‹ Additions à L'anatomie générale de Xav. Bichat :Chapitre 5 sur 35 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Élémens anatomiques^

Pa geIxxxv « Quand vous voulez n’avoir que des » notions générales d’anatomie, vous pouvez con- » sidérer chaque organe en masse ; mais il est ah- » solument nécessaire d’en isoler les tissus , si vous )) avez envie d’analyser avec rigueur sa structure » intime. »

On a essayé de pousser plus loin encore cette analyse des tissus ; et , de même qu’en chimie on reconnoît dans les substances organiques des principes immédiats , qui résultent eux-mêmes de la réunion de corps simples élémentaires , tels que l’oxygène , l’hydrogène , le carbone , l’azote , on a cherché à découvrir c[uels sont, dans l’oi'ganisation

des animaux , ces élémens primitifs , dont l’as-» semblage , diversement modifié , donne naissance aux tissus secondaires , aux systèmes organiques de Elchat.

Déjà les anciens avoient admis une fibre élémentaire {fibra simplicissima) , composée de molécules terreuses unies par une espèce de gluten , et pouvant affecter deux formes, une linéaire et une laminaire. Cette fibre étoit la base du tissu cellulaire , qu’ils regardoient comme la trame de tous les solides du corps humain. Mais on n’a jamais vu cette fibre élémentaire ; et d’ailleurs, il est des tissus que l’on ne peut réduire, par la décomposition^ à la simple trame cellulaire.

Une opinion plus conforme à la nature des choses est celle qui reconnoît dans l’organisation trois élémens distincts , la fibre cellulaire, la fibre nerveuse, et la fibre musculaire. Des différences bien tranchées caractérisent ces trois tissus primitifs , et ne permettent pas de les confondre. i°. Par rapport à la forme : la fibre cellulaire se compose de lames minces et de filamens déliés , blanchâtres et extensibles ; la nerveuse , d’une substance molle et comme diffluente , renfermée dans une enveloppe celluleuse ; la musculaire , de filamens arrondis , mous , tomenteux , grisâtres ou rougeâtres. 2“. Par rapport à la nature chimique : l’une se résout en gélatine presque pure quand on la traite par l’eau bouillante; l’autre est essentiellement formée par de l’albumine unieà une matière grasse; la troisième, par de la fibrine. 5°. Relativement aux propriétés vitales ; celles de la fibre cellulaire sont obscures ^

AUX COXSIDÉRATIOXS GÉNÉRALES.' 3

et se bornent à la sensibilité latente et au resserrement invisible désigné sous le nom de coniractiliié organique insensible , tandis que la nervexise a en partage la faculté de transmettre les impressions à i’âme, la sensibilité proprement dite; la musculaire se distingue , au contraire, par Y irritabilité quelle possède.

Tous les tissus organisés ont pour base l’ime de ces trois fibres primitives , ou résultent de l’association de plusieurs d’entre elles : ainsi , l’élément cellulaire se retrouve dans la plupart des systèmes organiques; il constitue presqu’à lui seul le tissu cellulaire, les membranes séreuses, le derme de la peau et des membranes muqueuses, les parois des vaisseaux sanguins et lymphatiques, les organes fibreux ; ainsi le système musculaire est formé par l’assemblage des élémens musculaire et celluleux, etc.

Cette division des tissus primitifs , Indiquée par Haller et Blumenbach, a été suivie par la plupart des anatomistes modernes. Quelques-uns l’ont modifiée en y ajoutant un quatrième élément , le tissu fibreux. C’est à cette nouvelle fibre que M. Chaussler a donné le nom de fibre albiiginée. Les carac-' tères qu’il lui assigne sont une couleur blanche, resplendissante, comme satinée, une densité considérable; l’eau bouillante la transforme en grande partie en gélatine ; elle est peu extensible et trèsrésistante ; ses propriétés vitales sont à peine marquées ; c’est elle qui forme les membranes fibreuses ou albuglnées, les tendons, les aponévroses, les ligamens. Ces caractères ressemblent beaucoup à

ceux de la fibre cellulaire, dont l’albuginée ne semble différer que par un plus grand rapprochement des molécules, ce qui rend raison de la ténacité plus grande dont elle jouit. On peut de même rapporter à une modification de la fibre cellulaire le tissu élastique, ijaunâtre, qui constitue la tunique moyenne des artères, les ligamens jaunes des vertèbres, le ligament cervical postérieur des animaux, etc., et qui se distingue, par sa couleur et son élasticité, du tissu fibreux ordinaire ou albuglné de M. Chaussier. Rien ne prouve davantage la grande affinité qui rapproche naturellement de la fibre cellulaire ces deux espèces de tissus fibreux, que la facilité avec laquelle ils se transforment en tissu cellulaire, lorsqu’ils viennent à disparoître accidentellement.

Si l’on considère les élémens organisés sous un autre point de vue, on voit qu’il est possible de ramener par la méthode analytique les tissus divers de l’économie animale à un certain nombre de formes primitives , qui sont autant d’élémens inséparables de toute organisation. Cette observation a donné lieu à plusieurs classifications des formes ou tissus élémentaires. La première et la plus simple est celle qui n’en admet que deux : i“. la forme fi-' hreuse , 2.°. la forme lamelleuse , division déjà établie par les anciens. Une plus grande étendue eu longueur caractérise la fibre ; la lame a des dimensions à-peu-près égales en longueur et en largeur, m«ais peu d’épaisseur. Les fibres et les lames peuvent par leur entrecroisement laisser entre elles des espaces diversement configurés, qu’on nomme cellules. La

AUX considérAtioks générales. 5

structure fibreuse est la plus répandue; elle est manifeste dans les nerfs, les muscles, les os, les tissus fibreux : certains organes offrent à la fois une texture fibreuse et lamelleuse.

D’autres reconnoissent un plus grand nombre de formes élémentaires, et joignent aux deux précédentes la forme globuleuse et la granulée : la première appartient spécialement aux fluides; la seconde se remarque dans le tissu glanduleux. Ils admettent en outre comme formes secondaires , i°. la celluleuse, 2°. la vasculaire, 5°. la forme solide, comme celle des cartilages, des os, etc.

Il existe encore d’autres divisions qui paroissent fondées à la fois sur les formes et sur la nature des tissus. C’est ainsi que Waltlier établit, 1°. une texture celluleuse ou membraneuse; 2°. une texture vasculaire ou fibreuse; 5“. une texture nerveuse. De même, on trouve dans la classification de Dumas, i". le tissu cellulaire ou spongieux ; 2°. le tissu musculaire ou fibreux; 3“. le tissu mixte ou parenchymateux; 4°- le tissu laminaire ou osseux. Ces divisions ne sont nullement préférables : elles sont insuffisantes si elles repi’ésentent les tissus secondaires ou systèmes organiques, et trop multipliées si elles n’expriment que les formes élémentaires prlmitlx'es.

Malgré la délicatesse des recherches microscopiques et les illusions si difficiles à éviter dans ce genre d’expériences, les travaux de Hewson , de Prochaska , de Wenzel et d’autres observateurs , ont servi de base à une théorie des élémens organisés qui diffère notablement des autres opinions

émises ù ce sujet , et qui a été particulièrement développée dans ces derniers temps par J. -F. Meckel.

Suivant cet anatomiste , les solides et les fluides du corps humain peuvent être réduits, en dernière analyse , à deux substances élémentaires, l’une formée par des globules, l’autre par une matière coagulable , qui , seule ou réunie à la première , constitue les fluides vivans, si elle est à l’état liquide, et donne naissance aux tissus solides, si elle est à l’état concret.

Les globules présentent, dans leur aspect et même clans leur nature , des différences qui sont surtout relatives aux endroits où on les examine. Dans le sang, ils paroissent aplatis et composés d’une partie centrale, solide, et d’une partie extérieure, creuse et vésiculaire. Ceux des reins sont plus petits cpie ceux cpi’on trouve dans la rate ; les globules du foie sont plus déliés encore. Les globules contenus dans la substance des nerfs offrent un xmlume moindre que ceux du sang; il en est de même dans la lymphe , le lait , le chyle. Certains fluides , comme l’urine , ne renferment pas de globules. Plusieurs solides en sont totalement dépourvus : tels sont le tissu cellulaire, les parties fibreuses , les cai-tllages , les os. Ils abondent au contraire dans le sang , dans les nerfs , dans les muscles. Ils fonnent la partie essentielle des tissus , dont ils déterminent la couleur et la nature.

Ces globules paroissent subir des modifications suivant les âges ; mais on manque d’expériences directes à cet égard. Ilewson dit avoir trouvé , chez des oiseaux et des reptiles , les globules du

AUX CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. y

sang d’une forme et d’un volume diffërens dans l’embryon et dans l’animal adulte. Dans les premiers temps de la conception , la masse muqueuse et homogène qui constitue l’embryon ne contient pas de globules ; ce n’est qu’à une époque plus avancée qu’elle se compose de deux substances , l’une fluide, l’autre solide, par-tout plongée dans la première. Les globules sont alors très-apparens , plus distincts C[u’ils ne le seront par la suite ; on en observe dans toutes les parties de l’embryon.

Ces deux élémens , les globules et le fluide conerescible, peuvent affecter la forme de fibres ou de lames. La forme laminaire appartient presque exclusivement à la matière fluide. Les fibres peuvent être formées par cette substance seulement, comme on le volt dans les os , les tendons , etc. ; elles résultent le plus souvent de la réunion des globules et du fluide .concret , comme les systèmes nerveux et musculalfe en offrent des exemples.

Ces considérations de Mechel sur l’organisation des animaux ont quelque rapport avec la division des élémens organisés établie par Pfaff , c{ui admet comme élémens primitifs des fibres et des cellules, formées elles-mêmes d’une série de molécules ou globules. Elles en diffèrent en ce qu’on y trouve, outre les globules solides, l’idée d’une substanee fluide concrète, analogue à celle que les anelens déslgnolent sous le nom de ghifen. C’est, suivant Meckel, le tissu cellulaire qui représente cette substance; il regarde en effet ce tiysu comme une sorte de fluide coneret, ainsi que nous le verrons à l’article du système cellulaire.

Classification d/ Anatomie pathologique^.

Page xcviij. « Cette marche ( de classer les » altérations d’après les systèmes auxquels elles » appartiennent ) est incontestablement la plus na- D turelle , quoique , comme dans toutes les di- » ylslons par lesquelles les hommes veulent as- » servir la nature à leurs conceptions , il y ait » beaucoup de cas auxquels elle ne se plie qu’avec » difficulté, a

Les progrès récens de l’anatomie pathologique ont donné lieu à de nouvelles classifications , cjui , sans être tout-à-fait exemptes de l’inconvénient des rapprochemens forcés, renferment néanmoins des divisions utiles et fondées sur des rapports naturels établis entre les diverses altérations organiques. Bayle, MM. Laennec,Cruveilh’ier, J.-F. Meckel, etc., se sont particulièrement occupés de cet objet.

i". Ayant reconnu que les altérations de texture ont à-peu-près les mêmes caractères , quel que soit le tissu qu’elles affectent, on a trouvé les plus grands avantages à les réunir dans une seule et même classe. De cette manière ; on évite les répétitions sans nombre qu’entraîne une méthode opposée; on présente en même temps , et sous un même point de vue, des objets analogues, et rien n’est plus propre, comme on le sait, à hâter les progi’ès d’une science quelconque.

2.°. La même méthode a été appliquée , quolqu’avec moins de succès , aux dérangemens qui ne portent que sur les formes extérieures. Cen’cst

AUX CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. g

guère que dans les vices de conformation originels que l’on peut suivre un ordre méthodique , et cjue cet ordre a une utilité réelle. Les dérangeraens de forme accidentels se ressemblent trop peu, pour qu’il soit bien avantageux de les rapprocher les uns des autres. Aussi a-t-on proposé de conserver ici l’ordre anatomique adopté par Bonet , par Morgagni et en partie par Bichat, jusqu’à ce que la science soit assez avancée pour qu’on puisse lui en substituer un autre.

On a suivi les mêmes principes, autant que possible dans les subdivisions. La plus naturelle et la plus nombreuse est celle des transformations ou productions organiques , que renferme la classedes altérations de texture. Elles sont caractériA sées par le développement accidentel d’un niveau tissu dans la partie qui en est le siégq^i^üïji les divise , suivant que ce tissu a quelque analogie dans l’économie ou qu’il lui est absolument étranger , en transformations organiques proprement dites , et en dégénérations ou tissus accidentels qui n’existent que dans l’état de maladie.

J. -F. Meckel est le seul, jusqu’à ce jour, qui ait fait l’application de ces données à un système complet d’anatomie pathologique. Voici l’ordre qu’il a suivi dans le traité fort étendu qu’il a publié en Allemagne sur cette matière :

Il admet les deux grandes divisions dont nous avons parlé, savoir , les altéi’ations de forme et celles de texture. Parmi les premières se trouvent rangés, i°. les vices de conformation originels, subdivisés eux-mêmes, suivant qu’ils portent sur le

nombre ou sur la nature des parties, en vices de quantité et vices de qualité; 2°. les déi'angemens acquis de volume, 'de situation, de configuration, etc., ce qui comprend les luxations, les hernies, les solutions de continuité, les rétrécissemens, les dilatations, les atrophies, etc.

Les altérations de texture se rattachent à deux chefs principaux. Les unes ne changent que les propriétés physiques du tissu affecté , telles quo la couleur, la densité. Les autres mascjuent complètement son organisation. Celles-ci étant souvent le produit de l’inllammation , cette affection se place naturellement ici. Le mode de réparation des organes lésés est décrit à la même occasion. Enfin, viennent les transformations et dégénérations proprement dites. L’auteur range encore dans les prodiiltlÿons accidentelles les vers et les concrétions.

ISous adopterons fordi’e suivant dans l’exposé des altérations pathologiques de chaque système..

. La situation.

rations dans les formes ! Le volume.

nérieures L , . , >- Atrophie.

JLa densite.

Alté

extérieures

Altérations dans l’organisa- ) Lésion tion , par

La configuration.

( Inflammation.

/Plaies.

mécanique. (Corps étrangers.

j Transformation.

vDéüénérafion.

3'. Altérations dans le dévelop-i Vices de conformation.

pement, \ Développement accidentcL

AU

SYSTÈME CELLULAIPaE.

Tissu adipeux»

Page 62. <( Nous verrons, à l’article des exhala- R lions, que la graisse se sépare par une exhalation » purement analogue à celle de to us les autres fluides )) exhalés , c’est-à-dire , par des vaisseaux d’un ordre » particulier, qui sont intermédiaires aux extrémités

)) artérielles et au tissu cellulaire On pourrafaire

» aux exhalans graisseux l’application de ce que nous )) dirons du système exhalant en général. »

La graisse ne paroît pas simplement déposée dans les aréoles du tissu cellulaire ; elle a un tissu qui lui est propre et qui renferme le fluide huileux dont elle est formée. Entrevue par Malpighi , positivement indiquée par A. de Bergen et par Morgagni , l’existence du tissu adipeux a été particulièrement démontrée par W. Hunter. On l’a décrit tour-à-tour sous les noms de l/ssu celluleux , en appelant filamenteux notre tissu cellulaire, à.etissic owpannicule graisseux , de membrane ou toile adipeuse , de tuniques ou 'vésicules adipeuses , etc.

La disposition générale du tissu adipeux offre déjà plusieurs particularités qui ne peuvent appar-

tenir à la graisse : ce fluide ne saiiroit avoii" par lu i-même de fonue déterminée, et rien n’est plus varié que la conformation extérieure du tissu graisseux. lei c’est une couche membraniforme' plus ou moins épaisse , analogue à celle qui existe sous la peau , où elle constitue le pannicule graisseux. Là ce sont des masses irrégulières , telles qu’on en trouve autour des reins , dans les orbites , dans l’épaisseur des joues. Ailleurs, le tissu adipeux présente l’aspect de prolongemens pyrlformes , pédiculés , comme cela se voit dans les appendices épiploïques , autour des artères qui se portent au péritoine , dans les ouvertures de l’ombilic et des anneaux sus-pubiens , etc. ; dans l’épiploon , il forme des rubans aplatis ou des espèces de réseaux qui suivent le trajet des vaisseaux sanguins. Accumulé dans certaines parties , il se présente sous la forme de tumeurs plus ou moins volumineuses et saillantes , comme on en trouve des exemples dans* les éminences qui s’élèvent sur les fesses des femmes houzouânasses , dans celles qui surchargent le dos des droro.adalres , des chameaux , des zébus , la queue des moutons de Barbarie.

Considéré dans son organisation intérieure , le iissu adipeux n’est pas moins distinct de la graisse jpi’il renferme. Quelles que soient les formes diverses qu’il affecte, sa structure est par-tout la même. ïl est divisé en pelotons arrondis , séparés les uns des autres par des sillons plus ou moins profonds, d’une forme irrégulièrement ovoïde, d’un diamètre variable depuis une ligne environ jusqu’à un demi-pouce ; leur volume diffère d’ailleurs sui-

AU système cellulaire. la

Vaut le degré de l’embonpomt , et suivant la jjartie que l’on examine. Chacun d’eux se compose de particules plus petites , que l’on isole facilement par la dissection. Celles-ci sont sphéroïdales , miliaires , comprimées , semblables , pour la forme , à des grains de raisin , ou bien encore aux granulations vésiculaires qui constituent la chair des oranges et des autres fruits de la famille des hespéridées ; on reconnoît , à l’aide du microscope , qu’elles sont elles-mêmes l’assemblage de vésicules agglomérées offrant absolument le même aspect , si ce n’est qu’elles sont beaucoup plus petites , puisque , suivant Monro , leur diamètre serolt d’un huitcentième à un six-centième de pouce. D’après Wolff, ces vésicules auroient un volume différent dans diverses espèces d’animaux. Elles ne paroissent pas communiquer entre elles ; leurs parois sont minces et transparentes , ce qui les a fait comparer à des amas de petites perles par Monro et Clopton-Havers, qui les ont observées dans la moelle des os. Elles contiennent le fluide graisseux, dont elles laissent apercevoir la couleur jaunâtre.

Le tissu adipeux est pour^m d’un appareil vascu- . lalre , qui a été très-bien décrit et figuré par Mascagnl. Des rameaux artériels et veineux sont logés • dans les sillons qui séparent les pelotons graisseux ; leurs divisions représentent, par leurs anastomoses, des réseaux capillaires qui parcourent les intervalles des petites masses ou molécules dont ils se composent : chacune de ces molécules, reçoit une artériole et une vénule qui lui forment une sorte de pédicule vasculaire ; les vésicules microscopiques

elles-mêmes sont pénétrées par les ramifications les plus ténues, qui suivent d’aboi'cl leurs intervalles , leur forment aussi une espèce de pédicule et se terminent enfin dans leurs parois. Cet ensemble de vaisseaux et de grains agglomérés a quelque ressemblance avec une grappe de raisin suspendue à son pédoncule,^ et dans laquelle chacun des grains qui la composent a , en outre, son pédicelle propre. Cette disposition est facile à observer sur un morceau de graisse pris dans un cadavre injecté, ou mieux encore dans une partie naturellement infiltrée par le sang.

Un tissu cellulaire très-délié semble exister entre les vésicules et autour d’elles ; ce tissu devient plus apparent dans les intervalles des molécules visibles à l’œil nu, qu’il réunit les unes aux autres; les pelotons c|ui en résultent sont rassemblés au moyen d’un tissu plus dense , presque fibreux dans certaines régions, manifestement ligamenteux à la paume des mains , à la plante des pieds , etc.

Le tissu graisseux contientsans doute des vaisseaux absorbans , mais on ignore leur disposition. lien est de même des nerfs. Sa nature intime paroit se rapprocher beaucoup de celle du tissu cellulaire. En effet , c’est une substance molle , blanchâtre , extensible, revenant sur elle-même quand elle cesse d’être distendue, se présentant sous la forme de lames minces et demi-transparentes, ayant la plus grande analogie avec la fibre laminaire ou cellulaire. La graisse qu’il renferme vient-elle à disparoître accidentellement, les vésicules s’affaissent et se confondent avec le tissu cellulaire ambiant, sans laisser aucune trace de leur existence. Iliinter assure néanmoins

AÜ SYSTÈME CEiLULAIRE. l5

que, clans ce cas, le tissu cellulaire diffère par quelques - unes de ses propriétés de celui cjui ne contient jamais de vésicules adipeuses, et il attribue ces différences à la présence des vésicules vides cjue doit renfermer le premier.

On auroit tort de conclure des traits de ressemblance c[ue l’on trouve entre le tissu graisseux et, le cellulaire que ces deux tissus sont absolument, identicjues. Il est facile d’établir les caractères c|ui les distinguent. Les vésicules adipeuses sont fei^ mées de toutes parts , et leur substance n’est point perméable aux fluides cjui tendent à la pénétrer, bien différente en cela de la substance aréolaire du tissu lamineux. C’est ce que prouve une foule de faits. Prenez un morceau de tissu adipeux , élevez graduellement sa température au moyen de l’eau cliaude, jusqu’à ce quelle soit suffisante pour fondre la graisse sans altérer la structure ' des vésicules , la matière liuiléuse y. restera contenue sans s’écouler ait dehors. Exposez un peloton gi’aisseux à une chaleur solaire qui fasse monter à +40° le thermomètre centigrade, vous êtes bien sûr qu’à une telle température la graisse doit être parfaitement fluide ; cependant il ne s’en écoulera pas un atome: incisez quelques vésicules , le fluide huileux paroitra aussitôt. On obtient encore le même résultat en comprimant entre les doigts une masse adipeuse: la graisse ne s’en échappe que quand des vésicules sont déchirées. Dans les emphysèmes les plus étendus, dans les infiltrations séreuses les plus considérables, jamais les fluides épanchés ne pénètrent les vésicules ; la graisse reste distincte et ne se

mêle point à ces fluides. S’il en ëtoit autrement, | ne verroit-on pas pendant la vie , la graisse , fluide à la température ordinaire du corps , gagner constamment les* endroits les plus déclives , comme il arrive à la sérosité des liydropiques , céder aux pressions extérieures dans les parties qui , telles que les pieds , les fesses , y sont habituellement soumises , ainsi qu’on l’observe encore dans l’œdème?

2°. Les vésicules adipeuses ne forment pas , comme le tissu cellulaire , un tout continu ; elles sont sim- . plement contiguës entre elles. Ceci se démontre aisément par l’inspection. On le voit également dans l’anasarque ; le liquide qui s’infiltre dans le tissu cellulaire interposé entre les molécules adipeuses les écartant les unes des autres, elles restent disséminées dans la sérosité cjui les entoure.

S**. Autre caractère. Par-tout on trouve du tissu cellulaire ; il est des parties constamment dépourvues de tissu graisseux, même dans les sujets, les plus gras. Ce fait ne semble-t-il pas déjà indiquer qu’il faut , dans le tissu cellulaire , un organisation particulière pour que la graisse , s’y développe ?

4-°. Enfin leurs usages sont bien différens : ceux du tissu adipeux ne sont relatifs qu’à la graisse sans cesse exhalée dans l’intérieur de ses vésicules , et reprise sans cesse par des vaisseaux absorbans ; le tissu cellulaire en a de bien plus Impoi tans , puisqu’il forme un lien commun qui réunit toutes les parties en même temps cju’il les isole les unes des autres , cju’il sert à faciliter leurs mouvemens et à entretenir l’harraonie de leurs fonctions.

AU SYSTEME CELLULAIKE.

Nature chimique de la Graisse.

Page 63 «Je ne m’occüjDerài point de la na^ >) ture cliimiqne de la graisse... cela in’entraînerolt » dans des détails étrangers à cet ouvrage. D’ail- » leurs je ne pourroisrien ajouter à tout ce qu’ont » dit sur ce point les chimistes modernes, m

Les travaux récens de M. Clievreul sur les huiles fixes et sur les diverses espèces de graisse ont donné des résultats trop' satisfaisans pour qu’il n’en soit pas fait mention ici. Loin d’étre un principe immédiat des animaux , comme dn l’à cru pendant long-temps, la graisse est composée de deux principes particuliers, non acides, désignés, d’après leur consistance , sous les noms àe stéarine et à'élaine.

La stéarine représente une masse solide, incolore, insipide, presqu’inodore , soluble dans l’alcool, conservant l’état solide jusqu’il la température de 1 58° thermomètre centigrade. L’élaïne, au contraire, est fluide à une température de 17 à i8° ; elle est incolore ou jaunâtre , plus légère que l’eau, beaucoup plus soluble dans l’alcool que ne l’est la stéarine. C’est en tirant parti de cette dernière propriété cjne l’on sépare ces deux principes. Pour cela on ti-aite une certaine cjuantité de graisse par l’alcool bouillant : à mesure cjue la liqueur se refroidit , la stéarine se précipite, entraînant avec elle un peu d’élaïne ; la majeure partie de l’élaïne reste en dissolution avec un peu de stéarine. L’action du froid sur la graisse, le contact prolongé de cette sub-

stance avec du papier non collé, peuvent encore servir à démontrer l’existence de ses matériaux immédiats. Dans le premier cas, la stéarine ne tarde pas à se solidilier, tandis que l’élaïne conserve sa fluidité ; dans le second , l’élaïne est absorbée par le papier , la stéarine l'este à la surface.

La proportion des principes de la graisse n’est pas la même dans tous les animaux ni dans toutes les parties du même animal , de là toutes les variétés de consistance c[ue présente celle de l’homme. Néanmoins, puisque la stéarine, même pure, n’est plus solide à un degré de chaleur égal à la température du corps , la graisse doit être au moins demifluide dans l’état de vie , et c’est en effet ce cju’on observe dans les opérations chirurgicales , pendant lesquelles il s’écoule souvent avec le sang C[uelques gouttes huileuses provenant des vésicules adipeuses entamées.

Outre l’acide particulier (acide sébaclque), cjui se produit pendant la distillation de la graisse , il en est deux autres qu’on obtient en la traitant convenablement par un alcali ou un oxyde métalllcjue quelconque : l’un est l’acide margarique , ainsi nommé à Cause de sa couleur nacrée , l’autre l’acide oléique. Les savons, qui résultent de l’action des alcalis sur les huiles, ne sont autre chose cpie des sels formés jiar ces deux acides et par la base employée. M. Chevreul pense qu’il se passe quelque chose d’analogue dans la décomposition spontanée de la chair musculaire, lorsqu’elle a lieu sans contact de l’air j il l’egarde le gras des cadavres qui se produit dans cette circonstance comme une

AU SYSTÈMÈ CELLULAIRE. ig

soi'te de savon , qui seroit le résultat de ractlon de l’ammoniaque provenant de la décomposition sur la graisse contenue dans le muscle.

Nature intime du Tissu cellulaire.

Page 66. « Toutes ces idées vagues de sucs » concrets, de glu non organisée, de suc figé, )) qu’on a appliquées au tissu cellulaire, n’ont )) aucun fondement solide , ne reposent sur aucune » expérience, sur aucune observation, et doivent )) être bannies d’une science où l’imagination n’est » rien, et où les faits sont tout. »

Les anciens ne paraissent pas avoir connu le tissu cellulaire ; du moins n’en ont-ils pas fait mention dans leurs écrits. C’est à tort que l’on a prétendu en retrouver quelques notions dans un passage d’Hippocrate, où il n’est cjuestion que de la perméabilité générale des tissus. Adrien Spigel est un des premiers qui eU aient parlé. Vésale et autres le firent connoître successivement dans diverses parties du corps. Ce n’est que depuis Haller et Bergen qu’on le considère comme étant généralement répandu. Bordeu paraît être le premier qui ait comparé le tissu cellulaire à une soi^te de ôai>e ou de glu. Quesnay a dit aussi qu’il ressemblait plutôt à une matière fluide qu’à un solide organisé. Wolff a été plus loin : rejetant toute idée de cellules, il regarde le tissu cellulaire comme une substance homogène , gîutineuse, sans organisation évidente. Blumenbach, Ern. Platner, J. -F. Meckel, ont adopté cette

opinion. Ce dernier a fait du tissu cellulaire son élément Iluide concret. Voici les observations et les faits sur lesquels ces anatomistes se fondent.

1°. I/inspection , disent-ils, ne fait point découvrir dans le système cellulaire les fibres ni les lames dont on le suppose formé. Qu’on l’examine sous la peau , entre les muscles , autour des artères , à l’extérieur des membranes, par -tout on ne trouve qu’une substance demi-fluide, transparente, tenace , et sans aucune apparence de structure fibreuse ou lamelleuse. Si des fiJires ou des lames viennent à s’y développer, cela tient aux moyens d’exploration que l’on met en usage. Ainsi, quand on écarte l’un de l’autre deux organes, contigus et unis par du tissu cellulaire , deux muscles , deux faisceaux d’un même muscle ou deux fibres musculaires ; quand on soulève ce tissu à la surface des organes qu’il recouvre, il cède à la distension qu’on lui fait éprouver , s’allonge et offre l’aspect de lames minces, qui se changent en filamens arrondis si la distension est portée plus loin, absolument comme le feroit une espèce de glu ou de colle, suivant l’expression de Bordeu. La distension vient-elle à cesser , les parties se rapprochent , et la couche cellulaire interposée reparaît homogène et parfaitement continue. De même, quand on examine le tissu cellulaire du scrotum en l’étendant en une espèce de membrane, il est évident que les lames et les filamens entrecroisés que l’on aperçoit sont le produit de la distension , et qu’on n’obsei've cette organisation apparente cju’après l’avoir développée artificiellement.

2°. Les prétendues cellules n’existent pas davantage dans le tissu muqueux , qui ne présente point d’ouvertures à sa surface, comme cela devroit être s’il étoit aréolaire. Quand ou y trouve des cavités , c’est parce que des corps étrangers le soulèvent et lui donnent une apparence vésiculaire. Lorsque , par exemple , on tiraille le tissu cellulaire en différens sens, il arrive souvent qu’il pénètre de l’air dans son Intérieur. Cet air prend alors la forme de bulles, comme il la prendroit dans de l’eau de savon. Mais si l’on presse sur ces bulles, elles disparoissent; et si on les reproduit ensuite, elles peuvent être très-dilférentes des premières. On leur donne des formes très-variées , on augmente ou on diminue leur nombre à volonté , absolument comme dans l’eau de savon. L’insufflation produit aussi dans le tissu muqueux une apparence cellulaire , qui s’explique de même par son état de mollesse et de demi-fluidité. L’air injecté le pénètre facilement , et la distension qu’il occasioiie donne lieu à cet aspect de fibres et de lames entrecroisées que l’on dit être propres à ce tissu , tandis que ce n’est qu’une forme dont on le revêt momentanément. Il en est de même des cellules que l’on observe après la congélation : ce sont des intervalles produits accidentellement par la* présence d’un liquide disséminé dans le tissu cellulaire.

5“. Une partie quelconque du système cellulaire présente tour-à-tour des fibres , des lames ou des cellules , selon le procédé employé pour y développer l’une ou l’autre structure. La distension fait naître des lames ou des fibres, suivant l’étendue

dans laquelle elle s’opère : rinsulilatlon produit des cellules , etc.

4“. Le tissu cellulaire est perméable : la plupart des fluides, tels que l’air , l’eau , le pus , l’urine , le traversent aisément, et parcourent de longs trajets dans son intérieur; des corps solides l’ont même pénétre, et y ont tracé des routes plus ou moins longues. Comment admettre que les corps ainsi plongés dans le tissu mucjueux suivent exactement la direction des cellules et de leurs orifices? N’est-ce pas plutôt la consistance médiocre et comme visqueuse de ce tissu qui lui permet de céder à l’effort des substances qui tendent à le pénétrer, et de s’accommoder en même temps aux formes diverses qu’elles lui impriment ?

5°. Enfin , ajoutent-ils , dans le foetus de l’homme et dans les dernières classes d’animaux, il est impossible, en aucune circonstance, de découvrir une organisation quelconque dans le tissu cellulaire; on ne trouve qu’une matière muqueuse et homogène.

C’est à l’inspection anatomique à prononcer sur la valeur de ces objections, qui ne sauroient être renversées par la seule considération des phénomènes de vitalité que présente le tissu cellulaire dans les maladies. Seroit-ce le premier exemple d’un tissu doué de la vie, et dont la siructure homogène ne laisseroit pourtant apercevoir ni lames ni fibres bien distinctes? La substance cérébrale , le tissu cartilagineux , les membranes séreuses ne sont-ils point dans le même cas ? Il ne s’agit donc pas de savoir si

le tissu propre au système cellulaire est le siège d’une action vitale évidente, ce point ne sam’oitêtre contesté, mais seulement si on doit lui accorder une organisation fibreuse et lamelleuse, ou bien si cette organisation ne se développe C[ue sous certaines influences dont elle est le résultat immédiat. Ce cju’il y a de certain , c’est qu’il se comporte en beaucoup de circonstances comme s’il étoit réellement spongieux ou celluleux , et qu’il n’y a pas d’inconvénient à le regarder comme tel .

Anatomie pathologique du système cellulaire. ( Pag. 1 1 4- )

§ Altérations dans les formes extérieures.

Le volume du tissu cellulaire peut être accru par suite d’une exhalation plus abondante des lluldes qu’il renferme. C’est ce qui arrive dans l’anasarque et dans l’obésité ou polysarcie. La sérosité accumulée dans l’anasarque ressemble à celle des hydropiques. Elle parcourt d’ailleurs librement le tissu cellulaire , et s’amasse en général dans les parties les plus déclives. La laxité de ce tissu dans certaines régions le dispose également à l’infiltration. Dans les oedèmes anciens , le tissu cellulaire contracte quelquefois une épaisseur très-grande ; il semble qu’il se fasse une exsudation d’un fluide concrescible qui augmente sa densité en s’ajoutant aux lames qui le composent.

L’obésité ou l’accumulation de la graisse est gé-

nérale ou locale : la première a été examinée à l’ar-^ ticle de la gi’aisse cellulaire.

Les tumeurs graisseuses, qui constituent la seconde, ont des formes très-variées ; leur volume est quelquefois fort considérable ; assez souvent elles sont pourvues d’un pédicule par lequel pénètrent des vaisseaux. Une couche celluleuse les revêt à l'extérieur ; leur structure est celle du tissu adipeux. Les véslcult: parolssent plus multipliées que dans l’état de santé , car Monro a observé que leur diamètre est le même. Ces tumeurs se développent sui’tout dans les parties qui contiennent beaucoup de graisse: de là la fréquence des lipomes ou tumeurs graisseuses sous-cutanées.

Outre les fluides naturellement contenus dans le tissu cellulaire , de l’air peut aussi s’y accumuler , ce qui constitue l’emphysème. Ce dernier est plus ou moins étendu. Il se développe quelquefois après la mort , dans l’apoplexie , les épanchemens urineux , etc.

Une augmentation de volume et de densité tout à la fois paroît constituer la maladie décrite sous le nom à' endurcissement du tissu cellulaire. On n’y trouve, en effet, qu’une épaisseur et une consistance plus grandes de ce tissu , cpil cède à peine à la pression du doigt; il s’y joint communément une infiltration séreuse plus ou moins considérable. Cette affection est , comme on le sait , presqu’excluslve aux enfans nouveau - nés. C’est au-dessous de la peau qu’elle se montre le plus ordinairement ; on l’a vue avoir son siège dans le tissu cellulaire inter-musculaire.

AU SYSTÈME CELLULAIRE.' sS

L’élépliantiasis ou mal des Barbades est dû à une alteration du même genre.

§11. Altérations dans l’organisation.

L’inflammation du tissu cellulaire est très-fréquente ; elle offre un grand nombre de variétés , particulièrement suivant le siège qu’elle occupe.

Dans l’inflammation aiguë , dans le phlegmon proprement dit , le tissu cellulaire est d’un rouge plus ou moins vif et comme infiltré de sang ; la sérosité a dispai’u , les aréoles obstruées sont beaucoup moins perméables que dans l’état naturel ; plus tard , elles sont remplies d’une matière albumineuse concrète, qui ressemble à une esjièce de gelée. Les phénomènes ultérieurs di fièrent selon le mode de terminaison qui survient. Dans les cas les plus ordinaires , la suppuration s’établit , le pus se creuse une cavité qui s’agrandit continuellement , il se forme un abcès ; ou bien il se fait une absorption de la matière albumineuse épanchée , la résolution a lieu. D’autres fois cette matière semble s’organiser en même temps que sa consistance augmente ; elle se confond insensiblement avec l’organe qui l’a fournie : c’est ce qu’on observe dans la terminaison par induration . Dans la gangrène , le tissu cellulaire mortifié donne naissance à des escarres molles , d’une couleur blanchâtre ou grisâtre ; il se réduit en une sorte de putrilage.

L’inflammation chronique amène spécialement l’induration , comme on le voit dans les ulcères an-

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