ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU SYSTÈME FIBREUX
§ Ier. si II étalions dans les formes extérieures.
Les ligamens et les tendons sont épaissis , ramollis dans les tumeurs blanches : ils deviennent alors fragiles, pour ainsi dire, et cèdent aux moindres efforts dirigés contre' eux. Le tissu cellulaire qui les entoure est souvent confondu avec eux et avec celui des parties voisines , ce qui leur ôte leur mobilité , et rend en partie raison de la fixité de leur situation et de la gêne des mouvemens qui accompagne presque toujours ces maladies. Dans d'autres cas, comme dans certaines contractures, les mouvemens sont empêchés par la rigidité qu'acquièrent les tendons , et par la difficulté avec laquelle ils se laissent étendre. Les ligamens offrent une rigidité semblable dans les fausses ankyloses.
§ II. Altérations dans l'organisation.
L'inflammation des parties fibreuses est peu connue : celle du périoste est la plus commune ; elle joue un très-grand rôle dans beaucoup de maladies des os. J'ai vu divers tendons être le siège d'engorgemenslènts , qui quelquefois avait été manifestement la suite d'une inflammation aiguë , telle que celle que produit une piqûre , par exemple. J'ai eu moi-même une affection de ce genre , qu'avait déterminée une piqûre à la main : une tumeur se forma dans le tendon extenseur d'un doigt et subsisla fort long-temps.
C'est particulièrement clans les ruplures du tendon d'Achille qu'on a eu occasion d'observer le mode de réunion des organes fibreux divisés. Une matière coagulable , albumineuse ou fibrineuse, s'épanche dans celte circonstance, acquiert une densité de plus en plus grande , et finit par unir solidement les deux
bouts ; molle et extensible dans le principe , cette substance es* susceptible de s'allonger à cette époque , comme cela arrive en effet lorsque le membre se meut trop tôt. La rupture des ligamens a presque constamment lieu dans les luxations; mais on n'a pas décrit ce qui arrive après la réduction de ces dernières.
L'ossification est peu fréquente dans le tissu fibreux. Rarement l'espèce d'endurcissement qu'éprouve ce tissu chez le vieillard va-t-il jusqu'à y produire cette transformation ; elle ne survient guère que dans les tendons , aux endroits de leurs frottemens , et dans les ligamens , à leur extrémité attachée aux os. Il n'en est pas de même chez certains animaux : chez les gallinacés, par exemple , les tendons des muscles des pieds sont constamment osseux à une certaine époque.
Le périoste est quelquefois affecté de cancer , comme on le voit dans ce que les uns appellent fongus ou fongus médullaire du périoste , les autres , tumeur ossivore , tumeur lymphatique du périoste , etc. D'autres organes fibreux , comme la duremère, présentent des tumeurs analogues. La périostose diffère de ces tumeurs, en ce qu'elle est le résultat d'une exsudation qui se fait au-dessous du périoste détaché de l'os : la matière de cette exsudation devient quelquefois de plus en plus consistante ; nous avons vu qu'elle peut devenir osseuse.
§ III. Altérations dans le développement.
Certains vices de conformation sont accompagnés d'un relâchement extrême des ligamens qui unissent les os , comme les piedsbots en fournissent un exemple : ce relâchement n'est , dans ce cas , qu'une circonstance secondaire qui dérive de la faiblesse de certains muscles.
Le tissu fibreux se produit dans plusieurs circonstances. 1°. Sans parler de sa reproduction quand il est lui-même divisé , les cicatrices de divers organes sont essentiellement fibreuses : c'est ce que nous avons déjà vu dans quelques circonstances pour les os , et ce que nous verrons par la suite pour les muscles, pour la peau. 1°. Le tissu cellulaire, la membrane ré-
tine , la substance du testicule , la glande thyroïde , se transforment parfois en tissu fibreux. 3°. Des productions fibreuses diverses se développent au milieu des organes. Elles affectent la forme de membranes , comme dans les kystes , ou de faisceaux , comme dans les ligamens des fausses articulations ; ou bien ce sont des masses qu'on désigne sous le nom de corps fibreux. Ces corps se rencontrent particulièrement dans l'utérus : Bichat en fait mention ( page 242 ). Ils occupent différent points de l'épaisseur de cet organe. Leur nombre varie ; souvent on en trouve plusieurs. D'abord très— petits , ils augmentent progressivement de volume , et prennent en certains cas un accroissement considérable. Leurs fibres forment des couches à peu près concentriques , et paraissent comme pelotonnées : elles reçoivent des vaisseaux plus ou moins apparens. Ces corps passent souvent à l'état fibro-cartilagineux ; mais cet état ne leur est pas propre , comme on l'a dit. L'ossification peut même s'en emparer : ils ressemblent alors à des pierres ou à des concrétions. Quelquefois ils se détachent entièrement , et tombent soit dans la cavité du péritoine , soit dans celle de l'utérus ; ils constituent , dans le second cas , les prétendus calculs de la matrice , dont on trouve plusieurs exemples dans un mémoire de Louis inséré parmi ceux de l'Académie de Chirurgie. Les corps fibreux de l'utérus sont connus depuis fort long-temps : Chambon leur avait donné le nom de sclérôme. Mais c'est surtout à Bichat , dont, les idées sur ce point ont été publiées par M. Roux , et à Bayle , qu'on en doit une description plus exacte. Des corps fibreux analogues ont été trouvés dans d'autres parlies, comme au cou, dans l'épaisseur des doigts. Il n'est pas rare de rencontrer autour du vagin , entre la vessie et ce conduit , entre celui-ci et le rectum , ou dans ses parois mêmes , des tumeurs fibreuses , qui , à la vérité , diffèrent un peu des précédentes. Elles n'ont pas l'aspect pelotonné de ces dernières : leur tissu, mou et flexible, a quelque ressemblance avec celui des polypes ordinaires. Mais elles ne naissent pas comme ceux-ci ; leur adhérence est faible avec tous les tissus voisins , en sorte que leur extirpation n'offre aucune difficulté. M. Pelletan cite des exemples de cette affection : M. Dubois l'a observée un grand nombre de fois ; j'ai vu moi-
même plusieurs de ces tumeurs. Leur structure mériterait d'être approfondie. Elles sont importantes à connaître dans la pratique, parce qu'on pourrait, si l'on n'y faisait attention , commettre quelque méprise à leur sujet. ( Béclard. )
NOTES ÈT ADDITIONS
AU