CHAPITRE PREMIER
Départ pour les Pyrénées.
1 ouT annonce notre prochain départ.
La réduction de diffërens objets de dépense amène de tristes réflexions , qui surtout affectent mon père. Je m'efforce de paraître gaie , pour que lui et maman ne s'affligent au moins que sur eux.
Parviens-je réellement à les abuser sur ce qui se passe dans mon cœur ? Je fais tout ce que je peux pour cela , et je sens que le sourire n'est que sur mes lèvres. II. ' I
a ADÉLAÏDE
Je marque a mon père plus de respect et d'attachement que lorsqu'il avait un reste assez brillant de sa première fortune. Je n'oublie pas que je suis la cause innocente de sa ruine totale , et que je lui dois tous les dedommagemens qu'il est en mon pouvoir de lui donner. Quelquefois il paraît sensible à mes soins ; quelquefois l'humeur perce malgré lui.
Elle a été hier jusqu'à la brusquerie., et je n'ai pas eu l'air dp m'pn apercevoir. M. de Méran nourrit , dès l'enfance , des idées de grandeur qui , dans ce moment , doivent le rendre très-malheureux. Je plaindrais sincèrement un étranger frappé du même coup ; ainsi, mon dévouement doit être sans bornes, lorsque dans Tinfortuné je trouve mon père. Je remplirai mes devoirs dans toute leur étendue.
Nous avons reçu aujourd'hui uije lettre de Tarbes. Il paraît que ce petit domaine, long-temps négligé, ne peut être remis en valeur sans des avances de fonds que nous n'avons pas. L'habitation , délabrée, a besoin de fortes réparations : il y a de quoi perdre la tète. Pour nou*
ménager mutuellement , nous renfermons nos idées , et peut-être chacun de nous souflfre-t-il plus que si nous épanchions nos peines au dehors. Si la douleur se communique , elle s'adoucit aussi lorsqu'elle est partagée. A la première occasion , je romprai ce morne silence , image anticipée du tombeau.
Mon père a bien voulu me consulter sur la réforme de notre domestique. J'ai répondu que mon devoir est de le servir, et que ce devoir serait un plaisir pour moi. Ce mot sentir lui a arraché un profond soupir. J'ai continué de parler avec tendresse, avec effusion; maman m'a répondu du ton de la confiance et d'un entier abandon : nous avons entraîné M. de Méran. De ce moment nous mettons nos peines en commun , et nous nous en trouvons mieux.
Je tremblais , Claire , de voir Jeannette inscrite sur l'état de ceux qu'on va congédier : ce n'est que par elle que je peux recevoir tes lettres et savoir ce que fait , ce que dit , ce que pense le biennimé. Elle seule est çons;,rvée. Les autres
sont payés et vont partir. Ce bon Firmin ! ce vieux Ambroise ! ce sont eux surtout que je regrette. Combien de petits ser-^ vices ils mont rendus avec cette joie franche qui prouve rattachement, et qui empêche de sentir la fatigue î Quelquefois j'ai été assez heureuse pour leur être utile auprès de mon père , et les bons offices qu on se rend mutuellement sont des liens que chaque jour rend plus forts. Les derniers adieux de ces bonnes gens nous ont tiré des larmes à tous.
Je ne veux pas que mon père s'aperçoive de leur absence. J ai appelé Jeannette, et j'ai partagé entre elle et moi le travail intérieur. Je me suis réservé ce qu'il y a de moins pénible , ce qui me répugne le moins, et cependant M. de Méran me plaint beaucoup. Ah ! s'il l'avait voulu , il aurait ici un enfant de plus , qui partagerait avec moi les soins que je vais lui rendre , qui soutiendrait son courage , qui l'animerait du sien. Le tableau du bonheur calme d'abord , inté*« resse ensuite , et finit par entraîner. Quand le cœur est satisfait , on s'occupe
pea de fortune, et M. de Mérari a fermé le sien à tout ce qui pouvait Ifj^ï faire oublier ses revers. Je n'ajouterai pas un mot : respect au malheur.
Jetais tout a l'heure à Toffice. Je faisais de ces petits gâteaux que mon père aime tant ! il est entré. «Mademoi- >j selle de Méran , s'est-il écrié ; made- » moiselle de Méran réduite à de sem- » blables fonctionr! — Le but de mon » travail l'ennoblit, papa, et vous oubliées >i que ce n'est pas la première fois que » je m'occupe ainsi . — Ce travail était « libre alors. — Il l'est encore ; il le sera » toujours ; il n'est pas de contrainte )) pour qui se livre à l'impulsion de son » cœur. » 11 m'a embrassée avec une affection , qui me récompense amplement de mes attentions , de mes prévenances.
Nous parlons souvent de cette maison où nous nous allons rendre , et où nous serons à peine abrités. Si Jules connaissait notre position ! garde-toi bien de lui en parler, Claire; tu l'aflligerais sans aucun avantage pour nous : jamais mon père ne recevix» rien de M, d'Estouville.
Nous nous sommes rassemblés pour dîner ; et Ja conversation est revenue à notre prochain départ , et aux moyens de nous arranger le moins mal que nous le pourrons à notre nouveau domicile.
Maman a tiré de son sac un écrin qu'elle amis sur la table. « Adèle, m'a-t-elle » dit, avec une émotion profonde, ceci j) devait t'appartenir un jour ; je comp- » tais avoir le plaisir de t'en parer raoi- » même; le sort en décide autrement* j) Me permets -tu de disposer de ces » pierreries? w J'ai pris l'écrin ; je l'ai présenté à mon père. « Acceptez, lui » ai-je dit, ce que vous offre maman.
>» Faites réparer la maison des Pyrénées^ i) remettez les terres en valeur , et » croyez , papa , qu'on peut être heuj) reux partout, quand on le veut for- )) tement. — Puisses-tu l'être , ma fille! y) — Hélas ! le souvenir de ce que j'ai y) perdu me suivrait dans un palais corny) me sous le chaume , et je ne regrette M pas ces superfluités, puisque ce n'est }) plus pour Jules que je m'en serais pa- » rée. » Nous nous sommes approchés.
attendris. Nos bras enlacés nous ont étroitement unis tous les trois. Nous nous sorMmes embrassés, nous avons mêlé nos larmes. Monsieur et madame de Méran veulent bien attacher quelque prix à ce qu'ils appellent mon sacrifice? Des diamans ! eh ! que me sont les mines de Golconde ? Je les donnerais , si elles étaient à moi , pour un regard , un sourire du bien-aimé.
Demain on vendra les chevaux et les voitures. On ne gardera qu'une simple calèche, dans laquelle nous voyagerons modestement; Jeannette s y placera près» de moi. Je crois te l'avoir déjà dit, le malheur a cela de bon qu'il rapproche les hommes, qu'il leur fait sentir le besoin qu'ils ont les uns des autres, qu'il les rend pi us sensibles , et par conséquent meilleurs. Je ne crois pas le riche naturellement dur , ou méchant. Mais il est difficile de s'attendrir sur des maux dont on n a pas d'idée.
Après demain on vendra le mobilier et on se pourvoira à Tarbes de ce qui sera rigoureusement nécessaire. Dans
trois jours nous quitterons ce château
pour n'y rentrer jamais. Ne m'écris plus
ici. Adresse-moi ta premier* lettre à
Tarbes.
Dans trois jours î berceau de mon enfance et de celle de Jules, lieux qui nous ont vus croître , bosquets témoins de nos jeux et de nos premières amours , points consacrés par des baisers de feu et par des remords, je me croyais détachée de vous, et à chaque pas je re- , trouve des souvenirs, partout j'ai des regrets à donner. Dans trois jours je vous quitterai sans espérance de vous revoir! Je. suis éloignée de Jules; il faut meloigner encore des lieux que sa présence m'avait rendus chers. Ainsi je me détache successivement de tout et de moi-même. Je partirai pauvre , ce n'est rien; mon amour me tuera, ce n'est rien encore : pour qui doit toujours souffrir, la tombe est le port désirable.
J'oublie de te parler des pauvres Rigaud. Leur détresse est égale à la notre, et ils la supportent plus courageuse ment que nous. Le mari a obtenu à Chei
DE MÉRAN. fi
bourg une place de trois à quatre mille francs. Il va s'y rendre incessamment et tout disposer pour y recevoir sa femme*
Je finis et je vais fermer ce paquet.
Jeannette l'enverra ce soir à Argentan.
Dis bien à ce malheureux que je ne respire , que je ne vis que pour lui ; qu'il m'est présent le jour et la nuit ; que la tendresse qu'il m'inspire n'est comparable qu'à lui-même, puisqu'on ne peut le comparer à personne; que rien ne le bannira de mon cœur, et que, si je suis fidèle à ce que j'ai promis a mon père , je le serai également aux sermens que j'ai faits à l'amour.
Dans deux jours tu auras ce paquet.
Peut-être Jules sera auprès de toi quand tu l'ouvrirasç-Cacbe-lui bien, je te le répète, notre malheureuse situation. Qu'il lise le reste avec toi ; qu'il sache combien il est chéri; qu'il ajoute à l'insuffisance de la langue ce que lui dictera son cœur. J'embrasse mon ami , mon frère, mon amant bien-aimé. Ah! qu'il me trouve un nom plus doux, pour que je puisse le lui donner.
Je finis , t ai-je dit ; et quand je parle de cet être adorable, je ne peux plus m'arrêter. Je me lève , je jette ma plume au loin, et je sors de ma chambre. Je n'ai que ce moyen-là pour cesser d'écrire....
Je reviens. Recueille avec soin tout ce qu'il te dira de moi ; n'omets pas un mot, Claire : rien n'est indiffèrent pour l'amour. Oh ! si tu pouvais aussi me rendre les inflexions de sa voix ! je suppléerai ce que tu ne peux faire : son organe vibre sans cesse à mon oreille, et va se perdre au fond de mon cœur. Je finis, je finis
C'est demain que nous nous arrachons de ces lieux. Nous errons tous trois dans les appartemens, dans le parc, dans mon petit bosquet. 11 est aisé de voir que nous éprouvons tous le même genre d'émotion. La mienne est d'une extrême violence : monsieur et madame de Méran ne voient que leur terre; je sens que j'y laisse mon amant. Oh !
combien j'ai déjà souffert, et je n'ai pas
DE MÉKAN. M
dix-huit ans ! Peut-être ai-je encore une longue carrière à parcourir, et l'infortune seule marche devant moi , sa main de fer s'appesantit sur tout mon être; elle l'accable, sans pouvoir l'anéantir.
La vente de ce qui e'tait ici a produit fort au-delà de ce qu'on en devait espérer. 11 est décidé qu'avant de disposer des diamans de ma mère , on se rendra sur les lieux , et on évaluera la dépense qui paraîtra indispensable. On pourra conserver quelque chose de l'écrin. On t'adressera ce qu'on sera forcé de vendre, et on compte, pour en tirer le meilleur parti, sur ton amitié, ton activité et ton intelligence.
Voici la dernière fois que le soleil éclaire pour nous une habitation et des sites qu'il faut abandonner. Je vais dire un éternel adieu à mon petit bosquet , répandre mes dernières larmes sur le point où s'élevait mon marronier. Je le porte dans un sachet suspendu à mon cou ; le portrait du bien-aimé est auprès de ces cendres; mon cœur gémit sous ces deux monumens d'amour et d'afflic-
a At)ÉLAIÏ)E
tion. Que de souffrances! grand Dieul que de souffrances ! ùtez-moi la force de les supporter ; appelez-moi à vous.
Je m'éloigne à pas lents, la tête baissée, la poitrine oppressée, sans respiration et sans force. Je suis le chemin qui conduit à la petite porte du parc; je cherche la trace de ses pas imprimés sur le sable lors de notre dernière séparation : il n en reste pas de vestiges. Ainsi les générations se succèdent et s'effacent. Cent ans encore et il ne restera rien de notre amour , de ce que nous aurons souffert, même dans la mémoire des hommes.
Peut-être à la place où je suis, un cœur, bourrelé comme le mien, s'est éteint sous le poids de ses maux. Peutêtre ici a-t-il existé une ville célèbre , dont tout , jusqu'au nom, s'est perdu dans la nuit des temps. Peut-être d'ambitieux monumens y consacraient la gloire de quelque héros , dont la poussière est confondue avec celle des colonnes et des pilastres. Partout nous foulons aux pieds les débris de l'espèce humaine et des cités ensevelies^
DE MÉRAN. li
Absorbée dans ces tristes re'flexions , je suis sortie du parc et j'ai été attendre la voiture sur le chemin. Je me suis assise sur le revers d'un fossé , dans un état d'accablement impossible à dépeindre. Le monde , ses habitans , leurs jouis* sances, tout disparaissait à mes yeux et même à mon entendement. Je ne tenais plus à ce vaste univers que par la douleur.
Des cris , plusieurs fois répétés , ont enfin frappé mon oreille , et m'ont rendue attentive. J'ai reconnu la voix de Jeannette et l'accent de l'inquiétude. Je me suis levée ; j'ai été à elle. Elle m'a dit qu'on n'attendait que moi pour partir; elle a voulu me ramener au château.
<( Le sacrifice est consommé. Si je rentre » là, il faudra le renouveler. Assez, as- » sez de mal , Jeannette. » Je me suis assise de nouveau; la bonne fille s'est éloignée. Bientôt j'ai entendu le fouet du paysan , qui nous mène à petites journées ; la calèche s'est arrêtée devant moi. « Adieu donc, ai-je dit, adieu pour a toujours. »
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J'étais avec Jeannette sur le devant de la calèche. Je regardais les murs d'enceinte et la cime des arbres du parc, qui paraissaient reculer devant moi. J'avançais la tête pour les voir plus long-temps. Bientôt je les ai perdus dans un horizon vaporeux qui s'épaississait à chaque instant. Forcée de me reployer sur moimême, j'ai porté toutes mes affections sur mon sachet et ce portrait. J'ai pensé qu'on pe,ut se consoler de ses pertes , quand il reste beaucoup. J'ai mis la main sur ces objets précieux; je les ai pressés sur mon pauvre cœur, et il a été soulagé. Le grand air, des sites nouveaux , des scènes cliampètres , m'ont distraite assez pour que je pusse suivre une conversation peu attachante et souvent interrompue. Jeannette seule cherchait à l'animer et à la soutenir. La digne fille nous voyait tous plus ou moins affligés ; elle nous parlait de choses assez insignifiantes ; mais on était forcé de l'écouter, de lui répondre ; on avait donc quelques momens de relâche.
On marche jusqu'à ce que les che^
DE MÉRAIf. i5
vaux aient besoin fie se rafraîchir. On déjeune, on dîne. Le soir on soupe et on se couche tristement , pour faire les mêmes choses le lendemain. En me mettant au lit, en me levant, je prends le portrait du bien-aimë , je l'approche de mes lèvres , je lui donne quelques larmes , et je le replace sur mon cœur.
Claire, Claire! je demande le nom de la ville où nous allons arriver : c'est Versailles. Demain nous tournons autour de Paris , pour gagner la barrière d'Enfer, et prendre la route de Longjumeau. Parcourir extérieurement l'enceinte qui le renferme, et ne pouvoir pas y pénétrer ! Le savoir si près de moi et ne pas le voir! Quel supplice! J'ai parlé de toi , du désir de t'embrasser en passant , de la reconnaissance que m'inspirerait cette faveur. M. de Méran m'a répondu par un regard sévère. Je n'ai plus rien , rien absolument à espérer.
Jeannette me regarde d'un air de mystère ; elle me presse légèrement la main. Que médite- t-elle? Obtiendrais -je de cette fille la pitié que mon père me re-
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fuse? Ah! que dis-je? lia raison. Me
perQiettre de voir Jules , c'est fournir de
ralimenl au feu qui me dévore Il me
serait pourtant si doux de le voir un , moment , un seul moment ! Je donnerais , pour l'obtenir, le reste d'une vie que je ne puis lui consacrer.... Non, je ne l'obtiendrai pas : je gagnerais tout à le voir et à mourir.
INous voilà dans cette ville, jadis si brillante, dit-on , et maintenant dépouillée de sa splendeur. Ainsi se flétrit la jeunesse. Bientôt il ne me restera rien de cette fraîcheur , de ces charmes qu'idolâtre Jules , et qu'entretenait l'espoir d'une inaltérable félicité. On me propose une promenade dans le parc. Qu'y verrai-je?
rien , puisque le bien-aimé n'y est pas. Jeannette me fait un signe imperceptible, et je prends le bras de M. de Méran.
INon , je ne vois rien. Tout cela pewt être très-beau pour qui peut se livrer à une imagination féconde et brillante.
Je n'ai plus qu'un cœur, et des allées symétriques, des nappes d'eau régulières, des statues ne lui disent rien.
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Nous rentrons assez fatigués. Espe'rez , me dit Jeannette , en passant près de moi. L'espérance! ah ! jamais elle ne peut renaître , et c'est là le dernier degré du malheur. V espérance 7i entre point ici, a écrit le Dante sur la porte des enfers.
Je soupe , je me couche , je dors, je m éveille, je baise ce portrait, je pleure sur lui , la nuit se passe , je remonte en voiture. Mes yeux cherchent Paris. Je ne le découvre pas ; mon cœur le sent. Nous arrivons sur la hauteur de Sèvres. Les monumens de cette ville immense se présentent tout à coup. Un feu brûlant me monte au visage ; bientôt un frisson me saisit ; ma voix s'altère; ma respiration est géuée; je ne vis plus, Claire ; je suis toute à l'amour malheureux. Espérez, m'a dit Jeannette Se
trouvera-t-il sur le chemin? Le verraije en passant? Qu'il n'ajoute pas à ce que je souffre , en se montrant pour disparaître aussitôt.
Et , malgré ce vœu bien sincère , je voudrais percer les murs épais qui sont
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devant moi; je fatigue mes pauvres yeux à force de le chercher, même où je sais qu'il ne peut être. Je ne vois rien.
Nous passons un pont , dont les dessous sont en fer. Nous entrons dans un vaste terrain : c'est , dit-on , le Champde-Mars. Je ne vois rien.
Nous prenons une large et longue alle'e : ce sont les boulevarts neufs. Je ne vois rien, je ne vois rien.
Espe'rez, m'a dit Jeannette. Ah ! sans doute elle lui a écrit hier pendant que nous étions dans le parc de Versailles. 11 sait que je suis sous les murs de Paris , et je ne le vois pas ! Quoi , il compte pour quelque chose M. d'Estouville et ie monde! Quoi, son cœur ne s élance pas au-devant du mien ! Quoi ! il n'est pas capable de ce que je ferais pour lui, si je ne craignais d'aflliger les plus respectables parens! 11 n'a pas de père, lui, et il balance ! Ah ! il n'aime plus , il n'a jamais aime. 11 ne connaît pas ce dévomment absolu , qui siîcrifîe h l'objet adoré, fortune , Jionneur , existence. Homme
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ingrat et cruel, je te désire, je t'appelle, et je ne te vois pas !
Non, non, il nest pas ingrat, il n'est pas cruel ; il est prudent pour nous deux. M. et M'°% de Mëran examinent attentivement tous ceux qui passent auprès de nous. Ils cherchent Jules sous la bure du paysan , sous le sarrau du charretier. Quelque déguisement qu'il ait pris , il serait reconnu , et l'explosion serait terrible. Et je l'accuse! Ma bonne Claire, luand tu recevras ce paquet , dis-lui que je me repens , que je lui demande pardon.
11 me semblait tenir encore à lui par cette enceinte même que nous suivions.
C'en est fait, nous voilà sépares à jamais; je suis sur la grande route qui conduit aux Pyrénées , où je vais m'ensevelir.
Nous arrêtons à un village qu'on appelle Mont-Rouge. Pendant qu'on prépare le déjeuner, je vais cacher ma peine sous une tonnelle, qui* est au fond du jardin. Jeannette me suit et me rend un billet que vient de lui remettre Firmin. Firmin ! je m'y perds.
Le bilkt est adressé à Jeannette. Il est du bien-aimé.
(f Je vous remercie , ma chère Jeannette, de lavis que vous me donnez; mais je n'en profiterai pas. Un honnête homme ne transige jamais avec sa parole , et voir une demoiselle à qui on a promis de ne plus écrire, serait manquer d'une manière dérisoire à ses engagemens. Que dirait-on de quelqu'un qui , ayant juré de ne pas entrer dans une maison qu'habite un objet adoré , y jetterait des brandons enflammés pour ïen faire sortir? Aurait-il, ou non, violé son serment?
» Je ne vous parle pas de ce que je souffre en cédant à la voix de l'honneur. Mademoiselle de Méran seule peut son faire une idée. Les obstacles, les vues de mon oncle me la rendraient plus chère, si mon amour pouvait croître eticore.
Elle aura mon dernier soupir.
» J'ai pris Firmin et Ambroise à mon service. Le soir et le matin je leur parle d'Adélaïde ; je parle d'elle pendant le jour à M, et à madame de Villers; je
m'occupe d'elle pendant la nuit; et si le sommeil ferme ma paupière, il me retrace son image adorée. Ainsi je suis tout à elle, sans réserve, sans cesse, sans aucun intervalle. »
Quel homme , Claire î 11 me force à joindre l'admiration à l'amour , à lestime; à reconnaître en lui toutes les vertus qui honorent l'humanité. Que je suis petite auprès de lui ! Ah ! qu'au moins on sache ce qu'il vaut. Que M. et madame de Méran l'admirent avec moi.
« \ iens, viens, Jeannette , je cours leur » faire lire ce billet. — Vous allez me » perdre , mademoiselk. — Tu as rai- » son, et que deviendrais je si je ne t'a- » vais plus! a Jai serré ce billet dans mon sein. Je l'en tire quand je suis seule; je le relis à la dérobée, et je me sens plus grande à chaque*fois que je lai relu.
Digne et cher ami ! Il a recueilli Firmin et Ambroise. Il sait quel intérêt je leur porte; c'est à moi que s'adresse le bienfait , et il a la générosité de n'en rien dire! Oui, je m'élèverai jusqu'à lui , en lui rendant un culte plus pur. C'est ainsi
qu'on se rapproche du grand être, dont il est le plus parfait ouvrage. Ces idées sublimes, en lui imprimant un caractère divin , me calment insensiblement. Je les entretiens avec soin, parce que je vois leurs effets contribuer essentiellement au repos de M. et de madame de Mëran. Nous causons avec une sorte de facilité; nous suivons même des idées abstraites. En sortant d'Orléans , mon père peignait le beau idéal physique et moral. «C'est Jules, me suis-je écriée, » et, levant mes yeux vers un ciel dégagé de nuages, les y fixant, étendant mes bras comme pour l'invoquer : « il est là, » mon père; il est là, maman. Il plane, » il veille sur nous. Jules, protége-moi.M M. et M'°% de Méran se sont regardés d'un air d'afïliction qui ma pénétrée. «INon, leur «i-je dit, ma raison » n'est pas aliénée ; ne le craignez pas. » Mais Jules est plus qu'un homme. En » l'élevant à une hauteur infinie au-des- » sus de moi , je ne fais que lui rendre )) justice, et c'est ainsi que je me soustrais » à l'empire de mes sens 5 c'est ainsi que
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;) j'ennoblis le sentiment qui m'attache à » lui. Sa pureté seule pouvait écarter de » moi les orages ; je suis tranquille , ); vous le voyez , mon père, n
lis se sont regardés encore , et ils ont souri. Ah ! quel bien m'a fait ce sourire-là !
Il nous est arrivé à Montauban un événement bien agréable , et cependant fort extraordinaire. Je te dirai ce que j'en pense , Claire , quand je te l'aurai raconté.
Fatigués par une marche de douze heures , nous prenions le frais à la porte de l'auberge , sous des tilleuls touffus et du plus beau vert. Deux bancs à dossier invitaient les voyageurs à partager avec nous les agrémens de la soirée , et deux hommes bien mis se sont placés sur celui dont ils pouvaient disposer. La conversation languit entre les membres d'une même famille , qui trouvent rarement quelque chose de nouveau a se dire ; un étranger qui survient y répand nécessairement de la variété. Ceux-ci paraissaient bien élevés, et d'une gaieté franche.
C'est ainsi que les a juges mon père ,
après les avoir écoutés quelque temps.
Il leur a enfin adressé la parole. On a d'abord épuisé les lieux communs sur le chaud et le froid , la pluie et le beau temps. Ensuite on est venu , selon Tusage , à des questions directes, m Ces » dames et monsieur viennent proba- » blement de Paris ? — Oui , monsieur. » — Nous y allons. Une affaire importante » nous y conduit. — Affaire commer- )) ciale, probablement? — Oui , et non. » Commerciale pour moi , et d'un intéy) rêt bien supérieur pour celle qu'elle » regarde principalement. — Voilà une » énigme. — Oh, monsieur, je vous en » donnerai le mol. Une demoiselle de » Toulouse , jeune , jolie , comme ma- » demoiselle ; aimable , comme made- « moiselle Test sans doute, se marie in- » cessamment avec un jeune homme très- » riche qu'elle aime , et dont elle est ten- )» drement aimée. » Qu'elle est heureuse î ai-je dit tout bas à ma mère.
Le voyageur a repris. « Mademoiselle » d'Amicourt aime la parure , c'est bien
» naturel , et M. Du Peyrail est ge'ne'reux. w 11 est venu chez moi, en qui vous » voyez, monsieur , le joaillier le mieux » assorti de Toulouse. — Je commence » à comprendre. M. Du Peyrail n'a pas » trouvé chez vous ce qu'il désirait. — Il » m'a ordonné de partir à l'instant pour » Paris , et de m'y adresser dans les plus » fortes maisons. Voilà les dessins que ») nous avons arrêtés ensemble. »
Il est difficile à une jeune personne , devant qui on parle parure , de ne pas prêter une oreille plus ou moins attentive. Je me suis levée assez machinalement pour jeter un coup d'oeil sur ce dessin. (( Hé , mais.... voyez donc, ma- » man , comme cela ressemble à la mon- » ture de vos pierreries; il n'y a presque » pas de différence. — Madame a des dia- » mans de cette beauté - là , et montés » dans ce genre? a repris le joaillier. H » est fâcheux pour moi qu'ils ne soient » pas à vendre : je serais dispensé de finir » un voyage long encore , et je surpren- » drais agréablement M. Du Peyrail, tou- » jours impatient de jouir. »
a6 ADÉLAÏDE
En écoutant cet homme , en le rogar-?
dant avec plus d'attention , il ma semble
lavoir vu, l'avoir déjà entendu je
îie me rappelais pas où. M. de Méran a dit quelques mots à l'oreille de ma mère, qui lui a répondu par un signe d'approbation. « Venez , monsieur, a-t«il dit au » joaillier ; je vais vous montrer une pa- }} rure assez inutile aujourd'hui , mais » dont vous voudrez bien m'indiquer la )) valeur réelle. » Nous sommes rentrés ; et , en montant chez nous , j'ai remarque gur la figure du joaillier un air de satisfaction qui m'a portée à l'examiner de plus près.
Mon père a ouvert l'écrin devant lui, « Voilà qui est magnifique , s'est-il écrié. D II n'y a en effet presque aucune diffé- )> rence de ce dessin au mien , et , quoi- » que j'en sois l'auteur , j'avoue fran- » chement que je préfère le votre; il a V quelque chose de plus élégant , de plus }} léger. — Eh bien , monsieur , à cora- I) bien estimez -vous ces pierreries? m Le joaillier les a examinéesattentivement les unes après les autres ; il a loué beau-
DE MÈRAN. 27
coup , blâmé peu , et enfin il a de'claré que cet ëcrin valait environ soixante mille francs. « Hé, monsieur, s'est écrié » mon père à son tour , il n'en a coûté » que trente. — En quelle année , mon- » sieur , l'avez -vous donc acheté ? — », — Mais. ..en 1792. — Monsieur, mon- » sieur , les diamans ont doublé de va- » leur depuis cette époque. — Vous êtes » bien sûr de cela , monsieur? — Sûr au )i point que, si monsieur voulait soixante I) mille francs de son écrin , je les lui » compterais tout à l'heure. — Et vous n êtes joaillier, monsieur? — Oui, moni) sieur , de père en fils. — On peut donc » traiter avec vous sans manquer à la i) délicatesse ? — Très - certainement , » monsieur.. — Avant de pousser les cho- » ses plus loin , je vous dirai cependant » que j'ai porté celte parure à Paris , » il y a au plus six semaines, Je l'ai » fait évaluer par deux bijoutiers avani) tageusement connus ; le premier la » estimée vingt-huit mille francs , et le » second vingt cinq. — Ce sont des fri- » pons, des fripons insignes, qui veulent
ftS ADÉLAÏDE
» gagner deux cents pour cent sur cha- » que afTaire. Dans ma famille nous nous » bornons à un modique bénéfice. Nous j) ne faisons pas notre fortune , il est » vrai ; mais nous jouissons de l'estime » publique , et la confiance de M. Du » Peyrail prouve ce que j avance. Voilà , » monsieur^ son plein-pouvoir; prenez, » lisez. »
Mon père et ma mère se sont retirés à lecart. Ils se sont parlé avec assez de vivacité et se sont rapprochés de nous. « Réellement , monsieur , a repris M. de » Méran , vous donneriez soixante mille )) francs de cet écrin? — A la minute , }) monsieur. — Comptez la somme. »
Le joaillier a dit un mot a. son compagnon , qui est sorti et rentré presque aussitôt , chargé d'une lourde cassette.
Les soixante mille francs ont été comptés en or , et le fond de la cassette ma paru encore assez passablement garni.
« Vous voudrez bien , monsieur , me » donner un reçu , d'après lequel je jus- » tifierai à M. Du Peyrail de l'emploi de » SCS fonds : il maccordera le bénéfice
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» quil jugera convenable. — C'est trop » juste, monsieur. »
Pendant qu'on comptait , que maman serrait les espèces , que mon père écrivait , je regardais cet homme , et je me confirmais de plus en plus dans l'idée que je l'avais déjà vu. Il m'était impossible de me rappeler où. 11 fallait pourtant que ce fut au château que nous quittons , ou chez M. Rigaud , puisque, pendant deux ans , je n'ai pas dépassé les limites de ces deux terres.
Mon père Ta invité très-poliment à souper avec nous. Il a remercié et a dit qu'il allait remonter en voiture , et courir une partie de la nuit , afin de pouvoir demain , de très - bonne heure , présenter son acquisition à M. Du Pey* rail . Il est sorti en effet. Nous l'avons vu de notre balcon monter dans sa chaise de poste , et reprendre le chemin de Toulouse.
Il y avait treize jours que nous allions à petites journées , et cet accroissement inattendu de fortune semblait nous autoriser à voyager d'une manière moins
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économique. Les frais d'auberge d'ailleurs étaient considérables, et en ajoutant quelque chose à ce qu'on paierait encore pour cet objet, nous pouvions prendre la poste , et arriver en trois jours à Tarbes. J'en ai fait la proposition. M. de Méran m'a répondu qu'une marche plus rapide incommoderait ma mère ; qu'elle n'avait jamais couru la poste sans éprouver des étourdissemens , des maux de cœur. Je n'ai pas insisté.
L'hôtesse est venue savoir si nous Toulions être servis chez nous, ou manger à table d'hôte. M. de Méran lui a demandé avec qui nous y serions. « Avec )) un président , un riche fabricant de }) Toulouse , et un officier de marine i) qui va à Paris — Eh bien , nous souj) perons à table d'hôte. Cela dissipera. » Adèle. »
Mon père , extrêmement satisfait du iTiarchc qu'il venait de conclure , avait fait passer dans mon âme quelque chose du contentement qu'il éprouvait ; ma mère le partageait bien vivement. Nous
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voyions notre habitation réparée ; un joli mobilier remplacer les meubles riches , mais antiques , que nous avons vendus ; la petite terre remise en valeur. De la modération dans les désirs ; point de relations avec les voisins opu- Icns , et il est possible encore de vivre lans une sorte d'aisance.
11 est difficile de ne pas revenir constamment à ridée qui nous occupe exclusivement. Étrangers à ceux avec qui nous étions à table , nous parlions du bijoutier de Toulouse et de sa rare probité. Nous nous entretenions très-généralement et assez brièvement des améliorations h faire à un bien que nous ne connaissions pas encore , et nous paraissions revenir de concert tous les rois à notre honnête joaillier. Le président, ennuyé probablement d'entendre toujours parler de cet homme, a fini par demander son nom. « Jonas, a » répondu M. de Méran. — Il n'y a pas » de Jonas joaillier à Toulouse. — » Ceci est un peu fort , monsieur. Je > viens de lui signer le reçu du prix d'un
)) assez bel écrin que je lui ai vendu. :» Eussiez-vous signé trente quittances , » monsieur, il n'y aurait pas pour cela w de Jonas bijoutier à Toulouse. J'en » appelle à monsieur , qui est de cette » ville comme moi. » Le fabricant a répondu par un signe négatif , afin de ne rien perdre d'un temps très-agréablement employé par lui.
(( Il en sera ce qu'il vous plaira , mes- }) sieurs , a repris mon père. Mais M. 3) Jonas est un parfait honnête homme.
» — Je ne nie pas cela , monsieur; mais }) je soutiens qu'il n'est pas bijoutier à » Toulouse. — Et probablement, monn sieur , vous n'y connaissez pas davan- }} tage M. Du Peyrail , jeune homme ai- » mable, riche?.... — Non , monsieur , y) je ne le connais pas. — Qui se marie :» au premier jour avec mademoiselle }} d'Amicourt, fille charmante, à ce que j) dit M. Jonas. — M. Jonas, M. Du )) Peyrail, mademoiselle d'Amicourt!...
» Que signifie ce galimatias ? — Ga- » limatias ? dites-vous. Prenez garde, » s'il vous plait , monsieur , au choix de
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\ os expressions. — Finissez ces mau- \ aises plaisanteries , et apprenez , }i monsieur , que vous parlez au prësi- )j dent du tribunal de première instance » de Toulouse. — Et vous , monsieur , » au comte de Méran , ancien chef d'es- » cadre , cordon-rouge , commandant » la marine à Brest, descendant de l'a- » mirai Bonnivet , allie aux Guises , » aux Rohans et aux Montmorencis. »
Je t'avoue , Claire , que j ai vu avec un sensible plaisir l'hommage rendu à un nom justement célèbre. Avant que mon père ait parlé de l'amiral Bonnivet et des Montmorencis , l'officier de marine , et , à son exemple , le président et le fabricant se sont levés , et lui ont adressé une profonde inclination. Dès ce moment, il n'a plus été question de pointiller. On est entré de bonne foi dans les détails de la vente de l'écrin , et il est demeuré constant. pour moi que le prétendu Jonas a imaginé une histoire pour faire accepter à mon père trente mille fr. au-delà de la valeur des diamans. « Quel que soit cet homme , a
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» repris M. de Méran , j ai vendu de » bonne foi et ma conscience est trau- )) quille. — Vous avez vendu de bonne » foi , M. le comte , a répondu le prési- » dent, c'est fort bien; mais il y a d adroits )) filous partout. Si celui-ci vous avait payé » en fausse monnaie?... » Mon père s'est pincé les lèvres; maman a pâli; moi, jetais tranquille; je commençais à voir clair.
On a envoyé chercher un orfèvre. On lui a fait toucher et peser une trentaine de pièces prises au hasard. Il les a déclarées être de bon or , et c'est alors que ma mémoire infidèle a commencé à me servir. Je me suis rappelé un homme qu'on disait être un tapissier de Paris , qui , mêlé dans la foule des acheteurs et des curieux, poussait à un prix extravagant la moindre bagatelle mise en vente au château ; c'est ainsi que notre mobilier a été poussé aussi haut. Cet homme portait alors une perruque et une veste brune; ici, il était en cheveux et dans un déshabillé élégant ; voilà toute la différence, el bien certainement c'est le même individu.
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Il est facile de deviner la main d'où partent ces fonds. Je me garderai bien d'éclairer mon père : sa fierté lui ferait regretter des dédoramagemens , que je regarde , moi , comme une i^estitution légitime de ce que Jules lui a coûté. Remercie-le pour moi d'avoir déterminé son onde à être juste, parce qu^il m'est permis maintenant de Testimer. Ma reconnaissance envers le bien - aimé ne s étend pas plus loin. Sa tendre sollicitude envers nous, son empressement à nous soulager, l'adresse et la décence qu'il a mises dans l'exécution , sont de ces choses que mon cœur ne compte pas, parce que je les aurais faites comme lui , si j'étais à sa place , et que comme lui j'aurais été heureuse de les faire. Ce que je compte , ce que je compterai éternellement , c est de s'être arraché de mes bras , d'avoir fui , lorsque ivre d'amour et de désirs, je lui ai dit : Achès>e.,. y(j)ilà, Claire, l'héroïsme de l'amour, Ifterme le plus élevé où puisse atteindre la vertu humaine.
Je passe la nuit à t e'crire. Demain , je remettrai ce paquet à Jeannette , et je dormirai dans la calèche à côté d'elle.
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