DE LA VIE ANIMALE
Anciennes éditions, T. m, p. 23o, lig. n- — . édition Béclard, T. m, p. 3oo, lig. 21 : — « La nature varie suivant les fonctions des organes, la conformation des agens de leurs mouvemens... »
Dans la considération extérieure des muscles, il ne faut pas omettre de noter avec le plus grand soin, i° la masse qu'ils représentent, parce que, ainsi qu'on le verra plus bas, elle est l'expression de laforce absolue qu'ils peuvent déployer ; 20 leur direction d'un point d'attache principal à l'autre : car lorsque les fibres sont droites et parallèles entre elles , la force du muscle est exprimée par la somme des forces de toutes les fibres ; et s'exerce en outre parallèlement à la direction de ces fibres, tandis que, si les fibres sont obliques à l'axe du muscle , le résultat est différent; 3° leur disposition courbe ou non courbe, celle en anneau ; 4° la figure géométrique ou autre , à laquelle on peut rapporter celle qui leur appartient ; 5° leur position relativement au reste du corps, et leurs rapports de contiguïté ; 6" leur état de simplicité ou de complication : et , sous ce dernier point de vue , les muscles varient infiniment ; les uns n'ont qu'un seul faisceau distinct à l'extérieur , uniceps ; les autres en ont deux , biceps ; ceux-ci en présentent trois , triceps ; ceux-là en ont un plus grand nombre , multiceps ; y° l'arrangement relatif des fibres charnues et des fibres aponévrotiques : celles-ci occupent le plus souvent les extrémités d'inserlion , mais quelquefois on les ren-
vontre au centre du muscle , séparant cet organe en deux parties ou ventres ( muscles digastriques ) ; tantôt c'est un tendon , tantôt c'est une aponévrose , tantôt ce sont des fibres isolées, qui servent aux insertions musculaires. Lorsque l'on trouve un tendon , il s'épanouit toujours en aponévrose du côté des fibres musculaires pour recevoir leurs insertions ; et tantôt vous le trouverez ainsi disposé en dehors des fibres ebarnues , tantôt ce sera en dedans de leur faisceau , et ce seront elles enfin qui viendront le recouvrir et le dérober aux yeux. Lorsque l'épanouissement tendineux est extérieur , il peut être simple , et alors la membrane fibreuse peut recouvrir une des faces ou l'un des bords du muscle , ou même se placer entre deux faisceaux charnus, dont elle reçoit les insertions par deux côtés opposés. Enfin , cet épanouissement extérieur peut aussi être double : l'aponévrose se sépare en deux lames , qui tantôt renferment les fibres ebarnues comme dans une espèce de cornet , et qui tantôt leur présentent simplement une anse ousinusde réception. 8°. Enfin, il faut noter les noms particuliers qui leur ont été appliqués pour les désigner, soit que l'on ait fait entrer plusieurs considérations dans la fixation de leur nomenclature, comme le faisaient des anatomistes encore peu éloignés de nous, soit que l'on ait déduit leurs noms des insertions propres à chacun d'eux, comme l'onttenté avec quelques variations Dumas, Chaussier et le professeur Duméril. (F. Blandin.)
Anciennes éditions, T. m, p. a33, lig. 17; — édition Béclard, T. m, p. 3o4, lig- & : — «L'inspection ne nous apprend rien sur la nature intime de la fibre musculaire... comment a-t-on pu en faire un objet de recherches anatomiques.. ?»
Malgré le peu d'utilité que semblent en effet avoir ces recherches , comme beaucoup de savans s'y livrent encore aujourd'hui , on ne sera pas fâché de trouver ici une courte
analyse des travaux et des opinions dont la fibre musculaire a été
l'objet.
Les uns la regardent comme divisible presque à l'inûni : Muysk disait qu'il fallait diviser et subdiviser chaque faisceau huit fois de suite avant d'arriver à la dernière fibre musculaire. Les autres, à l'exemple de Prochaska, pensent que ce terme est beaucoup moins éloigné. On n'est pas non plus d'accord sur le volume que doit avoir cette fibre : il est inférieur , suivant la plupart , à celui des globules du sang. Sprengel , qui l'a mesurée au micromètre de Banks, lui attribue, au contraire, un diamètre beaucoup plus grand , qu'il porte à un quarantième de ligne dans les mammifères , à un vingtième chez les oiseaux et les poissons.
La fibre musculaire parait inégale et comme ridée à sa surface , ce qui a été différemment expliqué. On a dit que ces inégalités étaient un simple effet de la contraction musculaire ; qu'elles dépendaient de la contractilité de tissu des parties celluleuses et vasculaires qui entourent la fibre ; que c'était une suite de nœud et d'étranglemens , dont était composée celle-ci. Cette dernière opinion est la mieux fondée dans les insectes , qui présentent manifestement dans leurs fibres cette sorte d'apparence noueuse ; mais cela n'est pas, à beaucoup près , aussi évident chez l'homme. Meckel , qui a très-bien vu sur les premiers cette disposition , au microscope, n'a pu la reconnaître dans le second. La fibre musculaire lui a paru , chez l'homme , à peu près unie et de la même grosseur dans tous ses points : seulement on y distinguait constamment des globules ou points plus opaques , placés de distance en distance , et séparés par un milieu plus transparent ; ce qui est bien différent des nodosités. Home a également observé des globules dans la fibre musculaire. En prenant cette fibre privée de son tissu cellulaire par l'ébullition , comme on doit toujours le faire quand on veut l'étudier isolément , et en la faisant macérer , il l'a vue se réduire en corpuscules arrondis , parfaitement semblables aux globules du sang.
Divers observateurs ont examiné au microscope la coupe transversale d'un muscle. La surface de cette coupe représente assez exactement celle d'un terrain basaltique : les fibres sont serrées les unes contre les autres , aplaties , et prismatiques plutôt que cylindriques. On en prendra une très-bonne idée dans une figure qu'en a donnée Prochaska,
La fibre musculaire "est-elle pleine ou creuse? C'est une question qui a beaucoup occupé les anatomistes , bien qu'il ne soit guère possible d'y répondre par l'inspection. Aussi n'a -t— on presque formé à cet égard que des suppositions. Cependant Lecat, Verheyen , Vieussens , se sont tous trois rencontrés sur ce point, et ont cru pouvoir conclure de leurs observations que chaque fibre d'un muscle était l'assemblage de vaisseaux d'un ordre particulier, continus aux artères et aux veines à l'endroit où ces dt-ux ordres de vaisseaux se confondent , mais placés hors de la circulation de ces derniers. Ces vaisseaux , qu'on pourrait appeler de dérivation , sont admis par Mascagni : ce sont les mêmes que Bleuland assure avoir trouvés dans le système capillaire en général , et dans d'autres parties encore que dans les muscles. D'un autre côté , Haller rejette cette opinion. Tous ceux qui , comme lui , distinguent des parties injectables et non injectables , et c'est le plus grand nombre des anatomistes, pensent que la fibre musculaire est pleine et hors de toute circulation des fluides.
( Béclard. )
Anciennes éditions, T. m, p. 245, lig. 16; — édition Béclard , T. m , p. 3 1 6 , lig. 11 : — « Dans tous les muscles larges, dans les grands muscles longs, le tissu cellulaire est très-abondant... »
La laxité du tissu cellulaire inter— musculaire n'est pas moins remarquable que sa quantité. Cette propriété est indispensable pour la liberté de glissement des muscles les un sur les autres. Ce qui le prouve d'ailleurs, c'est que la laxité de ce tissu est en raison directe de l'étendue de contraction des muscles voisins. Comparez en effet, sous ce rapport, les brides cellulaires qui séparent les muscles des gouttières vertébrales , avec celles que l'on rencontre entre les longs muscles de la cuisse, et vous jugerez aisément de la différence. ( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. 247 , lig- 27 ; — édition Béclarcl , T. ni, p. 3 19, lig. 7 : — « C'est la portion dix sang combinée avec le tissu musculaire qui donne à ce tissu sa couleur : En voici les preuves... »
Ajoutez à toutes ces preuves que la matière colorante retirée de la chair musculaire par des lotions répétées est différente de celle du sang libre dans le système circulatoire. Une expérience, pourtant, semble opposée à cette opinion , savoir, que la couleur des muscles ne dépend point des fluides qui y circulent. Elle consiste à pousser de l'eau chaude dans l'artère coronaire : le sang sort d'abord par la veine correspondante , puis l'eau ; le cœur conserve sa couleur rouge dans les premiers in— stans ; mais il finit par la perdre et devient tout-à-fait incolore. On serait tenté de croire , d'après cette expérience , si elle est exacte , que la substance colorante des muscles , tout en étant située hors du grand mouvement circulatoire du sang, est cependant soumise, dans ces org;ines, à une circulation particulière.
( Béclard. )
Anciennes éditions, T. m, p. i'Bi'. lig. 8; — édition Béclard, T. ni, p. 33 2, lig. 12 : — « Quelle que soit la cause de la supériorité des fléchisseurs, on ne peut la révoquer en doute...»
Enoncée d'une manière générale, comme elle l'est ici, cette proposition demande distinction; en effet, dans certains lieux , les muscles extenseurs l'emportent sur les fléchisseurs ; mais ailleurs on observe un état inverse. Ainsi, chez l'homme en particulier , dont la destination pour l'attitude verticale ne pourrait être mise en doute que par des sophistes ou d'ignorans physiologistes , les muscles postérieurs du tronc sont plus nombreux et plus forts que les fléchisseurs ; et il en est de même de ceux qu[ servent à l'extension du bassin sur les fémurs, du pied sur la jambe .
Que si on opposait les raisons données par Bichat , que chez les enfans et les vieillards ce sont les mouvemens de flexion qui prédominent; je répondrais que cela ne prouve rien pour l'homme adulte , dont il est ici question. On voit seulement par là , ce qui était connu depuis long-temps , que les deux âges extrêmes de la vie se ressemblent sous le rapport de la difficulté apportée à l'exension du tronc ; or cette difficulté dépend , chez les enfans , de 'état rudimentaire des apophyses épineuses du rachis , et par suite (!e la brièveté du bras de levier qu'elles fournissent aux muscles dorsaux ; chez les vieillards , de la courbure de l'épine en avant, sous l'influence du poids des organes antérieurs du tronc , courbure en arc qui rend moins oblique l'insertion des muscles fléchisseurs ; circonstances diverses qui sont étrangères aux muscles eux— mêmes , et qui rendent impossible à ces âges la station sur deux pieds. Au reste , chez les adultes , s'il est vrai que la force effective des muscles extenseurs soit , dans plusieurs points , beaucoup supérieure à celle des fléchisseurs , la chose est bien plus réelle encore pour la force absolue ; en effet , les extenseurs du tronc en particulier , les muscles des gouttières vertébrales, agissent sur le rachis, pour l'étendre, par un bras de levier infiniment plus court que celui à l'aide duquel les muscles abdominaux, par exemple, l'en traînent dans la flexion. Cette circonstance, qui frappe tous les yeux, suffit sans doute pour montrer la nécessité d'un grand appareil d'extension supérieur de beaucoup en force absolue à celui de flexion. Voyez d'ailleurs combien la nature a favorisé la flexion du rachis, et par suite soulagé l'action musculaire propre à ce mouvement : les ligamens postérieurs de cette tige osseuse sont formés d'un tissu très-extensible, de tissu fibreux jaune; au contraire, n'êtes-vous frappés, en considérant la résistance et le peu d'extensibilité du ligament vertébral commun antérieur , des obstacles qui ont été mis à l'extension du tronc, et par suite de l'énergie qu'il a fallu déployer dans les forces destinées à produire cet effet. (F. Blandin.)
Anciennes éditions, T. 25i, lig. i5; —
édition Béclard, T. m, p. 324, lig- i : — « Chaque branche nerveuse, arrivée dans les fibres charnues, se divise d'abord et se subdivise dans leurs interstices , puis se perd dans leur tissu... »
Suivant MM. Prévost et Dumas , en plaçant sur l'objectif d'un microscope solaire une tranche de muscle, le sterno-pubien d'une grenouille , par exemple, il est facile de voir que les nerfs présentent, en se terminant dans les muscles, la disposition suivante : leurs derniers rameaux s'insèrent entre les fibres musculaires , dont ils croisent la direction à angle droit ; et, chose remarquable, si le muscle est contracté , on voit que les dernières fibrilles transverses du nerf répondent précisément au sommet des angles ou flexuosités des fibres musculaires. (F. Blandin. )
Anciennes éditions , T. m, p. 268 , lig. 26; — édition Béclard, T. m y p. 342, lig. 3 : — «Nous voyons souvent un état convulsif coïncider avec l'hydrocéphale, etc.. »
Sans doute , l'état convulsif du système musculaire peut se rencontrer dans l'hydropisie encéphalique, mais au début , alors que l'épanchement aqueux est encore peu considérable , et que subsiste encore , à un certain degré d'acuité, l'irritation inflammatoire qui le produit. Au reste, ces phénomènes, plus communs chez les enfans, sont loin d'être étrangers aux adultes, commecela semblerait résulter des observations de Bichat ; et , en outre , ils deviennent de nouveau très-fréquens dans la vieillesse.
( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. 270, lig. i3; — édition Béclard, T. m. p. 344 > %• 5 : — « Pins une cause irritante exerce son action près de la protubérance annuitaire, plus les phénomènes convulsifs sont apparens... »
Ces remarques de Bichat sont en rapport avec les recherches ultérieures des physiologistes sur les fonctions de l'axe nerveux cérébro-spinal. Il résulte, en effet, des travaux les plus récemment entrepris à cet égard par MM. Magendie, Flourens, etc. qu'à la protubérance annulaire et aux tubercules quadrijumeaux se termine supérieurement , la portion des centres nerveux destinée à influencer directement la contraction musculaire. Et M. Magendie , en particulier , a établi que la protubérance annulaire et la moelle président aux mouvemens, seulement par la partie à l'aide de laquelle elles se trouvent en rapport avec la base du crâne et avec les corps des vertèbres , qui sont la base du canal rachidien . En un mot , les phénomènes convulsifs , dans les expériences où l'axe cérébro-spinal est artificiellement irrité , sont de plus en plus apparens, à mesure que l'irritation agit plus près de la base du crâne et de la protubérance annulaire, comme le dit Bichat; mais en outre (et ce physiologiste l'ignorait), la même chose s'observe pour la partie antérieure de la moelle , qui est l'analogue de la partie inférieure ou de la base du cerveau.
( F. Blandin. )
Au temps de Bichat , les faits pathologiques avaient bien déjà , comme on le voit , jeté une vive lumière sur les fonctions cérébrales ; ils avaient bien appris que certaines lésions de l'encéphale peuvent troubler les mouvemens sans gêner les fonctions intellectuelles , et réciproquement ; mais c'est seulement de nosjours que l'on est parvenu à montrer les points de cette masse nerveuse dont l'intégrité est nécessaire à la régularité des fonctions intellectuelles , et ceux qui ont des rapports immédiats avec les mouvemens ; questions fort importantes , non— seulement pour la physiologie , mais encore pour la pathologie. En effet , pour ne citer qu'un seul exemple , on a de fortes raisons de croire au-
jourd'hui que le malade chez lequel on reconnaît une perversion des fonctions intellectuelles offre une altération plus ou moins patente de la surface des lobes cérébraux , tandis que cet autre , qui est devenu paralytique , ou chez lequel des convulsions variées se sontmanifestées, présente plus spécialement une affection du centre des lobes cérébraux ou des masses nerveuses appliquées sur la base du crâne et du canal rachidien. (F. Blandin.)
Anciennes éditions, T. m, p. 278, lig. 20; — édition Béclard , T. m, p. 3a3, lig. i5 : — « Un muscle enflammé ne se contracte point... »
L'inflammation n'abolit la faculté contractile dans les muscles que lorsqu'elle est portée au point de désorganiser l'organe , ou bien lorsqu'elle a déterminé un état d'engorgement chronique de son tissu inter-fibrillaire , engorgement par suite duquel les nerfs moteurs se trouvent eux-mêmes comprimés. Dans toute autre circonstance , le muscle enflammé se contracte même lorsqu'il y est excité plus légèrement que de coutume ; mais instinctivement nous empêchons autant qu'il est en nous , cette contraction , qui occasione de vives douleurs : on peut citer à l'appui de ce que j'avance les phénomènes observés chaque jour dans le lumbago , le torticolis , ou la pleurodynie , etc. La vessie elle-même ne fait pas exception à cette règle. C'est , en effet , une opinion tvop légèrement professée par Bichat, à mon avis au moins, que la cystite détermine toujours la rétention d'urine. Je pense , au contraire , que toujours, sauf les cas de gonflement de la prostate , et d'inflammation spécialement développée vers le col de ce viscère , je pense que la cystite aiguë est la cause la plus commune de la strangurie sans rétention. Une vessie vivement phi ogosée ne peut retenir un instant le fluide urinaire , et, presque aussitôt qu'une goutte arrive dans sa cavité parles uretères, elle se soulève avec douleur, et d'une manière presque convulsive , jusqu'à ce qu'elle l'ait chassée dans l'urètre ; seu-
lement alors , la contraction cesse , pour recommencer bientôt sous la même influence, et avec les mêmes phénomènes.
(F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m , p. 279, lig. 9; — édition Béclard, T. m, p. 353, lig. 7 : — «En liant laorte au-dessus de sa bifurcation en iliaques primitives , la paralysie des membres inférieurs survient tout à coup... »
La paralysie est loin d'être complète dans cette expérience que j'ai répétée bien des fois ; mais cela n'infirme en rien la règle dont il est, ici question ; c'est parce que le sang passe par les voies collatérales que les muscles continuent à se mouvoir : si la suspension de la circulation pouvait être complète , la paralysie le serait aussi. ( Béclard. )
Anciennes éditions, T. m, p. 288 , lig. 1 ; — édition Béclard, T. m, p. 36a, lig. 19 : — « Permanence de la contractilitê animale après la mort... »
Nysten a établi une table des organes musculaires , d'après l'ordre dans lequel ils perdent leur faculté contractile après la mort. Il résulte , en effet , des recherches de cet habile expérimentateur, que d'abord on voit cesser cette propriété dans le ventricule aortique du cœur , puis ensuite , et successivement , dans le gros intestin , l'intestin grêle et l'estomac , la vessie urinaire , le ventricule pulmonaire , l'œsophage , l'iris , les muscles de la vie animale, l'oreillette gauche et l'oreillette droite. (Voy.ses Recherches de physiologie et de chimie pathologiques , l vol. in-8°. )
( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, pag. 289, lig. 16: — édition Béclard, T. ni, pag. 36/f, lig. 5 : — « C'est à la susceptibilité du cerveau et des nerfs pour transmettre encore le principe du mouvement après la mort, qu'il faut rapporter les phénomènes que présentent les divers genres de décollation...»
Sans doute la mort doit arriver promptement dans les cas où la tête est brusquement séparée du reste du corps ; mais enfin , on conçoit pourtant qu'alors le cerveau , placé hors de l'atteinte immédiate des instrumens vulnérans , doit un instant conserver son influence sur les parties encore attenantes à la tète, et avec lesquelles il communique par des nerfs. L'expression faciale de quelques suppliciés doit , en partie , dépendre de cette cause , et être rapportée au principe sensitif . Quant au coclion-d'Inde qui enfonça si douloureusement ses dents incisives dans le doigt de Bichat , après avoir souffert l'ablation du cœur , il me semble incontestable qu'il le fit par un motif de représailles ; dans ce cas , en effet , le principe sensitif est bien plus promptement aboli que dans le premier. Il ne faut pas confondre ces mouvemens avec ceux des membres et du tronc après la décapitation : il y a entre eux une énorme différence. Ces derniers sont nécessairement , comme le fait remarquer Bichat, hors de l'influence cérébrale, puisque les parties qui en sont le siège sont séparées de cet organe ; les premièrs , au contraire , me paraissent lui devoir être rapportés. (F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. igl[,lig. 32 ; — édition Béclard, T. m, p. 369, lig. 3a : — « La permanence de la contractilité organique sensible, après la section de tous les nerfs d'un membre, prouve bien que cette propriété réside essentiellément dans le tissu musculaire...»
Quand tous les nerfs d'un muscle sont coupés , ce muscle
ne conserve qu'un certain temps la faculté d'obéir à l'action des stimulans : bientôt la contractilité s'épuise et ne reparaît plus. Au contraire , lorsque la communication est libre avec les centres nerveux , l'irritabilité diminue bien de même à mesure qu'on la met en exercice , et finit , comme dans le cas précédent , par disparaître entièrement ; mais, si on laisse reposer l'animal, elle se reproduit de nouveau. Il semblerait , d'après cela, que cette propriété n'est point inhérente au muscle, mais qu'elle est entièrement soumise à l'influence nerveuse. La permanence , d'ailleurs peu durable, de l'irritabilité après la section des nerfs pourrait fort bien dépendre de l'influence de ces nerfs au-dessous de la section ; influence qui doit peu persister , n'étant pas renouvelée , par le défaut de communication avec les centres nerveux. D'après cette idée , qui est celle de Platncr , de Lcgallois , etc. , les muscles ne feraient que mettre en action un principe qui leur serait apporté par les nerfs ; ceux-ci auraient un double rôle dans la contractilité du tissu musculaire : i° ils entretiendraient ce tissu dans un état d'excitabilité habituelle pour la contractilité organique sensible ; 2° ils transmettraient l'excitation dans certaines circonstances , comme dans là volonté , pour la contractilité animale. Les muscles seraient au système nerveux ce que sont les sens à ce système , des parties dont l'action est intimement liée à la sienne , et devient nulle sans lui. Et en effet cette action , dans les premiers comme dans les seconds , s'épuise , se perd et se répare à peu près de la même manière. Le sommeil , le repos , les alimens, rétablissent l'énergie musculaire affaiblie par un long exercice, comme ils rendent aux sens la leur détruite par la même cause. Nous venons de voir que cela ne paraît pas s'appliquer seulement à la contractilité animale, mais encore à la contractilité organique sensible , ou irritabilité proprement dite.
Au reste , il s'en faut de beaucoup que tous les physiologistes soient d'accord là— dessus. Un grand nombre ont suivi l'opinion de Haller , et n'attribuent aux nerfs d'autre usage, dans la contractilité , que de conduire l'excitant quand il vient du cerveau. Ils se fondent sur ce que, i° Tourdes a reconnu des mouvemens dans la fibrine pure ; i" les végétaux et les zoophytes se contractent, quoiqu'ils soient manifestement dépourvus de nerfs ;
3° la contractilité est mise en jeu dans les muselés par des excitans qui leur sont directement appliqués. Mais , i° en admettant l'expérience de Tourdes , que personne n'a vérifiée depuis , ses résultats sont bien différens de ceux de la contractilité musculaire ; 2° les végétaux et les animaux sans nerfs sont aussi sans muscles, ainsi leur contraction n'a rien de commun avec celle de ces derniers ; 3° le dernier argument se trouve en partie combattu par toutes les raisons alléguées plus haut en faveur de l'opinion opposée. Cependant la question est fort difficile à résoudre d'une manière absolue. On trouve dans Meckel une sorte d'opinion mixte , qui est peut-être la plus exacte. Selon cet auteur , l'influence nerveuse est bien une des conditions nécessaires a la contraction , mais elle n'agit pas autrement que le sang qu'apportent les artères , étant comme celui-ci indispensable à la vie du muscle , qui n'en possède pas moins son irritabilité en propre.
( Béclard. )
Anciennes éditions, T. m, p. 296, lig. 6; — édition Béclard, T. m, p. 3^1, lig. 7 : — « Raideur cadavérique... »
Lorsque la vie a cessé dans les muscles , il se manifeste un état de raideur générale plus ou moins apparent et dont la connaissance est fort importante. Nysten , en effet , a prouvé que cette raideur cadavérique à laquelle paraissent au premier abord participer tous les organes , et dont les muscles sont cependant le siège exclusif, est le signe le plus certain de la mort réelle. Au reste , ses recherches ont donné les résultats suivans :
i». L'homme , les animaux vertébrés , et parmi les invertébrés , ceux qui ont un système musculaire distinct , deviennent raides après la mort :
2". Dans l'homme , la force et la durée de cette raideur sont en raison directe du développement des muscles au moment de la mort :
3U. Ce phénomène s'observe d'autant plus promptement après la mort que la nutrition musculaire est plus épuisée ,
comme après les maladies chroniques ; el d'autant plus tard que cette nutrition est moins active , comme après les maladies aiguës et les morts violentes. Ainsi, plus le développement de la raideur est prompt , moins elle devient forte , et moins elle persiste.
4°. Ni la paralysie , ni la destruction de la moelle épinière 11'empêcbent la raideur cadavérique de se développer et d'acquérir la force dont elle est susceptible.
5°. Dans les mammifères et les oiseaux, le moment où la raideur commence est celui où la chaleur vitale paraît s'éteindre, et où les stimulans artificiels n'ont plus ou presque plus d'action sensible sur la contractilité.
6o. Les muscles sont le siège exclusif delà raideur cadavérique.
7". Ce phénomène , étranger aux propriétés physiques de ces organes , dépend entièrement de la contractilité vitale, à la vérité très— affaiblie , mais suffisante pour résister quelque temps à la dissolution des élémens du corps.
8". La raideur cadavérique ne saurait être confondue avec celle que l'on observe quelquefois pendant la vie ; et , comme elle a lieu constamment , elle devient par cela même le signe le plus certain de la mort.
go. Si, dans un cas douteux, le corps était mou , on mettrait à découvert une portion du muscle , et on l'exciterait à l'aide du galvanisme : son défaut de sensibilité à l'influence de cet agent autoriserait à prononcer que la vie est éteinte.
( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. ni, p. 307, lig. 28; — édition Béclard, T. m,/?. 382, lig. 22 : — « Vitesse des contractions musculaires... »
Cette vitesse est , en général , très^grande ; elle devient surtout sensible dans l'action déjouer de divers instrumens : on a trouvé qu'il y avait, en général, une contraction par tierce, en comptant combien chaque note de musique exige de mouvemens différens. M. Wollaston a oblenu le même résultat d'une
autre manière. Ses recherches sont consignées dans une leçon Croonienne qui fait partie des Transactions philosophiques pour l'année 1810. Voici comment il s'y est pris pour mesurer la vitesse des contractions :
D'après ses recherches , la contraction musculaire , pour peu qu'elle ait de durée , est intermittente, pour ainsi dire , et se compose d'une foule de petites contractions et de relâchemens alternatifs : l'espèce de bourdonnement qu'on entend dans l'oreille orsqu'on en bouche l'ouverture avec l'extrémité du doigt en est la preuve. Ce bruit particulier dépend , suivant M. Wollas— ton , de l'effort musculaire qu'exige l'attitude que l'on prend ; et en effet j'ai éprouvé qu'il est nul quand on remplace le doigt par un corps inerte. Or , ce bourdonnement comprend une suite d'oscillations très-rapprochées qui répondent à autant de contractions des muscles ; il ne s'agissait donc plus que de trouver un terme de comparaison pour ces oscillations : c'est ce qu'a fait M. Wollaston. Il est parvenu à pouvoir comparer ce bruit à celui que produit le roulement d'une voiture, qui est également intermittent , et dont il était facile d'apprécier la fréquence. Il a reconnu par ce moyen la vitesse indiquée plus haut. (Béclaed. )
Anciennes éditions, T. m, p. 3 11, lig. 8; — édition Béclard, T. m, p. 388, lig. 11 : — «Le volume des muscles reste à peu près le même penda leur contraction... »
Il y a d'ailleurs plusieurs causes d'erreur dans les expériences que l'on a faites à ce sujet. Swammerdam , par exemple , \ dit qu'en mettant le cœur d'une grenouille dans l'eau , on voit le liquide baisser dans le moment de la contraction et monter dans le relâchement ; mais le cœur contenant un fluide qui peut en augmenter ou en diminuer le volume , sans que pour cela son tissu ait éprouvé aucun changement , il est évident qu'on ne peut rien conclure de cette expérience. De même, dans celle de Glisson, qui faisait plonger le bras à un homme dans une cuve, et
v , , f Ôfrv :
observait ensuite la différence de niveau suivant l'état de contraction ou de relâchement des muscles , les résultats ne sauraient inspirer une grande confiance , parce que , d'une part , il est assez difficile dans ce cas d'établir le niveau exactement , et que , d'une autre part , la contraction des muscles étant toujours accompagnée du relâchement des muscles opposés , il est impossible de bien distinguer ces deux effets l'un de l'autre.
Un fait qui semble offrir quelque chose de plus positif est dû à Erman. Ce physiologiste , ayant placé un tronçon d'anguille dans un tube de verre étroit et contenant de l'eau , vit , à chaque contraction que déterminait un courant galvanique , l'eau baisser sensiblement , et ce liquide remonter pendant le relâchement.
Au reste , cette question , qui a beaucoup occupé les auteurs , a été résolue par eux de toutes les manières. On a soutenu que le muscle diminuait, on a prétendu qu'il augmentait, et enfin, on a assuré qu'il ne pouvait augmenter ni diminuer : il serait difficile d'imaginer une quatrième opinion. ( Béclard. )
NOTES ET ADDITIONS
AU