‹ Additions à L'anatomie générale de Xav. Bichat :Chapitre 4 sur 35 · SUR · texte numérisé non relu

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Il est aisé, dans les sciences, de compter les hommes qui n’ont pensé d’après personne : leur génie fraye la route des découvertes , la foule les suii. Bichat a jouit de cet heureux privilège. L’anatomie et la physiologie le compteront toujours au nombre des hommes dont les travaux furent les plus féconds en résultats utiles, et l’iiisloire lui assignera une des premières places dans celte époque brillante de la médecine qui jeta un si vif éclat sur la lin du dix-= neuvième siècle.

Xavier Bichat , né à ïhoirette , dans le départe-^ ment de l’Ain, le ii novembre 1771 , fit ses humanités à Lyon, et se distingua surtout -en rhétorique et en philosophie. C’est dans cette ville qu’il commença, sous Marc- Antoine Petit , l’étude de l’anatomie et de la médecine opératoire. Les troubles politiques de 1795 l’ayant bientôt obligé de s’éloigner de cette malheureuse cité, il vint à Paris, dans l’intention de se perfectionner à l’école de Desault, pour aller ensuite s’exercer dans les armées à la pratique de la chirurgie. Mais bientôt une route plus vaste et plus brillante s’ouvrit devant lui. Ayant un jour rédigé une leçon de Desault, en l’absence de celui qui devoit eu être chargé, la lecture de son extiait causa la plus vive sensation. Le maître sut dès-lors apprécier le mérite de l’élève. Il lui offrit sa maison, le traita comme §on fils^ l’associa à sa gloire et à ses travaux.

Notice iustorique

Doué d’une ardeur infatigable , Bichat ne déincnfit point les liaules es[)érances de son bienfaiteur. La variété de ses occupations étoit son unique délassement, et son esprit méthodique , sa prodigieuse facilité lui faisoient acquérir sans peine toutes les connoissances qui ne sont ordinairement le fruit que de longues et pénibles études.

Bicbalavoit à peine vingt-trois ans lorsque Desault mourut (eii lygS), et, loin de se laisser abattre par cette perte im[)iévue, il sembloit avoir redoublé d’acimte. Les pansemens à l’Hotel-Dieu, les visites journalières des malades, les consultations , les dissections, les opérations sur le cadavre, avoient jusqu’alors employé tous ses momens ; la mort de Desault lui créa de nouvelles occupations ; la reconnoissance lui faisoit un devoir de publier les recherches et les travaux dix maître qui l’avoit adopté. Alors aussi il voulut débuter dans la carrière de l’enseignement.

Il fit, d ans l’hiver de 1797, son premier cours d’a-natomie. L’année suivante, il en lit un second. Après son service à i’Hôtel-Dieu , ri guldoil dans les dissections plus de quatre-vingts élèves; il faisoit sur les animaux vivans de nombreuses expériences physiologiques ; il rédfgeoit les OEuvres chirurgicales de Desault ; il composolt des Mémoires pour la Société mé-s dicale d’émulation , dont il étoit un des fondateurs.

Ce fut à cette époque , qu’une révolution vint changer la face de la science. Le premier, en médecine, le professeur Pinel avoit compras qu’une maladie ne peut être qu’une altération de tissus oxx d’organes ; qu’il faut étudier ces organes et ces tissus , d’abord sous le rapport de leur structure, puis sous celui de leurs fonctions , avant de pouvoir arriver avec certitude à la connoissance de leurs altérations ; et qu’ainsi l’analyse , en médecine, consiste à rapporter les symptômes , les signes extérieurs des maladies, à la souffrance et à l’altération morbide de quelques organes ; à les étudier

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dans leur sie'ge , a puiser dans la connoissance de ce siège les indications du traitement, et enfin à les classer suivant l’analogie ou la différence des tissus affectés. Telle éioit l’idée mère qui, présidant à l’exécution de la Nosographie philosophique , publiée en 1798 , venoit de renverser pour toujours cet échafaudage informe élevé sur les plans incolierens des médecins chimistes , humoristes, mathématiciens, et de poser les premiers fondemens d’une vériiahle science physique.

Bichat , frappé de la description et de la distinction des membranes muqueuses et séreuses, et surtout de la classifîoation de leurs maladies, s’empara de cette idée première , se livra à de nouvelles recherches, les étendit à toutes les membranes du corps ; et, dixhuit mois après (en 1800), il publia son Traité des Membranes, modèle de précision , d’originalité et de méthode analytique, refondu [ilus tard dans l’Anatomie générale, et en nchi de dé veloppemens heureux etd’ornemens nouveaux.

C’éloil un spectacle digne du regard de l’histoire que la noble émulation , la rivalité franche et géné- Teuse, qui, dans cette époque d’enthousiasme et de création, tournoient tout entières au profitde lascience. Si Bichat dut au professeur Pinel l’idée de son travail, ce dernier, à son tour, puisa de nouvelles lumières dans les recherches du jeune anatomiste, et rectifia dans la deuxième étliiion de sa Nosographie , la classification des maladies des systèmes fibreux , synovial et cellulaire. Cette alliance de la nosographie avec l’anatomie et la physiologie, cet échange mutuel d’instruction, forment un des traits caractéristiques de cette époque.

La physiologie est la compagne inséparable de l’anatomie ; la structure des organes n est iméressante ^ connoître que parce qu’elle mène à rechercher la manière dont ils agissent : aussi le Traité sur la Vie et

Xlj NOTICE HISTORIQUE

la Mort suivit de près les premiers travaux de Bîciiat sur l’anatomie : il parut dans la même année. C’est dans ce livre qu’il commença à développer cette distinction des deux vies , organique et animale, qu’il a reproduite sous mille formes, mais qu’on ne peut admettre qu’avec des restrictions , comme l’a prouvé Legallois. On ne sauroit trop admirer avec quelle richesse de moyens Bichat suit le développement de cette idée. Les belles expériences dont son Traité est rempli, les faits nouveaux qu’elles font connoître, et les traits hardis et profonds dont brillent un grand nombre de passages , sont plus c[ue suffisans pour faire excuser quelques écarts d’une imagination vive et ardente.

Dans ses deux premiers ouvrages , Bichat n’avoit songé qu’à l’anatomie et à la physiologie ; mais le cercle de ses idées s’agrandissant à mesure qu’il méditoit son sujet, il osa s’écarter des routes battues, et l’année suivante il publia son Anatomie générale , qui mit le sceau à sa réputation , et qui fut traduite dans presque toutes les langues. Jusqu’à lui, l’anatomie avoit été restreinte à la simple description des organes J le premier, il cnit pouvoir s’élever à des considérations plus hardies. 11 avoit observé que le corps humain présente des systèmes uniformes, identiques, soumis aux mêmes lois d’accroissement, de nutrition et de maladies; que ces systèmes, par-tout présens, peuvent être étudiés , dans leur structure comme dans leurs fonctions , de manière à embrasser les résultats les plus généraux de leur organisation , et ses applications les plus fécondes et les plus utiles. Dèslors il créa une science nouvelle , V anatomie générale. 11 créa, pour l’anatomie et la physiologie, une espèce de philosophie à laquelle il n’a manqué, pour être parfaite, que de n’être pas bornée à l’étude des tissus de l’homme. 11 auroit dû étendi e ses regards sur toutes les classes des animaux, y suivre là dégradation

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des tissus et des organes, et observer lesproprieiés qu’ils y perdent ou les fonctions nouvelles auxquelles ils sont appelés. L’anatomie et la physiologie comparées auroient fourni à sa vive et brillante imagination les aperçus les plus nouveaux , les connoissances les plus solides, et les rapprochemens les plus ingénieux.

On a lieu de s’étonner que Bicbat, avec cette indépendance d’opinion qui le caractéi ise , ait si souvent reproduit, dans Y Anatomie générale, ces vieilles idées qui pendant deux mille ans ont traîné sur les bancs des écoles, ces mots àe force mtale , de propriétés vitales , abstractions qu’il semble prendre pour des réalités , et auxquelles il donne une existence à part , et fait jouer un si grand rôle dans l’économie animale. Cependant , depuis long-temps on ne reconnoissoit et l’on ne doit plus reconnoître que deux choses dans l’organisation : structure et fonctions d’organe. Le physicien doit se renfermer dans l’élude et l’observation des phénomènes sensibles que la matière présente dans ces deux états, sans chercher à pénétrer plus avant : au-delà commence un abîme immense j il faut craindre de s’y engager.

YJ Anatomie générale contient aussi les premiers germes d'une science à laquelle Bicbat auroit sans doute consacré toute sa vie ; je veux parler de l’anatomie pathologique. C’étoit une conséquence naturelle de ses premiers travaux : après avoir étudié la structure et le jeu des organes , tenté sur les animaux vivans des expériences pour l’observation exacte de leurs phénomènes, soit dans l’état de santé, soit dans celui de maladie , il étoit conduit naturellement à chercher à connoître les changemens que ce dernier étal apporte dans leur tissu.

Nommé à vingt-neu fans médecin de l’Hôtel-Dieu , il se livra à ce genre de recherches avec toute l’activité qui lui étoit naturelle ; dans un seul hiver il ouvrit plus de six cents cadavres, et bientôt après il exposadans un

NOTIC-E HISTORIQUE

cours ses obscrvalions sur l’état morbide des organes/ C’est dansce cours qu’il démontra que chaque tissu auri mode particulier de maladie comme utï caractère propre de vitalité ; que , même da.ns les intestins, l’état maladifd’une mend-rane peut s’allieravecl’étaisain des membranes voisines, et qu’il seroit bien important de savoir débrouiller, par une savante analyse, la souflVance particulière de ces divers tissus, Bichat s’occupoit de réunir en un corps de doctrine les fragmens d’anatomie pathologique épars dans tous ses ouvrages; il auroit élevé à la science un monument digne d’elle et de la grande époqiie qui dut à ses travaux une partie de son illustration. Mais la mort vint le frapper pendant rim pression de son Traité d Anatomie descriptive , àonl il publia lui-même (en 1801 et 1802) les deux premiers volumes , et dont il laissa le troisième imparfait.

Un jour qu’il venoit de visiter des pièces d’anatomie pathologique soumises à la macération , et qu’il s’éloit exposé sans aucune précaution à leurs exhalaisons infectes , il tomba en descendant un escalier de l’Hôtel-Dleu , et la commotion légère causée par celle chute lui fit perdre connoissance. Un violent mal de tête, des symptômes gastriques très intenses, une tendance continuelle à l’assoupissement et des yiliénomènes ataxiques se succédèrent avec rapidité , et Bichat succomba le quatorzième jour de la maladie , le 22 juillet 1802.

Ainsi se changèrent en regrets amers les espérances qu’il alloit réaliser; ainsi fut arrêté dans son rapide essor ce génie qui sembloit planer sur tout l’édifice des sciences médicales. Embrassant d’un seul coup- .d’œil toutes les connoissances qui se rattachent à la médecine, Bichat voyoit , d’une part, l’anatomie arrivée au plus haut degré d exactitude , la physiologie établie pour la première fois sur des faits , la description des maladies réduite à un langage simple

SUR XAV. EICHiTi

et clair ; de raulre , ranatomie pathologique encore isolée de la physiologie, la thérapeutique encore abandonnée à l’empirisme. Il avoit conçu le projet de lier par un enchaînement régulier toutes les parties de l’art do guérir, d’élever un système complet de médecine fondé sur l’anatomie , sur l’étude des fonctions dans l’étal de? santé et dans celui de maladie , sur la dlatinction dos tissus , la sympathie qui les lie les uns aux autres , l’observation des effets locaux et généraux des médicamens , et les résultats des ouvertures cadavériques. Il auroit sans doute exécuté ce plan aussi vaste i[ue méthodique , qui , malgré les^^tSntions de certains médecins de nos jours , n’esf -encore qu’un projet.

Telle est en effet l’heureuse influence qu’ont sur leur siècle les grands hommes qui apparoissent de loin en loin , que de leurs travaux , comme d’une source inépuisable, semblent découler de nouvelles sciences. Ceux qui n’ont rien à dire répètent sans cesse que tout a été dit ; mais devant l’homme de génie le champ des découvertes semble s’agrandir de jour en jour. Combien de recherches à faire en anatomie pathologique , science physique qui lie considère les symptômes des maladies que comme des signes que l’on doit rappoiler à l’altération des tissus, qui. reclierche dans ces tissus les diverses lésions produites par les différens. degrés des maladies , et qui ne s’occupe qu’à remonter des altérations vers les symptômes! Condiien est peu avancée la physiologie pathologique , la connoissance des fonctions des organes parles diverses modifications que les altérations apportent dans ces fonctions , qui pourra seule résoudre une infinité de problèmes énigmatiques de notre organisation, et surtout faire connoître par l’analyse pathologique les propriétés diverses du système nerveux ! Combien a été négligée jusqu’à ce jour la chimie anatomique , la recherche de la composition des tissus , qui pourra seule établir l’identité ou la différence des systèmes

XTJ HOTICE HISTORIQUE SÜR XAV, BICHAT.

et des appareils du corps humain ! La chimie pa-» thologique , rinvesligation des changemens chimiques produits par les altérations dans les organes, n’est-elle point une science entièrement neuve , à laquelle on n’a point songé , et qui donnera peut-être l’explication de plusieurs phénomènes dont on n’a pu par d’autres moyens déterminer ni le caractère ni la caüse ?

Que de recherches pour lesquelles Bichat nous a mis sur la vole î Quel immense héritage il nous a laissé à exploiter ! L’esprit a peine à concevoir que la vie d’un seul homme puisse suffire à tant de travaux , à tant de découvertes , faites ou indiquées : Bichat est mort avant d’avoir accompli sa trente -deuxième année !

Sc. PINEL.

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