NT
Pendant le mois de janvier 1929, l’hypertrophie ganglionnaire s'accentue progressivement et devient très 1mportante. Le 20 février on sent nettement dans l’aine deux masses, l’une très dure, ayant les dimensions d'une petite noisette, ulcérée, l’autre paraissant plus molle, mais non ulcérée, ayant le même volume. Une ponction est pratiquée dans l’une et l’autre de ces masses, mais ne ramène pas de liquide,bien que l’on ait ulilisé des aiguilles de fort calibre, Pendant ce temps le poids de l’animal ne varie guère : 440 gr. le 8 novembre, 430 gr. le 11 janvier, 445 gr. le 19 février :
On pratique alors au bisiouri un curettage de la région inguinale, qui ramène un tissu granuleux dont les frottis démontrent la nature tuberculeuse : les bacilles acido-résistants typiques y sont mis en évidence assez facilement,, bien qu’ils ne soient pas très nombreux (Le produit du curettage va servir à inoculer un cobaye Der 1V).
A la suite de cette intervention, le cobaye Der 11 commence à dépérir ; si la lésion locale ne se modifie pas, par contre l'animal maigrit (430, 390, 370 gr. puis enfin 340 gr.) son poil se hérisse et il succombe le 5 avril 1929 soit après une survie de cinq mois et demi.
L'autopsie ne montre pas la moindre atteinte des viscères, mais par contre les ganglions inguinaux, lombaires trachéo-bronchiques sont tous suppurés, et le pus qu'ils contiennent est constitué par des polynucléaires à peu près indemnes et de très nombreux bacilles acido et alcoolorésistants.
Quant au cobaye Der 1V,inoculé avec le pus retiré par curettage des ganglions inguinaux, il succombe en six semaines avec des lésions caséeuses des ganglions, des tubercules typiques dans tous les viscères, où le bacille de Koch est trouvé en notable quantité.
C'est dire que les animaux du 2€ passage présentent les
te
Jésions caractéristiques de la tuberculose type Villemia, alors que ceux de la génération précédente n’ont d’autre lésion que celles de leurs ganglions, où cependant existent des bacilles tuberculeux en nombre considérable.
Si l’on confronte entre eux les résultats expérimentaux que nous venons de rapporter et si on les rapproche d’autres observations calquées plus ou moins sur un même type, dont nous avons pu réunir une vingtaine de cas personnels, et si par ailleurs on se souvient que des faits très voisins, sinon identiques, ont été antérieurement observés par différents auteurs : MM. Burnet, Legendre et Philibert, L. Kindberg.… on peut établir de façon indiscutable l'existence, parmi les formes atypiques de la tuberculose du cobaye, d’une variété purement ganglionnaire. C’est l'étude des principaux caractères de cette forme ganglionnaire de l'infection tuberculeuse expérimentalé du cobaye que nous nous proposons d'envisager, avec ses particularités multiples, que nous envisagerons successi- .vement, en subdivisant cetle étude en trois paragraphes :
1° Description des lésions ganglionnaires déterminées, en dehors de toute lésion viscérale, par inoculation. au cobaye de produits pathologiques humains ;
20 Etude histo-pathologique ;
3° Réactions biologiques. Etude des réinoculations successives de cobaye à cobaye des lésions ainsi obtenues.
Cette description terminée — et qui sera en quelque sorte la synthèse des observations précédemment rapportées — nous envisagerons dans le 2e chapitre l’importance de cette variété de tuberculose expérimentale pour le diagnostic de la tuberculose humaine. Enfin, dans un troisième chapitre, nous essaierons en confrontant les données anatomiques et bactériologiques avec les résultats des réinoculations, de trouver une interprétation susceptible d’expliquer les modalités atypiques de la tuberculose du co-
baye.
Les différents aspects de la tuberculose ganglionnaire du cobaye.
L’atteinte du système ganglionnaire constitue l'étape initiale de la tuberculose expérimentale du cobaye dans sa forme habituelle, et Arloing a montréla progression du bacille tuberculeux dans les différents groupes ganglionnaires chez l’animal inoculé suivant un ordre toujours identique. Mais dans ces cas les lésions sont de type caséeux, et leur atteinte est toujours accompagnée de l’envahissement des viscères.
Dans la forme atypique ganglionnaire, l'atteinte des ganglions est différente à beaucoup de points de vue. Tout d’abord,et c’est là le fait capital, les viscères sont indemnes, si longue que soit la survie de l’animal. De plus, les ganglions ne sont jamais caséeux. Enfin, les divers groupes ganglionnaires ne sont pas atteints de façon constamment identique pour des inoculations faites dans une même région. |
Nous étudierons donc: 1° quels sont les ganglions atteints ; 2° les lésions que l’on peut y observer.
Les ganglions les plus souvent atteints, ceux dont les lésions s’observent avec un maximum de fréquence, sont
ee 0
les ganglions inguinaux tributaires du territoire cutané où linoculation a été pratiquée. Cet envahissement du groupe inguinal peut le plus souvent être perçu pendant la vie de l'animal, mais parfois seule l'autopsie la décèlera. Il est intéressant de noter que les résultats fournis par l’investigation de la région inguinale durant la vie, ne concordent pas toujours avec les renseigaements fournis à l'examen anatomique : parfois cette dernière seule révèle une adénopathie insoupçonnée, et cela bien que le volume des ganglions hypertrophiés puisse être assez notable ; d'autres fois, au contraire, l’autopsie ne montre plus trace d'une atteinte gauglionnaire que l'on croyait pouvoir affirmer avant d’avoir sacrifié l’animal.
Cette contradiction apparente dans l’appréciation des modifications ganglionnaires par l'examen clinique et l'étude anatomique est d’un intérêt considérable, et peut s'expliquer aisément si l'on compare l’évolution des lésions chez plusieurs cobayes inoculés dans les mêmes conditions mais sacriliés à des dates différentes. On voit alors en général que l’adénopathie, modérée au début progresse un certain temps, puis ayant acquis un volume assez important devient stationnaire. Son évolution ultérieure peut dès lors se faire de diverses façons : tantôt elle reste fixe et dans ces cas lorsqu'on sacrifie l'animal on trouve des ganglions dont le volume correspond bien à ce que la palpation faisait prévoir — tantôt au conträire l’adénite va regresser progressivement, pouvant finir par disparaître complètement. A cet égard, l'observation du cobaye Les X (voir p. 33) est particulièrement démonstrative : l’hypertrophie d'un ganglion inguinal est observée durant la vie et vérifiée par un curettage partiel, qui détermine à sa suite une lésion ganglionnaire locale plus importante encore, Cependant une telle lésion a pu complètement disparaître et le seul vestige de cette lésion caséeuse déterminée parl'intervention sera un mince nodule fibreux à peine perceptible.
D'ENRLE
Des ganglions nettement augmentés de volume peuvent donc, après un certain temps, entrer en régression et disparaître complètement. On comprend alors que l’on puisse ne plus trouver à l’autopsie une hypertrophie ganglionnaire qui cependant a pu être des plus manifestes quelques semaines auparavant.
Inversement, lorsque l'examen clinique ne permet pas de sentir de ganglion hypertrophié dans le creux inguinal, il ne faut pas conclure de façon absolue à l'intégrité du système ganglionnaire inguinal, car dans un certain nombre d’autopsies nous avons pu constater que seul était atteint le groupe des ganglions inguinaux profonds, groupe difficilement palpable ou même impossible à percevoir à l'examen clinique. |
Il est des cas cependant, assez rares à la vérité, où ni la palpation durant la vie ni l'inspection anatomique la plus minutieuse ne permettent de déceler trace d’hypertrophie des ganglions inguinaux : ces derniers sont quelquefois, semble-t-il, absolument respectés ou du moins leur atteinte est assez discrète pour passer inaperçue.
Il faut donc insister dès maintenant sur la nécessité absolue, dans cette recherche de la tuberculose atypique du cobaye, de sacrifier dans chaque série de cobayes inoculés, un animal au bout de 5 semaines environ après l’inoculation. Cette manière de procéder présente un double avantage : tout d’abord elle permet de reconnaître à cette époque l'intégrité des viscères et d’autre-part elle est indispensable pour ne pas méconnaître une adénopathie profonde qui pourrait, sans ce mode d'exploration, rester méconnue.
A l’autopsie il conviendra seulement d'examiner les ganglions inguinaux, mais encore d'explorer les autres groupes ganglionnaires de l’animal. Parmi ces autres groupes, il en est dont l'atteinte est exceptionnelle, tels les ganglions axillaires, les ganglions inguinaux du
côté opposé à celui où a été pratiquée l’inoculation.
Les groupes les plus habituellement envahis sont les groupes lombaires et bronchiques et plus accessoirement . les ganglions mésentériques. Dans la règle sont atteints simultanément les ganglions lombaires droits et gauches, mais il est fréquent de noter une prédominance des lésiogs au niveau des ganglions sous-hépatiques en même temps que les ganglions bronchiques, dont l'atteinte souvent moindre que celle des ganglions lombaires, peut cependant exister indépendamment de toute autre lésion. Cette éventualité est cependant rare, et les cas où seul un groupe ganglionnaire (lombaire ou bronchique) est hypertrophié, à l'exclusion de l’autre, sont peu nombreux.
Nous avons indiqué précédemment que la date qui nous paraît le plus propice pour sacrifier un cobaye est celle de la 5e ou 6€ semaine qui suit l'inoculation. C’est qu’en effet sila date où les ganglions inguinaux superficiels deviennent perceptibles à la palpation est des plus variables, les résultats des autopsies pratiquées en série nous ont montré (en conformité d’ailleurs avec la majeure partie des faits cliniques) qu’il est exceptionnel de ne pas trouver d'atteinte des ganglions lombaires, bronchiques ou inguinaux profonds au bout de 5 à 6 semaines.
Si “ue étudions maintenant le type des lésions que présentent ces divers groupes ganglionnaires, un premier fait mérite tout d’abord d'être noté : c'est que si tous peuvent présenter un même type anatomique, dans certains cas par contre l’aspect varie d’un ganglion à l’autre.
Au niveau de ces ganglions, deux aspects pathologiques peuvent s’observer : soit hypertrophie diffuse simple soit lésions de suppuration et il n’est pas rare de voir les groupes lombaires par exemple, simplement hypertro-