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raisonnable. Tout le monde se récrie sur le mérite de ces pièces; chacun les vante avec enthousiasme^ excepté madame d'Ostalis y qui garde un profond silence : enfin , nous la questionnons^ et elle est obligée de convenir qu'elle ne connoit m le Fou raisori' nable y m, Eustache Pointu j ni Jérôme Pointu. Quoique ces comédies soient nouvelles, tout Paris les sait déjà par cœur, et il est aussi honteux de n^y avoir point été , qu'il ser oit extraordinaire de n'avoir jamais ' vu jouer Phèdre ou Ginna. En effet, madame d'Ostalis fut huée par tout ce qui étoit dans la chambre ; nous la pressâmes unanimement d'aller le plus promptement qu'elle le pourroit aux Variétés amusantes ; deux ou trois femmes l'engagent à fixer le jour , se chargeant de faire louer une loge , et madame d'Ostalis, pour se débarrasser de leurs persécutions , promet d'y aller le surlendemain, si elle n^est pas obligée de partir pour J^ersailles. Le surlendemain elle part pour Versailles , et au moment où je vous écris, madame , elle ne connoissoit encore de Jérôme Pointu et du Fou rai^
tonnable y que ce qu'elle en a pu apprendre parla renommée, ce qui n'en peut donner qu'une idée très* imparfaite, car les traits les plus saillans de ces deux pièces sont justement ceux qu'il est absolument imppssible de pouvoir citer dans la.conversation, Jeme crus obligé de lui parler encore à ce sujet ; Convenez, lui dis-je, que vous ne voulez point aller aux Variétés amusantes, parce qu'on vous a dit que ce spectacle n'est pas d'une décence bien exacte; mais vous aimez la Comédie Française, et vous y voyez jouer souvent des pièces très-libres : toutes celles
de Dancourt, par exemple ? — Si l'on
n'y jouoit que celles-là, je n'irois point, car alors ce spectacle seroit avili ^ et Tonne pourroit s'y montrer sans afficher le mépris des bienséances qu'une femme doit respecter le plus. D'ailleurs, pense?* vous que la pièce la plus libre de la Coinédie Française le soit autant qi;e le chef-d^çeupre des Variétés amusantes? — Oh! non certainement ; mais enfin tout le monde y va....
— Je pourrois vous citer plusieurs femnies cjue l'exemple n'a point entraînées , mes*
dames de S*^, de Cr*"^*, et sans douie beaucoup d'autres que je oe -connois pas :
au reste ^ quand la mode dont vous parler seroit absolument uni?erselle ^ il ne m'en paroiuroitque plus tentant de'tie pas Fadc^ ter, puisque je me distinguerois mieux encore en ne la suivant pas.
Comment trouvez-vous , madame , cet excès de vanité dans une jeune personne si simple et si modeste en apparence? Getof'^ gueil révolte d'autant plus, qu'assurément aujourd'hui toutes les fenunes , en général ^ en sont bien incapables : on peut même dire> sans les flatter , qu'excepté la petite prétention de se faire remarquer par leur parure, elles sont d'une humilité singulière, car elles n'ont pas le plus léger désir de se distinguer; elles font toutes les mêmes choses, parlent et agissent de même, et sûrement (si l'on en juge par leur conduite) elles ne prétendent à Tadmiration de personne. Pour madame d'Ostalis, elle parvient, il est vrai, à son but; elle se distingue, elle jouit d'une très-grande considération dans la société; elle est si douce, si
égale et si obligeante, que ses envieux même ne peuvent la haïr } elle a des amis sincères, elle est adorée de sa famille et de son mari; mab, malgré tous ces avantages apparens^ la singularité de sa conduite l'expose à tous les traits les plus cruels dont la médisance et la calomnie puissent accabler une jeune femme. Par exemple, on dit qu'elle n'est point piquante, parce qu'eUe n'est jamais ni dédaigneuse , ni coquette, ni capricieuse; on compte pour rien l'attachement qu'elle a pour vous, madame, pour "son mari et pour ses enfans; et l'on prétend qu'elle n'a point d'amant , uniquement parce qu'elle manque de sensibilité. Le déchaînement va plusloin; quoique les hommes la trouvent à la fois belle et jolie, les femmes disent seulement qu'elle a cfe la beauté , expression inventée malignement par elles, et qui signifie de la régularité sans grâces et sans agrément; d'autres soutiennent qu'elle n'a point d^ aisance dans la taille, etc. Enfin, madame, vous n'imaginez pas tous les ridicules qu'on lui donne; et voilà ce qu'elle s'attire ellemême, vous en conviendrez, par des ma-
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iiières qui deviennent tous les jours plus étranges et moins supportables. Mon allachenient pdlir vous et mon penchant pour ellei m'engagent à vous parler avec cette franchise qui , j'ose m'en flatter , ne vous déplaira point. Adieu , madame , mandeznous donc s^il est vrai que votre retour ici soit différé , ou si nous pouvons espérer de vous voir arriver sur la fin du mois.