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PÉRIODE DE RAMOLLISSEMENT ET DE FONTE PURULENTE

Le travail de sclérose ne suffit pas toujours à empêcher la caséification et la suppuration dans les ganglions. Dans un point ou dans plusieurs points à la fois les tubercules dégénèrent en une substance jaunâtre, produit de nécrose, engendré par les toxines des bacilles ou par l’oblitération des capillaires.

Ces produits de dégénérescence isolés tout d’abord, se. fondent les uns avec les autres et font que le ganglion n’est bientôt plus qu’une masse caséeuse jaunâtre encapsulée.

Les produits de caséification peuvent rester long- i temps en cet état; mais, à un moment donné, le tissu périadénique s’enflamme; la peau se mortifie et ils sont éliminés avec la suppuration.

L’abcès tuberculeux peut être très limité et le ganglion vidé de son contenu Représente plus qu’une coque plus ou moins épaisse, continuant à suppurer par un trajet fistuleux. — Mais les choses ne se passent pas toujours aussi simplement, le tissu cellulaire peut suppurer au loin, se décoller sur une assez grande étendue et la peau s’ouvrir par des trajets multiples ; d’autres fois plusieurs ganglions suppurés forment une vaste caverne anfractueuse environnée elle-même de ganglions moins avancés comme lésions. Tous ces ganglions à des degrés variables de tuberculisation, intimement unis les uns aux autres par la périadénite, forment les masses ganglionnaires.

La propagation de ganglion â ganglion se fait non seulement par les vaisseaux efférents, mais par le

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

simple contact de voisinage. Ce contact est produit par l’hypertrophie même des ganglions primitivement atteints et le .contage bien facile, puisque la capsule, nous l’avons vu, est elle-même tuberculeuse.

Ce tissu, disent Gornil et Babes, est lui-même épaissi, infiltré de petites cellules et de granulations tuberculeuses assez loin des ganglions ; on rencontre, dans le tissu conjonctif œdémateux du médiastin, des vaisseaux sanguins et lymphatiques dont les cellules contiennent des microorganismes.

11 ne faut donc point s’étonner des propagations irrégulières et contraires au cours de la lymphe; cette propagation de la tuberculose par les lymphatiques est plus ou moins rapide suivant une foule de causes, suivant les espèces animales et suivant les individus quand il s’agit de l’espèce humaine. Chez l’enfant en bas âge comme dans la polyadénopathie mono-ganglionnaire elle peut être très longtemps limitée à un seul ou à quelques ganglions.

Le professeur Sheridan Delepine a expérimenté sur le cobaye cette propagation de la tuberculose.

Vingt cobayes sacrifiés au bout d’un mois offraient une propagation tuberculeuse très nette de tous les lymphatiques du côté inoculé. Quinze avaient une tubercnlose des ganglions sus-diaphragmatiqnes des deux côtés du corps. Sur sept sujets les ganglions inguinaux superficiels étaient pris, sur deux les ganglions inguinaux profonds, sur deux les ganglions lombaires inférieurs, mais dans aucun cas le ganglion poplité du côté sain n’était atteint.

L’inoculation avait été faite dans la cavité articulaire du genou.

,DÉN0PAÏH1ES TUBERCULEUSES.

D’après Delepine, deux modes de propagation peuvent seuls rendre compte de ce mode d’invasion particulier du système lymphatique.

1° Une propagation le long des parois de quelques lymphatiques dans une direction opposée à celle du courant. Ce serait une sorte de régurgitation du bacille dans le sens opposé au courant. Il faudrait alors admettre comme probable une oblitération plus ou moins complète de la lumière du canal à son abouchement avec les lymphatiques malades.

2° Une propagation à travers le système des lacunes lymphatiques *.

Dans la polyadénite périphérique, d’après Mirlnescu, la sclérose est la terminaison la plus fréquente; la dégénérescence caséeuse, plus rare, se voit surtout dans les plus gros ganglions, ceux de l’aisselle ou du cou.

La sclérose est donc le processus le plus heureux; c’est par lui que peut se faire à tout âge, mais surtout chez l’enfant, et aussi à toutes les périodes de la tuberculisation, mais surtout à la première, la guérison des gangliophymies. Elle transforme les ganglions suppurés ou non en petites masses dures plus ou moins sensibles sous la peau et persistant à cet état pendant un temps très long.

La calcification, sur laquelle nous reviendrons aileurs plus longuement, est plus rare, surtout en ce qui concerne les adénopathies externes.

Enfin, le ganglion suppuré encapsulé peut se

1. Shemdan Delepine, Société de pathologie de Manchester, analyse de la Médecine moderne, mars 1894, p. 329.

.NATOMIE PATHOLOGIQUE.

transformer, comme nous avons eu deux fois occasion de le voir dans des adénopathies très anciennes, en un véritable kyste séreux à parois très épaisses ou même calcifiées.

A propos de la polyadénite, Mirinescu se demande pourquoi ou plutôt par quel mécanisme tel ganglion aboutit à la caséification, tandis que tel autre subit un processus scléreux, l’agent pathogène étant le même dans les deux cas. ‘ :

Si l’évacuation vasculaire et, par conséquent, l’arrêt de la circulation se fait sur une grande étendue et par la coagulation de la fibrine, le ganglion subit la dégénérescence caséeuse, puisque le produit de la néoformation se trouve de bonne heure privé de sang.

Au contraire, si l’oblitération est due à l’endopériartérite et à l’hyperplasie conjonctive, l’arrêt de la circulation se fait beaucoup plus lentement, les îlots tuberculeux contÎT nuent à être irrigués par le sang; mais, en même temps, le tissu conjonctif se trouve en état continuel d’irritation, il prolifère d’une façon active, le processus scléreux l’emporte sur le processus caséeux.

Nous terminerons en disant que dans les adénopathies périphériques la sclérose est la plus fréquente ; on la trouve dans les plus petits ganglions, ceux surtout qui sont au pli de l’aine; quant à la dégénérescence caséeuse, elle est plus rare, c’est dans les plus gros ganglions qu’on la trouve, surtout dans ceux de l’aisselle et du cou.

Nous n’avons jamais observé la dégénérescence calcaire dans la polyadénite périphérique*.

Les bacilles sont, d’une façon générale, très peu nombreux dans les adénopathies tuberculeuses, sur-

t. Mirinescu, Thèse citée,.page 4t.

tout dans les adénopathies externes à type strumeux : il faut multiplier les coupes à l’infini avant de les trouver, et même parfois la recherche est infructueuse ; ils ne peuvent être mis en évidence, ce qui ne prouve point qu’ils n’existent pas, puisque l’inoculation sériée les y affirme. Tout ce qu’on peut dire, en fait de recherche négative des bacilles dans les ganglions, c’est qu’on ne les y a pas trouvés.

Ils existent surtout dans les cellules géantes, et particulièrement dans les ganglions où aboutissent les lymphatiques venant d’organes infectés de tuberculose : là même leur présence, qui est fréquente, n’est pas constante.

Ils sont plus rares dans la matière caséeuse ou dans les vieux ganglions en partie sclérosés que dans les ganglions à granulations grises de la première période. Cependant, il a été prouvé par les inoculations que les vieux foyers caséeux, même calcifiés en partie, contiennent encore des bacilles (Déjerine) et que les bacilles conservent encore leur virulence quand même ils sont enfermés dans une coque complètement crétacée’.

Les bacilles n’existent pas dans le ganglion seulement, mais dans la capsule épaissie, et encore dans le tissu embryonnaire qui enveloppe les vaisseaux sanguins et lymphatiques (Gornil et Ranvier).

Comme nous le verrons plus tard, outre le bacille de la tuberculose, on trouve dans les ganglions suppurés d’autres bactéries, notamment celles de la suppuration ; nous étudierons le rôle important que pa-

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