Archives nationales
eu leur ciïet, puisqu'il n'avoit paru que des criliques tolérables et méprisables, jusqu'au moment où l'on a cherché à débiter frauduleusement une feuille gravée par laquelle des femmes estimables, membres de l'Académie, sont indignement outragées.
J'ai prévenu vos intentions en faisant ce que mon zèle et mon devoir m'ont inspiré. Dès le moment oîi j'ai reçu l'avis de cette infâme production, j'ai fait arrêter un des libraires qui avoit débité dans le Louvre plusieurs exemplaires de la feuille gravée, je l'ai fait amener devant moi, j'ai fait faire une perquisition chez lui oii l'on a saisi une assez grande quantité de ces feuilles, et après l'avoir vainement interrogé, pressé et sollicité de me déclarer les auteur et graveur, il s'est tenu dans une réticence coupable qui m'a déterminé à l'envoyer en prison.
J'attends M. Bardouilh, qui n'étoit pas hier à Paris et j'espère que, par ses soins, je pourrai obtenir quelques découvertes plusutiles, à l'effet de réprimerce désordre et punir les auteurs et complices. Les libraires et colporteurs tenant des boutiques dans le Louvre sont d'autant plus repréhensibles qu'ils avoient clé avertis de no se charger de débiter aucune sorte d'ouvrages, qu'après en avoir prévenu M. Bardouilh, et cet officier, avec qui j'ai des relations dont je n,e puis que me louer, n'auroit pas manqué de concerter avec moi des mosares qui eussent empêché la distribution qui a été faite scandaleusement pendant un jour, mais dont on a arrêté le progrès.
Ce qui vient de se passer, Monsieur, est une nouvelle preuve des abus dont je me suis plaint déjà plus d'une fois et au.xquels j'aurois désiré qu'on eût apporté un plus prompt remède. Voilà plusieurs exemples où par le moyen de graveurs en taille-douce ou de graveurs en musique, on a mis au jour des diatribes et des obscénités contraires aux bonnes mœurs et à la bonne police; mais sous le prétexte de la liberté, les gens qui exercent cette profession à Paris ne sont point inspectés; ils abusent de leurs presses, et si l'on n'y met ordre, les exemples que j'ai jus et qui n'ont été suivis d'aucune punition éclatant'^, feront multiplier des excès préjudiciables à Llionneur et à la Iranquillilé des citoyens, particulièrement des personnes de mérite et de talentque les méclianls et ignorants se plaisent à déchirer et à calomnier.
Je désirerois, Monsieur, qu'à l'exception des membres de r.Académie, qui sont sans doute tous incapables de pareilles actions, les imprimcuis giaveurs en taille-douce et tous ouvriers employant presses, fussent asservis à des règlemens dont les dispositions seroient tirées en partie de ceux donnes et exécutés pour l'imprimerie. C'est par ce défaut de règlemens que, malgré ma surveillance, on voit journellement produire des gravures obscènes et beaucoup de saletés dont je suis dans l'impuissance d'arrêter le cours.
Vos représentations à M. le garde des sceaux ne pourront manquer de faire impression sur le ministre.
J'ai l'honneur d'être avec un respectueux atlachement. Monsieur, voire 1res humble et très obéissant serviteur.
Len'oir.
LETTRE DU BARON DE CIL\MPLOST, GOUVERNEUR DU LOUVRE AU COMTE D'AXGIVILLER
Paris, ce 23 septembre 1783.
Monsieur, j"ai reçu la lettre que vous m'avés fait l'honneur de m'écrira au sujet des couplets qui se sont débités contre les dames Guiard, Goster et Le Brun. Si M. Lenoir n'eut pas fait arrêter, quelques jours avant la date de votre lettre, en vertu d'un ordre du Roy, le nommé Cousin, distributeur de ces couplets, je n'aurois pas manqué de le faire mettre en prison, étant marchand dans le Louvre et sur le territoire de ma juridiction. Je connois trop la vigilance et les exactitudes de M. Lenoir pour n'être pas persuadé que tenant ce distributeur, il ne découvre l'auteur de ce libelle poétique. Je crois qu'il se trouvera dans les agréés de l'Académie qui ne sont pas à la tête de ceux qui y sont inscrits.
Je vous observerai qu'un temps de prison n'est pas une punition assez publique pour une ofTence qui l'a tant été. Qu'il seroit nécessaire, tant pour l'exemple que pour dégoûter ces faiseurs de satires et les colporteurs, de condamner par un jugement de police qui seroit rendu à la Prévolé, attendu que le délit a été commis en Maison Royale, le n<^ Cousin à une amende, d'ordonner qu'il sera informé à la règle du procureur du Roy contre les auteurs des couplets et que le jugement sera imprimé et affiché ; aucune des personnes dénommées dans la chanson ne seroit désignée dans le jugement. Je ferai à cet égard ce que vous m'indiquerés de faire.
Je suis avec respect, etc.
Champlost.