Broussais, Doctrines médicales
3 et 4. De Beauvais et Bancel ; Thèse de Quinquaud, p. 8S;.
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tible avec une bonne santé et n’attendant qu’une déchéance organique pour produire des lésions.
Les vieux médecins qui ont exercé dans les ports de mer du temps de la marine à voile, alors que les voyages au long cours duraient dix-huit mois à deux ans, racontent que des marins partis en bonne santé apparente revenaient écrouelleux ; leurs écrouelles guérissaient avec une grande facilité quand ils retrouvaient à terre une bonne nourriture et une habitation saine. L’alimentation défectueuse par les viandes salées, la mauvaise qualité de l’eau, d’autres causes encore que ne suffisait point à atténuer le grand air de la mer, permettaient à la bacillose, résultat de contagions anciennes ou récentes, d’évoluer librement.
C’est par ces mêmes raisons de misères, de mauvaise hygiène ou d’antécédents ancestraux d’alcoolisme et de syphilis, que s’explique la fréquence des tuberculoses ganglionnaires dans certaines îles de l’Océan ou sur certains points du littoral.
L’air aseptique, chargé d’humidité marine, semblerait au premier abord devoir s’opposer à l’évolution de la tuberculose. Il en serait ainsi à Belle-Isle-en- Mer, d’après Calmette ‘ ; les tuberculoses cutanées et adénites, formes superficielles et peu virulentes, n’y existeraient point, et celles qui viendraient du continent seraient rapidement atténuées. Mais ce fait, que nous n’avons pas pu contrôler pour Belle-Isle, ne se vérifie pas à l’île d’Yeu et à l’île de Croix, qui sont au ^premier abord dans des conditions identiques. Le
l. Congrès de la tuberculose, 1889, p. 179.
D' Gaboriau (de Groix) a bien voulu nous communiquer une note à ce sujet. Groix est située à 15 kilomètres au nord de Belle-kle et possède 5 000 habitants. Les recherches faites à notre intention par Gaboriau ont amené la découverte d’environ 250 ganglionnaires suppurés ou non suppurés, en possession de fistules ou de cicatrices. Il connaît plusieurs familles où père, mère et enfants ont au cou des cicatrices plus ou moins apparentes. La maladie serait beaucoup plus commune chez les filles. Ici encore l’influence du climat marin est contre-balancée par d’autres conditions déplorables : les hommes sont presque tous alcooliques ou syphilitiques et les femmes issues de ces hommes, hystériques renforcées. Déplus, les enfants sont tous nourris au lait de vaches, et ces vaches, privées de pâturages qui n’existent pas dans l’île et nourries d’une façon défectueuse, sont très souvent phtisiques. Dès les premiers temps de leur existence, les enfants sont assis à la table de famille et partagent la soupe au lard et les pommes de terre. La méningite tuberculeuse est remarquablement fréquente; la tuberculose osseuse, exceptionnelle à ce point que \ Gaboriau n’en a pas vu depuis deux ans. En revanche, il fait au point de vue de la phtisie la même observation que Calmette. « Les tuberculoses pulmonaires que j’ai eu occasion de soigner, m’écrit-il, paraissent résister beaucoup plus longtemps que celles que je soignais à Nantes : j’en ai vu qui avec les deux poumons en état de ramollissement presque complet ne présentaient pas cette consomption que j’avais l’habitude d’observer et pouvaient exister plusieurs mois, une année même, avec un excellent appétit. Je me souviens entre autres
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d’une jeune fille dont les poumons n’étaient que cavernes et qui cependantcroyait jouir d’une excellente santé.
« Il n’en est plus ainsi, ajoute-t-il, des tuberculeux du dehors qui viennent ici sous prétexte de respirer un air pur. J’en ai vu plusieurs qui étaient emportés avec une extrême rapidité. »
Les irritations locales. — Le col militaire chez les conscrits, la contusion chronique par le port du fusil, les traumatismes professionnels jouent le rôle de causes localisatrices, de même qu’après une inoculation de tuberculose chez l’animal on détermine une tumeur blanche en contusionnant une articulation (expériences de Max Schüller).
Les fièvres éruptives. — Rougeole, scarlatine, sont suivies quelquefois d’engorgements ganglionnaires et même de suppurations ganglionnaires.
Rilliet et Barthez estiment que, sur onze rougeoles primitives environ, il y en aurait une à la suite de laquelle se développeraient des tubercules. « Le plus ordinairement, disent-ils, la phtisie tuberculeuse suite de rougeole est générale; mais il existe presque constamment une prédominance de la tuberculisation ganglionnaire, surtout bronchique’ .» Ils expliquent ces faits par l’irritation des bronches pour les ganglions bronchiques, et pour le nombre plus grand des tuberculisations générales « par une impulsion spéciale que donne à toute l’économie la fièvre éruptive ; impulsion spéciale d’où résulte une modification intime et générale ».
4. Rillet et Barthez, t. II, Maladies des enfants : Rougeole.
Grisolle trouve cette proportion 1 pour 11 extrêmement exagérée, mais constate les engorgements ganglionnaires fréquents.
Grâce aux travaux de Babes etdeGornil, nous entrevoyons une explication beaucoup moins vague de ces complications scarlatineuses et rubéoliques.
Sur 14 cas de mort après la scarlatine, Babes a constaté dix fois une tuberculose des ganglions médiastinaux et bronchiques.
Dans tous ces cas, à côté du bacille de la tuberculose, on trouvait soit le streptococcus, soit le staphylococcus, soit des bacilles encore mal définis.
Dans la plupart des autopsies de pneumonies rubéoliques on trouve des ganglions bronchiques très hypertrophiés et tuberculeux.
On y constate à la fois, d’une part, la propagation lente du processus tuberculeux et, de l’autre, une invasion bien prononcée du streptococcus du pus dans les petites bronches.
Dans tous ces cas il y a donc probablement association bactéridienne, et dans les ganglions déjà tuberculeux à l’état latent, une pénétration de bactéries nouvelles qui en déterminent l’évolution rapide.
Pour ce qui est des adénopathies externes consécutives aux fièvres éruptives, on accepte volontiers l’idée d’un semblable mécanisme : des ganglions contenant quelques bacilles, ce que nous savons fréquent, évoluant vers l’état caséeux et la suppuration sous l’influence de nouveaux germes infectieux, notamment du streptococcus du pus.
La coqueluche est surtout suivie d’adénopathies trachéo-bronchiques.
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Races. — Il serait intéressant d’avoir une statistique comparative des tuberculoses locales suivant les différentes races et les différents pays; mais nous n’avons aucun document précis et récent à ce sujet. Ch. Leroux cite d’après Bergéron une statistique déjà ancienne de Philippe :
En Angleterre, d’après cette statistique, le nombre des scrofuleux serait de 24 p. 100;
A Amsterdam, 25 p. 100 ;
A Munich, 33 p. 100;
A Berlin, 53 p. 100;
APétersbourg, 40 p. 100;
A Moscou, 8 p. 100.
De tels écarts s’expliquent mal, et nous n’attachons qu’une faible importance à ces chiffres.
Tout ce qu’on peut dire c’est que dans les pays froids et surtout humides, comme l’Écosse, la Bretagne, la Hollande, les humeurs froides sont plus fréquentes que dans les pays chauds et secs, l’Algérie, par exemple^ ou le midi de la France.
L’influence des climats se fait surtout sentir sur les individus qui, habitués aux climats chauds et secs, sont transportés dans les pays humides et froids. Les Indiens ou les nègres transportés en Angleterre, par exemple, sont vite emportés par la tuberculose ou contractent des adénites tuberculeuses.
A un autre point de vue étiologique, les adénopathies tuberculeuses doivent, être divisées en :
1“ ADÉNOPATHIES PRIMITIVES
Si on n’a égard qu’à la clinique, les adénopathies primitives, celles qui semblent indépendantes de toute
lésion tuberculeuse antérieure, les adénopathies primitives d’emblée .semblent les plus fréquentes.
Il est rare en effet qu’on puisse surprendre la lésion cutanée, muqueuse ou viscérale qui est la porte d’entrée de la tuberculose relie a passé inaperçue au début ou elle est guérie quand on constate l’adénopathie qui se développe et paraît une affection primitive.
L’absence de la lymphangite, si ordinaire quand il s’agit d’adénite inflammatoire, vient encore en imposer; elle est très rare en effet. L’agent infectieux qui s’arrête dans le ganglion circule dans le réseau lymphatique sans l’enflammer et sans l’altérer.
Mais l’expérimentation, la clinique, nos idées modernes sur le germe-contage démentent bien vite les apparences.
Le fait cité partout de Tcherning, dans lequel les ganglions axillaires furent pris à la suite d’une coupure par un crachoir de tuberculeux, et mille autres semblables dus à la clinique ou à l’expérimentation, montrent bien la source ordinaire de l’adénopathie et sa nature secondaire.
Si la lésion initiale est difficile à saisir, c’est que l'effraction est très minime dans beaucoup de cas.
Ce sera une simple pharyngite avec desquamation épithéliale (Konig) ;
Un purigo du cuir chevelu (Koch, Strümpëll) ;
Un lupus, un tubercule anatomique, un érythème fessier, up eczéma. Il n’est pas nécessaire que la lésion initiale soit elle-même tuberculeuse, il suffit qu’elle crée une porte d’entrée (H. Martin*).