ADELAÏDE SS
temps où le malheureux n'osait plus venir à table, encore bien moins paraître devant ses femmes à aucune heure du jour, et, quand il n'était pas de service, par conséquent forcé de passer le temps hors de chez lui, il s'arrangeait de façon à dormir toute la sainte journée et à n'être sur pieds que pendant que ces dames allaient dans le monde ou reposaient dans leurs lits. Il devint comme une espèce de spectre et c'est ainsi que les années de la jeunesse se passèrent pour lui et pour Adélaïde, absolument dégoûtée de son idole.
Si je vous détaillais un roman, je ferais tranquillement ici mourir l'un et l'autre d'épuisement, de confusion, de douleur. Il y aurait de quoi. Mais pas du tout. Les choses n'ont guère de ces conclusions dans la vie réelle. Quand ce diable de Rothbanner eut attrapé quarante ans et un ventre assez respectable, et que surtout il eut inventé sa fameuse culasse à mortier, sa jalousie à l'endroit d'Adélaïde était devenue fort traitable. Quant à l'amour, depuis longtemps ce sentiment avait disparu pour lui comme pour elle. En somme, madame Rothbanner pouvait être considérée comme victorieuse sur toute la ligne. Elle possédait, sans nul partage, un époux qui, désormais, ne valait ni plus ni moins qu'un autre. Je ne peux pas deviner par quelle fantaisie de vieille fille Adélaïde voulut alors se marier. On lui fit épouser un chambellan ; mais avant la fin de l'année elle planta là son mari et revint vivre chez sa mère. Ces femmes avaient une telle habitude