Marfan, Pathol, interne (Charcot, Bouchard), t. IV
PRONOSTIC
Il n’en est plus de môme chez l’adulte non scrofuleux contractant des écrouelles ; la présence de l’adénopatie tuberculeuse le met en imminence de tuberculose viscérale.
Nous n’avons eu en vue jusqu’à présent que les cas où l’adénopathie précède de peu ou accompagne la phthisie pulmonaire ; mais que dire du cas ou l’adénopathie a cessé ou est atténuée depuis des années?
Nous avons pu, dit Marfan, rassembler par nous-même ou par l’intermédiaire de nos collaborateurs dévoués •242 observations d’écrouelleux guéris. Sur ces 242 cas, la phtisie pulmonaire était absente 215 fois et elle existait 27 fois.
Ces chiffres deviennent plus intéressants encore si 1 on examine l’âge des sujets : 1“ Sur les 215 écrouelleux guéris et indemnes de phtisie pulmonaire, 193 avaient guéri avant l’âge de 10 ans, 17 entre 10 et 20 ans; 2“ Sur les 27 écrouelleux guéris et atteints de phtisie pulmonaire, un seul avait guéri à l’âge de 11 ans, 26 portaient des adénites qui avaient débuté après 20 ans, souvent en même temps, quelquefois après le début de la lésion pulmonaire.
Ainsi, si l’on considère les sujets qui ont eu des écrouelles pendant l’enfance et qui ont guéri avant l’âge de 13 ans, on trouve un phtisique sur 200; cette proportion est tout à fait remarquable si l’on songe que sur 200 individus non écrouelleux pris au hasard, on trouve, d’après les statistiques, 40 phtisiques. On peut donc en conclure que les sujets porteurs d’écrouelles développées et guéries avant 13 ans, sont indemnes de phtisie pulmo-
Mais Marfan n’admet comme vraie cette règle que chez les enfants ; les adultes écrouelleux peuvent devenir phtisiques parce que ce ne sont plus des scrofuleux.
De plus il faut pour qu’elles confèrent cette sorte d’immunité que les écrouelles soient parfaitement guéries, sans points suspects, sans croûtes au-dessous de laquelle on puisse constater ulcération et suppuration.
Formulée dans ces termes : Il est rare de voir atteintes de tuberculose pulmonaire des p,ersonnes qui durant leur enfance ont parfaitement guéri leurs écrouelles, la proposition de Marfan nous semble acceptable. Mais nous n’y pouvons voir avec l’auteur une sorte de vaccination créée par une première atteinte.
S’il nous fallait donner une explication de ce fait, nous aimerions mieux dire : Les enfants dont l’organisme a été assez puissamment reconstitué pour qu’ils aient pu, à un moment donné, se débarrasser d’une tuberculose telle que les écrouelles ont désormais fait leurs preuves et soumis à un nouveau contage, à un âge plus avancé, ils ne se laisseront généralement pas envaMr de nouveau par la voie pulmonaire.
Quand l’écrouelleux en activité est atteint de phtisie pulmonaire, sa phtisie a-t-elle des caractères particuliers? En un mot, y a-t-il une phtisie scrofuleuse?
Comparez, dit Bazin, le scrofuleux et le véritable phtisique; le poitrinaire non scrofuleux va chaque jour en se détériorant, en s’émaciant davantage, sans repos, ni trêve; la maigreur fait de continuels progrès et ne subit aucune interruption dans sa marche; le marasme est chaque jour plus prononcé qu’il ne l’était la veille.lt n’en est pas ainsi du scrofuleux poitrinaire, chez lequel l’amaigrissement a une marche saccadée, ne va en quelque sorte que
PRONOSTIC
par sauts et par bonds. Rien de plus ordinaire que de voir chez le scrofuleux la maigreur s’arrêter tout à coup après avoir fait d’abord d’assez notables progrès, l’embonpoint et les forces revenir...
Telle était également l’opinion de Morton, de Milcent, etc.
Lenteur extrême de la marche, rémissions souvent très longues, apyrexie, santé apparente malgré^ des lésions avancées, conservation de l’appétit et de l’embonpoint, tels sont les caractères qu’on a attribués à la phtisie scrofuleuse ou plutôt à la phtisie survenant chez les scrofuleux et notamment chez les adénopathiques. .
La vérité est que cette forme torpide de la phtisie pulmonaire n’appartient point en propre aux scrofuleux en puissance d’adénopathies et que chez eux la phtisie peut affecter la forme ordinaire sans aucune différence clinique.
B. Phtisie aiguë.
La granulie aiguë s’observe même au cours de l’ adénopathie tuberculeuse sans qu’il soit toujours facile d’en expliquer le mécanisme.
La granulie aiguë est même probablement assez rarement primitive, et sans accepter absolument là loi de Buhl : « chez un individu tué par une granulose miliaire, pulmonaire ou diffuse, on trouve toujours, si ce n’est dans les poumons du moins dans les ganglions lymphatiques, dans les séreuses, des foyers caséeux », il faut avouer que dans beaucoup de cas l’autopsie a révélé d’anciens foyers passés inaperçus.
..JM.........
i:i4 ADÉNOPATHIES TDSERCüLEDSES.
Le système lymphatique paraît une des voies les plus ordinaires de dissémination du bacille dans le poumon, les plèvres, etc., et à l’origine de beaucoup de tuberculoses miliaires, on trouverait vraisemblablement, en cherchant bien, une infection ganglionnaire préalable.
Mais, même dans ces cas de tuberculoses ganglionnaires où la voie lymphatique est la voie tout indiquée pour la dissémination, on surprend des cas dans lesquels l’infection généralisée a eu lieu par les vaisseaux sanguins. Tel est le cas cité partout de Dittrich, dans lequel un ganglion tuberculeux du médiastin s’ouvre dans l’aorte et amène la granulie '.