‹ Adélaide de MéranChapitre 5 sur 13 · SS ADÉLAÏDE · texte numérisé non relu

SS ADÉLAÏDE

mander ma main , si je veux lui promettre des marques certaines de mai^econnaissance , et lui en donner d'avance d'assez positives pour qu'elles soient une garantie de mes bontés à venir. Il sait que je ne peux disposer de rien , et il me demande d'avance des preuves de ma reconnaissance! Si j'avais de l'or, je le prodiguerais pour l'éloigner, lui et l'homme sur lequel il peut tout. 11 m'aime, dit-il , et il veut me marier à un autre ! Quelle démence , Claire ! J'aurais ri de cette incohérence d'idées , si je pouvais rire encore.

Il m'a parlé de constance , de plaisirs vifs et mystérieux , de je ne sais quoi encore où je n'ai rien compris du tout. Fatiguée , excédée de ce verbiage insignifiant, j. l'ai interrompu , et je lui ai répondu avec fierté , qu'il ne me convient pas d'écouter quelqu'un qui déclare ne pas penser à se marier; que j'ai d'ailleurs un éloignement* invincible pour le mariage, el^jue je me flatte qu'il voudra bien à l'avenir ne me rien dire qui me soit personnel. Je suis rentrée, et j'ai tout

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répété a maman , pour qu'elle se place entre cet bomme et moi et qu'elle me délivre de ses importunités.

Le croiras- tu , Claire ? ma mère , en m'écoutant, a marqué une surprise, une indignation qui m'ont frappée. Je suis certaine de lui avoir rendu, à peu de chose près , les propres termes de M. des Audrets : quelle signification cachée peuvent-ils donc avoir? Ce n'est pas tout : maman m'a expressément recommandé de ne rien dire de tout cela à M. deMéran. Cette défense a ajouté à monétonnement et à ma curiosité. J'ai fait quelques questions à ma mère ; elle m'a répondu d'une manière tellement évasive, que je ne l'ai pas plus comprise que M. des Audrets. Tout ce que je peux présumer , c'est que cet homme m'a dit des choses déplacées, répréhensibles peut être, mais je ne saH en quoi. 11 m'aime , il veut me marier à un autre, et il compte sur ma reconnaissance ; je ne vois là que de la bizarrerie. Si tu y trouves autre chose , dis-le moi , Claire , et si j'ai réellement à me plaindre de M. des Audrets , cache-

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le au bien-aimé, et par la même raison ^ quelle quelle soit, que maman m'ordonne de me taire avec M. de Mëran.

Oui, il y a dans ceci un côté très-sërieux : ma mère vient de tirer à part M; des Audrets; il a rougi, pâli , en lecoutant,* et, quand elle a cessé de parler, il s est retiré sans répondre un mot* Il m'a lancé un regard terrible en sortant. Que m'importe sa colère ? maman est instruite , et veillera sur moi. Mais j'ai une envie de pénétrer ce mystère.

Peut-être n'en est-ce un que pour ton amie. Tu entendras aussi bien que ma mère, et tu seras moins réservée qu'elle : n'est-il pas vrai ?

« Jenepouvais, m'a-t-elle dit le soir, » intei^dire cette maison à M. des Auw drets, sans me mettre dans la néces- » site d'instruire M. de Méran de mes » motifs ; mais je me suis pron^cée de » manière à te garantir de ne rien entendre » désormais qui soit indigue de toi. » Je ïïiy perds. Ecris-moi , oh ! écris-moi , dès que tu auras reçu ce paquet; je t'en prie , je t'en conjure.

• Tous les habitansdu village paraissent fous aujourd'hui. Ils courent de chez eux à la grande route ; de là à l'avenue du château d'Apremont ; ils forceraient la grille, s'ils n étaient contenus par des domestiques qui ont assez de peine à les écarter. Voilà la première fois que le propriétaire visite ce château, et y arrive avec un train qui peut piquer la curiosité. J'ai aussi cédé à la mienne : armée d'une longue vue, je vois ce que Je te j'aconte de la chambre supérieure d'une de nos tours, d'où l'œil plonge dans la partie cultivée du parc. Je distingue une file de voitures à deux , quatre, et six chevaux , plus brillantes les unes que les autres. M. d'Apremont amène donc toute une cour avec lui.

On descend de carrosse ; on monte aa péristyle. Les messieurs ont des habits de campagne du meilleur goût. Un homme de belle taille est entouré de huit à dix jeunes gens qui paraissent lui marquer beaucoup de déférence : c'est probablement M. d'Apremont. Une dame mise simpleaient . mais avec élégance ,

est à son tour l'objet des hommages de ces messieurs : c est sans doute la redoutable nièce. Quelques femmes se tiennent à une distance respectueuse : ce sont des suivantes. Des domestiques , en bottes , en culottes de peau, en vestes galonnées, déchargent les voitures, vont et viennent, et l'énigmatique des Audrets paraît donner des ordres de tous les côtés. Bientôt tout le cortège disparait à mes yeux. On est entré au château ; la nuit s'approche, et ce ne sera que demain que je reverrai un objet que je suis si intéressée à connaître et à juger.

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