II. x
$7^ ADELE
)oHe f mais il est certainement révolté de ses avances et n'y répond point du tout. Madame de Vaicé commence à prendre une autre tournure avec lui; et a quitté le ton de la plaisanterie et l'air de la gaité | elle affecte la tristesse , et joue la distraction ; cette manière est plus dangereuse y et il ne seroii pas étonnant qu'elle séduisit un jeune homme sensible et sans expérietice. Mais vous arrives y ma chère tante , et mon onde pourra donner d'utiles cOnseih au chevalier de Valmont j ainsi , j'espère que ce dernier ne ^ra pas laduped^totfsies artifices qu'on va mettre en oeuvre pour lui ravit^^a liberté. Vous ne le trouverez |K>int iti à TOtre arrivée; M. d'Aimeri IWracb^de ï^ôris, peutêtre k dessein ; il part'dêmàiii ^ H Vft passer quinfeié jours dans uh château de Picardie , chei une parente de sôa grand-père. Je ne
puis vous dissimtiter qU'îl pèirotl quitter Pari* avec beaucoup de peiué : il a dtné afujôùrd'htiïî chez ina 'belle -^ mère : on a parlé dé son départ, et f ai remarqué avec chagrîfa que cet entretîen Tattristôii infiliimeMt.
J*ai été avant-hier, pour la première fois de ma vie , à un Colin-Maillard , çh^z madame de Clarence ; car il faut qUe vous sachiez , ma chère tante ^ que depuis six mois on donne, au lieu de soupers da^s£(Ds^ des soupers où Ton joue au Colin-Maillard, h Traîne '•^ ballet ^ elc. Vous croyez saus doute que ces divertissemens enfantins no sont point prémëdilés, et que la seule gailé lès fait naître au sein d'une société peu nombreuse et bien choisie, poitit du tout :
vous recevez tout à coup une invitation de Traine-ballel quinze jours d'avance, et souvent de la part d'unie personne avec laquelle vous n'avez aucune liaison particu" lière, comme moi, par exemple, avec mstdame de Garence. J'arrivai donc hier chez elle à huit heures et demie, et en liabit de Colins-Maillard, c^est-»-dii'e, en lévite; je trouve ktiit ou dixjetmèâpersQnnesry autant d'hommes de leur âge , et cinq ou six ^Ilesmères , toute cette compagnie tristement rangée en cercle ,) et paroissant attendis, sans aucune impatience l'iieuref indiquée pour les jeux , qui nt commencent qu'a*-
38o ADELE
près souper, car on ne peut se résoudre à se décoiffer et à déranger sa parure avant onze heures ou minuit , disposition qui s'accorde mal avec la gaité que semblent exiger de semblables parties. Madame de Valcé et le chevalier de Vâlmont étoientà ce souper , la première affectant de ne prendre part à rien , et plongée dans une profonde rêverie, cependant, de temps en temps, cherchant des yeux le chevalier de Valmont, et fixant si^r lui uii regard aussi doux que trompeur...» Enfin, onze heures sonnent, les belles- mères s'établissent à une partie de v?isk, et le Colin-Maillard commence; alors se manifestent très-clairement plusiem*s sentimens ignorés ou seulement soupçonnés : on voit le Golin-Maiiiard ne s'attacher qu'à saisir celle dont il est occupé; l'embarras feint ou vrai, d'un côté, l'empressement , de l'autrç la coquetterie , la fatuité; tous ces différèns mouvemens en activité > décèlent aux yeux les moins pénétrans les petites intrigues de la société. Le jeu étoit fort anim;é; à l'exceptioii de deux ou trois personnes indiâerenles, tout le
ET tUEÔDORE. 38i
monde couroit et crioit ^ mais la gaîte imiocenle est la seule vérilàble et la seule com^ municaiive; en faisant beaucoup.de hruit, de folies , on la contrefait , mais on rie Tinspire point : aussi M. d'Ostalis, mesd&mes de S.... et moi, étions- nous d'une tristesse mortelle , et Traîne - ballet même , auquel vous nous avez vus jouer de si bon coeur à la campagne , ne put nous égayer un moment. J Woue que j'éprouvois un embarras insurmontable toutes les fois que j'étois obligée de poursuivre cinq ou six jeunes gens que je connois à peine , et certainement je leur donnois très-gauchement les coups de mouchoir que je recevois d'eux , moi-même , avec encore plus de répugnance. Une polissonnerie générale termina cette charmante soirée , on renversa les tables , les meubles , on jeta dans la chambre vingt carafes d'eau ; enfin , je me retirai à une heure et demie , excédée de fatigue, assommée de coups, et laissant madame de Qarence avec une extinction de voix , une robe déchirée en mille morceaux, une écorchure au bras, ime contu-
38j ^ ADELE
sien à la léte ; mais s'a))plaudissant d'avoir donné un souper d'une semblable gaîté ^ et se flattant qu'il feroit la nouvelle du lendemain. Je crois que vouS êtes bien sûre, ma chère tante y qu'on ne me verra plus à ces bruyantes assemblées, et que je n'y aurois même pas été du tout si j'avois trois ou quatre ans de moins. Adieu ^ ma chère tanie, envoyez -moi de grâce le fidèJe Brunel , pour m'instruire du jour de votre arrivée, afin que je puisse aller au-devant de vous.