SCENE PREMIERE 3IADAME, puis ADÈLE
• M.VDAME, assise près de la cheminée et cousant.
Ce matin je l'ai guettée... Elle est restée au moins un grand quart d'heure, assise, les bras ballants, l'air vanné. . . (Posatit son ouvrage.) H faut cependant que j'en aie le cœur
net. (Elle se lève et va sonner puis redescend, et s'assied sur le canapé. i ADKLE, entrant du fond.
Madame a sonné?
MADAME
Oui... Approchez... iLa dévisageant.) Vous en avez une figure!... Qu'est-ce que c'est que cette robe-là?
.\DÈLE
C'est ma robe...
MADAME
Du dimanche! Vous la mettez la semaine maintenant.
A votre aise! (indiquant le bureau.) Apportez-moi ce livre, là,
sur le bureau... celui du coin. (Adèle prend le livre et le lu
tend.) Placez-le sur la cheminée. (Se ravisant.) Non, dans la
bibliothèque. (Adèle ouvre le meuble et place le livre.) Pas là...
plus haut... plus haut... Mais levez donc les bras.
ADÈLE
Je les lève.
MADAME, se levant.
Vous avez une singulière façon de vous y prendre... Regardez-moi donc... Avancez un peu... (Adèle hésiie.) Venez
ADÈLE
Quoi?
MADAME
Parbleu! Ça crève les yeux... Ah! bien, par exemple... Mais oui... Dévergondée! Fille perdue! Oh! c'est trop fort... Vous! Vous!
Quoi donc?
ADELE
MADAME
Mais vous êtes grosse !
ADÈLE, pleurant.
Ma... ma... madame.
M.\DAME
Ça c'est violent ! Vous allez partir d'ici tout de suite. Vous entendez? Tout de suite. (Adèle sanglote.) Non... pas tout de suite. Vous vous en irez en même temps que lui.
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lummmM m'-'"i .iirg f».-
Le misérable ! Oh ! ça ne va pas traîner... Vous allez savoir tous deux de quel bois je me chauffe. Votre malle ! Allez
faire votre malle. Entendez- vous? (Adèle remonte; l'arrêtant.)
Vous irez en prison, ma fille! Il y a des lois, vous savez. Et lui aussi, il ira en prison. Canailles! Et elle!... Elle!... ce torchon!... Pouah! t(îagnant la porte de -auche. Quand il rentrera, qu'on me l'envoie. Je suis dans ma chambre. Ça ne va pas être lone:... Attends, attends, mon gaillard, je vais te foire voir... Ah! il te faut quand même du jupon, vieux satyre! Galantin de bas étage ! Pourceau ! (Elle sort en
faisant claquer la porte. Adèle, stupide, au milieu de la pièce, pleure.)
SGUNE II
ADELE, MONSIEIR
MONSIKUR, entrant du fond.
Adèle! Qu'est-ce que vous laites là? Non, mais, vou. pleurez !
ADÈLE
C'est... c'est... madame.
MONSIEUR
Qu'est-ce qu'elle vous a fait, madame?
ADÈLE
Elle m'a attrapée... elle m'a injuriée... parce que...
Mii.Nsnau Parce que?
ADELE
Parce que... je suis grosse !
MONSIEUR
Hein!
ADÈLE
Oui.
MONSIEUR
Vous êtes grosse! Ah! bien, par exemple... ah! bien, elle est raide, celle-là... Mais vous êtes folle? Ce n'est pas vrai.
ADÈLE
Si.
MONSIEUR
Ah! il ne me manquait plus que ça? Non, ce n'est pas possible.
ADÈLE
Si, monsieur.
MONSIEUR
Vous en êtes certaine? Ah! Seigneur Jésus! Et vous êtes allée le dire à madame?
ADÈLE
Non.
Vous ne pouviez pas me prévenir. J'aurais avise... Me voilà bien, moi... Elle a dû... Quelle affaire ! quelle affaire ! Où est-elle, madame?
ADELE
Dans sa chambre.
MONSIEUR
Ça va être du propre. Comment faire, bon Dieu, comment faire? Enfin, voyons, qu'est-ce que vous lui avez dit au juste? (Adèle se reprend à pleurer.) Mais répondez donc ! Quelle brute! Tenez, allez-vous-en, je vous battrais.
(Adèle sort ;ï droite, en saiii^lotant.)
MONSIEUR, se laissant tomber sur une chaise.
Il n'y a qu'à moi que ça arrive, ces choses-là ! 11 n'y a qu'à moi! Et qu'est-ce que vous voulez que je dise? Qu'estce que vous voulez que je fasse? Rien, rien, rien ! Ah ! la voilà la catastrophe! La voilà bien ! (Paul entre du fond.)