LETTRE PREMIERE
jLa /Vicomtesse d la Baronne.
U MA chère amie! quel jour que celui qui vient de s'écouler....! Cen est fait , Flore
est mariée Enfin, elle a prononcé le
serment redoutable qui l'engage à jamais. . . . Sou sort y désormais indépendant de moi, est fixé.... Et c'est sai^ retour.... U y a des circonstances sans lesquelles on ne connottroit jamais téme la sensibilité dont on est susceptible-; celle qiu n'a jamais vu sa fille dangereusement nialade, ou qui ne Fa point encore mariée^ ne peut isavoir parfaitement
ce que c'est quétre mère Je ne puis
vous dép^ôi^^roHEbal ce ^uî Vest passé dans
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mon anie depuis hîef;: cèrtaînement j'ai un autre cœur, d'autres yeux , une aulre manière de penser; |ene suis plus la même
Tout à coup j'ai trouvé que ma fille" est au vrai ce que j'aime le mieux au monde , et que tout mon bonheur est attaché à sa destinée ; je n'ai pu concevoir que le soin de son éducation n'ait pas toujours été l'affaire
principale de ma vie Je me reproche
cruellement de l'avoir négligée , et de la marier si jeune, et d'avoir fait un choix dont je ne vois plus maintenant que les inconvéniens. La conduite de madame de Valcé se retrace à ma mémoire sous les plus odieuses couleurs ; je rougis en entendant ma fille l'appeler sa mère.. '. Si j'en eusse été la maîtresse ce matin , si j'eusse pu tout rompre , ma fille seroit libre , elle scroît encore à moi.... M. de Valcé ne me parott plus qu'un fat , sans esprit et sans caraûtérev. . Ajoutez à toutes ces peines la vue de madame de Gerville , qui a passé Ici toute là journée, et qui triomphe ei de son pouvoir etde tous les chagrins qu'elle me cause.... Ah! c'est à présent que je seps j)ft9(}ii^aa Ibtid de l'âme
combien je serois lieoreuse si )*avols suivi vos conseils. «.! Je posséderois la con(iance de M* de Limours , ma fille auroit une é()ucation parfaite , la foiblesse et la vanité ne m'auroient jamais fait faire d'imprudences, et je ne serois pas en proie à d'inutiles regrets....! Je n'ai pas eu depuis vingt- quatre heures un moment de joie ni de consolation«...! Il est une heure du matin, tout le monde est encore dans le salon , on joue , et moi y à minuit , je me suis échappée pour venir m'en fermer dans ma chambre avec vous.... Avec vous! Je vous parle en effet, mais TOUS êtes à deux cents lieues de moi...
^fa chère aoûé, vous m'avez abandonnée I J'ai bien encore quelques amis qui voient ce que je souffre, et qui me plaignent, mais leur compassion m'hiunilie plus qu'elle ne me console ; elle ne me paroit qu'im reproche indirect de ma conduite, puisque enfin je ne suis malheureuse que par ma faute:
cette espèce de piti^ e$t toujours i^^l^ d'on^ ^rte d^e mépris qui la read insuppor*lable, je ne veuxqi^e Ift voire: q^cllequ'elle spil, elle n^'dst [i^écM^Usc , elLç m'e6t néèes^
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saire : ah ! ne me la refiisez pas....! Je pleure en vous écrivant... ; jamais^ jamais je n'ai été si profondément affectée...., si triste, si découragée....! Et le jour où j'ai marie ma fille , le jour qui devroit être le plus beau de ma vie....! Mais il semble que je ne sois dans ma propre maison qu'une étrangère...! Imaginez que M. de Limours , depuis deux jours , n'a pas désiré me voir seule un instàntpour me parler de sa fille... •' Ce soir il a été question de la présentation de ma fille j madame de Valcé , sa belle mère, Fa proposée pour après-demain, ou d'aujourd'hui en huit, en laissant à M. de Limours la liberté du choix ; j'ai fait sentir que j^ainierois mieux le terme le plus éloigné ; M. de Limours n'a pas eu l'air de m'enlendre, et s'est décidé pour le plus prochain. Mille autres petites choses de ce genre m'ont contrariée et affligée à un point sans doute déraisonnable; mais vous connoissez ma tête , vous le savez, je suis extrême en tout , je n'ai ni mesure ni modération , je ne suis pas susceptible d'inquiétudes ; ce que je crains est certain à nies
ET THEODORE. g
yeux ; je ne sais point m'afiligçr à demi ^ je. ne connois que le désespoir. Adieu , ma chère amie , adieu. Plaignez moi , aimezmoi, écrivez-moi, et songez que vous pou* vez seule me consoler, ou du moins adoucir mes peines. Adieu , j'ai un mal de téce af< freux , je voudrois presque avoir une vraie maladie bien inquiétante, j'espère qu'alors vous reviendriez me soigner. Au reste , je vous assure que je quitterois la vie de fort bonne grâce , car elle ne m'est guère agréable.
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