DE LÀ VIE ORGANIQUE
Anciennes éditions, T. ni, p. 34o, lig. 10; — édition Béclard , T. ni , p. 43 c , lig. 1 4 : — « Les fibres blanches qui naissent de la surface intérieure du cœur n'ont nullement la nature des tendons.., »
La seule différence qui me paraisse exister entre les fibres tendineuses du cœur et les tendons proprement dits , réside dans leur disposition extérieure : elle est fondée sur ce que ces fibres se terminent à la surface des faisceaux cbarnus dans le cœur , tandis que les tendons se prolongent ordinairement dans l'épaisseur des muscles. (Béclard. )
Anciennes éditions , T. ni, p. 342 , lig. io, ; — édition Béclard , T. ni, p. 432, lig. 22 : — « Plusieurs fibres du système musculaire organique paraissent former une courbe entière... »
Il n'y a dans le cœur de fibres décrivant une courbe entière, que celles qui entourent en manière de sphincters les orifices veineux des oreillettes : sans doute , ce sont ces fibres dont Bichat entend parler. Toutes les autres , après avoir suivi une marche spiroïde , très-marquée, comme Senac et Wolf l'avaient ndiqué clairement, mais comme il résulte surtout des travaux
plus récens de mon ami le docteur Gerdy , se terminent par leurs extrémités d'une manière plus ou moins immédiate sur les zones fibreuses artérielles et auriculo-ventriculaires que l'on trouve à la base du cœur. ( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. 345, Ug. J9; — édition Béclard, T. m, p. 434, Ug. 3i : — « Au cœur, l'entrecroisement des fibres musculaires est tel, dans les ventricules, que c'est un véritable réseau... »
Ce passage montre évidemment que les idées de Bichat , relativement à la texture du cœur, étaient loin de la vérité. En effet , il n'y a pas dans le cœur d'entrecroisement des fibres en réseau, ou plutôt cet entrecroisement n'existe qu'en apparence. ( V^oyez le Mémoire de M. Gerdy inséré dans les Bulletins de l'ancienne Société de la Faculté. ) (F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. 344» Ug. 3i; — édition Béclard, T. m, p. 436,/%". 16. — « Quelle que soit la distension des muscles creux par les fluides qui les remplit, il ne s'y fait presque jamais de rupture. La vessie seule présente quelquefois ce phénomène... »
Les crevasses de la vessie par excès de distension , dans les cas de rétention d'urine , sont en effet fort rares ; mais lorsqu'on les observe elles ne fournissent point d'exemple de la rupture des fibres charnues de cet organe. En effet, rassembléesen faisceaux ou colonnes de grosseur inégale , ces fibres résistent très-fortement à la distension ; et pendant ce temps la muqueuse vésicale fait hernie dans leurs interstices , et se rompt seule ou avec la séreuse, qu'elle soulève lorsque la hernie se fait de son côté.
Anciennes éditions, T. m, p. V|5, lig i3; — édition Béclard,T. m, p. 4^7, %• 4 : — « Le tissu cellulaire est plus rare dans les muscles organiques que dans les autres... »
Ce lissu devient plus apparent par divers procédés : on peut le gonfler p;irla macération, ou le distendre par l'insufflation pratiquée soit dans le tissu cellulaire extérieur aux fibres , soit par les veines. Le cœur en présente de très-distinct quand il a bouilli. (Béclard.)
Anciennes éditions, T. m, p. 34g, Ug. 2; — édition Béclard , T. ni , p. 441 j lig- 7 : — « Le volume du ventre serait double, dans la typmpanite, si l'extensibilité de ses parois était proportionnée à celle des intestins... »
C'est un fait incontes l able, sans doute, que les intestins sont plus rapidement susceptibles d'une grande dilatation que les parois abdominales : mais cela prouve-t-il que les fibres des muscles de la vie organique sont plus extensibles que celles des muscles de la vie animale? Je ne le pense pas. Cette différence dépend seulement de la différence des deux parties sous le rapport du nombre des fibres. D'un côté , vous voyez peu de fibres , et par conséquent peu de tension de tissu à vaincre par la puissance expansive ; de l'autre , au contraire , apparaît une disposition toute inverse, qui doit amener nécessairement, un obstacle inverse à la dilatation. ( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. 349, ^ë- 29> — édition Béclard, T. m. p. , lig. 3 : — « Le volume du cœur dans les anévrysmes , de la matrice
dans la grossesse, n'est pas dû à une distension^ mais bien à un accroissement contre nature... »
Sansdoute, c'est principalement sous l'influence d'une véritable hypertrophie de ses parois, que la matrice distendue par le produit de la conception acquiert le volume énorme qu'on lui connaît ; mais il est impossible de mettre en doute la part que prend l'œuf à ces phénomènes , par la distension qu'il produit sur tout l'organe : l'effacement progressif d'abord, et plus tard, la dilatation toujours croissante du col de l'utérus en sont la preuve. Au reste, ici comme au cœur , le contenu produit une distension excitante, qui devient pour le contenant la cause d'une hypertrophie, que l'on n'observe alors que d'une manière consécutive. (F. Bi.andin. )
Anciennes éditions, T. m, p. 35o, lig. 12; — édition Béclard, T. m, p. L\l\i , lig. 18 : — « Lorsque les valvules. initiales sont ossifiées, le ventricule gauche reste souvent dans l'état naturel... »
Il est fort rare que le cœur conserve son état normal , sous les autres rapports , lorsque la valvule mitrale est ossifiée. Alors , en effet, tantôt le sang éprouve une gène considérable à passer dans le ventricule , tantôt il s'y rend facilement, mais reflue en grande proportion dans l'oreillette , suivant que les deux replis de cette soupape auriculo - ventriculaire gauche , soudés ensemble en grande partie , rétrécissent beaucoup l'ouverture , ou que ces valves , se trouvant couchées vers le ventricule et retenues par les tendons ossifiés des colonnes charnues , ne diminuent point l'ouverture , mais sont impuissantes pour la fermer. Dans tous les cas , c'est surtout l'oreillette qui éprouve des modifications dans son volume, sa forme et sa texture; et l'on conçoit facilement comment Bichat a pu trouver alors le ventricule gauche dans son état naturel ; mais cela ne prouve pas que la distension du cœur par le sang ne soit la
source des hypertrophies variées , avec ou sans dilatation , que présentent si souvent les diverses parties du centre circulatoire. L'expérience récemment acquise établit au contraire une doctrine inverse. La distension du cœur par le sang produit mécaniquement la dilatation simple du cœur ; mais le plus souvent cet organe réagissant pour se débarrasser du ûuide qui l'obstrue , subit un accroissement de nutrition sous l'influence de cet exercice lui— même accru , et à la dilatation mécanique primitive s'ajoute une hypertrophie plus ou moins apparente. Toutefois , il est une hypertrophie du cœur sans dilatation, qui n'a point sa source dans une distension du cœur , mais qui tient à une excitation d'un autre genre : c'est à cette lésion seulement que peut s'appliquer le raisonnement de Bichat. ( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. 355, lig. 12; — édition Béclard, T. 111 , p. 448 , lig. 1 : — « Je rapporte au même mode de sensibilité, la gêne qu'éprouvent les malades qui portent dans la vessie une sonde continuellement ouverte... »
Cette gêne , cette anxiété qu'éprouvent les malades qui portent une sonde continuellement ouverte , tient bien plutôt à l'irritation et à l'inflammation produites parle double contact de l'air et de l'instrument sur la membrane muqueuse , contact tout-à-fait étranger à la sensibilité particulière de cette partie. Les douleurs cuisantes , la fièvre , les urines glaireuses et sanguinolentes que l'on observe dans ces circonstances, me paraissent jeter sur cette question un jour suffisant. (F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. iu,p. 356, lig. i4; — édition Béclard, T. m, p. 449 ■> kg- 6: — « Si quelques hommes ont eu la faculté d'arrêter les mouvemens de leur cœur, c'est en suspendant d'abord leur respiration... »
Sans cloute il existe une étroite liaison entre les fonctions du poumon et celles du cœur; sans doute ces fonctions exercent jesunes sur les autres une action réciproque, mais dans certaines limites ; et je ne pense pas que l'on soit en droit de soutenir aujourd'hui, avec Bichat, que la suspension momentanée delà respiration puisse faire cesser par contre— coup les contractions du cœur. Cet organe, en effet , se contracte long-temps encore chez un animal que l'on vient de sacrifier , en lui ouvrant largement la poitrine ; et cependant, dans cette expérience, on empêche immédiatement la respiration. Les individus qui ont joui de la singulière et rare faculté de suspendre volontairement les mouvemens du cœur chez eux , ont dû arriver à ce résultat d'une autre manière : peutêtre avaient-ils quelques anomalies dans l'origine des nerfs cardiaques ? La chose serait possible. Si de semblables individus ont réellement existé , on pourrait supposer que chez eux le nerf cardiaque du pneumo-gastrique , plus développé que de coutume , exerçait une action insolite sur le centre circulatoire , et le mettait avec le système nerveux cérébro-spinal dans des relations bien plus marquées. (F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. 556, lig. 3o; — édition Béclard, T. m , p. 449 » 21 • ~~ " Après le coup qui a assommé un animal et rendu tout son système musculaire immobile, l'estomac vomit encore quelquefois les alimens... »
Ce passage de Bichat montre l'opinion qu'il professait relativement au vomissement: il considérait l'estomac comme pro-
«luisant seul tous les phénomènes qui se rattachent à cet acte. Quoique aujourd'hui encore, malgré les expériences si belles et si concluantes de M. Magendie , quelques personnes n'aient pas d'opinion bien arrêtée sur le mécanisme du vomissement , cependant on ne saurait plus partager complètement le sentiment de Bichat à cet égard. Il n'est pas possible , en effet , de nier la part que prennent à cet acte les muscles abdominaux et le diaphragme. L'estomac, dont la contraction est essentiellement lente et vermiculaire , ne saurait , seul surtout , produire une action rapide et forte comme celle qui caractérise le vomissement ; il ne peut vomir seul , en un mot. To t l'effet de la contraction de la tunique charnue de l'estomac se réduit à cette expulsion lente des matières qu'il contient , expulsion qui constitue la régurgitation, qu'il faut se garder de confondre avec le vomissement.
( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, pag. 35^, lig.6: — édition Béclard, T. m, pag. 449 ' ^ë' 2^ : — c< ^es substances narcotiques qui paralysent les muscles volontaires, laissent les autres intacts... »
L'opium et les autres substances narcotiques ont , pour la plupart , une double action sur notre économie : ils excitent d'abord, et plus tard ils produisent cet affaissement, cette torpeur qu'on appelle narcotisme. Dans le premier période de leur incubation au sein de nous-mêmes, le cœur, comme le système nerveux , se trouve surexcité , mais il est constant que plus tard il pariieipe au narcotisme général , et qu'il ralentit ses contractions. Parmi les narcotiques , celui que l'on retire de la baie de Yatropa belladona exerce cette double action sur le coeur d'une manière bien tranchée et bien reconnue. ( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. ni , p. 357, lig. i3; — édition Béclard, T. m, p. 45o, lig, 16: — «Dans les fièvres malignes, le pouls est à peine changé ; quelquefois même il est ralenti...»
Ce ralentissement du cœur est une modification qui prouve au contraire directement l'influence des centres du système nerveux de la vie animale sur la contractilité des muscles de la vie organique. Les expériences de Legallois , au reste, si elles ne prouvent point tout ce que ce médecin habile a cru pouvoir en déduire , témoignent cependant d'une manière non équivoque en faveur de cette influence. (F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. 358, lig. i3; — édition Béclard, T. m, p. ^Bi, lig- 9 : — « La section des deux nerfs vagues est mortelle; mais je doute que ce soit par le cœur que commence alors la mort... »
Depuis Galien de nombreuses expériences ont été tentées sur les nerfs pneumo-gastriques , et toutes sont favorables à l'opinion émise ici par Bichat , savoir , que la mort , après leur section faite de l'un et de l'autre côtés à la fois , ne commence pas par le cœur , bien que cet organe se trouve un peu lésé dans ses fonctions. Cette terminaison funeste, qui ne manque jamais de suivre l'expérience que je viens de signaler , ne saurait non plus résulter du trouble des fonctions de l'estomac , trouble observé par une foule de physiologistes, et notamment par MM. Brodie et Dupuis . Mais il en est autrement des fonctions respiratoires : elles éprouvent immédiatement une perturbation extrême, qui, selon moi, dépend principalement de la cessation de l'hématose et de la difficulté avec laquelle le poumon , privé de ses nerfs propres , réagit pour se débarrasser des liquides qui tendent à l'engorger, et qui
( ag5 )
l'obstruent bientôt , comme on le peut aisément constater après la mort. Les recherches auxquelles je me suis livré sur la distribution des nerfs dans le larynx , ne me permettent point d'adopter l'opinion qui représente la section des nerfs pneumo-gastriques au col comme produisant l'occlusion de la glotte , parce que , faite au-dessus des nerfs récurrens, elle abandonne l'ouverture de la glotte à la merci de ses constricteurs , qui , dans cette opinion , recevraient leurs nerfs du seul laryngé supérieur. En effet , nous avons reconnu que le nerf récurrent se distribue à tous les muscles véritablement moteurs des lèvres de la glotte ; et alors il est clair que sa section , ou celle des pneumo-gastriques au milieu du col, peut bien produire l'aphonie , pui qu'elle paralyse les lèvres de la glotte, mais qu'elle ne peut être suivie de l'occlusion de cette ouverture , surtout d'une occlusion telle que la mort en soit la conséquence. (F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. 36) ,Mg. 3i ; — édition Béclard, T. m, p. 454 , lig> 3a : — « Jamais je n'ai vu la vessie pleine d'urine se contracter assez violemment pour expulser ce fluide...»
La vessie, par sa seule contraction, peut suffire à l'excrétion de l'urine dans une foule de circonstances. Souvent , en effet , sur des animaux vivans dont l'abdomen était largement ouvert , ou même après la mort, la vessie , pleine d'urine . étant extraite du bassin et placée sur une table, j'ai vu cet organe se contracter brusquement , et rejeter au loin par un jet continu tout le liquide qui le distendait. ( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. in, p. 365, lig. 3; — édition Béclard, T. m, p. 458, lig. io : — « I! faut bien que les nerfs qui entrent dans la composition des muscles organiques servent à quelques usages... »
Nous avons vu, dans le système musculaire de la vie animale , que l'influence des nerfs sur l'irritabilité de ce système n'est pas facile à déterminer. La même question se reproduit ici , avec plus de complication même. En effet , dans l'autre système, il y avait au moins une action évidente de la part du cerveau et des nerfs dans la contractilité animale ; dans celui-ci , non-seulement cette action devient douteuse , mais la même difficulté subsiste , plus grande peut — être , relativement au rôle que jouent les nerfs dans la contractilité organique. On peut se demander , i° si le cerveau a quelque influence sur la contractilité des muscles de la vie organique ; 2° si la moelle n'est point nécessaire à l'exercice de cette contractilité ; 3o si les nerfs sont purement passifs dans ce phénomène, en sorte que cette propriété soit , suivant l'expression de Haller , inhérente à la fibre de ces muscles.
Les considérations présentées par Bichat ont montré les muscles de la vie organique indépendans dans leur action de l'influence cérébrale ; mais elles ne prouvent pas que celle— ci ne puisse s'exercer dans quelques circonstances. Plusieurs des faits qu'il a cités tendent , au contraire , à démontrer cette influence. Les passions en sont un exemple remarquable. Il me paraît extrêmement probable que , lorsque dans une émotion vive , par exemple, le cœur précipite ses mouvemens, cela n'a lieu que parce que le cerveau réagit sur cet organe et lui transmet l'impression qu'il a reçue. Placer le siège primitif des passions dans les organes de la vie intérieure , c'est oublier , ce me semble , que le cerveau est l'organe unique des perceptions , et que l'es passions sont toujours la suite de ces dernières. Au reste, ce n'est pas ici le lieu de traiter cette question : il suffisait de faire pressentir que l'action du cœur pourrait bien dans ce cas
être entièrement soumise à celle du cerveau. Les cas rares , à la vérité, dans lesquels la volonté peut suspendre l'action du premier de ces organes , semblent se rattacher à la même cause. Bayle , qui jouissait de cette singulière faculté, la mettait en exercice sursur-le-champ et avec la même facilité que l'on fait mouvoir un muscle de la vie animale : or , si cela dépendait uniquement de la suspension de la respiration, il faudrait un certain temps pour que le phénomène eût lieu. Au reste, le cœur n'est pas le seul organe qui obéisse ainsi , dans certains cas,' à l'influence du cerveau : une foule de faits montrent l'estomac , l'intestin , la vessie , la matrice même , également sensibles à cette influence. On ignore , il est vrai , si c'est par les nerfs qu'elle se transmet ; mais comme ces agens sont les seuls moyens de communication du cerveau avec ces différens organes , tout porte à croire que tel est leur usage. Cependant , il faut convenir que nous manquons d'expériences directes propres à mettre ceci hors de doute. Au contraire, celles qui ont été faites jusqu'à ce jour nous apprennent qu'on peut enlever le cerveau sans diminuer en rien l'action des muscles de la vie organique , si l'on a soin en même temps d'entretenir la respiration. Que conclure de ces faits opposés, et de ceux exposés par Bichat ? que sans doute l'influence cérébrale n'est pas absolument nécessaire à la contraction de ces muscles , mais qu'elle peut la modifier dans certaines circonstances. Nous allons voir qu'il en est à peu près de même pour la moelle épinièrc.
D'une part, Legallois, par de nombreuses expériences dont il a déjà été question à l'article du système nerveux de la vie organique , a prétendu prouver que le cœur reçoit , par le grand sympathique , de tous les points de la moelle , le principe de son mouvement, lequel s'anéantit qiiand celle-ci est détruite dans sa totalité , d'une autre part , différens faits , qui ont été cités à ce même article, etdes expériences de Clift, de Wilson, démontrent que souvent, malgré l'absence de la moelle, le cœur n'en continue pas moins son action ; que certaines lésions de la moelle ont plus d'influence que d'autres sur cet organe ; que , suivant l'âge et l'espèce d'animal , on observe de grandes différences dans les résultats , etc. D'où l'on voit que la contractilité organique ,
quoique indépendante jusqu'à un certain point de la moelle épi— nièrc , est dans quelques cas influencée par elle.
Enfin, la permanence de cette contractilité , malgré la destruction du cerveau ou de la moelle , est-elle une preuve que la fibre musculaire en est douée par elle-même, et indépendamment de toute influence nerveuse, comme le pensait Haller? Non sans doute , puisque les nerfs subsistent et peuvent encore agir isolément dans ce cas. Rien ne s'oppose à ce qu'on admette ici la même hypothèse que dans le système musculaire de la vie animale, savoir, que les muscles puisent dans le système nerveux le principe de leur action ; mais je ne connais aucun fait qui prouve cela d'une manière incontestable. ( Béclard. )
Anciennes éditions, T. ni , p. 36cj, lig. 8; — édition Béclard, T. ni, p. 462, Ug- 17 : — « Dans la course, tous les muscles en contraction expriment le sang veineux contenu dans leur tissu, et ce sang, abordant au cœur en abondance, le fait palpiter avec force... »
Pendant la course, en effet, comme Bichat le fait remarquer , le cœur augmente ses contractions pour se débarrasser du sang qui obstrue ses cavités. Mais d'où vient cette obstruction dans cette circonstance? Dépend-elle , comme le dit Bichat , de ce que le sang veineux est exprimé du tissu des muscles en plus grande quantité par le fait de la contraction de ces organes ? ou bien , ce phénomène n'est— il pas plutôt le résultat de la difficulté qu'éprouvent la respiration , d'une part , et le passage du sang à travers le poumon , de l'autre , pendant que le corps est emporté par un mouvement rapide? Je crois que ces deux causes y concourent ; mais si j'étais forcé de choisir entre elles , j'adopterais certainement la seconde. (F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. 382, lig. 22; — édition Béclard, T. m, p. 1^6, lig. 27 : — « C'est à la permanence de la contractilité organique sensible que sont dues les évacuations de matières fécales et les vomissemens qui surviennent souvent un instant après la mort...»
Ce passage des alimens dans la partie supérieure des voies alimentaires après la mort n'est point un phénomène de contractilité des fibres de l'estomac : il dépend uniquement , comme
I l'a démontré le professeur Chaussier, d'un mouvement de fermentation qui s'établit , aux dépens de ces matières , dans
1 toute la portion abdominale du canal digestif; fermentation
I de laquelle résulte immédiatement une production abondante de gaz , et le ballonnement , du ventre ; puis , consécutivement , une résistance passive des parois abdominales tellement forte que l'estomac et les intestins , ne pouvant plus se développer
•\ de ce côté , se trouvent comprimés , et que les matières qu'ils contiennent se trouvent refoulées vers les ouvertures naturelles. Dans ce moment , non-seulement les matières alimentaires re—
t fluent souvent dans le pharynx , la bouche et les fosses nasales ;
: mais encore elles arrivent dans le larynx et les bronches , en
B[ franchissant l'ouverture de la glotte. Il faut être bien instruit de ces faits, pour ne pas être tenté, dans un examen cadavérique,
m de les considérer comme le produit de causes qui ont agi avant la cessation de la vie. ( F. Blandin. )
Anciennes éditions, T. m, p. Z$6,lig. 21 ; — édn tion Béclard, T. m, p. 49 1> Ug* 19: — «Chaque muscle organique a son degré de vitesse... »
Tous les muscles de la vie animale jouissent d'une vitesse de contraction assez uniforme ; tous dans l'occasion sont susceptibles de produire des mouvemens également rapides : mais
( 3oo )
il s'en faut de beaucoup qu'il en soil de même pour les muscles de la vie organique. A la vérité, Bichat, dans cet article, vient d'invoquer l'exemple du cœur pour établir une opinion contraire, et sans doute il a été heureux dans son choix. Toutefois il faut observer que le cœur fait plutôt ici l'exception que la règle. Comparez—le , en effet , à l'estomac , au duodénum , à l'intest n grêle, au gros intestin, à la vessie, à l'œsophage, etc., vous verrez quelle énorme différence existe entre eux sous le rapport de la rapidité des contractions : là vous trouvez , en effet , vitesse et énergie; ici, au contraire, lenteur et débilité. En général, la contraction , dans les muscles organiques , est essentiellement vermiculaire ; et cette circonstance imprime un caractère particulier à certaines actions des organes qui en sont tissus.
Anciennes éditions, T. ni,/?. 4OIi kg- 25; — édition Béclard, T. m, p. 497? ^ë' ^ : — (( ■ es* probable que la dilatation des muscles organiques est un phénomène aussi vital que leur contraction... »
Sans nier absolument que les muscles intérieurs ou involontaires puissent se dilater , les volontaires s'allonger , par une action vitale propre , analogue à la contraction de ces mêmes muscles, j'observe que la plupart des faits qui tendent à prouver cette action peuvent être expliqués d'une autre manière , et dépendent souvent de causes qui lui sont totalement étrangères , et que n'ont pas vues ceux qui admettent cette action. C'est ainsi que Barthez cite comme des phénomènes de ce genre, dus à une sorte de répulsion active opposée à l'attraction qui domine dans le raccourcissement des fibres musculaires , l'allongement de la trompe de l'éléphant , celui des reptiles , des vers, etc. , dans l'action de ramper , celui même de la langue. 11 est évident que , dans tous ces cas , l'allongement n'est qu'un effet secondaire du raccourcissement de certains muscles qui, par leur disposition, ne peuvent pas en produire d'autre, plutôt qu'une dilatation
( Soi )
réelle. La sangsue , par exemple, a des fibres longitudinales dont l'effet est de la raccourcir, mais en même temps des fibres circulaires tpii ne peuveal se contracter sans qu'elle ne soit allongée . l'espace que bornent ces fibres devant évidemment augmenter dans un sens pendant qu'il diminue dans l'autre. 11 en est de même des vers , etc. La trompe de l'éléphant contient également deux plans de fibres : les unes , longitudinales , la raccourcissent ; les autres, rayonnécs , servent à l'allonger, et ce n'est point à la dilatation des premières qu'il faut attribuer ce dernier effet.
C'est donc faute d'avoir connu la véritable disposition des fibres musculaires dans certaines régions , et d'avoir su apprécier les effets différens de la contraction de ces fibres suivant la direction qu'elles affectent , qu'on a été porté à les revêtir d'une force d'expansion qui ne leur semble nullement inhérente. Ce
! qui a lieu dans l'intestin confirme cette idée : il est hors de doute que l'extension et le resserrement alternatifs qui agitent ce viscère dépendent de la contraction alternative de ces fibres longiludinales et circulaires : cependant ce fait est un de ceux qu'on donne en preuve de la dilatation active des muscles.
F. Meckel a présenté quelques considérations nouvelles à l'appui de cette dernière, tirées des états divers où se trouvent les
1 muscles après la mort , des mouvemens qu'on observe dans l'iris , des dimensions variables de la pupille sur le cadavre , etc. ; mais si on en excepte l'iris , dont les mouvemens sont , je crois , assez
; peu connus , et dont la nature musculeuse est d'ailleurs loin d'être démontrée , la seule contraction des muscles rend parfai-
j tement raison de presque tous les phénomènes dont ils sont le
I siège. Un seul, déjà cité par Bichat , semble d'abord favorable à l'allongement actif des fibres , en ce qu'il paraît jusqu'à présent inexplicable : c'est la force avec laquelle le cœur se soulève et tend à se dilater , même quand le sang n'aborde plus dans son intérieur. Mais ce fait, pour être obscur, en est-il plus concluant , et ne peut-il pas tenir , comme les autres , à quelque cause particulière qui nous est inconnue? Qui nous dit que la diastole et la systole ne srront pas un jour des phénomènes aussi
! simples que ceux de la contraction d'un muscle volontaire (i) ?
( Béclard. )
( 3oa )
Ainsi que Béclard le fait remarquer dans la note précédente , on a supposé à la fibre musculaireune force particulière de dilatation ,dans l'impuissance où l'on était d'expliquer d'une autre manière certaines actions d'organes; mais le temps, qui détruit tout ce qui n'est pas fondé sur la plus sévère observation, a miné petit à petit toute cette théorie, etaujourd'hui on doit la consitlér ercomme totalement ruinée. Les phénomènes de la dilatation du cœur, qui paraissaient à Bichat si concluans , en faveur de la force de dilatation , qui avaient fait créer à Barthez une force d'élongation active des muscles , qui embarrassaient encore Béclard , et qui sont considérés comme peu explicables par la plupart des physiologistes , ne sont pourtant que des effets fort simples du raccourcissement ou de la contraction de certains plans musculaires au centre circulatoire. Les notions positives que nous possédons marr tenant sur l'anatomie de cet imporlant organe, ne laissent j lus le moindre doute à cet égard. Les ventricules , en effet , sont 01 nr és de deux ordres principaux de fibres : les unes, superficielles , se contournent autour de l'axe de l'organe en une spirale trèssimple, et dessinent, suivantla remarque très-juste de Senac, un huit de chiffre ; les autres , profondes , se contournent essentiellement de la même manière , mais elles forment des tours beaucoup plus multipliés. Celles-là appartiennent aux deux ventricules à la fois , celles-ci sont particulières à chaque ventricule ; toutes sont insérées par leurs deux extrémités sur les zones fibreuses artérielles et auriculo-ventriculaires de la base du cœur , desquelles elles partent pour décrire leurs spires particulières, et vers lesquelles elles reviennent ensuite. Enfin , les premières , par suite de leurs tours peu nombreux , paraissent obliques sur les deux faces du cœur, et forment des anses assez simples qui embrassent la pointe de cet organe • tandis que les secondes , plus contournées , plus spirales , sont presque circulairement disposées autour des ventricules , et représentent comme les lames emboîtées d'un cornet de papier. Or , supposez ces dernières fibres contractées et raccourcies ; leurs plans divers se pressent les uns contre lss autres, les anneaux qu'elles forment se trouvent resserrés, et leur cornet , en totalité , est rétréci par un mécanisme semblable à celui par lequel on diminue la capacité d'un cornet de papier ,
avec cette différence seulement, que, pour obtenir la diminution de la cavité du cornet de papier , il faut augmenter le nombre des tours de spirale de la lame non rétiactile qui le forme ; tandis que dans le cornet des ventricules du cœur , la nature obtient le même résultat , sans augmenter le nombre des tours de spirale des fibres , mais en raccourcissant celles-ci dans toute leur longueur. Que si , au contraire, les fibres ventriculaires superficielles viennent à se raccourcir , elles ne peuvent que produire la dilatation des ventricules , parce que, rapprochant simplement la pointe du cœur de la base , à l'aide des anses simples qu'elles décrivent , elles ouvrent sa cavité des ventricules, comme on ouvre une boutonnière, en poussant l'une vers l'autre leurs deux extrémités. Ainsi, le cœur est formé de fibres qui , bien que disposées d'une manière analogue , offrent cependant sous ce rapport de bien remarquables différences , comme déjà nous l'avons fait remarquer plus haut, différences qui leur impriment des actions opposées ; les premières sont lesagens de la diastole ; les secondes sont réservées à la systole. (F. Blandin.)
Anciennes éditions, T. m, p. , ligne dernière-, — édition Béclard, T. m, p. 5io, ligne dernière.