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celui qui nous blesse. Cette chaîne cruelle se'tend à l'infini* Quelques êtres en saisissent enfin lextrëmité : il en est pour qui elle n'en a point.
Jeannette entre chez moi. Elle tient une lettre... elle est de Jules. Je tremble en portant la main sur le cachet. Je sons que de cette lettre dépend ou ma vie ou ma mort.
Pourquoi m'e'crit-il directement, lui, qui avait solennellement promis à M. de Me'ran de ne le pas faire?.... Oh ! ce n'est pas pour me parler de son amour qu'il manque à sa parole ! Dès long-temps , ton intervention suffisait au soulagement de deux cœurs opprimés ... Il ne m'aime plus, il ne m'aime plus. 11 me l'écrit, parce qu'il n'a pas osé te le dire.
Depuis une heure, je tiens cette lettre dans mes mains; je la regarde , je pleure sur elle. Que de larmes j'ai déjà versées ! Comment en trouvé-je encore ? Jeannette me soutient, me console, elle me presse (3e lire , de renaître à l'espoir , et je vois dans ses yeux qu'elle-même n'en
a plus Je frissonne Je brise enfin
le cachet
Que la terre s'entr'ouvre sous moi
Que la foudre me réduise en poussière... . Mon dieu, ôtez-moi le sentiment de mes maux ; terminez mon supplice, il est horrible, il est au-delà de forces humaines... Jules est infidèle....
Je quitte la plume ; je ne peux écrire un mot de plus Je me meurs
J'ai été quinze jours sur le bord du tombeau. Une fièvre ardente a failli cent fois à rompre les ressorts de ma frêle machine. Quinze jours d'un délire continuel ont affaissé mes organes , ont anéanti mon entendement. Cependant je suis hors de danger. Vigueur de la première jeunesse , pourquoi m'avez-vous rendue à la vie et à mes maux ?
Je ne te dirai rien de plus aujourd'hui. Demain , je tacherai de reprendre la plume.
Je suis faible , bien faible , et cependant je reviens à toi , mon amie. J'ai tant de choses à te dire. Lorsque ma fièvre s'est calmée et que mes yeux se sont
228 ADÉLAÏDE rouverts , j'ai vu autour de moi mon père, ma mère et M. d'Apremont : tous trois fondaient en larmes. J'ai donné quelques signes de connaissance , et M. d'Apremont s'est retiré aussitôt. J'ai appelé maman d'une voix presque éteinte; elle a poussé un cri de joie ; mon père s'est élancé vers mon lit, il m'a pressée dans ses bras. Ce que la nature a de plus vrai et de plus touchant dans ses expressions ; ce que les caresses ont de rassurant ; ce que la plus extrême bonté peut prévoir et faire , ils m'ont tout accordé , tout prodigué. Ils n'ont pas nommé M. d'Apremont , et je leur en sais bien bon gré. Ah ! que ne peuvent-ils arracher de mon cœur le trait empoisonné ! Je le sens, il est là il y sera
toujours.
Au moment où ma maladie s'est déclarée , Jeannette a senti la nécessité d'éclairer ceux qui me donnaient des soins sur la cause et la nature du mal. En perdant l'usage de mes sens , j'avais laissé tomber à mes pieds la lettre de M« de Courcelles ; la bonne jeune femme l'avait
relevée, serrée, et au risque de se faire renvoyer , elle la remise à mon père»
Cette lettre est trop favorable aux vues de mes parens pour qu'ils marquassent du ressentiment à celle qui l'a reçue, et qui me la remise. Ils ont paru croire que ce paquet est le premier qui arrive de Paris à l'adressede Jeannette. Je présume quils n'en ont pas parlé à M. d' Apremont ; ils n'auront pas voulu perdre sa nièce dans son esprit. On a replacé cet écrit dans mon secrétaire. On croit que je la relirai cette lettre cruelle , qu'elle alimentera mon ressentiment. Hélas! elle est gravée dans ma mémoire ; elle n'en sortira plus. Jamais mes yeux ne se porteront surces caractères de désolation et d'effroi; mais tu connaîtras les hommes , tu sauras comment m'a traitée celui dont le cœur m'avait paru l'asile de toutes les vertus. J'ai chargé Jeannette de copier cet écrit qui dépose à jamais contre M. de Courcelles. Le voilà , je te l'adresse ; lis,
Iis, Claire, et dis-moi comment je ne uis pas morte.
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« Mademoiselle,
)) C'est un coupable, tourmente, bourrelé par le remords , qui ose vous écrire, et vous dévoiler l'affreuse vérité. Je n'implore pas votre indulgence : j'ai élevé entre vous et moi une barrière qu'il n'est plus en votre pouvoir de franchir. Je veux seulement que vous sachiez combien j'étais étranger au crime, combien j'étais loin de prévoir celui que j'ai commis , à quel degré d'oubli de soimême l'homme sans défiance peut être entraîné.
» J'ai trahi mes sermens et mon cœur, ce cœur qui vous a oublié un moment , et qui est encore plein de vous. J'ai trahi la beauté , la candeur , tous les sentimens , toutes les qualités qui font une femme accomplie ; il ne me reste plus qu'à briser votre cœur, et la fatalité, qui m'a poursuivi sans relâche, m'en impose la loi cruelle. 11 faut que je parle, ou que je sois à vos yeux le plus vil de tous les êtres. Je peux tout supporter hors votre
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mépris; elle mérite-t-il réellement celui qui est tombé dans un abîme qu'il n'a pas eu le temps de voir, et qu'il n'a pu éviter ?
)» Madame de Villers vous a probablement appris qu'en arrivant dans cette ville , j'ai été en quelque sorte forcé de voir mademoiselle d'Apremont. Sans cesse entourée d'une cour brillante , elle s'occupait peu de moi , peut-être parce que je ne lui marquais que des égards , dont un homme bien né ne se dispense jamais envers une femme. Elle a accom^ pagné M ^d'Apremont aux eaux de Bagnères ; une partie de ceux qui cherchaient à lui plaire , l'y ont suivie. Je m'en suis applaudi. Je connaissais les vues de mon oncle ; j'espérais qu'elle ferait un choix, et j'étais certain de n'en pas être l'objet.
» Elle est revenue inopinément à Paris avec madame de Valny. Quelques mois auparavant elle n'avait pas produit sur moi la plus légère impression. J'avais entendu parler d'elle d'une manière peu avantageuse; vos lettres à madame de
Villers, en me donnant des detaiJs circonstancie's sur ce qui s'est passé à Yel^ zac, m'ont deVoilë les causes secrètes de ce retour précipite. I.'amour constant que je nourris au fond de mon cœur , l'espoir de surmonter un jour les obstacles qui se sont élevés entre vous et moi, tout concourait à me persuader que mademoiselle d'Apremont ne pouvait être dangereuse pour moi. Voilà ma faute, la seule que j'aie à me reprocher. C'est ma présomption qui m'a perdu. Le reste a été le résultat cruel des circonstance^ et non de ma volonté.
» Le caractère de madame de Valny , son amabilité, son opulence, font de sa maison le rendez-vous de la meilleure compagnie. Mon oncle m'a proposé de me présenter chez elle. Je sentais que cette dame n était que le prétexte; que le but de M. d'Estou ville était de me rapprocher de mademoiselle d'Apremont.
D'après mon opinion bien prononcée, et ma folle confiance dans mes forces , Je n'ai pas résisté, je me suis laissé conduire.
» Madame de Valny, légèrement incommodée ce jour-là , n'avait pas voulu recevoir. Mon oncle est son ami depuis de longues années : nous avons été admis.
» La conversation a d abord été générale. Bientôt M. d'Estouville s'est attaché à madame de Valny. J'étais auprès de mademoiselle d'Apremont : pouvaisje ne pas lui dire quelque chose ? Elle a relevé mon premier mot; l'entretien s'est animé, elle l'a soutenu avec les grâces et l'imagination brillante que vous lui connaissez. Elle ne parlait qu'à mon esprit ; mais vous savez combien le sien est attirant : je me laissais aller au charme de l'entendre.
» Un malheureux livre m'a fait retourner là le lendemain. Je connais l'auteur , j'en parlais avec éloge ; elle a voulu lire l'ouvrage; je le lui ai porté. Pourquoi suis- je rentré dans cette maison?
)} Madame de Valny était dans son appartement. Mademoiselle d'Apremont m'a reçu ; elle était seule. Nous n'avions
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rien de particulier à nous dire ; j'ai ouvert ce livre. 11 traite de l'amour, il en parle avec une chaleur et une vérité.... 11 le peint tel que vous me l'avez inspiré.... ah! tel que je le sens encore. Je lisais, elle paraissait attendrie; j'ai vu une larme mouiller sa paupière. Je me suis dit : Elle a delà sensibilité; elle en a trop, on le croit, mais que m'importe ?
» Un passage , plein de force et du plus touchant intérêt , a fait tomber le livre de mes mains ; et je jure , par l'honneur, par ce qu'il y a de plus sacré, qu'en ce moment j'étais tout à Adèle. Mademoiselle d'Apremont m'a regardé
comme vous m'avez regardé quelquefois. Le bout de ses doigts effleurait mes genoux. Le livre était tombé entre nous deux... elle s'est baissée, elle l'a relevé. En se baissant elle m'a laissé entrevoir... c'était là le piège , je devais le sentir , l'éviter.... je suis resté.
» Elle a parlé; elle s'est étendue sur ce qu'elle appelle ses étourderies ; elle a exprimé des regrets sur de beaux jours
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perdus dans rindiflëreiice et les plaisirs bruyans. Elle a dit sentir maintenant combien il doit êlre doux d'aimer exclusivement un être qui lui rendrait tout le bonlieur qu'elle s'efforcerait de répandre sur sa vie. Son accent, son maintien , ses mouvemens , tout était grâce et volupté. Il était temps que ma mémoire me servît. Je me suis rappelé ce que vous avez écrit à madame de Villers. Adèle ne peut tromper, ai-je pensé. Votre nom, votre candeur, votre amour, le mien, m'ont rendu à moimême. J ai voulu vaincre , et je me suis levé.
« Déjà ? m'a-t-elle dit avec un ton si » doux. — Mon oncle est seul , made- » moiselle , permettez que je lui donne » le reste de la soirée. — Je vais demain )) à la noce de mademoiselle de Bourg- » neuf : refuserez-vous de me donner la j> main ? » J'ai répondu par une profonde inclination; ce n'éiait pas m'engager : j'étais maître encore du parti que je voudrais prendre. Je suis sorti, déter-
miné à ne plus reparaître chez madame de Vainy.
» Cependant j'ai des sens; ils sont neufs , irritables , impérieux. Je les ai toujours maîtrise's près de vous , parce que je vous adore. Mademoiselle d'Apremont ne m'inspirait ni estime , ni respect. Je ne voyais en elle qu'une femme coquette , mais charmante. Je la croyais parvenue au point où on ne pouvait plus la perdre. Ma cruelle imagination me la représentait sans cesse, baissée, relevant ce livre. La délicatesse ne s'armait pas contre mes désirs... Que vous dirai-je ?... Le lendemain , à la nuit tombante , j'étais chez madame de Valny.
)) Mademoiselle d'Apremont m'attendait. Elle était parée de tout ce que l'art peut ajouter à la belle nature. Nous sommes montés en carrosse.
» Je lui donnais ma main. Elle est entrée au salon avec la démarche d'une femme sûre de fixer tous les yeux et tous les cœurs. De ce moment , les hommes
n ont vu quelle, et elle paraissait ne voir que moi.
» Personne ne danse comme elle. Je ne me lassais pas de la regarder. Bientôt j'ai envié aux autres l'avantage de la faire briller. Je ne danse pas bien et je n'ai pu résister au désir de paraître à côté d'elle. Étrange , détestable faiblesse, qui a préparé mes malheurs... et les vôtres , si vous pouvez conserver pour moi un reste de tendresse.
» On a joué une walse , danse perfide, que toute femme honnête doit s'interdire. Hé ! pourquoi l'ai-je dansée ? Je tenais une de ses mains ; l'autre reposait sur mon épaule. Vingt fois son sein a eiïleuré ma poitrine; vingt fois j'ai senti son cœur battre contre le mien. Je n'étais plus a moi : il aurait fallu être un ange pour résister à Tivresse qu'elle sait inspirer. La walse a fini. Je lisais dans ses yeux le désir qui me dévorait. Le même délire nous a égarés l'un et l'autre. Au milieu de l'espèce de désordre, qui règne toujours dans une assemblée nombreuse , lorsqu'on cesse de danser ,
?38 ADÉLAÏDE et que les gens, impatiens d'attendre, s'empressent de prendre leurs places , sans nous être dit un mot , sans aucun projet, peut-être sans y avoir pensé > nous nous sonnnes trouvés à l'extrémité de l'appartement , dans un cabinet....
L'occasion , l'isolement absolu , la sécurité qu'il fait, naître
» Je l'avais mal jugée. Elle avait toujours été sage; elle venait de cesser de letre pour moi. Revenu à moi-même, j'ai senti l'énormité de la faute que je venais de commettre envers vous , et j'ai eu la cruauté de la lui reprocher. Ses larmes ont coulé , et sa douleur n'était pas feinte. J'ai résisté à ce que ce spectacle avait de touchant. Je me suis arraché de ses bras ; j'ai fui par un escalier qui s'est trouvé devant moi ; je suis sorti de l'hôtel ; j'ai couru me renfermer dans mon appartement.
)) Je croyais y échiipper à moi-même : c'est là que le voile de l'illusion est tombé ; c'est là qu'Adèle , ses charmes, ses qualités, sa constance et mes sermeiis m'at-
tendaient ; c est là que le remords s est fait entendre , qu'il a déchiré mon cœur. Jai passé une nuit cruelle , et le matin, accablé , anéanti , j'ai senti le besoin de rafraîchir mon sang ; j'ai erré par les rues, et je suis entré, je ne sais par où, dans les Champs-Elysées. La scène de la nuit s'est présentée à mon souvenir, et m'a torturé d'une autre manière. Elle était sage , elle était sage , répétais-je sans cesse , et je l'ai traitée avec une brutalité sans exemple ; ne lui dois-je pas une réparation ? Je me suis jeté dans un fiacre; je me suis fait conduire chez madame de Valny.
» Cette dame est d'une faible santé.
Une nuit de veille l'tvait affaiblie ; elle n'était pas visible; c'est ce que je désirais. Je voulais voir mademoiselle d'Apremont , m'expliquer avec elle , lui parler de l'amour qui m'attache à vous, de l'impossibilité d'être jamais à une autre. Elle a paru. « Je vous attendais , » m'a-t-elle dit , du ton le plus doux. Si » vous n'étiez venu, jetais la plus mal- » heureuse des femmes , et vous le plus
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» ingrat et le plus coupable des homw mes. Je vous pardonne la manière » cruelle dont vous m'avez traitée hier , » parce que vous aimez ailleurs. Je sais » que cet amour a produit la résistance » que vous avez opposée jusqu'ici à vo- » tre oncle et au mien. Je n'en connais » pas l'objet; M. d'Estouville a été à cet » égard d'une discrétion que rien n a pu » vaincre; d'ailleurs , le nom de la jeune )) personne est indifférent pour mon » oncle et pour moi. Mais puisque votre » amour n'est pas éteint , pourquoi avez- » vous abusé de celui que j'ai pour vous, » et que je n'ai pu vous cacher? Pour- » quoi avez-vous provoqué ma première » faiblesse , pour me la reprocher en- » suite avec des expressions outragean- » tes ? Jugez-vous , et répondez-moi. )> )) Que pouvais-je lui-dire ? vous nommer eût été vous compromettre , sans aucun but avantageux pour vous ni pour moi. Je me suis borné à des excuses que je lui devais sous tous les rapports. Elle m'interrompait souvent, pour m'adresserde ces choses flatteuses et tendres,
DE M KHAN. û/j I auxquelles il est impossible à un homme de résister. Son ressenti menl était éteint; il iiy avait plus de place dans son cœur que pour Taniour. Elle s'y livrait avec cet abandon qui doit être nalu el à une fenniie qui a été faible une fois , et qui aime iNous étions sur une ottomane
» Une première faute produit les regrets ; la seconde les éteint. Je vous ai oubliée , Adèle , je l'avoue dans l'amertume de mon âme. Oui , je vous ai oubliée ; j'ai cessé de voir madame de Vîl- 1ers, qui eût pu me rendre à vous. J'étais infidèle; j ai voulu continuer de l'être; j'ai été tous les jours chez madame de Yalny.
» Jour terrible , jour de désolation , de désespoir, où elle m'a appris les suites qu'ont eues nos fréquetifes eutrevues, et qu il m'était si facile de prévoir ! Les agréraens de mademoiselle d'Apremont, la facilita' du triomphe, mi jeune^'^e, la fatalité m'ont perdu, perdu sans retour.
» Avez-Yous de l'ambition ^ m'a-t-elle
Tî
)) dit , vous pouvez former une alliance » illustre. Tenez -vous à la richesse, je )i VOUS offre cent mille livres de rente , » et j'en attends beaucoup plus de mon )} oncle. Voulez -vous être aimé, je ne :» peux vous exprimer combien vous » m'êtes cher. Mon ami , vous ne dês- >i honorerez pas la petite nièce des com- ^) tes d'Armagnac, de ces malheureux )) qui, long-temps persecute's, ont ba- » lancé avec éclat la fortune de leurs » souverains ; vous n'abandonnerez pas )) la mère de votre enfant; vous n'aban- » donnerez pas l'être infortuné qui n'a » pas demandé à naître , et à qui vous » devez un état. »
» Ma tête était tombée sur ma poitrine. J'écoutais , je ne répondais pas. Je voyais le mur inpénétrable qui s'élevait entre Adèle et moi. Je la voyais irritée , maudissant le moment où elle a connu l'amour, où elle a répondu au mien. Je descendais dans mon cœur; je n'y trouvais qu Adèle. Mais aussi ce cœur, plein de vous, répétait ces mots accabla ns ; f^ous n'abandonnerez pas cet
être infortuné qui n'a pas demandé à naître , et à qui vous devez un état,
» Eflrayë de ma position, tremblant de vous perdre, entraîné par l'honneur et la nature, j'ai passé trois jours dans les combats et l'irrésolution. J'ai commis le crime, me suis-je dit enfin; je dois en supporter la peine. Non, je n'abandonnerai pas mon errfant.
» J'ai vaincu l'amour et moi- même ; j'ai demandé à mon oncle la main de mademoiselle d'x\premont. Il m'a embrassé en versant des larmesde tendresse. Hélas ! il ne sait pas que je sacrifie plus que ma vie ; je lui ai caché le fatal secret; j'ai respecté celle à qui je vais m'unir.
» 11 a craint sans doute que je retirasse la parole que je lui avais donnée ; il a pressé les dispositions avec une activité qui ne m'a pas laissé le temps de me reconnaître. Le consentement de M. d'Apremont est arrivé ce matin.... quand vous lirez cette lettre , je serai marié.
y> Marié ! et ce n'est pas h vous ! Malheureux que ^*e suis ! je souffre , je pleure <:t je ne meurs pas! Plaignez-moi, Adèle,
si vous pouvez prendre encore quelque
intérêt à mon sort.
)) Je vous devais ces détails. Epouser mademoiselle d'Apremont sans vous dévoiler mes molifs , cVtait me rendre vil à vos yeux. Je n'aurais été pour vous qu'un insensé ou qu'un monstre d'ingratitude; et, je vous le répète, mademoiselle , il m'est impossible de renoncer à votre estime^
» Permettez- moi de vous demander une grâce ; c'est proha])lement la dernière que vous m'accorderez ^ je vous ai confié la réputation de madame de CoiÉp celles ; n'abusez pas de ce dé}X)t , je voiif en supplie. Ne la réduisez pas à rougîj devant madame de Villers. »
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