IV. — traitement général
11 a une importance énorme. On peut dire qu’il domine toute la thérapeutique des gangliophymies, et que, sans lui, toutes les interventions ne donneront que’ des résultats médiocres et momentanés. A lui seul, au contraire, il suffit souvent, surtout chez les sujets jeunes, et quand les lésions ne sont pas trop avancées, à donner des guérisons remarquables. L’adénite tuberculeuse est souvent le premier signe sensible de l’envahissement par le bacille, elle e^t un avertissement formel qu’il y a péril en la demeure, et que si l’on ne vient pas au secours de 1 économie défaillante, d’un moment à l’autre la généralisation peut se produire. Le traitement général ne doit donc jamais être négligé, et, dans la très grande majorité des cas, employé dès le début, le succès répondra à l’attente.
Les modifications qu’apportent les agents thérapeutiques sont bien peu de chose dans ce traitement général, et la substance microbicide de la tuberculose est encore à trouver. .
M. Verneuil estime que la meilleure médication est encore l’iodoforme sous toutes ses formes :
10 lodoforme en poudre comme pansement des listules et des ulcérations tuberculeuses,
2° Injections d’éther iodoformées;
3o lodoforme à l’intérieur, à la dose de 0,0o à
0,15 centigrammes, suivant l’âge.
L’usage en doit être continué indéfiniment pour prévenir les récidives.
200 ADÉNOPATHIES TUBE RCÜEEDSES.
, Tous les deux jours, on doit examiner les urines,
et, sitôt que Tiodoforme apparaît, l’usage doit en être suspendu.
Üne opération ne doit être faite que quand le pasèage de Tiodoforme a été constaté.
Gosselin (de Caen) aurait ainsi rendu réfractaire à la tuberculose expérimentale un certain nombre de cobayes. Si, au bout d’un certain temps, on cesse Tiodoformation, la tuberculose ne tarde pas à éclater.
Les iodures et les chlorures ont été également beaucoup employés, et quelques résultats paraissent affirmatifs.
jeannel recommande la formule suivante :
Eau.100 grammes
Bromure de sodium. ... 10 —
Chlorure de sodium ... 10 —
lodure de sodium. 1 à 2 gr.
Une cuillerée à café tous les jours dans du lait. Nous employons couramment, à Pen-Bron, la solution :
lodure de potassium ... 4 grammes
Eau. 250 —
Une cuillerée matin et soir, dans un vin alcoolique quelconque.
Le phosphate de chaux, le tannin, etc., jouissent d’une vieille réputation, qu’il serait peut-être hon de contrôler.
L’huile de foie de morue, dont l’action nous échappe, prise à haute dose, comme le conseillait Bazin, paraît un médicament utile ; malheureusement, il n’est pas toujours facilement digéré et, surtout Tété, empêche
l’enfant de manger, et nous préférons beaucoup voir l’enfant se nourrir abondamment et jouir d’un bon appétit.
La grosse affaire est de modifier les conditions hygiéniques mauvaises dans lesquelles vivait 1 enfant atteint d’adénopathies, et de le mettre dans un milieu favorable à sa guérison.
C’est à ce point de vue que les hôpitaux marins réalisent un très grand progrès.
L’heureuse influence de la mer pour combattre les scrofules était connue depuis bien longtemps, et dans les vieux auteurs elle est signalée maintes et maintes fois; mais le premier livre qui fut consacré aux effets de la talassothérapie date de t750, il est de Russe!*, et eut un grand retentissement. Il eut pour résultat tardif (1791) la fondation du premier hôpital marin, l’hôpital de Margate, à l’entrée de la Tamise. Il est resté l’hôpital marin le plus important d’Angleterre, qui en compte cependant-5 ou 6 autres.
L’Italie n’entra dans cette voie que la seconde, par la fondation de Viareggio, qui date de 1841.
Elle compte aujourd’hui 26 de ces hôpitaux.
Le premier en date des hôpitaux marins de France fut fondé à Cette par M"» Coraly Hinsh, devenue plus tard Armengaud; il ne comptait que 24 lits (1842 à 1846).
L’hôpital de Berck ne compta tout d’abord que 100 lits et le nom du D' Perrochaud reste attaché à sa fondation. Cet hôpital grandit peu à peu et constitua enfin le grand hôpital actuel.
1. Rdssei., De labe glandulari, sive de usu aquæ maûnæ in morbis glandularum. Oxford, 1750.
Puis vinrent successivement les hôpitaux : Rothschild à Berck, Dolfus à Cannes, le sanatorium d’Arcachon, le sanatorium de Banyuls-sur-Mer, l’asile du Cap Breton, le sanatorium de Saint-Pol-sur-Mer, etc.
L’hôpital de Pen-Bron auquel nous sommes attachés depuis sa fondation date de 1887, il ne corhpte encore que 300 lits, mais il s’accroît tous les ans et devant lui s’ouvre le plus magnifique avenir.
Ces hôpitaux, malgré leur nombre (12), sont absolument insuffisants pour le nombre d’enfants qui pourraient y combattre leurs accidents de tuberculose locale.
La tuberculose ganglionnaire est la manifestation locale tuberculeuse qui est le plus vivement influencée par le climat marin, alors que d’autres manifestations théoriquement plus atténuées encore, comme le lupus, n’en tirent qu’un petit profit.
D’après la statistique générale de notre ami Ch. Leroux ' auquel nous empruntons beaucoup, voici les résultats obtenus dans les hôpitaux marins pour les adénopathies tuberculeuses :
47,6 p. 100 de guérisons;
48,8 p. 100 d’améliorations;
7,4 p. 100 d’états stationnaires;
1,2 p. 100 de décès.
Ch. Leroux ne possédait qu’une partie de notre statistique quand il a publié son livre, la voici tout entière jusqu’à ce jour.
11 est entré à Pen-Bron :
245 enfants atteints d’adénites tuberculeuses sur
1. Ch. Leroux, Les hôpitaux marins, 1892. (Congrès de la tuberculose, 1891.)
traitement.
1130 enfants atteints d’autres manifestations. Ce nombre de 245 ne comprend que les enfants chez lesquels la manifestation ganglionnaire était prédominante et avait provoqué l’hospitalisation.
Nous avons jugé nécessaire d’intervenir chirurgicalement 45 fois :
Sur 7, par les injections d’éther iodoformées (répétées) ;
Sur 14, par le curage d’adénopathies suppurées;
Sur 21, par l’ablation aussi complète que possible;
Sur 3, par l’ouverture et la cautérisation au thermocautère.
Nous n’avons pas eu de morts.
Sur ce chiffre de 245 adénopathies ganglionnaires nous avons obtenu ;
Guérisons, 112;
Améliorations, 121;
États stationnaires, 8 ;
Morts, 4.
Remarquons qu’une des morts est survenue chez un ganglionnaire atteint en même temps de mal de Pott et d’albuminurie. Elle ne doit point être portée au compte de la gangliophymie.
Nos 121 améliorations comprennent les enfants^qui sont actuellement en traitement, au nombre de 15 et parmi les,quels il y aura certainement des guérisons , complètes.
Cette statistique serait certainement beaucoup améliorée si les malades restaient plus longtemps à 1 hôpital. Ils sont malheureusement réclamés trop tôt par leurs parents, ou par les communes qui les y ont
envoyés comme enfants assistés, bien avant leur guérison complète.
Vidal (d’Hyères) préfère au traitement prolongé le traitement intermittent; il a cru remarquer qu’au bout d’un temps variable, quelque mois généralement, les enfants cessaient de profiter de l’air marin et maigrissaient; il conseille alors de les renvoyer pour les reprendre ensuite. Ce traitement saccadé lui aurait donné de meilleurs résultats.
■ Nous ne pouvons être de cet avis. 11 est évident que le poids de l’enfant ne peut indéfiniment s’accroître; il est évident de même que c’est surtout pendant les premiers mois que l’amélioration sera saisissante, mais nous nous déclarons partisan du séjour très prolongé.
La durée en sera variable suivant chaque individu, mais ce qui est très important, c’est de garder l’enfant quelque temps encore après la guérison confirmée. Il ne s’agit pas en effet seulement pour lui d’être guéri de sa manifestation tuberculeuse, mais encore de ne pas retomber sitôt qu’il sera rendu à sa famille.
Quand il s’agit d’un enfant riche nous ne voyons pas d’inconvénients à le renvoyer pendant les mois d’hiver chez ses parents où il trouvera confort, bonne nourriture, chambre vaste et ensoleillée; mais nos petits malades pauvres retombent dans une rue ou une cour humide ou- dans le préau d’un hôpital de grande ville et, mal nourris, mal soignés, ils perdent en peu de temps tout le bénéfice de leur séjour à la mer.
L’enfant riche, par contre, a beaucoup moins à attendre du traitement général, et le fait d’avoir succombé à l’infection, alors qu’il était dans les meilleures con-
TRAITEMENT
ditions hygiéniques, prouve son peu de résistance organique. On devra donc plus vite chez lui recourir à l’intervention chirurgicale soutenue par le traitement marin.
Le séjour prolongé à la mer peut éviter au ganglionnairel’intervention chirurgicale ; mais quand les lésions sont trop avancées ou tardent trop à guérir, on est obligé quand même d’y recourir.
Le traitement marin est alors merveilleux comme traitement post-opératoire; il préviendra les récidives et mettral’économie en mesure de résister victorieusement désormais contre des manifestations nouvelles.
11 n’y a qu’une contre-indication à la thalassothérapie, mais elle est formelle, c’est la coexistence de la tuberculose pulmonaire. Le règlement de Pen-Bron s’oppose d’ailleurs à l’admission de ces malades. M. le D” Kerguistel, médecin résident de Pen-Bron, qui exerce dans le pays, nous confirme la nécessité de cette mesure; les pneumophymies marchent très vite, selon lui, dans ce milieu marin. Ce qui est vrai pour Pen-Bron ne l’est peut-être pas autant pour certaines stations très abritées, comme Arcachon ou certaines plages de la Méditerranée.
Le véritable agent delà cure marine, c’est l’air marin; mais il ne faut pas négliger non plus les bains de mer qui activent les fonctions de la peau, excitent l’appétit et sont tout à fait indiqués chez les ganglionnaires, alors que les pottiques et les coxalgiques en seront privés. Les bains froids à la lame et pour les petits dans une anse abritée sont excellents; 1 hiver, ils seront dans nos climats forcément remplacés par les bains de mer chauffés.
Gazin écrivait en 1885 dans son livre sur les hôpitaux marins :
Pour nous, nous préférerions, pour certains cas nécessitant la production d’une excitation vive, le traitement par les eaux mères des marais salants aux bains d’eaux mères de Salins, de Kreuznach, etc., à condition que ces marais soient dans un bon état d’entretien.
Ainsi nous serions heureux de voir créer une installation spéciale dans nos salines de l’Ouest h
Ce vœu est rempli par la fondation de Pen-Bron.
Pour nous, et notre opinion sera probablement partagée, nous avons bien plus confiance pour la guérison des adénopathies tuberculeuses dans l’air marin luimême, dans le séjour prolongé au bord de l’Océan que dans les eaux chlorurées si puissamment minéralisées qu’elles soient; mais il y a dans les eaux mères une ressource qui n’est pas négligeable.
Les eaux mères de Pen-Bron se rapprochent beaucoup de,celles de Salies-de-Béarn ou de Biarritz, elles ne le cèdent en rien aux eaux salines de Salins ou de Kreuznach.
Voici leur analyse (laboratoire du professeur Andouard de l’École de médecine de Nantes).
Groupement hypothétique.
Densité 1,229 à la température de 12°.
Un litre de ces eaux mères contient :
1. Gazin, De l'influence des bains de mer sur la scrofule des enfants, 1885, p. 88.
TRAITEMENT. 207
Gr. c.
Chlorure de sodium. 266 30
magnésium. ....... 48 13
calcium.. 12 06
Sulfate de sodium.. 25 H
— magnésium. 27 43
— calcium. 9 24
— potassium .. 8 50
Sels non dosés. 23 71
Total. ... 420 50
Les eaux mères dont nous nous servons no sont point recueillies dans le marais lui-même, dans V œillet. Ces eaux sont impures, elles contiennent des poussières et des matières organiques.
Les eaux mères proviennent d’une autre source, des raffineries de sel. Deux usines de ce genre existent au Groisic, et chacune d’elles comprend deux exploitations bien distinctes.
Dans l’une se fait la préparation du gros sel, sel gris, sel de cuisine, que l’on trouve dans le commerce, en cristaux volumineux. Ce sel s’obtient par le lavage à froid, dans de l’eau de mer qui a été saturée artificiellement de chlorure de sodium. Cette eau traverse successivement plusieurs cuves, que 1 on remplit en partie de sel vierge qui arrive directement du marais salant. Au moyen de pelles avec lesquelles on lui fait subir, en l’agitant, un lavage dans ces réservoirs, ce sel vierge est débarrassé des impuretés qu’il contient. Puis il est retiré des cuves et livré au commerce. Les eaux saturées qui ont servi à le laver, étant chargées de matières étrangères, sont jetées.
Ce n’est donc pas la préparation du sel gris ou gros sel, qui n’est en somme qu’un, lavage à froid dans
l’eau de mer saturée, qui fournit les véritables eaux mères.
Dans l’autre est préparé le sel blanc, le sel fin ou sel raffiné, que l’on sert à table. Les eaux mères sont le résidu du traitement spécial que subit le sel gris pour passer à l’état de sel blanc.
Pour obtenir ce sel blanc, on prend de l’eau de mer dans laquelle on fait fondre jusqu’à saturation du sel gris lavé. Cette eau est filtrée dans des retailles de bonnes éponges et y abandonne les matières étrangères qu’elle contient encore; puis elle est versée dans une large chaudière métallique, plate, carrée, de 6 à 8 mètres de côté et de 0“,60 à 0“,80 de profondeur, sous laquelle est disposé un fourneau. Alors on fait bouillir le contenu de la chaudière. Cette ébullition fait évaporer une grande partie de l’eau chauffée. Le chlorure de sodium dont elle est saturée, se trouvant en excès, se dépose au fond de la cuve, sous forme de sel blanc, qui est ratissé et mis en tas sur l’un des bords de la chaudière. C’est le sel raffiné, le sel pur, le sel blanc, ou sel fin, ou sel de table, qui se présentesous la forme de très petits cristaux.
Les eaux qui restent au fond de la cuve sont les eaux mères, résidu de l’opération. Elles sont légèrement filantes et de teinte jaunâtre. Ce sont ces eaux que nous employons à Pen-Bron pour le traitement de nos malades. Pures, elles sont légèrement caustiques. Leur composition exacte a été déterminée par l’analyse du professeur Andouard, que l’on trouve cidessus.
Ces eaux mères ne sont jamais employées pures, mais mélangées avec de l’eau de mer dans la propor-
TRAITEMENT
tion de 10, 15, 20 litres pour un bain d’enfant avec doses progressives, car elles provoquent quelquefois sur la peau des scrofuleux des éruptions et même de légères excoriations qu’on doit éviter.
Sous l’influence du traitement marin, le scrofuleux perd son aspect blafard et bouffi ; la peau brunit et prend un aspect normal; les excoriations de l’enveloppe cutanée, impétigo, eczéma, blépharites se guérissent, l’appétit renaît. Les enfants retrouvent une activité et une vigueur qu’ils avaient perdues depuis longtemps;l’appétit renaît et l’on assiste à une transformation qui étonne les parents quand ils revoient leurs enfants au bout de quelques mois.
Le traitement marin donne donc, de l’avis général, de très beaux résultats chez les scrofuleux. Il y a bien quelques avis dissidents, mais les insuccès qu’a signalés Iscovesco ne prouvent qu’une chose, c’estque certains enfants sont envoyés trop tard pour pouvoir en profiter. C’est dès le début, à l’apparition des premières adénopathies, qu’il faudrait agir sans attendre des lésions qui ne pourront plus disparaître sans l’aide du chirurgien.
Les stations thermales qui ont été préconisées par quelques-uns ne paraissent pas donner des résultats analogues.
Biarritz cependant, qui joint de remarquables eaux mères au climat marin, est très recommandable.
Salies-de-Béarn a donné d’excellents résultats par ses seules eaux en l’absence du climat marin dans les adénopathies suppurées; un de nos amis, médecin très distingué, atteint d’adénopathies axillaires suppurées opérées jadis par Bouilly et récidivées, leur
210 adénopathies TUnERCULEUSES.
doit la guérison durable dont il jouit depuis dix ans.
Dans un rapport tout récent les médecins ' du sanatorium de cette station écrivent :
Salies-de-Béarn guérit complètement 83 p. 100 des enfants atteints d’affections scrofuleuses ou tuberculeuses des glandes lymphatiques, des yeux, du péritoine ou de la peau; il en améliore notablement 12 p. 100 qui tous guérissent en prolongeant le traitement.
Rochard^, dans un travail déjà ancien, donne pour résultats :
A Barèges : 41 p. 100 d’insuccès; 38p. 100 de guérisons ; 20 p. 100 d’améliorations.
A Bourbonne-les-Bains : 11,5 p. 100 de guérisons; 58,5p. 100 d’améliorations; 31 p. 100 d’insuccès.
La meilleure station thermale serait Bourbon-l’Archanibault, qui donnerait 72 p. 100 de succès.
Au traitement marin il faut joindre une nourriture abondante et variée, l’exercice modéré n’allant pas jusqu’à la fatigue et surtout la vie au dehors. Les enfants doivent jouer toute la journée sur la plage et ne rentrer chez eux ou dans les dortoirs que pour manger ou se coucher.