INTRODUCTION
La recherche d'un critérium permettant d’établit un lien entre les différentes modalités de la tuberculose a été de tous temps l’objet d'investigations multiples et à chaque grande période de l’histoire de la médecine : clinique, anatomique, histologique, bactériologique, expérimentale, c’est tantôt dans les données cliniques, tantôt dans l’aspect macroscopique ou histologique des lésions, tantôt encore dans la découverte du germe causal ou dans la reproduction expérimentale de la maladie, que Ton a essayé de trouver un lien commun à des manifestations aussi disparates que celles réalisées par la tuberculose.
Pendant la période où la clinique seule pouvait servir de base à la classification des maladies, les différentes modalités que peut affecter la tuberculose humaine ne paraissent guère ressortir à une même cause, et leur origine commune à peine soupçonnée par les uns n’est guère acceptée par la majorité des médecins. Comment en effet établir au nom de la seule clinique un rapport entre des accidents aussi différents que peuvent être une tumeur blanche, un lupus, une méningite tuberculeuse ou une phtisie pulmonaire ?
La pie-mérite si typique de l’enfant ne survient-elle pas en dehors de toute autre manifestation tuberculeuse
LHAORES
le plus souvent, alors qu’au contraire elle est rare chez le phtisique ? Quelle parenté peut-on établir entre une adénite suppurée ou un abcès froid et des lésions de phtisie cavitaire ? les premiers avec leur évolution torpide, apyrétique, sans grand retentissement sur l'état général, finissant habituellement par se tarir et guérir, les autres d'évolution bruyante accompagnées d’'uncortège de signes fonctionnels et généraux qui entraînent un état de consomption rapidement mortel.
Si même on n’envisage que les seules manifestations pulmonaires de la luberculose,on est frappé de la profonde différence que la clinique fait apparaître entre elles. Où trouver un lien commun entre une pleurésie séro-fibrineuse, évoluant comme un épisode aigu, curable, isolé (en apparence au moins) et une phtisie galopante ou une pneumonie caséeuse rapidement mortelle? ou même entre deux formes également mortelles, d'évolution aiguë toutes deux, mais si différentes par leurs caractères cliniques : pneumonie caséeuse et granulie ?
Mais sidissemblables qu’elles puissent apparaître, ces différentes manifestations de la tuberculose présentent cependant entre elles certains rapports que la clinique essaya d'établir. C’est Laënnec qui, le premier, insista sur la fréquence, dans le passé des phtisiques, d'accidents tels que les abcès froids, les adéuites et, sans établir une identité de nature entre ces affections, il se refusait cependant à n’admettre qu'une simple coïncidence dans l'apparition de ces lésions à quelques années d'intervalle chez un même sujet.
Ces idées de Laënnec ne furent guère admises de son vivant, et jusqu'au milieu du xx siècle l'opposition apparut absolue entre la phtisie pulmonaire et l’ensemble des lésions dites scrofuleuses.
L'ère anatomo-pathologique, qui prend au début du xiIx® siècle toute son, importance, va apporter des arguments nouveaux à la fois en faveur et contre l’unicité des différentes localisations de la tuberculose. Puisant dans les données anatomo-pathologiques des arguments contre les idées de Laënnec, Broussais d’abord, puis Virchow nient tout rapport entre tubercnlose et scrofule. Sans doute, disent-ils, on pourrait être tenté de les apparenter en raison d'un caractère commun, la {endance à la caséification. Mais un examen moins superficiel fait en réalité apparaitre. une opposition fondamentale entre les deux groupes de lésions : celle de la scrofule (qu’il s’agisse d’abcès froids, d’adénites, de carie osseuse ou d’arthrite fougueuse) sont de nature inflammatoire alors que la tuberculose se comporte comme une véritable tumeur maligne,
Cette opposition, au nom de. l’anatomie pathologique entre les lésions de la scrofule et celles de la tuberculose, se retrouve plus véhémente encore,en ce qui concerne les seules manifestations pulmonaires de la tuberculose. Bayle avait déjà tenté de simplifier la classification des « phtisies » pulmonaires, mais en admettait encore six variétés assez mal définies d'ailleurs Laënnec devait isoler parmi ces formes des affections telles que le cancer et la gangrène, et montrait que les autres variétés n'étaient que des aspects différents d'une même maladie.
Ainsi prenait corps la notion de la tuberculose pulmo- naire avec ses différents types cliniques, dont les lésions pouvaient bien être diverses sans qu'on puisse leur nier une commune origine. Tubercules et granulations sont deux aspects de lésions tuberculeuses, les formes infiltrées diffuses comme les tubercules circonscrits ressortent à la même cause. |
Les conclusions de Laënnec furent combattues ‘au nom de l’anatomie pathologique comme elles l’avaient été sur le terrain clinique, et jusqu’à la deuxième moitié du