisines jouissent de toutes les propriétés vitales, etc.. »
Que , par le nom de propriétés vitales organiques , Bichat exprime les lois qui régissent la matière dans les êtres organisés en général , et qu'il applique spécialement la qualification de propriétés vitales animales aux lois de cette matière plus compliquée sous le rapport de composition qui forme certaines parties des animaux , la chose se comprend : c'est sa manière de voir ; elle est très— ingénieuse , et sous ce rapport , au moins , elle doit être préférée à beaucoup d'autres ; mais il ne faut pas perdre de vue que c'est là seulement une manière de concevoir les choses, et non l'expression d'un fait réel.
Qu'est-ce en effet, par exemple, qu'une sensibilité et une contractilité organiques qui ne tombent point sous les sens? Je le demande : une explication de certains phénomènes vitaux, qui aurait pour base ces deux prétendues propriétés vitales , ne ressemblerait-elle pas assez bien à celle que le célèbre Galilée, dans un accès d'humeur , donna jadis à ces fontainiers de Florence , qui le consultaient sur la cause, alors inconnue, de l'ascension de l'eau bornée à une certaine hauteur dans les pompes ? ( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. i , p. xliv , lig. 19; — édition Béclard, T. i,p. 1 1 S lig. i^' — « De l'influence de la contractilité organique sensible... »
La contractilité organique sensible ne diffère en rien essentiellement dans les muscles qui en sont doués , de la contractilité animale ou volontaire que possèdentla plus grande partie des agens moteurs : lorsque ces propriétés sont mises en jeu, toujours la fibre se comporte de la même manière dans les deux cas. Or, suffit-il que la contraction dans les muscles du squelette soit soumise à la volonté , et qu'elle en soit indépendante dans les muscles du cœur , pour que l'on attribue à ces organes des forces contractiles différentes? Je ne le pense pas; la raison de ces variétés pourrait bien se trouver en debors des muscles. En effet, la disposition des nerfs et leur structure ne sont pas les mêmes de l'un et de l'autre côtés , et comme ces cordons sont partout les conducteurs des influences motiles, n'est-il pas très-probable que de là seulement découle la variété des phénomènes que l'on observe? Il est tellement vrai, au reste, (rue, les nerfs , suivant les circonstances dans lesquelles ils se trouvent , ont une grande influence sur le mode de contraction des muscles , que , dans les affections nerveuses , alors que les nerfs de la vie animale subissent des modifications évidentes , sinon pour l'anatomiste , du moins pour le médecin , les muscles ordinairement soumis à la volonté sont soustraits à son influence, jusqu'au moment où , l'orage cessant , le système nerveux reprend son état normal. Vainement, pour expliquer ces phénomènes, dirait-on, avec Bichat , que les muscles ont aussi la contractilité organique sensible , et que c'est elle qui , exaltée dans les circonstances que je viens de signaler, annihile la contractilité animale : on n'échapperait ainsi à l'objection que par une subtilité très-ingénieuse, sans doute , mais dont le peu de fondement frapperait tous les bons esprits. (F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. i, p. xlv, lig. 18; — édition Béclard, T. i, p. 12, lig. i5 : — « Tons les phénomènes physiologiques, tous ceux des maladies , se rapportent en dernier résultat à une des propriétés vitales... »
Sans doute il est d'une incontestable vérité, que les maladies apportent des modifications très-remarquables dans l'état pbysiologiqne des organes qui en sont affectés; mais est-ce à dire pour cela qu'alors les lois de la vie ont été modifiées en elles-mêmes? Quoi! parce qu'un agent étranger, et partant nuisible , s'est introduit dans l'organisation et en dérange les ressorts cachés , suivant ses qualités particulières , les lois de l'organisation seraient altérées ! Non , la chose est impossible ; il n'y a de changé , d'altéré , dans ces cas , que la matière organique , et les phénomènes qu'elle accomplit sous l'influence des lois vitales. Mais ces lois restent constamment en dehors de toute atteinte ; de même que , dans le monde inorganique , l'attraction et les autres lois de la matière demeurent toujours essentiellement les mêmes , quelque modification que subissent les corps , suivant les circonstances dans lesquelles ils se trouvent. Ici évidemment l'erreur est née de la confusion de ces expressions , lois de la vie, et propriétés des corps vivans : car , ces dernières sont réellement altérées, dans les maladies, mais autrement que le dit Bichat , c'est-à-dire d'une manière consécutive à une altération de la matière organique elle-même. Trop enthousiaste des lois vitales qu'il avait créées d'un trait de son génie, Bichat s'est trop laissé entraîner à les faire entrer dans le domaine de la thérapeutique. Croit-on , en effet, que la science est beaucoup plus avancée, quand on a dit que les cataplasmes, etc., agissent sur la sensibilité organique et sur la contractilité organique insensible ; que l'émétique met en jeu , au contraire, dans l'estomac, la contractilité organique sensible, (ce qui , soit dit en passant , n'est pas exact , comme l'ont prouvé les expériences de M. Magendie ) . Ces phrases sont plus sonores , sans doute , elles paraissent plus savantes au vulgaire des hommes ;
mais en réalité elles sont obscures , vides de sens, et n'expliquent ea rien les phénomènes. (F. Blandin.1
Anciennes éditions , T. i , p. lij , Ug. 17; — édition Béclard, T. 1, p. 19, lig. 20 : — « Un intervalle presque immense sépare les phénomènes physiques et physiologiques: or, cet intervalle naît de celui qui existe entre les lois des uns et des autres... »
Sans doute, un immense intervalle sépare les phénomènes que nous voyons journellement s'accomplir dans les êtres organisés , et dans ceux que nous appelons inorganiques ; mais cette différence dans les phénomènes entraîne-t-elle nécessairement une différence dans la cause qui les produit , comme Bichat l'indique ici ? Voilà une première question qu'il faut examiner : elle touche de trop près celle de l'essence des propriétés vitales et physiques comparées. Or , il est évident que de la même cause, du même principe, peuvent découler mille conséquences différentes, mais non pas opposées, non pas contraires. En effet, qui ne sait toute la différence qui existe entre les phénomènes de la chute des corps , et ceux de l'agrégation des molécules d'un même corps? Eh bien, cependant, les uns et les autres découlent d'une source, d'une raison communes, l'attraction. Là, c'est l'attraction à distance ; ici, c'est encore l'attraction , mais agissant entre des molécules , et presque au point de contact. Qui ne sait la dislance qui sépare les phénomènes précédens, de ceux qui sont caractérisés par le passage dans les vaisseaux de nos organes , d'un corps fluide avec lequel ceux-ci se trouvent en contact , dans certaines circbns-^ tances ? Eh bien ! cette pénétration d'un corps dans le nôtre, cette absorption enfin , paraît cependant reconnaître encore pour principe cette loi si générale de la nature , l'attraction. C'est encore , en effet, par une simple propriété d'attraction capillaire, ainsi qu il résulte des expériences les plus récentes , que nos organes se
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laissent hygrométriquement imbiber des fluides , et que ceux-ci, arrivant dans nos vaisseaux, sont emportés par les courans qu'ils y trouvent établis. (F. Blandin. )
Anciennes éditions , T. i,p. liij , lig. 10; — édition Béclard, T. \,p. 20, lig. 18: — «Nous n'avons sur les phénomènes des fonctions vitales que des approximations, le plus souvent même incertaines... »
Certainement la science est encore loin d'être fixée sur ce qui touche la nature intime des lois qui régissent les êtres appelés organisés ; certainement , nous croyons que jusque-là il est rationnel de désigner par le nom de lois, de forces vitales , les lois , les forces qui produisent les phénomènes organiques : mais aussi gardons-nous de croire que par cette qualification nous avons tranché la question ; loin de là, ainsi que nous l'avons déjà fait observer , cette qualification doit être considérée comme purement provisoire, et à la suite seule, il appartient de montrer si elle doit être conservée ou bien remplacée par une autre plus convenable. La doctrine du pur vitalisme physiologique , que Bichat veut établir , séduit au premier abord ; mais quand on l'examine sans prévention , elle paraît assise sur des bases bien plus fragiles qu'on ne le croit généralement : je n'en veux pour preuves que les faits cités par Bichat lui-même. En effet, que prouve, contre la doctrine de l'identité des lois physiques et vitales , le fait du calcul exact appliqué aux phénomènes purement physiques, et celui de l'impossibilité dans laquelle nous avons été jusqu'à ce jour , de faire cette application aux phénomènes appelés vitaux? Rien , absolument rien. D'un côté seulement on voit des phénomènes simples, découlant de lois simples elles-mêmes , lois et phénomènes dont la relation est trèsfacile à saisir ; mais de l'autre , au contraire , la scène change complètement : les faits sont nombreux, compliqués, ils se pressent et s'associent de telle façon , que leur enchaînement est fort difficile à suivre , et que par suite il est plus difficile
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encore de remonter à la cause qui les domine ei les produit. Et si, jusqu'à ce jour, notre fragile intelligence n'a pu nettement apercevoir cette cause ; si son impuissance s'est déclarée plus encore , lorsqu'il a fallu prédire et calculer ses conséquences ; il se peut cependant que nous ayons considéré comme très-mobile et trèsvariable , ce qui , au contraire, est parfaitement constant et déterminé, lorsque les mêmes circonstances se rencontrent. En résumé, la différence que Bichat indique ici entre les êtres organisés et ceux qui ne le sont pas , est réelle dans l'état actuel de la science ; mais gardons-nous de la regarder comme absolue et comme posée à tout jamais. Plus tard , en effet (il est permis au moins de l'espérer) , lorsque nous aurons pénétré plus avant dans les mystères cachés de la structure intime de nos organes ; lorsque nous connaîtrons minutieusement le nombre et la proportion des élémens divers qui s'associent pour établir la composition chimique de nos tissus, en tenant compte exactement des diverses conditions extérieures ou intérieures dans lesquelles nous nous trouvons ; alors peut-être , mais seulement alors , on pourra prévoir , prédire et calculer les phénomènes appelés vitaux , comme on le fait pour quelques-uns , et non pour tous les phénomènes physico-chimiques • alors aussi peut-être on verra tomber les barrières qu'ont posées les physiologistes , entre les lois physiques et vitales ; et le problème si difficile et si compliqué de la vie sera résolu. (F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. i, p. liv, lis. 2 ; — édition Béclard, T. 1, p. 21 , lig. 8 : — « Rien, dans les sciences physiologiques, ne correspond à ce qu'est la thérapeutique dans les physiologiques... »
Poursuivant l'exposition de ses idées sur le vitalisme physiologique , Bichat établit ici comme une preuve nouvelle , en faveur de la fixité des lois physiques d'une part , et de l'instabilité des lois vitales de l'autre , l'altération de ces dernières dans les maladies , altération , ajoute-t-il , qui n'a rien d'analogue dans les lois physiques. Il est nécessaire d'examiner ce point
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important avec toute l'attention dont il est digne. D'abord je ne rappellerai pas ce que j'ai dit pour montrer que les lois qui régissent les êtres organisés ne sont pas altérées dans les maladies ; mais que seulement des élémens hétérogènes venant à pénétrer dans le sein de l'organisation , celle-ci se trouve modifiée ; modification matérielle , qui se traduit nécessairement à l'extérieur par un état différent de celui que l'on observait auparaAant , et qui constitue la maladie. Et en second lieu , qu'on ne s'y trompe pas ; on peut trouver dans les êtres organisés des déviations de l'ordre normal , comme dans la classe des êtres doués d'organisation; et ces déviations, bien que qualifiées d'une manière différente, ne sont pour cela ni moins réelles , ni moins remarquables. Ainsi, dans l'état ordinaire, abandonnez à l'évaporation solaire une forte solution d'hydrochlorate de soude, vous verrez bientôt se former, sur les parois du vase dans lequel vous ferez l'expérience , de beaux cristaux cubiques : mais changez un peu les conditions premières ; doublez la proportion de calorique employé à la vaporisation de l'eau ; alors cet élément nouveau que vous introduisez, altère votre cristallisation; celle-ci se fait encore, mais d'une manière confuse, d'une manière anormale, j'allais presque dire morbide. Mille autres preuves du même genre pourraient être citées , et s'élèveraient contre la théorie établie par Bichat , dans ce passage de l'anatomie générale. Sans doute les grands bouleversemens du globe sont rares , mais ils sont Lien réels ; Bichat lui-même ne peut les nier ; ils ne sont pas nouveaux ; et force est bien de reconnaître qu'ils tiennent, comme les maladies dans les êtres vivans , à des conditions différentes et accidentelles de la matière et nullement à des altérations dans les forces qui régissent celle-ci .
(F. Blandin.)
Anciennes éditions, T. \, p. liv, lig. 28; — édition Béclard, T. i,p. 22 , lig. 4 : — c< Appliquer les sciences physiques à la physiologie, c'est expliquer par les lois des corps inertes les phénomènes des corps vivans : principe évidemment faux... »
Peut-être ce principe n'esl-il rien moins que faux , et
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peut-être n'a-t-il paru lel que parce qu'il a été généralement mal compris et mal appliqué. En effet, en supposant qu'il fut établi de la manière la plus positive que des lois particulières régissent les êtres doués de la vie , il faudrait encore admettre que ces êtres, formés de corps inertes, sont en partie soumis aux lois de ceux-ci : par conséquent ces lois doivent jouer un certain rôle dans les êtres vivans ; seulement leurs effets y sont plus compliqués, parce qu'elles mettent en mouvement des corps élémentaires beaucoup plus nombreux. Ainsi, il ne faut pas s'attendre à trouver les phénomènes qu'elles produisent ce qu'ils sont dans les êtres inorganiques , et l'erreur se rencontre des deux côtés, soit que l'on veuille trouver seulement dans les êtres vivans les propriétés du monde inorganique avec la physionomie qui les caractérisent, et leurs caractères simples , soit que l'on cherche à démontrer que ces propriétés sont complètement étrangères à la matière qui a subi un degré plus élevé d'organisation. (F. Blandin.)
Anciennes éditions, T. i, p. lvj, lig. 19; — édition Béclard, T. i. p. 23, lig. 28 : — « H y a une identité constante dans les élémens des fluides inertes, tandis que les fluides des corps vivans varient sans cesse... »
Aussi long-temps que dure l'action des mêmes circonstances sur les corps inertes, comme sur ceux qui sont doués de la vie , la composition des solides ou des fluides reste la même, etsOus ce rapport il n'y a pas entr.e ces corps la moindre différence. Mais changez, au contraire, les conditions extérieures ou intérieures , dès lors aussi les affinités physiques ou vitales, modifiées, impriment aux corps et à leurs produits de notables modifications. Plus souvent sans aucun doute , et presque à chaque instant, on observe cette mobilité dans les êtres organisés ; mais gardezvous de la considérer en elle-même comme constituant un caractère propre et distinctif de ces corps ; là seulement enfin l'échelle des variations matérielles offre plus d'étendue , et par
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cela même ces variations sont plus remarquables que dans es êtres non vivans : voilà tout ; je défie qui que ce soit de trouver autre chose. ( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. i, p. lvij , Ug. i5; — édition Béclard, T. i , p. i(\ , lig. 26... »
Deux propositions que nous ne pouvons laisser sans examen sont renfermées dans ce paragraphe : la première , qu'tZ est de la nature des forces vitales de s'épuiser , de s'user avec le temps , tandis que l'inverse a lieu pour celles qui régissent les phénomènes purement physiques ; la seconde , que l'existence très-limitée des corps vivans , et la durée indéfinie de ceux que nous appelons inertes , sont le résultat des lois qui régissent les uns et les autres. Examinons successivement ces deux points :
D'abord il est clair que l'on peut raisonnablement soutenir, contre l'assertion de Bichat, que les forces physiques s'épuisent à la manière des forces vitales, et que dès lors ce caractère ne constitue pas une nature propre pour les dernières. Et, en effet, voyez ce qui a lieu lorsque vous placez un morceau de deutochlorure de mercure dans de l'eau distillée : l'eau , en vertu de son affinité pour cette substance , en attire vers elle une partie et se combine avec ses élémens ; mais cette combinaison se fait seulement dans certaines proportions qu'elle ne dépasse jamais , les conditions extérieures restant les mêmes ; bien plus , les mouvemens moléculaires qui président à cette fusion intime des deux corps que j'ai cités, espèce de vie qui se manifeste au sein du vase dans lequel on fait l'expérience , très-prononcés, très-actifs au commencement, subissent un continuel ralentissement depuis cette époque , jusqu'à celle où , la saturation étant devenue complète, le mouvement s'éteint et disparaît. Qui ne voit ici une sorte d'emblème de la vie ? qui n'aperçoit surtout qu'en raison de ces modifications dans l'intensité d'action des forces physiques , on peut très-exactement leur appliquer les phrases que Bichat considère comme propres aux seules forces vitales : exaltées d'abord , restées comme stalionnaircs
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ensuite, elles s'affaiblissent et deviennent nulles dans les derniers temps?
La durée très-définie des corps vivaris , et la durée peu limitée des corps inertes , ne me paraît pas établir davantage la séparation absolue de ces corps et des lois qui les régissent. En effet , la vie des uns et des autres , en dernière analyse , n'a d'autre but que celui de leur complet développement : or dans les uns et dans les autres ce développement, celte formation s'accompagnent de mouvemens variés d'attraction de certaines molécules , et de répulsion de quelques autres ; et aussitôt que la formation est achevée, le mouvement plus ou moins compliqué qui y a présidé cesse, la vie disparaît, et il ne reste plus qu'un cadavre , c'est-à-dire, un corps dont les élémens, saturés, ne réagissent plus les uns sur les autres , mais qui reste soumis à toutes les influences extérieures de destruction. Ainsi ce sont des cadavres également , cet arbre depuis long-temps détaché du sol qui l'avait vu naître, et dans lequel il ne se passé plus aucun de ces mouvemens qui présidaient à son accroissement ; et ce cristal dont les molécules constituantes, défini— tivementréunies, restentles unes à l'égard des autres, dans un état continuel de repos. Ici seulement le corps, privé de sa vie spéciale, résiste long-temps aux influences extérieures, parce que peu d'é— lémensentrent dans sa composition , el que, pour cette cause, peu d'affinités sollicitent sa destruction : là, au contraire, la désa"rénation est rapide, par cela seul que de nombreux élémens se trouvent en regard, et sont soumis à une foule d'attractions extérieures agissant dans des directions opposées et contraires. De la différence notable de décomposition que je viens de signaler, différence toutefois qui n'est pas fondamentale , comme on l'a vu , il résulte que plus la composition sera complexe , et plus sera grande et apparente la tendance à la décomposition , qui se manifeste après la cessation totale du mouvement de formation ; c'est aussi ce que l'on observe : les cadavres animaux , en effet, ne résistent que quelques instans, et d'autant moins encore que les animaux auxquels ils appartiennent sont plus élevés dans l'échelle. Les cadavres végétaux , au contraire, offrent une résistance beaucoup plus grande. Voyez les arbres en particulier : plusieurs années après que la vie a cessé pour eux , leur tronc conserve encore ses ca-
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raclères et sa résistance ; que dis-je? pendant la vie de ce tronc , déjà sa partie centrale, formée par le bois , était privée du mouvement de formation ; déjà c'était un cadavre , en dehors duquel la vie et l'accroissement continuaient encore d'une manière non douteuse. Dans les cadavres des minéraux enfin, s'il était permis d'employer cette expression, on voit arriver, à un degré bien plus marqué encore, ce que nous présentent les végétaux , les arbres surtout : ces corps résistent pendant des siècles à la destruction , et des mouvemens moléculaires de composition , d'accroissement et d'une sorte de vie se manifestent à leur surface extérieure, long— temps après l'entier développement de leur partie centrale, partie dont les élémens sont placés , les uns par rapport aux autres , dans un état de repos absolu et de saturation. Les minéraux, d'ailleurs , sont encore d'autant moins attaquables par les influences extérieures , que leur composition moléculaire propre est plus simple. ( F. Blandin. )
Personne certainement ne peut nier qu'il existe une palpable différence entre les êtres vivans et ceux qu'on appelle inorganiques. Mais quelle est la nature , quel est l ■ degré de cette différence? voilà la seule question à poser et à discuter. Suivant Bicliat , la séparation est complète entre ces êtres, parce que , suivant lui également, on ne peut établir aucune analogie entre les phénomènes qui se passent dans les uns et dans les autres , non plus qu'entre les lois qui y régissent ces phénomènes. Toutefois déjà , dans plusieurs notes précédentes , nous avons montré que cette différence , si frappante au premier abord , le paraît beaucoup moins quand on examine les choses dans leur profondeur , et qu'on les analyse avec le soin convenable: achevons ici d'établir cette vérité. D'abord l'accroissement des êtres, qu'on les appelle vivans ou non vivans , se fait toujours essentiellement de la même manière , c'est-à-dire par une véritable agrégation moléculaire , qui pourrait bien , dans tous les cas, être soumise seulement à l'attraction , et qui toujours certainement reste la même , soit qu'elle s'exerce à la surface de l'être , soit qu'elle se fasse de dedans en dehors , la substance qui doit être ajoutée pénétrant à l'intérieur du corps à la faveur de sa disposition spongieuse ou des propriétés hygrométriques de celui-ci. La cessai ion
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d'existence, dans les êtres vivans et dans les autres , ne nous offre pas moins d'analogie : en effet , elle est toujours le résultat d'influences extérieures qui agissent sur le corps dont la fin est arrivée; et ces influences, tantôt l'annihilent subitement par une dissociation immédiate de ses principes constituai , et tantôt amènent lentement sa destruction. Attaquez par le feu les uns et les autres , prompt; ment vous dissocierez leurs élémens et vous les rendrez au monde extérieur. Au contraire, abandonnez-les à eux-mêmes; leur fin ne pourra arriver que de deux manières : ou bien , après une saturation complète , un développement parfait ; ou bien , après qu'un agent contraire aux affinités de leurs élémens, contraire dans quelquesuns aux rapports sympathiques de leurs parties , se sera introduit en eux-mêmes , et aura manifesté dès l'abord sa présence en produisant un trouble que l'on appelle maladie dans les êtres vivans. Si la destruction arrive plus promptement dans les êtres vivans, cela tient certainement à la très -grande quantité d'élémens qui les composent , aux affinités diverses qui doivent se trouver en regard dans ces êtres, et au peu de ténacité qui doit résulter de cette combinaison variée. Lorsque leurs derniers momens sont arrivés , les êtres , quels qu'ils soient , vivans ou non vivans , se comportent essentiellement de Ir même manière : leurs élémens séparés entrent dans de nouvelles combinaisons , à la vérité , après avoir donné lieu à des phénomènes variables de dissolution : mais celte variété ne constitue pas une différence fondamentale , elle est seulement le résultat nécessaire de la différence réelle qui existe entre les êtres vivans et ceux qui ne le sont pas , sous le rapport du nombre et de la cohésion des élémens. (F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. i, p. lix , lig. 22 ;
édition Béclard, T. 1, p. 17, lig. 4 : — ■ « Tous les médecins ont connu le consensus singulier, les relations sympathiques qui existent entre tous nos organes... »
C'est assurément un fait à la fois extrêmement curieux et