INTERROGATOIRE DU LIBRAIRE COUSIN
L'an mil sept cent quatre-vingt-trois, le samedy vingt septembie, huit heures du soir en l'Hôtel, de pardevant nous Pierre Chéron, avocat au Parlement, C'= du Roi au Chatelet de Paris, est comparu le dit Paiilet, C^" du Roi, Inspecteur de Police, lequel nous a dit qu'en vertu des ordres à lui adressés, il a arrêté et conduit par devant nous le nommé Cousin, m^ de livres au Louvre, pour être interrogé sur les faits à lui imputés.
En conséquence et en vertu des ordres à nous adressés, avons pris le serment du dit Cousin de dire vérité et l'avons interrogé ainsi qu'il suit :
Premièrement enquis de ses nom, surnom, âge, pays, qualité et demeure, — a répondu se nommer Pierre Cousin, âgé de quarante-sept à quarante-huit ans, natif de Maclaunay, près Montmirel en Brie, marchand de livres, demeurant à Paris, quay de l'Ecole, près le passage de la Madelaine, maison de M'' Guénin, ayant sa boutique au Louvre, dans la cour du Jardin de l'Infante.
A lui représenté trente-neuf exemplaires d'une feuille gravée ayant pour lilre : « Supplément de Marlborough au Sallon », sommé à déclarer s'il les recon-
1. Archives Nationales, Cartons du Chatelet, Uasse Y, U423. — £0 septembre 1783.
noît pour en avoir été saisi, a répondu qu'il le reconnoît et qu'il les a remis à l'officier cy-présent.
Lui avons observé que cette feuille est sans permission ny nom de graveur, — a répondu que coname c'est une critique de tableaux du Sallon dont il y en a déjà eu plusieurs, qu'il a cru pouvoir les débiter sans conséquence.
Interrogé de qui il les tient et combien il en a eu, — a répondu qu'il en a eu cinquante exemplaires, qui lui ont été apportés par un nommé Martin dont il ignore l'état et la demeure et qui est dans l'usage d'apporter aux marchands des sortes de critique, comme il a fait au dernier Sallon il y a deux ans, dans lequel temps il apporta une critique des tableaux, laquelle avoit pour titre la Vérité. Interrogé s'il est dans l'asage de se charger ainsi d'ouvrages non approuvés, ■ — a répondu que non; interrogé s'il ne lui en reste pas d'autres exemplaires, a répondu que non; interrogé s'il sait que ce matin on en ait distribué à d'autres marchands de livres, a répondu qu'il n'en sait rien. Lecture à lui faite du présent interrogatoire et de ses réponses, a dit ses réponses contenir vérité, y a persisté et a signé : Cousin.
Après que le dit s'' Paillet s'est chargé du dit Cousin pour le conduire à l'hôtel de la Force, et dont nous avons fait et dressé le procès-verbal, et a le dit s'' Paillet signé : Paillet, Chénon '.