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ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU SYSTEME GLANDULEUX

L'extrême diversité qui règne dans ce système fait qu'il est presque impossible de décrire d'une manière générale les altérations pathologiques des glandes ; il y a trop de particularités appartenant à l'anatomie descriptive , trop peu de points communs ; il faudrait presque autant de divisions qu'il y a d'organes compris sous le nom de glandes ; c'ebt comme pour la description de ce tissu considéré dans l'état naturel : ce que nous allons en dire en sera une preuve.

§ Ier. Altérations dans les formes extérieures.

L'accroissement de volume a été indiqué (page 211) pour les glandes paires, ainsi que les circonstances dans lesquelles il a lieu : les glandes impaires , comme le foie , l'éprouvent rarement sans qu'il s'y joigne une altération de tissu.

L'atrophie survient de deux manières, savoir: l°par compression ; comme par une pression extérieure long-temps continuée , ou lorsqu'une tumeur a détruit peu à peu l'intérieur de l'organe (page 255) ; 20 par défaut d'exercice, comme cela arrive pour certaines glandes par les progrès de l'âge.

On connaît toutes les variétés de consistance , toutes les différences de couleur que présente le foie dans les maladies. Le testicule, le rein, en offrent aussi quelques-unes ; les autres glandes sont beaucoup moins sujettes à ce genre d'altération.

Des déplacemens s'observent dans ceux de ces organes situés dans la cavité abdominale , quelques-uns d'entre eux , tels que la rate, pouvant être attirés dans des hernies.

§ IL Altérations dans T organisation.

L'inflammation des glandes affecte plutôt celles à tissu compacte , serré , que les granulées ; cependant la mamelle y est particulièrement disposée. Au reste, il faut distinguer cette inflammation de celle du tissu cellulaire et des glandes lymphatiques voisines , comme cela est important surtout pour la parotide , que l'on croit souvent enflammée , tandis que son tissu est sain et que e cellulaire qui l'environne est seul affecté. Cette inflammatiou amène rarement la gangrène ; au contraire , la suppuration , l'induration , en sont des suites fréquentes.

Quelques glandes placées à l'extérieur , comprises dans des plaies, deviennent la base d'une cicalrice celluleuse ; mais le tissu glanduleux ne se reproduit point.

L'extrême fréquence des transformations de tout genre, dans le système qui nous occupe , a déjà fixé l'attention de Bichat (page 264)- Cependant il est encore indispensable d'établir une

distinction sous ce rapport. En effet, i°la plupart de ces transformations ont été observées dans le foie , le rein , le testicule , la mamelle , soit qu'elles soient formées de tissus analogues à ceux qui existent dans l'état naturel , soit que des tissus totalement étrangers à l'économie , hors l'état de maladie, les constituent; 2° qui ne sait, au contraire, combien elles sont rares dans les glandes lacrymales, dans les salivaires , et même jusqu'à un certain point , dans le pancréas ?

| III. j4 Itérations dans le développement.

Malgré les nombreuses irrégularités de formes que peu vent offrir les glandes, il ne faut pas cependant prendre à la lettre tout ce qui a été dit de la fréquence de ces irrégularités, comparée à leur rareté dans les organes de la vie animale. La différence n'est pas , à beaucoup près, aussi tranchée que Bichat l'a prétendu : nous avons vu ailleurs que le cerveau n'a pas toujours exactement la même conformation dans ses deux hémisphères , que Bichat en était lui-même une preuve. Son crâne présente en effet cette singularité, que le front est beaucoup plus saillant à droite qu'à gauche, et qu'une disposition inverse existe à l'occ put, d'où devait résulter une inégalité de volume à droite et à gauche, dans les lobes antérieurs et postérieurs du cerveau. Les os , les muscles, les nerfs , offrent des variétés analogues. D'un autre côté , les glandes ne sont pas tellement variables que cela puisse fournir un caractère suffisant pour les distinguer des organes précédens. Leurs variétés sont souvent insignifiantes : de même que , sur un os , un sillon , un trou vasculaire , une empreinte tendineuse , n'ont pas toujours exactement la même position , la même étendue , la même direction ; de même que , dans un muscle, la longueur des fibres charnues, la hauteur à laquelle se prolonge le tendon , la situation et le nombre des intersections, etc, , varient à l'infini, peu importe que, dans une glande , un lobe soit un peu plus gros , un bord plus ou moins échancré , une extrémité plus ou moins prolongée, etc.

Au reste, les formes glanduleuses sont plus ou moins constantes , suivant les organes dans lesquels on les examine. Le

rein présente à lui seul presque autant de variétés que toutes les autres glandes ensemble : tantôt unique ou réuni à celui du côté opposé, tantôt divisé, comme dans le fœtus, en plusieurs lobes, tantôt situé dans le bassin ou au devant de la colonne vertébrale, il est peu de sujets qui l'aient parfaitement semblable. Le foie , les salivaires , les lacrymales , etc. , offrent moins de ces différences.

Le tissu glanduleux ne se produit jamais accidentellement.

(Béclard.)

NOTES ET ADDITIONS

AU

SYSTÈME DERMOIDE.

Anciennes éditions, T. iv, p. 64 1 , lig- i ; — édition Béclard , T. iv, p. 295, lig. 6 : — « Les limites des| systèmes dermoïde et muquenx sont constamment marquées par une ligne rougeâtre... »

Cette ligne de démarcation est loin d'exister partout. On l'observe , sans doute , sur le bord libre des ouvertures palpébraies et buccale, mais elle manque tout-à-fait en dehors des organes génitaux et de l'anus. Dans ces derniers points, au contraire, on voit graduellement la membrane tégumentaire extérieure prendre sous le rapport de la couleur , comme sous tous les autres, les caractères muqueux ; et en réalité il y a impossibilité de dire précisément le lieu où finit la peau , et celui où commence la membrane muqueuse.

Anciennes éditions, T. îv, p. 65 1, lig. i5; — édition Béclard, T. iv, p. 3c6, lig. 9 : — « On parle mal quand on dit que les cheveux sont plan, tés obliquement... »

Sans doute les poils sont toujours perpendiculairemenl implantés sur le fond de leur bulbe ; mais cela n'empêche pas leur direction oblique à la surface de la peau , parce que ce bulbe lui-même participe à l'obliquité du poil ; eonséquemment , on

ne doit pas admettre avec Bichat que l'obliquité des poils se manifeste seulement à leur passage à travers le derme , c'està-dire au goulot de leur follicule particulier. Au reste , tous les poils ne sont pas obliquement dirigés sur le plan de la peau , comme je le ferai remarquer plus loin ( Koy. Système pileux).

( F. Blandin. )

Anciennes éditions, T. iv, pag. 664, Ug- 17 : — édition Béclard, T. iv, pcig. 3ig, lig. 3i : — « Il faut distinguer deux portions dans le système capillaire extérieur au chorion : l'une est remplie de la substance colorante de la peau... »

La matière coloraHle de la peau forme , dans le nègre , une couebe distincte , non-seulement du eborion et de l'épiderme , dans lequel Riolau la croyait placée, mais encore des autres parties du corps muqueux, avec lesquelles Malpighi l'a confondue. Cette matière existe aussi , quoique moins apparente , chez le blanc , qui , sans elle , ne différerait point de Valbino : celui-ci en est entièrement dépourvu. Le corps muqueux , que Malpigbi regardait comme un simple enduit, une sorte de vernis recouvrant les papilles , vernis que Bicbat a remplacé par un corps réticulaire essentiellement formé de vaisseaux , et divisé en deux portions indépendantes l'une de l'autre, paraît en effet contenir plusieurs parties distinctes, observées dans la peau du nègre par M. Gaultier , dans celle des quadrupèdes par M. Dutrochet.

Si on coupe la peau du talon d'un nègre un peu obliquement à son épaisseur et transversalement à la direction des lignes que représentent les papilles, on distingue sur le bord divisé les objets suivans : i". Immédiatement au dessus des papilles, et faisant corps avec elles, se trouve une série de petits faisceaux vasculaires , désignés par M. Gaultier sous le nom de bourgeons sanguins. 2°. Entre ces bourgeons et l'épiderme , on voit une ligne noire ondulée, placée entre deux lignes blanches, dont l'une la sépare de la première couche , et forme la couche albide profonde, composée, suivant M. Gaultier, de vaisseaux blancs.

3°. La ligne noire qu t est au dessus , ou la couche colorée , prend le nom de gemmules , à cause de ses ondulations , qui la font paraître comme composée d'une infinité de petits corps concaves embrassant le sommet des papilles ; chacun de ces petits corps reçoit deux bourgeons sanguins , le sommet des papilles étant bifurqué , comme nous le dirons plus bas. 4 '• Enfin , immédiatement au dessous de l'épiderme est la seconde couche non colorée, ou couche albide superficielle , formée de vaisseaux séreux, comme la première.

Il y aurait donc , d'après cela , quatre parties dans le corps muqueux, et, en joignant les deux couches blanches aux deux portions admises par Bichat , et qui seraient alors regardées comme de vraies couches isolées , on aurait la véritable structure de ce corps. Mais parmi ces couches , la première , formée par les bourgeons sanguins, n'appartient réellement pas au corps muqueux ; elle n'est autre chose que la terminaison des vaisseaux ramifiés dans les papilles , et fait partie de ce qu'on appelait autrefois corps papillaire ; de sorte qu'on peut réduire à trois le nombre des couches qui constituent le corps muqueux : c'est ce qu'a fait M. Dutrochet dans l'analyse qu'il a donnée de la structure de la peau chez les quadrupèdes. Il a reconnu l'existence de ces couches , telles que les a décrites M. Gaultier : seulement il les a désignées de la manière suivante. La peau se compose , suivant lui , i°du derme; 2° des papilles; 3" de la membrane épidermique des papilles , qui est la couche albide profonde de M. Gaultier; 4° d'une couche colorée ; 5° d'une couche cornée, qui répond à l'albide superficielle ; 6° de l'épiderme.

L'existence d'un corps muqueux intermédiaire au derme et à l'épiderme, composé au moins de trois couches superposées, semble démontrée par les résultats que nous venons d'exposer. Cependant tous les anatomistes n'admettent pas cette existence. Suivant M. Chaussier , la peau n'a que deux parties distinctes , le derme et l'épiderme ; l'un renfermant tous les élémens organiques de cette membrane , sans qu'on puisse établir de limite entre ces élémens, l'autre en étant la portion inorganique ou non vivante. Déjà Haller, Camper, Blumenbach , etc. , penchaient à rejeter le corps muqueux dans la peau du blanc , et à n'admettre son existence que pour celle du nègre.

Lorsqu'on enlève l'épiderme par ta macération sur une portion de peau très-noire , sur celle du scrotum chez le nègre , par exemple , la matière colorante reste en partie sur le derme , en partie sur 1'épiderme , plus pourtant sur ce dernier ; mais si on prolonge la macération , cette matière se détache de l'un et de l'autre, et se dépose au fond du vase, où on peut alors la recueillir : elle présente beaucoup d'analogie avec la matière colorante du sang. Cette matière ne paraît pas formée dans la couche colorée ou les gemmules, où elle a son siège ; les papilles en sont les organes sécréteurs, ainsi que de cette couche elle— même. Quand on produit par un vésicatoire la séparation de l'épiderme et des trois couches subjacentes du corps muqueux , le derme dénudé, rouge d'abord et privé de sa matière colorante, la reprend ensuite : lorsque le vésicatoire se dessèche , cette matière se reproduit sous la forme de petits points noirs qui s'agrandissent peu à peu et finissent par se confondre; en sorte que la cicatrice est noire , quoique le corps muqueux ait été enlevé. M. Gaultier attribue principalement aux poils la fonction de sécréter cette m itièie, parce qu'elle est plus abondante là où des .poils existent, et à cause de la forme qu'elle affecte dans le cas dont nous venons de parler : mais , puisqu'on la rencontre dans tous les points de la peau , il n'est pas probable que sa source soit différente suivant le lieu qu'elle occupe.

Au reste , 1* matière colorante de la peau n'est point simplement en stagnation dans le corps muqueux ; les modifications qu'elle éprouve dans une foule de circonstances la montrent sans cesse apportée et reprise par les vaisseaux , soumise , par conséquent, à une circulation réelle. Ainsi divers auteurs citentils des exemples de changemens presque subits survenus dans la coloration de la peau , de femmes devenues noires pendant la grossesse , d'hommes ayant subi la même altération par les progrès de l'âge , par de violens chagrins ; ainsi les nègres blanchissent-ils plus ou moins dans les maladies , la vieillesse, etc. A la naissance, le nègre n'est point coloré ; sa peau, semblable à celle du blanc, est rouge, comme dans celui-ci, et Seulement légèrement jaunâtre. Ce n'est qu'après la naissance qu'un cercle brun entoure les ongles , les yeux, le mamelon, 1rs parties génitales;

le troisième jour ces parties seules sont noires; le reste du corps n'est encore que basané. Le septième , la coloration est générale; mais le noir est pâle, sale, pendant l'enfance : son intensité augmente graduellement dans l'âge adulte , sans acquérir pourtant la même nuance partout ; les premières parties colorées restent en général les plus foncées. Ces changemens successifs, qu'on observe également dans les autres races , sont autant de preuves manifestes du mouvement dont la matière colorante est le siège.

Cette matière a le plus grand rapport avec celle qui teint les cheveux , l'iris , la choroïde : aussi toutes ces parties subissentelles le même sort que la peau, quand celle-ci se trouve décolorée, comme on le voit chez les albinos, par un défaut d'organisation.

Les deux autres parties du corps muqueux , savoir la couche cornée et la membrane épidermique des papilles , ou les deux couches albides , sont moins bien connues que la couche colorée. Cependant , outre que ces couches sont apparentes dans le nègre, elles se manifestent dans plusieurs circonstances. Ainsi les bulbes des poils présentent à l'intérieur des espèces de flocons qui paraissent formés par l'épiderme des papilles : quand l'ongle se sépare des papilles qui sont au dessous de lui , comme cela peut arriver à la suite d'un coup , ces papilles se couvrent d'une matière concrète qui n'estautre chose que cette couche cpidermiqre. La couche cornée , par son développement extraordinaire , donne lieu à toutes les productions cornées qui recouvrent la peau , soit dans l'état naturel, telles que les cornes des animaux, les écailles des poissons et des serpens , les ongles , etc. , soit dans l'état de maladie , comme les cornes qui surmontent quelquefois la peau de l'homme : ces productions , toutes situées au dessous de l'épiderme , appartiennent évidemment à la couche dont il est ici question.

Les bourgeons sanguins , comme nous l'avons vu, se confondentavecles papilles; celles-ci font partie du derme ou chorion , dont elles occupent la face externe , et ne doivent pas en être distinguées , comme on l'a fait , sous le nom de corps papillaire. Leur disposition est remarquable; les rugosités qu'elles représentent forment des lignes régulières séparées par des sillons très-apparens ; et de plus, un autre sillon, moins profond

que les premiers , ayant la même direction , divise chacune de ces lignes près de son sommet en deux élévations secondaires ; de sorte que , quand on coupe la peau en travers perpendiculairement à la direction de ces lignes , l'espèce de filet tremblé qu'on aperçoit le long du bord divisé présente des ondulations alternativement grandes et petites; il résulte de cet arrangement que chaque ligne saillante, simple à sa base, semble composée à son sommet d'une double rangée de papilles.

La structure de ces aspérités du derme est presque toute vasculaire ; leur analogie avec les papilles de la langue et les phénomènes qu'on y observe y font admettre des nerfs en grand nombre , et une disposition veineuse propre , analogue à celle des tissus érectiles. C'est à celte disposition très-marquée, ainsi que la structure nerveuse, pour celles de la langue, que les papilles doivent l'espèce d'érection dont elles paraissent susceptibles. Cette érection est manifeste à la langue. Molles , couchées, et peu distinctes hors le temps de la digestion, les papilles de cet organe se redressent et deviennent plus apparentes pendant la mastication. On voit quelque chose de semblable à la peau des doigts ; la pulpe de cette partie acquiert souvent, dans l'exercice du toucher, une tension , une fermeté, et en même temps une rougeur particulières.

C'est dans les papilles que se passent la plupart des phénomènes de vitalité dont la peau est le siège; c'est là que s'exercent le tact et le toucher; c'est là que sont sécrélées toutes les parties plus superficiellement situées, là que se forme la matière colorante, que se produisent les poils, les ongles, les plumes, les cornes, les écailles, etc. Ne nous étonnons plus, d'après cela, de la quantité de vaisseaux qui s'y terminent : tout le système capillaire de la peau y est appelé par la nature des fonctions qu'elles remplissent. Cependant il ne faut pas exagérer cette idée, et croire qu'il n'y a des vaisseaux que là , que plus profondément le tissu du chorion en est dépourvu , que tous se portent à sa surface : le derme est souvent injecté dans toute son épaisseur , soit à la suite de l'inflammation , soit dans les injections fines : seulement alors la surface semble l'être un peu plus. En prenant , sur un morceau de peau injecté et rendu transpa-

rent par l'immersion dans l'essence de térébenthine , une lanière mince , coupée dans le sens de l'épaisseur de la-membrane , et en la regardant contre le jour, on n'y voit pas sensiblement plus de vaisseaux du côté externe que de l'interne. Enfin , si tous les vaisseaux du derme étaient renfermés dans une couche superficielle, on devrait , en raclant à sa surface externe une portion de peau injectée , détruire ces vaisseaux , et eidever au derme presque toute sa couleur rouge : or , cela n'a point lieu.

( BÉCLARI). )

La note précédente, de Béclard , établit suffisamment la composition laminaire du corps mucpieux ; mais quelle„estla nature intime de cette partie? Est-elle un simple assemblage de vaisseaux , comme Bichat l'indique? Sa substance est-elle analogue à celle du système nerveux, comme Gall le pensait? voilà ce que Béclard ne dit point , et ce qu'il importe cependant de savoir. Or voici, à cet égard, l'opinion que je professe, et les preuves sur lesquelles je l'appuie :

i°. Le corps muqueux , cette couche organique placée entre le corps papillaire et l'épiderme , qui contient la matière colorante particulière de la peau, et que les recherches de M. Dutrochet nous ont montrée formée de trois couches secondaires, est entièrement dépourvue de vaisseaux et de nerfs. 2°. Il est le produit de la sécrétion des papilles, comme l'épiderme ; il constitue un second épidémie, plus profond et plus mou que le véritable. Ce qui prouve que le corps muqueux, comme l'épiderme, est sécrété parles papilles, c'est qu'ils sont reproduits l'un et l'autre à la suite de toutes les lésions de la peau qui n'ont atteint qu'eux seuls , sans comprendre les papilles ; ce qui prouve en particulier que le corps muqueux n'est pas vivant et qu'il manque de vaisseaux et de nerfs , c'est la facilité et la promptitude avec laquelle il est détruit comme l'épiderme : voyez les agens vésicans , ils ne bornent pas leur action au soulèvement de l'épiderme , mais ils détruisent en outre les couches diverses du corps muqueux : témoin la dénudation des papilles à la suite de l'application d'un vésicatoire ; témoin l'enlèvement de la couche de matière colorante dans les mêmes circonstances. 31. Le corps muqueux n'est pas plus vivant que les poils et les ongles, qui en sont des

modifications ; non qu'il ne subisse de notables changemens, sous l'influence de l'absorption , mais d'une absorption se fait en dehors de lui par les vaisseaux du chorion et des papilles. 4°- Enfin , sous le rapport de la composition chimique et sous le point de vue anatomique , il n'y a aucune analogie entre la matière nerveuse et la matière du corps muqueux , qui ne paraît être , comme celle de l'épiderme , qu'un mucus plus ou moins desséché ; anssi l'opinion de Gall à cet égard est-elle entièrement hypohétique. (F. Blandin.)

Anciennes éditions, T. iv,p. 670, lig. 4; — édition Béclard , T. tv, p. 326, lig. 1. — «L'action du calorique sur la peau présente des phénomènes très-différens , selon son intensité...»

Bichat, comme on le voit, avait parfaitement observé les phénomènes variés de l'action du calorique sur la peau , et d'après cela il avait divisé la brûlure en quatre degrés , suivant sa plus ou moins grande profondeur, et suivant les couches de la peau qui ont été altérées dans cette théorie. Le premier degré est caractérisé par une simple rubéfaction • dans le second, il y a formation de phlyetènes , vésication ; dans le troisième , crispation des fibres du chorion; dans le quatrième et dernier degré , au contraire, on observe la carbonijication duderme. Comme on le voit, cette clas« sificalion des degrés de la brûlure offre la plus grande analogie avec celle de M. Dupuytren. Ce professeur, comme Bichat, n'admet que quatre degrés de la brûlure de la peau : 1 " rubéfaction ; 20 vé~ sication ; 3° destruction de l'épiderme , du corps muqueux et de la partie externe du derme; 4° carbonijication duderme. Seulement Bichat avait considéré comme une simple crispation des fibres du derme , cet état que l'on observe dans le troisième degré de la brûlure ; tandis que M. Dupuytren a plus justement observé qu'alors la surface extérieure du derme a été détruite par le calorique. Au reste , dans sa classification , le professeur que j'ai cité a embrassé non— seulement la brûlure cutanée, mais celle du tissu cellulaire et des parties les plus profondes , et il a ajouté

deux degrés aux quatre de Bichat : le cinquième , dans lequel le tissu cellulaire sous-cutané a été détruit avec la peau, etlesixième, qui a pour caractère la destruction complète et profonde de la partie du corps affectée. ( F. Blandin. )

Anciennes éditions, T. w,p. 6o,5, lig. 11; — édition Béclard, T. iv, p. 353, lig. 1 : — «Les absorptions cutanées portent un caractère d'irrégularité remarquable Elles sont niées par quelques

auteurs... »

Cette absorption est beaucoup moins marquée que celle des membranes muqueuses ; elle n'est réellement évidente que lorsqu'il y a friction , ébranlement de la peau , que l'épiderme est ouvert , soulevé , ou en partie détaché , et ne paraît pas s'exercer au simple contact ; du moins il y a plus de faits contre que pour ce dernier mode d'absorption. Bichat explique ces faits , contradictoires en apparence avec ceux où l'absorption est manifeste , par les variétés de sensibilité que présente la peau ; mais il n'a pas fait la distinction que nous venons d'établir , et il est facile d'observer que c'est quand la peau n'est qu'en simple contact avec la substance soumise à son absorption que celle-ci est le plus douteuse. Ainsi l'eau appliquée à la surface des tégumens n'est-elle point le plus souvent absorbée, comme Bichat en a déjà fait la remarque, et Symson , qui prétend avoir vu un bain de pieds sensiblement diminué après l'usage qu'en avait lait un malade , at-il été contredit par tous ceux qui ont depuis répété cette expérience. Celle de Mascagni , dont les glandes inguinales se sont gonflées dans la même occasion , ne présente de même qu'un fait isolé, et qui peut d'ailleurs ne pas dépendre de l'absorption du liquide. On assure, il est vrai , qu'en tenant une main plongée dans une cuve remplie de mercure , et en plaçant dans l'autre quelque portion d'un métal susceptible d'être attaqué par celuici , comme d'or ou d'argent , on voit ce dernier noircir comme s'il était en contact direct avec le mercure ; d'où l'on a tiré cette con-

séquence, que le mercure, absorbé d'un côté, était alors porte dans le sang , qui le transmettait ensuite au côté opposé ; mais le fait est-il bien certain , et en a— t-on bien observé toutes les circonstances? Des expériences faites avec la plus grande exactitude par M. Rousseau, physicien de Philadelphie, prouvent, au contraire, que l'huile essentielle de térébenthine, dont l'absorption est si rapide , comme on le sait, quand elle s'opère par les surfaces muqueuses , ne produit point dans l'urine cette odeur caractéristique , indice non équivoque de sou absorption , lorsqu'on se contente de l'appliquer sur la peau , en ayant soin de ne point en laisser introduire parla respiration. Attendons donc que de nouvelles expériences aient démontré la réalité de l'absorption au simple contact, pour admettre cette absorption.

Quant à l'irrégularité que Bichat attribue aussi à l'autre espèce d'absorption , fondée sur ce que l'insertion des virus n'est pas toujours suivie de succès , il est possible qu'en effet ces virus ne soient point absorbés dans ce cas ; mais il faut aussi prendre garde de confondre leur passage dans le sang avec leur effet apparent, surtout quand cet effet est purement local : le premier pourrait fort bien avoir lieu , et l'autre ne pas exister.

La même réflexion est applicable à ce que la plupart des auteurs disent de la facilité plus grande de l'absorption pendant le sommeil , pendant la faim , et en général, dans tous les états qui disposent à la faiblesse. Les miasmes contagieux et autres ne sont peut-être plus actifs dans cette circonstance qu'à cause de la susceptibilité plus grande dans laquelle ils trouvent les organes.

Quelques auteurs ont parlé d'une absorption gazeuse s'exerçant habituellement sur les tégumens , et dont ils ont cherché à apprécier le résultat ; suivant d'autres , la peau est le siège d'une exhalation de la même nature. Il est évident que si ces deux fonctions y existent , leur effet doit se confondre , et qu'il est impossible , en recueillant les gaz , l'air atmosphérique, par exemdle , qui auront séjourné à la surface de la peau , de distinguer si les changemens de proportion qu'on y observe tiennent à une diminution de certains de leurs principes ou à une augmentation des principes contraires , et de faire , par conséquent , la part de l'exhalation et de l'absorption. C'est donc à tort que Fourcroy a

dit que la peau fournissait de l'azote : la nature de celte exhalation , si elle a lieu, est fort difficile à déterminer. Au reste, la preuve que donnait Fourcroy de son existence , tirée des bulles qui se dégagent de la surface du corps quand on se plonge dans un bain , ne me parait point réelle. Ces bulles ne sont «autre chose que l'air resté adhérent aux tégumens et raréfié par la chaleur du bain ; quand une fois tout cet air s'est échappé , le dégagement s'arrête : on ne voit point ces bulles se former dans le bain froid , l'air n'y ayant point , par le manque de dilatation , la même tendance à quitter la surface de la peau. ( Béclard.)

Anciennes éditions, T. iv, p. 706, lig. 25; — édition Béclard, T. iv, p. 3G5, lig. 3 : — «Je crois qu'il y a autant de probabilité pour l'exhalation que pour la sécrétion de l'huile cutanée... »

C'est là une pure dispute 'de mots ; en effet , quelle différence y a-t-il essentiellement entre l'exhalation et la sécrétion? L'exhalation n'est-elle pas une sécrétion d'une nature particulière? et parce que l'organe formateur dans ce cas est une simple membrane , le fluide qu'il sépare du sang est-il moins un produit de sécrét:on que celui qui s'écoule d'une glande? non , sans doute.

Mais ici la question qu'il faut véritablement débattre après Bichat , parce qu'il ne l'a pas résolue convenablement , c'est celle de la partie qui forme le fluide graisseux de la peau. Aujourd'hui il n'est plus permis de mettre en doute le fait de la formation de ce fluide par des follicules , sortes de dépressions cutanées analogues à celles qu'on trouve dans les membrane» muqueuses. En effet, cette matière est abondante là où ces follicules sont très-abondans : à la face , dans les aisselles, aux aines , derrière l'oreille , etc. Elle est plus abondante encore là où se trouve une grande quantité de poils , parce que là aussi on trouve réunis les follicules simples de la peau et ceux que la

wature a placés au goulot de chaque bulbe pilifère , comme je le dirai plus tard.

Les follicules cutanés , autrefois peu connus et mal analysés dans leur structure, ont été appelés glandes cutanées; niais , en réalité, ils sont constitués par une simple dépression en cul-de-sae de la peau, dépression au niveau de laquelle la membrane tégumentaire devient plus vasculaire et plus mince , mais sans cesser de conserver une composition très-analogue à celle qu'elle présente partout ailleurs. Cette composition est facile à observer dans certaines loupes que l'on désigne par le nom de tannes , et qui ne sont autre chose que des follicules dilatés d'une manière anormale par la rétention de la matière qui y est sécrétée. On a vu quelquefois s'élever des poils au fond de ces follicules , et plus rarement des cornes y ont pris naissance. Un fait de ce genre a été cité par Home. Moi-même j'ai vu à Bicêtre un vieillard qui portait sur le nez une corne en forme de stylet , qui naissait évidemment du fond d'un des follicules nombreux de la peau de cette région. L'individu sur lequel j'ai fait cette observation venaitde temps en temps à l'infirmerie réclamer de M. Murat , chirurgien en chef de cet hospice , la section de cette singulière excroissance. (F. Blandin.)

Anciennes éditions, T. iv , p. 711, Ug. 3i ; — édition Béclard,T. iv,p. 370, lig. 17 : — « Le tact ne dépend pas d'une modification particulière de la sensibilité; il n'est autre chose que cette propriété considérée en exercice... »

Ce passage de YAnatomie générale contient évidemment l'exposition de la théorie des organes des sens si bien développée dans ces derniers temps par M. Blainville. Ainsi, les organes placés à la périphérie de l'organisation ne sont autre chose que des modifications plus ou moins avancées de la membrane tégumentaire générale. Comme cette membrane, ils jouissent de la propriété de recevoir les impressions générales des corps , impres-

sions qu'ils transmettent ensuite au centre du système nerveux, où elles sont transformées en sensations ; mais, en outre, ces organes sont sensibles encore à certaines excitations spéciales, suivant la modification particulière de texture qui les caractérise. Bichat ici a seulement envisagé la question sous le point de vue physiologique ; il restait à montrer, ce que l'on pouvait facilement prévoir, que la chose est également vraie lorsqu'on l'envisage sous le rapport de l'anatomie ; c'est ce qu'ont fait les anatomisles modernes, M. Blainville au premier rang. ( F. Blandin. )

Anciennes éditions, T. iv, p. 712, lig. 9; — édition Béclard, T. iv. p. 3ro, lig. 32 : — « Le toucher n'a rapport qu'à des modifications particulières des corps : il diffère essentiellement des quatre autres sens... »

Sans doute il existe de grandes différences entre le toucher et les autres sens : mais ces différences ne sont point aussi absolues que Bichat le dit ici ; et même , à vrai dire , ces différences ne sont que du plus au moins ; tous enfin sont des modifications plus ou moins grandes du système tégumentaire. Dans l'échelle de ces modifications , la peau des doigts occupe un rang très-inférieur , tandis que l'œil et l'oreille sont dans une position toute différente. Au reste , examinons successivement les diverses raisons alléguées par Bichat en faveur de son opinion :

i°. Je puis assurer /contrairement à Bichat, que la peau des doigts et des orteils a subi des modifications particulières de texture , et par suite de sensibilité : les nerfs en effet y sont plus considérables que dans les autres parties de la peau, ils se résolvent en papilles plus nombreuses et plus grosses ; ces papilles sont entourées d'un réseau vasculaire veineux qui leur donne une véritable érectilité étrangère en partie aux autres organes du même genre; en un mot la peau du ventre déployée sur les phalanges , ne remplirait point entièrement, comme Bichat

l'assure , les fonctions de la peau si nerveuse et si réellement érectiledes doigts ; la chose ne saurait être contestée.

2". Il existe certainement beaucoup de différences entre les excitans des organes spéciaux du toucher et l'œil , l'oreille , etc. ; mais cela ne détruit point les analogies remarquables qui rapprochent anatomiquement et physiologiquement tous ces appareils.

3 •'. Les organes du toucher, pas plus qi e l'œil, l'oreille , etc., ne sont mis en jeu sans la participation de l'intelligence ; en effet , pour qu'une impression soit reçue par la rétine ou le nerf auditif , il faut que l'attention tienne toutes ces parties dans une sorte d'érection. Que d'objets passent inaperçus devant nos yeux ! que de bruits sont venus frapper nos oreilles sans avoir été entendus! Sous ce rapport, par conséquent, il en est pour l'œil, pour l'oreille, etc. , comme pour les doigts , qui peuvent très-bien embrasser un corps de toutes parts , sans nous donner la conscience de ses qualités tactiles , sans être touché enfin, suivant l'acception physiologique de ce mot. D'autre part , combien de fois ne nous arrive-t-il pas d'exercer notre toucher avant que nous y ayions été excités par un autre sens ? Est-ce qu'un homme qui serait à la fois sourd et aveugle ne pourrait point encore exercer avantageusement ses doigts sur la surface extérieure des corps? Est-ce que le sens si parfait du toucher ne lui serait point encore fort utile pour reconnaître ces corps ? Si assurément. Il y a plus même, l'observation a démontré que, dans les cas que je viens de supposer, le toucher se perfectionne de plus en plus , qu'il semble susceptible d'être exercé par une partie plus grande de la membrane tégumentaire , et que l'homme auquel il ne reste de ses cinq sens que celui du toucher peut encore avec quelque connaissance de cause se transporter d'un lieu dans un autre , en évitant les obstacles qui sembleraient devoir l'arrêter.

4° Enfin il est bien établi, contre l'assertion dcBichat, que la membrane tégumentaire, pour deveisirorgane spécial du toucher, a besoin d'une modification anatomique particulière, et qu'il n'eût point suffi de la placer seulement sur des appendices susceptibles par leurs mouvemens variés de la mettre plus exacte-

ment en rapport avec les divers points de la surface extérieure du corps. En un mot, je le répète , la peau du ventre substitué, à celle des doigts n'aurait point constitué des organes du toucher e

{ F. Blandin. )

Anciennes éditions, T. iv,p. 7 44 •> hg- 5; — édition Béclard, T. iv, p. [\ol\, lig. 16: — « Rien de semblable à l'humeur qui enduit la peau du fœtus, ne suinte de la peau de l'enfant qui a vu le jour... »

Une humeur du genre de celle qui recouvre , en certains endroits , la peau du foetus , est fournie après la naissance par les follicules cutanés; seulement alors cette matière ne se trouve jamais en aussi grande quantité que pendant la vie intra-utérine, parce qu'elle est promptement enlevée , soit par les frotîemens. extérieurs , soit par les soins de propreté. Au reste, c'est tout— à-fait par oubli que Bichat nie ici l'analogie de ces deux produits ; car , quelques lignes plus haut , il a reconnu qu'ils sont sécrétés parles mêmes organes, les glandes, ou follicules sébacés.

( F. Blandin. )

Anciennes éditions, T. iv, p. jSG, ligne dernière; édition Béclard, T. îv, p. f\\8, ligne dernière.

ANA.TOMIE PATHOLOGIQUE DIT SYSTÈME TÎEBMOÏDE.

§ Ier. A lté 1 citions dans les formes extérieures.

La peau distendue éprouve divers changemcns ( voy. Propriétés de tissu du système dermoïde). Lorsqu'elle l'est pendant long-temps , les fibres du derme ne sont pas seulement écartées, elles s'éraillent en divers endroits; de là les stries blanchâtres de la peau du ventre chez les femmes qui ont eu une ou plusieurs grossesses : ces stries, souvent importantes en médecine légale , parce qu'elles sont constantes , sont de véritables cicatrices. Quand la distension a été plusieurs fois répétée ou portée très-loin , la peau , ayant perdu en pa lie sa tendance

à revenir sur elle-même , conserve plus d'étendue qu'il ne lui en faut pour recouvrir les parties subjacentes , et reste lâche, molle, ou forme des plis, comme on' e voit encore à la peau du ventre : c'est le même phénomène que celui qui produit les rides chez les vieillards qui perdent leur embonpoint , comme il a été dit ailleurs. Au reste , la peau varie , sous ce rapport, suivant les individus : telle femme après la première grossesse a la paroi abdominale plus relâchée que telle autre, dont cette paroi est presque lisse et unie , quoiqu'elle ait eu plusieurs enfans. L'âge y est aussi pour beaucoup. Les mêmes différences existent dans les maladies , quand une tumeur , par exemple , a fortement écarté la peau des tissus voisins : de là des modifications dans la quantité de peau à conserver , lors de l'ablation de ces tumeurs , suivant l'âge, le sexe, les individus, le volume et l'ancienneté de la tumeur , etc.

La surface externe de la peau est défigurée par une foule de productions de nature très-diverse. Les unes sont un produit manifeste de l'inflammation : il en sera question tout à l'heure. Les autres constituent des dégénérations particulières, et seront de même examinées plus bas. Mais il en est qui ne paraissent dépendre que d'un accroissement accidentel de quelqu'une des couches dont est composée la peau. Ainsi la couche cornée s'élève sur les tégumens en forme d'excroissances dures , en tout semblables à des cornes ; le réseau vaseulaire des papilles soulève l'épiderme aminci, et donne lieu à des exubérances plus ou moins rouges , telles que les végétations de la syphilis ; l'épaisseur du derme lui-même végète et se reproduit à la surface de la peau pou. former les verrues.

Les productions cornées , dont il existe aujourd'hui une foule d'observations , ne dépendent pas toujours simplement de la cause que nous venons d'indiquer : on peut en distinguer de trois sortes. i°. A la suite des plaies, des ulcères, il se forme souvent sur les cicatrices des productions de cette nature. 2°. Les follicules sébacés sont aussi quelquefois l'origine de ces cornes , comme A. Cooper et Home en citent des exemples : elles ont alors des couches concentriques telles qu'on en trouve dans les arbres. 3". Enfin, il y a des cornes qui naissent irrégulièrement

sur tous les points de la peau , sans qu'on puisse les rapporter à l'une des deux espèces précédentes : ce sont celles-là surtout qui semblent avoir leur siège dans la couciie cornée de la peau , et n'être autre chose que le résultat d'une sécrétion plus abondante de cette couche , par l'irritation des papilles subjacentes. Les cors aux pieds ont une source à peu près semblable ; ils sont formés par un petit corps dur et arrondi , né au milieu de la substance cornée de la peau , et que des lames" d'épiderme recouvrent : seulement cette espèce d'amas de matière cornée est enfoncée par la pression dans l'épaisseur du derme , et quelquefois jusqu'au dessous de lui , au lieu de croître à sa surface.

L'accroissement des follicules sébacés de la peau produit des tumeurs particulières auxquelles on donne le nom de tannes. Quand cet accroissement est peu considérable, la tumeur, à peine sensible , n'est indiquée à la surface de la peau que par un point noir , d'où l'on peut faire sortir par la pression la matière sébacée qui y est contenue , laquelle , se moulant sur l'ouverture du follicule, s'échappe sous forme d'un petit ver, et a même été prise quelquefois, à cause de c la, pour une larve d'insecte : ce point noir est dû aux corpuscules qui voltigent daus l'air et qui salissent l'entrée du follicule. Lorsque la matière s'accumule en plus grande quantité , la tumeur est plus saillante* et constitue, suivant que l'orifice du follicule subsiste ou que cette ouverture a disparu, les tannes proprement dites, si fréquentes à la face , à la peau du nez surtout , ou les loupes souscutanées qu'on observe dans diverses régions du corps. Celles-ci ne dépendent jamais d'une autre cause. Tous ces prétendus mélicéris , athérômes , stéatômes , qui se développent à la tète , sous le cuir chevelu , dans le tissu cellulaire sous-cutané des membres, de la poitrine , de l'abdomen , et qui ne diffèrent que par le degré de consistance de la matière qu'ils renferment , comme le signifient les noms qu'on leur a donnés , sont d'abord situés dans l'épaisseur de la peau, ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre en les examinant dans leur principe. Souvent même on peut observer sur le même sujet l'espèce de gradation que ces tumeurs suivent dans leurs progrès ; c'est quand il en existe plusieurs : les plus petites présentent alors une ouverture très -apparente à

la surface de la peau , tandis que les autres s'éloignent de plus en plus des tégumens , auxquels elles tiennent pourtant encore , dans le plus grand nombre des cas , par un filament creux , qui est le goulot du follicule allongé par la distension. Il n'y a de vraies loupes que les tumeurs graisseuses. Aussi la matière de celles dites enkystées ressemble-t-elle parfaitement à la matière sébacée des follicules : aussi ces sorte, de tumeurs ont-elles, comme ces derniers , un épiderme intérieur. Ces derniers caractères suffiraient presque à eux seuls pour établir l'identité de ces tumeurs avec les follicules, quand bien même leur connexion avec la peau dans le principe ne serait pas démontrée. L'ouverture des follicules , au lieu de s'oblitérer , e«t quelquefois tellement agrandie , dans les lannes , que leur fond est presque entièrement à découvert : leur surface interne , en contact avec l'air , se dessèche alors ; la tumeur cesse de croître ; et il reste simplement, à l'endroit qu'elle occupait , une espèce de cul-de— sac continu à la peau, qui paraît là comme repliée sur elle-même. Cette disposition rend très-évidente la structure des follicules.

Tout le système cutané est le siège d'une sorte d'atrophie , dans le marasme qui succède aux maladies lentes : la matière colorante disparaît dans cette circonstance ; le derme se dessèche, s'amincit; les papilles se flétrissent; la peau devient rugueuse parla saillie des bulbes des poils qui sont au dessous d'elle. On peut opposer à cet état la surabondance de vie si commune aux tégumens de la lace , surtout chez les ivrognes , et qu'annonce le bourgeonnement vasculaire de cette partie. Une irritation long-temps prolongée peut aussi épaissir le derme , comme on le voit souvent autour des anciens ulcères.

§ IT. Altérations dans f organisation.

Les phlegmasies cutanées forment une classe nombreuse en pathologie; mais leurs nuances infinies se confondent en grande partie aux yeux de l'anatomiste. Les altérations de tissu qu'elles font éprouver à la peau sont toujours, au fond, à peu près les mêmes , quelque multipliées que soient les éruptions dont elles la

couvrent. Plus de sang dans le réseau capillaire , et par là un développement plus grand de ce réseau , soit uniformément , soit par points plus ou moins exactement isolés ; un fluide différent du sang soulevant 1'épiderme ou répandu à sa surface et y formant des croûtes variées ; l'épiderme lui-même altéré de diverses manières , sa production régulière souvent empêchée : ce sont là des caractères communs à la plupart des exanthèmes tant aigus que chroniques. Ces affections ne diffèrent essentiellement que par le degré d'excitaiion qui les détermine , la structure différente de la peau dans les parties qu'elles occupent, la disposition particulière des individus qui en sont atteints ; toutes circonstances qui apportent des modifications dans leurs produits. Cependant ce sujet mériterait peut-être de nouvelles recherches. C'est ainsi que le siège de ces maladies dans le tissu cutané ne paraît pas toujours être le même; que la teigne, par exemple, semhle naître plus spécialement des follicules séhacés ; que certaines éruptions paraissent se borner aux couches les plus superficielles de la peau , tandis que , dans d'autres , toute l'épaisseur de cette membrane est profondément altérée, etc. En général, tous ceux qui ont écrit sut les maladies de la peau se sont plus attachés à décrire minutieusement les formes qu'elles affectent sur cette membrane qu'à rechercher les changemens qu'elles déterminent dans son organisation.

Au reste , les suites ordinaires de l'inflammation ont été observées ici. La peau suppure , non- seulement quand son épiderme est enlevé, comme dans le vésicatoire , mais même lorsque son tissu est intact , à la manière du tissu cellulaire ; le pus est ordinairement rassemblé dans de petites cavités qui soulèvent l'épiderme , comme on le voit dans les pustules de la petitevérole. L'ulcération est fréquente dans cette membrane , moins pourtant que dans le système muqueux ; elle se joint quelquefois à la suppuration , comme on l'observe communément dans la petite- vérole : d'autres fois elle est le produit d'une cause particulière, telle que la syphilis. Il faut, au reste, distinguer ces cas dans lesquels l'ulcération procède du dehors au dedans , de ceux où la peau distendue , d'abord seulement amincie , finit par s'enflammer et se détruit du dedans au dehors , ainsi qu'il arrive dans les abcès , les anéyrysmes , etc.

Les plaid simples de la peau guérissent promptement , et sans qu'il y ait formation de bourgeons charnus. Une couche plastique , analogue à celle qui se forme entre les a-utres tissus divisés , et que M. Brachet a trouvée composée de gélatine et d'albumine , réunit d'abord mollement les bords de la plaie , qu'on peut séparer de nouveau lis premiers jours , sans causer presque de douleur, ni sans renouveler l'écoulement du sang, dont celte couche n'est pas encore pénétrée. Des vaisseaux se produisent ensuite dans cette matière , qui prend en même temps plus de consistance , et la cicatrice existe. Cette cicatrice ne tarde pas à se confondre avec le tissu de la peau , dont on finit par ne plus pouvoir la distinguer.

Les phénomènes sont également fort simples quand la peau n'est détruite que dans ses cou&es superficielles , et que le derme est simplement dénu é ; l'épiderme se reproduit alors avec une grande rapidité dans toute l'étendue de la plaie : c'est ce qu'on voit dans les vésicatoires , la brûlure au second degré , les écor— chures légères , etc. Cependant , si l'irritation est vive , comme dans la brûlure, la suppuration survient, et la guérison n'est pas aussi prompte.; mais il ne se forme de bourgeons charnus que quand cette suppuration se prolonge, comme dans les vésicatoires.

Ces bourgeons existent, au contraire , nécessairement, lorsqu'il y a perte de substance complète de la peau , et que les lèvres de la plaie restent écartées ; ils précèdent toujours , dans ce cas , la formation de la cicatrice , qui prend alors naissance des divers tissus mis à nu , du cellulaire particulièrement.

La peau est peu sujette aux transformations organiques. Elle acquiert dans quelques circonstances tous les caractères des membranes muqueuses ; c'est lorsque , dans un contaet prolongé avec elle-même, elle est privée pendant long-temps du séjour de l'air à son extérieur : une moindre épaisseur du derme, une rougeur plus grande de sa surface , qui verse un fluide muqueux abondant , un amincissement extrême de l'épiderme , remplacé par des villosités très--prononcées , se font remarquer dans ce cas, dont Hébréard a cité un exemple, dans lequel cette altération a été produite dans le creux du jarret , chez un paralytique, par

la flexion constante de la jambe sur la cuisse. Nous avons vu, dans le système cartilagineux , que la peau éprouve quelquefois la transformatioH cartilagineuse.

Le cancer de la peau revêt une forme particulière qu'on n'observe que dans cette membrane et dans le système muqueux ; il constitue le plus souvent des ulcérations autour desquelles le tissu voisin est peu altéré , de sorte que , sous le rapport anatomique , il n'y a aucune ressemblance entre ces ulcères dit carcinomaleux et les autres affections cancéreuses. Il s'élève aussi sur les tégumens, dans certains cas, des excroissances analogues aux polypes cancéreux des membranes muqueuses. Dans les tumeurs cancéreuses sous— cutanées , la peau est affectée consécutivement de deux manières différentes : tantôt elle contracte une consistance très-grande , une sorte de dureté remarquable , en même temps qu'elle adhère intimement aux parties qu'elle recouvre ; tantôt elle s'ulcère du dedans au dehors , comme cela a lieu dans la terminaison ordinaire du cancer.

§ III. Altérations dans le développement.

Les vices de conformation du système dermoïde sont i° l'absence de la peau dans une certaine étendue , là où elle devrait exister dans l'ordre naturel ; ce qu'on n'observe guère que lorsqu'il y a en même temps défaut des parties subjacentes , comme quand les cavités des membranes muqueuses présentent des ouvertures accidentelles ; 2° la présence de divers prolongemens que forme le tissu de la peau , et dont la surface de cette membrane est pour ainsi dire hérissée ; 3° les taches de naissance ou nœvi materai : celles-ci sont tantôt simplement une altération de la matière colorante , tantôt une affection du réseau vasculaire ; et deviennent le plus souvent , dans ce dernier cas , après la naissance, des tumeurs dites variqueuses , et ayant beaucoup d'analogie avec les tissus érectiles. Ces taches sont souvent surmontées de poils.

De nouveaux tégumens se produisent accidentellement toutes les fois que les parties naturellement recouvertes par la peau sont privées de cette enveloppe commune , comme à la suite des plaies,

des ulcères, des abcès, fies gangrènes, etc. ; le nouveau tissu qui se forme dans ces circonstances est ce qui constitue la cicatrice. Je remarque , à ce sujet , que ce mot sert à désigner tous les modes d'union qui ont lieu entre nos parties divisées : or il est plusieurs de ces modes, et par là plusieurs espèces de cicatrices. i° Tl y a celles qui succèdent aux ruptures intérieures qu'éprouvent divers organes , la peau qui les recouvre étant restée intacte : celles— là ont été examinées , pour les différens systèmes , dans chacun d'eux en particulier ; nous avons vu qu'elles participent , en général , plus ou moins de la nature des tissus dans lesquels elles siègent , quoique une cause analogue , une exsudation de matière concrescible , préside le plus souvent à leur formation dans le principe. Il n'y a point de bourgeons charnus quand ces cicatrices se font. 2° La réunion des plaies par première intention fournit un second genre de cicatrices qui ressemble beaucoup au précédent , qui n'en diffère même qu'en ce que les tissus divisés communiquent d'abord à l'extérieur , circonstance que leur contact mutuel rend hientôt nulle ; de sorte que ce cas renire alors dans le premier. La peau et le tissu cellulaire jouent le plus grand rôle dans cette réunion , qui s'opère , comme la précédente , sans que des bourgeons charnus se produisent. 3" Enfin , la cicatrisation proprement dite est le mode de guérison des plaies , et , en général , de toutes les solutions de continuité apparentes à l'extérieur , dont les bords voisins restent écartés , soit parce qu'ils ont souffert une perte de substance trop considérable, soit parce qu'on n'a pas remédié aux effets de la contractilité de tissu , ou parce que la structure de ces bords rend leur rapprochement impossible , comme dans les plaies des os. Il y a , dans ce cas , le seul qui doive nous occuper ici , suppuration , formation de bourgeons charnus , et , par suite , d'une membrane analogue à la peau. Cette membrane est partout la même, quel que soit le tissu dénudé , comme le prouvent les cicatrices homogènes qui succèdent aux amputations, aux plaies du crâne, de la poitrine , dans lesquelles des parties très-différentes par leur nature sont intéressées : les cartilages sont les seuls organes qui pe puissent concourir à sa formation.

Qn peut distinguer deux périodes dans la cicatrisation d'une

plaie : i° cette plaie se recouvre de bourgeons charnus; 2° un épiderme se forme sur ces bourgeons , pour donner naissance à la cicatrice. Tl serait facile d'en établir un plus grand nombre ; mais celles-là suffisent pour bien concevoir le mécanisme de la production des cicatrices : nous allons les passer rapidement en revue.

Première période. Les petits corps si improprement appelés bourgeons charnus , qu'on a encore nommés caroncules, granulations , bourgeons celluleux et vasculaires , naissent à mesure que la suppuration s'établit , mais avec une rapidité différente pour les différens tissus : dans une anipu'ation , par exemple , ils se développent en premier lieu sur le tissu cellulaire qui occupe l'intervalle des autres parties , en second lieu à la surface des muscles divisés , un peu plus tard sur les organes fibreux , et plus tard encore dans les os ; le plus souvent , dans ces derniers , seulement après qu'une lame mince s'en est détachée : ils se produisent , en général , d'autant plus vite que les tissus sont plus celluleux et vasculaires. Le volume de ces bourgeons varie ; leur disposition est d'autant plus régulière qu'ils sont plus petits , et la cicatrisation en est aussi plus prompte. La membrane qu'ils forment par leur réunion a au dessous d'elle un tissu cellulaire compacte , paraissant comme pénétré de fluides albumineux concrets. Cette membrane contient des vaisseaux sanguins ; car les bourgeons saignent au moindre contact et rougissent ou pâlissent par diverses causes. Les absorbans n'y sont démontrés que par l'absorption que ces bourgeons exercent , et par l'ulcération , à laquelle ceuxci sont tellement disposés que souvent , par un écart de régime, on les voit disparaître totalement, en moins de deux heures, à la surface d'une plaie ; leur extrême sensibilité fait de même supposer qu'il y a des nerfs , quoiqu'on ne les y ait point vus. La membrane des bourgeons charnus est douée d'une contractilité très-prononcée , qui explique son resserrement et la diminution réelle des plaies d'autant plus marquée que la peau est tout à la fois plus mobile et plus extensible. La nature celluleuse de cette membrane a été démontrée ailleurs : beaucoup d'auteurs la regardent , avec Fabre , comme une simple extension du tissu cellulaire ; mais l'opinion de Hunter , développée depuis par

Home, est plus vraisemblable. Cette opinion, que j'ai exposée dans les additions aux systèmes cellulaire et capillaire, consiste à la considérer , non comme un tissu cellulaire préexistant , mais comme une production nouvelle , ne pouvant se former que là où il existe du tissu cellulaire et des vaisseaux , et offrant dans son développement des phénomènes analogues à ceux du développement naturel des organes.

Deuxième période. Lorsque les bourgeons charnus se sont rétractés autant que l'a permis la résistance des tégumens aux environs delà plaie , ils se recouvrent d'épiderme , ce qui constitue la seconde période delà cicatrisation , la formation de la cicatrice. Le nouvel épiderme commence à se former à la circonférence de la plaie , endroit où il se continue manifestement avec l'épiderme voisin , et s'avance ensuite petit à petit vers son centre ; quelquefois , comme dans certains ulcères larges et anciens , il se produit en même temps par places dans le milieu, et les divers points où il existe vont ensuite à la rencontre les uns des autres : le pus cesse d'être sécrété à mesure que l'épiderme le remplace. La cicatrice existe quand toute l'étendue de la plaie est couverte d'épiderme. Mince d'abord, molle, rougeâlre à cause du peu d'épaisseur de l'épiderme qui la recouvre , plus adhérente et moins solide que la peau , cette cicatrice devient à la longue tout-à-faît analogue à cette membrane. Le tissu cellulaire qui est au dessous d'elle regagne peu à peu toute son extensibilité , à moins que la cicatrice ne repose sur un os : elle reste adhérente dans ce dernier cas.

A son développement parfait , le tissu cutané nouveau présente les caractères suivans. i° Ce tissu est plus dense que celui de la peau et se rapproche davantage des tissus fibreux ; moins de vaisseaux le pénètrent, de là la couleur blanche des cicatrices et la rareté de leur rougeur accidentelle. 2° Le derme qui s'y rencontre a des aréoles moins marquées , des fibres et des lames moins distinctes que celui de la peau : ce derme est , en général , dépourvu de papilles , comme l'indique l'aspect lisse et reluisant de sa surface. 3° L'épiderme est très-apparent dans les cicatrices , et se confond avec celui de la peau environnante. 4° L'existence du corps muqueux y a été niée par Camper ; mais ce corps y est dé-

montré , chez les nègres , par la coloration dont leurs cicatrices sont le siège. Cette coloration a lieu dans presque tous [les cas : seulement il faut un temps assez long pour qu'elle se développe , et la teinte qu'elle présente est presque toujours plus pâle que celle des tégumens : cependant , dans des cas rares , on a vu cette teinte être plus foncée. Les cornes qui naissent sur les cicatrices y indiquent la présence de la couche cornée. 5° Le tissu de la cicatrice est plus disposé à s'ulcérer que la peau proprement dite ; les ulcères qui atteignent en même temps ces deux membranes font des progrès bien plus rapides sur la première que sur la seconde. (Béclard.)

NOTES ET ADDITIONS

AU

SYSTÈME ÉPIDERMOIDE.

Anciennes éditions, T. iv, p. 757 , lig. 10; — édition Béclard, T. iv , p. 447 ? lig- 12 : — « Je place dans le système épidermoïde; i° l'épiderme extérieur; 20 celui des membranes muqueuses ; 3° les ongles... »

Les ongles et l'épiderme sont choses essentiellement distinctes. Les ongles doivent être rangés dans la classe à laquelle appartiennent les poils, les cornes des ruminans , les écailles des poissons , etc. Les ongles , d'ailleurs , sont recouverts à leur origine par une couche d'épiderme ; et ils naissent primitivement dans la couche la plus superficielle du corps muqueux , par conséquent au dessous de l'épiderme. (F. Blandin.)

Anciennes éditions, T. iv, p. 759, lig. 4 ; — édition Béclard, T. iv,p. 449? % 7: — ' (( H est impossible de distinguer dans les pores cutanés , les orifices des absorbansavec ceux des exhalans... »

Aujourd'hui , il est inutile de faire remarquer que les porositésde l'épiderme n'appartiennent pas à des vaisseaux, puisque cette couche protectrice de la peau est un produit , et non une partie douée de la vie. (F. Blandin.)

Anciennes éditions , T. iv,/?. 572, lig. 18; — édition Béclard, T. iv, p. 449 > ^'ë' l^ ' — c< ^n iso'ant l'épiderme, par la macération, on voit à sa surface interne une foule de petits proîongemens qui l'unissent au corion... »

La nature des proîongemens intermédiaires au derme et à l'épiderme , et qu'on ne voit qu'en séparant ces deux parties l'une de l'autre, n'est pas facile à déterminer. Kaaw-Boerhaave , W. Hunter ont dit, à peu près comme Bichat , que c'étaient les vaisseaux de la sueur ou de la transpiration cutanée. Mais les injections ne parviennent point dans ces proîongemens; l'inflammation, qui rend la peau toute vasculaire, ne colore pas sensiblement les proîongemens dont il s'agit. Cruikshank regarde ces filamens comme de la substance épidermique qui s'enfonce dans les aréoles du derme. Mais ces proîongemens existent— ils réellement quand l'épiderme est adhérent au derme? Rien ne le prouve. On doit plutôt les considérer comme des espèces de tractus muqueux qui se forment par l'écartement de la substance intermédiaire au derme et à l'épiderme , rendue fluide et visqueuse par la putréfaction ou la coction qu'on fait éprouver à la peau , afin de pouvoir en isoler l'épiderme.

L'existence des pores eux-mêmes , tels du moins qu'on se les figure ordinairement , est loin d'être rigoureusement démontrée. Des considérations physiologiques, et même les injections de Haase , porteraient à croire que les embouchures des vaisseaux pénètrent jusque dans les dernières couches delà peau , c'est-àdire jusqu'à l'épiderme ; m is l'observation microscopique, qui mérite plus de confiance que des conjectures physiologiques , ne fait point découvrir de pores dans l'épiderme. On voit bien , en regardant contre le jour l'épiderme d'une portion de peau dont on a enlevé la majeure partie des poils , des endroits transparais qui ont été regardés comme des ouvertures. Leuwen— hoeck croyait même avoir aperçu des pores dans l'épiderme , et il en a donné la figure dans ses Arcana naturœ. Mais comme ce grand observateur ne se servait que de simples lentilles, qui

ne grossissent qu'environ cent soixante fois , il a peut-être pris lès trous des poils pour des pores. Fontana , dans son ouvrage sur le venin de vipère , parle d'un tissu composé de vaisseaux serpentans qu'il a vus à l'aide du microscope ; mais M. de Humboldt , quia fait sur 1'épiderme humain des observations avec un microscope grossissant 35, 200 fois, affirme que les cylindres serpentans sont des plis et non des vaisseaux ; dans des observations faites sur 1'épiderme grossi 3i2,4oo fois, il n'a pu y découvrir de porcs. J'ai bouché l'extrémité d'un tube avec un lambeau d'épiderme , que j'ai chargé d'une colonne de mercure de plus de deux pieds : aucun atonie de métal n'a traversé l'épiderme.

On pourrait conclure de ces diverses observations qu'il y a à la surface de la peau une barrière non vasculaire entre l'organisation et l'atmosphère , et que , soit pour sortir , soit pour entrer, les substances doivent pénétrer cette barrière par une sorte d'imbibition , ce qui rapprocherait cette partie extrême de l'organisation des corps les plus simples de l'un et l'autre règne organique , lesquels sont dépourvus de vaisseaux. En effet , comme nous venons de le dire , il n'y a ni vaisseaux , ni pores , ni même aucune ouverture apparente au microscope , soit que l'implantation oblique des poils cache celles qui leur livrent passage , soit que l'épiderme leur fournisse une gaîne qui subsiste après leur arrachement et remplisse les trous dont il est percé. On ne peut pourtant pas nier absolument , d'après la seule inspection microscopique, l'existence des pores; car si l'on fait un trou à l'épiderme avec une aiguille très-fine , on ne retrouve plus cette ouverture au microscope , comme l'a expérimenté Cruikshank : la même chose a lieu pour une lame mince de gomme élastique ou caoutchouc, à laquelle on pratique une ouverture très-étroite : au contraire , l'ouverture subsiste quand on se sert d'épiderme parfaitement desséché ; le papier à filtrer offre la même différence suivant qu'il est sec ou humide. Ce { oint, sur lequel les auteurs ont beaucoup discuté , ne me paraît pas suffisamment éclairci . (Béclard.)

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Anciennes éditions , T. iv , p. 772, lig. 1 5 ; — édition Béclard, T. iv,p. 463, lig. 10 : — « Les cors et certaines indurations sèches et inertes, prouvent que l'épidémie est dépourvu de sensibilité orgaque... »

Les cors ne sont pas, rigoureusement parlant, ^des productions épidermiques ; et sous ce rapport, ou peut les comparer aux ongles, aux poils , etc. : comme eux , ils sont le résultat de l'expansion de la couche albide superficielle ou cornée du corps muqueux. ( F. Blandin. )

Anciennes éditions, T. iv, p. lig. ^3 ; — édition Béclard, T. iv, p. 460, lig. 23 : — « La pellicule des cicatrices diffère essentiellement de l'épidémie... »

L'épiderme n'est pas vivant , et conséquemment il ne possède en lui-même aucune force de régénération ou de reproduction ; détruit , il est reproduit, comme il avait été formé primitivement , et comme il s'accroît , c'est— à-dire , par une sécrétion des papilles cutanées ; et s'il ne se forme pas sur les cicatrices , c'est parce que les cicatrices manquent de papilles. (F. Blandin.)

Anciennes éditions, T. iv, p. 776, lig. 3 ; — 'édition Béclard, T. iv,/?. 467, lig- 5 : — «Développement de l'épiderme...»

L'épiderme est essentiellement formé de mucus ; il est sécrété par les papilles , et se dessèche continuellement à leur surface ; sans cesse détruit par les frottemens , il conserve son épaisseur intacte, parce que la sécrétion papillaire l'augmente dans une proportion égale vers sa face adhérente. (F. Blandin. )

( 4oo )

Anciennes éditions, T. iv, p. 782, lig. 3; édition Béclard,T. iv,p. 47^, lig> 20. — «L'existence de 1'épiderme des surfaces muqueuses profondes me parait très-incertaine. S'il n'existe pas partout, où comme tice-t-i!? s'il existe partout, où commence-t-il à être apparent... » ?

Quand on réfléchit à la composition chimique de l'épiderme , et à ses usages relativement à la membrane quilesécrète, on ne peut s'empêcher d'admettre que tout le système tégumentaire est pourvu de cette couche inorganique , et que les membranes muqueuses les plus profondes ne font pas exceptior à cette règle; en effet, partout, le corps papillaire a besoii d'être protégé contre les atteintes des substances qui son habituellement en rapport avec lui , et partout ce corps papillaire sécrète du mucus ; seulement , là où les membranes tégumentaires reçoivent le contact de l'air d'une manière plus ou moins forte , ce mucus se dessèche en membranes , tandis que là où le contact de l'air est nul et la sécrétion papillaire très-abondante, le mucus reste fluide; mais cette dernière circonstance ne saurait suffire pour empêcher de reconnaître l'analogie qui rapproche naturellement l'épidcrme desséché de la peau et la couche muqueuse ou l'épidermc demi-fluide des membranes muqueuses. (F. Blandin.)

Bichat laisse deux questions indécises : i° savoir si les surfaces muqueuses profondes ont un épiderme ; 2° à quel endroit cet épiderme cesse ou change de nature. L'état mou et pulpeux des membranes muqueuses prises profondément, la ressemblance trèsgrande qui existe entre la composition du mucus et celle de l'épiderme , la présence des villosités là où celui-ci est peu apparent , portent à penser qu'en effet il manque profondément. D'un autre côté, ceux qui l'y admettent citent les cas de renversement du rectum , de l'intestin grêle , dans les anus contre nature , de la matrice, etc., dans lesquels un épiderme distinct revêt à la longue ces \ ar.ies ; ils se fondent encore sur les excrétions tnem-

( 4oi )

braneuses, qui, selon eux, n'ont pas d'autre source. Ces raisons ne sont nullement péremptoires ; rien ne prouve que l'épidémie des anus contre nature , par exemple, existe primitivement , et qu'il ne se forme pas en entier par suite du contact de l'air. Quant aux membranes rendues dans les phlegmasies de l'intestin, de la vessie , etc. , l'analogie doit les faire regarder comme des pseudo-membranes du même genre que celles qui recouvrent dans la même circonstance l'œil , la bouche , le pharynx , ete Cependant il serait possible qu'un épidémie très-mince , et que sa mollesse rendrait encore plus difficile à apercevoir , se rencontrât sur les surfaces muqueuses profondes : cette première que stion ne peut donc guère être résolue autrement qu'elle ne l'a été par Bichat , qui d'ailleurs penche beaucoup vers la négative.

La seconde mène à quelque chose de plus positif. Dans plusieurs parties du système muqueux , il existe une ligne de démarcation bien tranchée entre la portion de ce système placée près de l'extérieur et celle profondément située. Cette ligne est due à la présence de l'épiderme de la première , qui cesse où la seconde commence. Faites bouillir la muqueuse de l'estomac et celle de l'œsophage ; l'épiderme , soulevé sur celte dernière , formera bientôt un bourrelet répondant exactement à l'ouverture du cardia, et au delà duquel cet épidémie cessera de devenir apparent. C'est même ce qui a fait dire qu'il y avait à cet endroit une interruption dans le système muqueux , et que la muqueuse de l'estomac n'était point une suite de celle de l'œsophage. Mais l'épiderme seul établit cette limite ; le reste de la membrane se continue parfaitement. Cela est si vrai , que , dans les animaux, la ligne de démarcation ne correspond pas toujours au cardia , que souvent cette ligne empiète plus ou moins sur l'estomac , comme le montrent des figures de Home, dans lesquelles on la voit s'approcher de plus en plus de l'orifice pylorique , suivant l'espèce d'animal. La membrane muqueuse du vagin se comporte de la même manière par rapport à celle de l'utérus ; son épidémie finit au col de ce viscère , dont l'intérieur n'en est pas moins tapissé par une membrane muqueuse propre , ne différant de la première que par cette circonstance , par une épaisseur moindre et par la présence des villosités. Même disposition au

col do la vessie , comme le prouve l'expérience indiquée plus haut , faite sur ce viscère et sur l'urètre qui s'y insère. Cette remarque s'applique , en général , à tous les conduits muqueux ouverts à l'extérieur , et aboutissant à un réservoir membraneux.

( Béçlapp, )

Anciennes éditions, T. iv, p. 784, %• 8; — édition Béclard , T. iv ,p, 476 , lig. 1 . — - « Connexion de l'ongle avec la peau... »

Malgré les détails fort étendus dans lesquels Bichat vient d'entrer pour montrer les connexions de l'ongle avec le reste de la peau, je crois utile d'ajouter ici quelques mots à sa description. L'oogle , production cornée de la peau, est bien distinct de l'épidc-rme qui recouvre la peau des doigts , et lui est évidemmentsous-jacent à son extrémitéadhértnte. Ilest immédiatement appliqué sur le derme par sa face profonde; et offre même, à cet effet , s;ir celte face un certain nombre de sillons longitudinaux dans lesquels sont logées les séries longitudinales des papilles, sur lesquelles il se développe. Sa face superficielle est recouverte en arrière par un prolongement épidermique , prolongement (jui ne se rencontre plus en avant, où il est détruit par les frotfemens ; 5011 extrémité libre est plus ou moins allongée; elle a de la tendance, lorsqu'elle est abandonnée à elle-même , à se recourber en crochet vers la pulpe du doigt ; son extrémité postérieure et la moilié correspondante de ses bords sont enfoncées dans un sillon cutané, que l'on est convenu d'appeler matrice de l'ongle; expression impropre cependant , et qui tend à induire en erreur relativement a la formation de l'ongle , comme, j'aurai occasion de le faire remarquer plus tare!. Pour former cette prétendue matrice de l'ongle , voici d'ailleurs comment la peau se comporte : elle s'avance, dans l'étendue de deux lignes environ, sur la face convexe de l'ongle ; puis elle se retourne en s'adossent à elle-même; près de l'extrémité adhérente de l'ongle, le derme de la peau passe sous celui-ci, et y acquiert une remarquable vascularitc, tandis que l'épiderme se réfléchit sur le dos del'on^

gle, l'accompagne pendant quelque temps , et disparaît , non en s'identifiant avec lui , comme le croyait Bichat , mais parce qu'il est usé et détruit par les frottemens. (F. Blandin.)

Anciennes éditions, T. iv, p. 787, lig. 1; — édition Béclard, T. iv, p. 479i 1 : — <( Une lame unique occupe toute la surface convexe de l'ongle; à mesure qu'on avance en devant, on voit des lames nouvelles s'ajouter successivement à sa surface concave... »

Il existe une erreur réelle dans ce passage : en» effet , les ongles sont bien formés découches superposées et se recouvrant par imbrication; leurs lames sont, à la vérité, comme Bichat le remarque, nombreuses en avant, tandis qu'en arrière une seule se rencontre : mais ce n'est pas sur la face convexe de l'ongle que l'on trouve une lame unique ; au contraire, c'est au niveau delà face adhérente. Pour s'en convaincre, il suffit de porter son attention sur l'ongle du gros orteil , dont le développement est considérable, et surtout de l'observer sur quelques-unsde ces malheureux infirmes qui pendant long-temps ont négligé de couper cet ongle, et chez lesquels il a pris par suite un accroissement trèsgrand ; car alors il est facile de constater sur la face dorsale de cette production cornée , l'échelonnement successif des lames diverses qui ont été, de plus en plus, repoussées en avant parla formation de nouvelles couches sur la surface du derme; comme, sur la surface extérieure des cornes des taureaux , on peut même estimer, jusqu'à un certain point, le nombre des lames emboîtées. Ces lames des ongles ont toujour3 les mêmes dimensions , parce que toutes se sont formées sur un même moule, dans une même matrice, représentée par cette portion du derme de la peau des doigts qui s'étend depuis le sinus que l'on désigne ordinairement sous le nom de matrice onguéale jusqu'à l'extrémité libre du doigt. Les ongles de la main se prêtent moins facilement à

ces observations que celui du gros orteil , mais ils sont absolument dans le même cas. (F. Blandin. )

Anciennes éditions , T. îv , p. 787, lig. 16; — édition Béclard, T. iv, p. 479 , Hg. i5: — « Les lames des ongles me paraissent presque identiques à l'épiderme... »

Sans doute il y a beaucoup d'analogie entre ^les lames épidcrmiques et celles des ongles, car les unes et les autres sont des produits de l'organisation , mais des produits qui ne jouissent en rien des propriétés de celle-ci , et qui sont essentiellement formées de mucus dessécbé; mais l'ongle prend naissance plus profondément que l'épiderme , c'est une expansion du corps muqueux ; on trouve réunies en lui les couches albides superficielle et profonde du do teur Gautier , et aussi la couche de pigmentumde la peau , toutes parties qui n'entrent pas dans la composition de répiderme. (F. Blandin.)

Malpighi regardait les ongles comme un produit du dessèchement des papilles du derme. Ludwig a dit que c'était de la substance nerveuse desséchée. L'examen des parties cornées des animaux montre qu'ils sont formés par une substance cornée de la même nature que celle qui constitue les sabots , les cornes , les écailles, etc. , de divers animaux. L'épiderme ne fait que recouvrir ces parties, qui appartiennent toutes à la couche cornée qui lui est subjacenie : quand il manque à leur surface , c'est que le frottement i'a détruit, ou qu'il se confond avec leurs lames superficielles , comme on le voit , en particulier , pour les ongles.

Considérés chez les animaux , ceux-ci sont de deux espèces. 1°. Il en est qui ressemblent à ceux de l'homme , ce sont les onguiculés ; 2 ' d'autres en diffèrent par leur disposition , et ont reçu le nom d'ongulés ; ils comprennent les sabots de divers quadrupèdes. On pourrait y joindre les cornes, dont l'origine est absolument semblable à celle des ongles et des sabots. Cependant il faut distinguer parmi celles-ci les cornes des cerfs, plus particulièrement désignées sous le nom de bois , et les cornes propre-

ment dites, ou celles des ruminans. Les premières sont entièrement osseuses , et soulèvent la peau , au lieu de siéger à la surface de cette membrane : les secondes seules appartiennent à cette surface; seulement elles surmontent ordinairement des prolongemcns osseux, auxquels elles servent, pour ainsi dire, de gaines. Les ongles de l'homme ne sont point colorés ; ceux des animaux et leurs cornes le sont au contraire assez souvent; leur matière colorante paraît résider, en général, dans la substance cornée elle-même.

Les ongles et les cornes se forment par le même mécanisme. Lorsqu'une corne est arrachée sur un animal , les papilles éminemment vasculaires qui ont été mises à nu versent une matière fluide qu'on peut voir d'abord filer entre les doigts , si l'on peut s'exprimer ainsi , et qui s'épaissit et s'endui cit ensuite par degrés : au dessous de cette première couche , il s'en fait bientôt une seconde qui pousse celle-ci , puis une troisième , et ainsi de suite, de sorte qu'une nouvelle corne résulte de cet emboîtement successif; cette corne continue à croîire à sa base de la même manière, les nouvelles couches poussant toujours les anciennes. Or , la même chose se remarque dans les sabots , ainsi que dans la reproduction des ongles chez l'homme. La forme seule diffère , parce que les parties sécrétant 'e fluide sont diversement configurées. Quand l'ongle vient à être arraché , les papilles , après avoir saigné abondamment , et paraissant à nu quoiqu'ayant encore au dessus d'elles la couche albide profonde, se recouvrent d'une lame molle, blanchâtre, dont la consistance augmente graduellement ; puis de nouvelles lames se produisent au dessous , d'autant plus courtes qu'elles sont plus éloignées de la racine , et donnent au nouvel ongle l'épaisseur qu'il doit avoir. L'accroissement ultérieur dépend de ce que de la substance cornée est versée continuellement à l'extrémité de chacune des lames, ce qui fait que la totalité de l'ongle est poussée en devant. On peut comparer ce mode de développement à ce qui se passe dans le ver à soie , dont le fluide , sans cesse reproduit à mesure qu'il prend de la consistance, pousse sans cesse au-devant de lui le fluide qui l'a précédé. Ainsi l'ongle croîtrait indéfiniment s'il n'était habituellement coupé , ou usé par les frottemens.

Les stries longitudinales que les ongles présentent à leur surface ne sont point l'indice d'une structure fibreuse ; ces stries paraissent dépendre de l'arrangement des papilles subjacentes.

( BÉCLARD

Anciennes éditions, T. iv , p. 790, lig. i!\ ; — édition Béclard, T. iv, p. 4^3, lig. 1 : — « Développement et accroissement des ongles... »

I/accroissement des ongles est un point d'anatomie fort curieux, et qui a souvent été mal compris et mal expliqué par les auteurs. Cet accroissement est tout-à-fait semblable à celui des cornes des taureaux, des béliers, etc. ; il se fait par addition de couches successives à l'intérieur des premières formées , et de telle façon , que celles-ci sont sans cesse soulevées et poussées en avant vers l'extrémité libre de l'ongle. Observez, en effet, ce qui arrive lorsqu'un ongle est tombé à la suite d'un panaris sousonguéal simple : d'abord le corps papillaire sous-jacent à l'ongle, véritable matrice de cette lame cornée , est à nu, circonstance qui est la source de vives douleurs pour le malade ; bientôt une matière muqueuse sécrétée parles papilles se durcit à leur surface , et forme un ongle mince, transparent , et qui ne garantit encore qu'incomplètement le doigt contre les influences extérieures; alors, en effet, cet ongle n'est formé que d'une seule lame recourbée légèrement près de l'extrémité terminale du doigt , comme la matrice sur laquelle elle s'est moulée ; mais bientôt une seconde lame , une troisième , une quatrième, etc., sont sécrétées successivement sous la première , elles la soulèvent, et en s'emboîtant dans son extrémité antérieure recourbée, elles la poussent successivement en avant, et en même temps font sortir l'extrémité opposée de la dépression ou sinus cutané qui la recevait d'abord. En un mot, l'ongle est une corne qui ne garnit qu'une partie de la circonférence de l'extrémité terminale des doigts. Or, son accroissement est semblable à celui d'une corne de taureau, que des circonstances particulières auraient forcée à se développer seulement

sur un des côtés de l'axe osseux qu'elle entoure ordinairement. Beaucoup de personnes se sont figuré que l'ongle prend son origine uniquement dans la dépression cutanée qui se trouve à sa base; mais l'erreur ici est évidente, et deux choses ont concouru à la propager : i" le nom de matrice ongucalc, improprement attribué au repli de la peau qui entoure l'ongle ; 2" l'observation de ce qui arrive lorsque l'ongle est tombé à la suite de certaines maladies connues sous le nom à'onyxis, ongleentrédansles chairs; dans ce cas j souvent on voit végéter du fond de la prétendue matrice de l'ongle, des lames, quelquefois des filamens cornés qui entretiennent l'inflammation du doigt par l'irritation que déterminent leur extrémité irrégulière. Vainement alors arrache— t— on ces végétations; elles se reproduisent continuellement, et deviennent une cause continuelle d'irritation et de douleurs ; tandis que cet état cesse, au contraire, promptement lorsqu'à l'aide de la cautérisation , ou par une ablation , on a détruit le repli cutané onguéal.

Mais loin de déposer contre la théorie de l'accroissement des ongles que nous avons proposée , les phénomènes précédons ta fortifient d'une manière toute particulière. En effet, à la suile de l'onyxis compliqué, l'inflammation ayant détruit l'organisation des papilles sous-onguéales , la matière d'un nouvel ongle n'est plus sécrétée de ce côté; seules, les papilles cachées dans le repli cutané qui n'est pas toute la matrice de l'ongle, mais qui cependant en fait partie , sont encore intactes quelquefois, et seules aussi dans ce cas elles peuvent sécréter, non point un ongle complet , car pour cela il faut l'intégrité de toute la matrice onguéale, mais des filamens cornés, qui n'offrent ni la forme , ni l'étendue de l'ongle, et dont l'ablation est nécessaire à la guérison du malade; tout cela n'aurait point lieu, si l'ongle entier se formait dans le repli qui en entoure la base. (F. Blandin. )

Anciennes éditions, T. iv, f . 791 , ligne der* nière; — édition Béclard, T. iv, p. 4^4 5 ligne dernière.

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