‹ Adénopathies tuberculeusesChapitre 42 sur 86 · Bulletin de l’Académie de médecine · texte numérisé non relu

Bulletin de l’Académie de médecine

nate de chaux, d’oxyde de fer, de cholestérine, de matières grasses.

L’adéno-gypsose de Robin se distinguerait de la calcification consécutive à la tuberculose par une très grande quantité de sulfate de chaux qui n’existerait pas dans cette dernière.

Malheureusement, dans les cas de Robin, l’analyse bacillaire n’a pas été faite, et il reste un doute sur la nature de l’aifection qu’il a signalée.

Les anciens foyers de tuberculose ganglionnaire, vieux ganglions caséifiés ou ganglions ayant subi la dégénérescence fibro-crétacée, contiennent encore, alors même qu’on les retrouve dans les autopsies après un temps très long, des bacilles de la tuberculose (Déjerine, Cornil). Ainsi s’expliquent pour beaucoup d’observateurs leurs retours agressifs sous des influences multiples. Ainsi s’expliquent encore les méningites ou les granulies aiguës qui paraissent primitives au premier abord et qui ne sont cependant qu’un accident d’infection secondaire due à quelque vieux ganglion encore infecté.

L’état général chez les tuberculeux ganglionnaires peut continuer pendant longtemps à être florissant.

Ils ont bien l’aspect si connu du scrofuleux, son indolence, son teint blafard, rosé, transparent ou gris souris, etc., mais ils mangent bien et ne se plaignent que d’une gêne dans les mouvements du cou et à certain âge de la déformation disgracieuse qu’apportent leurs tumeurs.

Mais quand surviennent les suppurations, quand

ils sont à chaque instant soumis à des poussées inflammatoires subaiguës, quand les fistules multiples deviennent une source intarissable d’écoulement, leur santé s’altère, ils perdent l’appétit; la fièvre survient et si d’heureuses modifications ne se produisent pas, un véritable danger se trouve constitué ; danger de nouvelles localisations tuberculeuses, ostéites, tumeurs blanches, maux de Pott, danger de méningite, de granulie aiguë. Ce danger est imminent si le malade est abandonné aux conditions de vie dans lesquelles la tuberculose s’est déclarée et si l’on n’avise pas à mettre l’organisme dans les meilleures conditions de résistance. L’œdème par albuminurie est rare dans la tuberculose des ganglions seuls, mais peut devenir un des modes de terminaison quand d’autres suppurations sont intervenues.

NATURE ET DIAGNOSTIC

Adénite inflammatoire chronique simple. — Adénite strumeuse. Elle ne se distingue pas de l’adénite tuberculeuse, mais paraît une tuberculose atténuée. — Adénite cancéreuse. — Lÿmphadénome. — Adénites syphilitiques. — Diagnostic de la polyadénite généralisée de l'enfance. — Diagnostic des adénopathies tuberculeuses suivant les régions qu’elles occupent.

Les adénopathies qu’on -croyait autrefois simplement hypertrophiques sont le plus souvent de nature tuberculeuse ; la preuve n’en est plus à faire ; l’histologie, la bactériologie, les inoculations le démontrent. — Alors même qu’elle se développe chez un sujet vigoureux en apparence, exempt de prédispositions tuberculeuses, l’adénopathie est la plupart du temps de nature bacillaire.

Faut-il donc, en dehors des dégénérescences cancéreuses et du lymphadénome, n’admettre que des adénopathies tuberculeuses? Nous ne le croyons pas et nous étudierons successivement au point de vue du diagnostic ;

1“ L’adénite chronique inflammatoire simple ;

T L’adénite strumeuse, —non’point pour la distinguer de l’adénite tuberculeuse, mais pour établir qu’elle n’est qu’une tuberculose atténuée ;

3» L’adénite cancéreuse ;

4° Le lymphadénome ;

5“ L’adénite syphilitique.

Enfin chaque localisation ganglionnaire prête à quelques considérations de diagnostic différentiel que nous passerons rapidement en revue.

i“ ADÉNITES nyPERTROPBIQUES INFLAMMATOIRES SIMPLES

Elles doivent toujours paraître suspectes et le médecin qui les constate doit craindre une tuberculose ou une dégénérescence cancéreuse ; mais quand on les sait immuables depuis de longues années, indolentes, sans péri-adcnites, quand surtout on peut s’expliquer leur origine par des poussées inflammatoires successives, subaiguës, répétées, dues à une irritation cutanée non tuberculeuse, il faut les admettre pour ne pas faire « un peu plus de tuberculose qu’il n’y en a ».

Ces adénites constituent un terrain tout préparé pour la tuberculose ; mais on ne peut pas dire qu’elles soient toujours d’ores et déjà tuberculeuses, parce que ce serait exagérer cette vérité que la plupart d’entre elles le sont contre toute attente. — On doit admettre leur possibilité en principe, mais n’accepter leur réalité qu’avec les plus grandes réserves.

Ricard, au Congrès de chirurgie de 1889, sous le nom d’adénopathies pseudo-tuberculeuses, Verneuil et Clado ont publié plusieurs observations qui semblent bien se rapporter à l’adénite hypertrophique inflammatoire non bacillaire. — Ces adénites ne semblaient sous l’influence d’aucune diathèse, persistaient depuis dix, quinze, vingt ans, sans aucune tendance au ra-

mollissement et à la suppuration et enfin donnaient des résultats négatifs à l’inoculation.

Je connais pour mon compte un homme très vigou-

eux, de 43 ans, sans aucun antécédent héréditaire ou personnel tuberculeux, qui porte depuis trente ans à la région axillaire une adénite assez volumineuse; elle y a pris naissance à propos d’un hydroa interdigital dont il était victime chaque année pendant les chaleurs de l’été. — Il n’est point probable que ces adénites soient tuberculeuses, mais je n’oserai l’affirmer qu’après inoculation négative. — Tout est là dans l’espèce, et comme les occasions d’enlever de semblables adénites sont rares, s’il ne s’y mêle une question d’esthétique, le doute planera longtemps encore sur beaucoup d’entre elles.

Le baron Larrey a décrit dès 1830 ces engorgements ganglionnaires qui naissent chez les jeunes soldats par le contact du col militaire ; il a demandé que ce col fût supprimé, et les adénopathies disparurent. On ne trouvait jamais ces adénites chez les zouaves et chez les tirailleurs, qui gardent le cou découvert.

Sir T. Longemore a constaté le même fait dans les armées anglaises.

D’autre part Poulet et Kiéner semblent avoir mis hors de doute, même pour ce genre d’adénite, leur nature tuberculeuse.

Comme nous le disiorfe à propos de l’étiologie, il •‘est probable que ces adénites sont inflammatoires à l’origine et deviennent postérieurement tuberculeuses sous l’influence de l’infection mixte.

La production d’une adénite chronique purement inflammatoire suppose une inoculation lente ou sub-

NATURE ET DIAGNOSTIC

aiguë répétée d’un agent inflammatoire et on les voit consécutives aux eczémas (Rolland), aux œdèmes chroniques dont la résorption agit comme irritant sur les ganglions qui plus tard se sclérosent (Renaut), aux crevasses des mains calleuses des ouvriers, aux irritations chroniques produites par certaines poussières ou certains liquides, à l’ostéomyélite chronique et à certaines affections articulaires.

Sur 32 observations d’ulcères et d’eczéma variqueux des jamhes, Janselme a constaté 28 fois des complications lymphatiques, 12 fois les ganglions étaient simplement hypertrophiés, 2 fois ils étaient énormes.

L’adénite a frigore est beaucoup plus suspecte, car on ne voit point ici la cause suffisante d’une inflammation chronique et le froid n’a été vraisemblablement qu’une coïncidence avec une infection bacillaire.

En somme, on devra surveiller de très près ces hypertrophies simples qui malgré leurs apparences peuvent être tuberculeuses ou tout au moins peuvent le devenir d’un moment à l’autre.

Ce qui fait, à notre avis, l’erreur des médecins qui n’acceptent qu’avec réserves la nature tuberculeuse de la plupart des adénites, c’est de voir dans leur bénignité et dans leur longue durée sans suppuration une garantie contre la tuberculose. Ne ressort-il pas de ce que nous avons dit qu’une pareille attitude n’est point incompatible avec la bacillose des ganglions? La tuberculose semble y sommeiller, elle peut y demeurer latentependant toute une existence sans se révéler.

Ch. Nélaton* a décrit des adénites subaiguës sim-

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