‹ Adolph MonodChapitre 1 sur 143 · Adolph Monod · texte numérisé non relu

Adolph Monod

Tout en Christ, par le Saint-Esprit , pour la gloire de Dieu. Tout, le reste n'est rien !

Il ne faut pas chercher dans les pages qui suivent une biographie proprement dite. Eussionsnous même le désir de la donner au public, un scrupule légitime nous retiendrait : Adolphe Monod lui-même, pendant sa dernière maladie, avait engagé ceux qui l'entouraient à ne pas l'écrire. Non qu'il entendit le leur défendre ; mais sa vie pensait-il ne présentait pas d'événements assez saillants pour oifrir la matière d'une biographie. Notre but a donc été simplement de recueillir et de grouper quelques souvenirs de sa vie, propres à fixer son image, et nécessaires à l'intelligence de sa correspondance, en le laissant parler lui-même, autant que possible. Pour ceux qui ne l'ont connu qu'en chaire ou par ses écrits, il y aura, nous l'espérons, plus qu'un intérêt de curiosité et d'affection à le voir dans la vie de chaque jour. Il est bienfai-

sant, d'ailleurs, de considérer dans leur vie intime, des hommes d'un caractère tel que le sien, qui grandit à mesure que nous pouvons l'observer de plus près, ou plutôt à mesure que nous savons mieux discerner l'unique source où il puisait la force de son éloquence, aussi bien que l'humilité et la charité qui devinrent les traits distinctifs de son caractère chrétien. 11 est utile aussi, et particulièrement peut-être de notre temps, pour des âmes travaillées, comme le fut la sienne pendant bien des années, par le sentiment du péché, et par un immense besoin de pardon et de sainteté, de voir comment Dieu se servit de toutes ses souffrances morales et de ses luttes intérieures pour l'amener à chercher dans sa Parole seule la vérité, avec cette simplicité d'enfant et ce cœur sans fraude, qui lui étaient si sympathiques dans la personne des autres, et pour le jeter au pied de la croix de Jésus-Christ, où il demeura jusqu'à la fin de sa vie. C'est véritablement de là qu'il prêchait à «son petit troupeau», comme il se plaisait à l'appeler, la vie crucifiée qu'il recherchait pour lui-même :

«J'ai prêché beaucoup, disait-il dans sa dernière maladie, la vie crucifiée, et la nécessité d'y entrer. Mais si je remontais dans la chaire chrétienne, je la

prêcherais encore beaucoup plus. Remarquons cette parole : Celui qui ne renonce pas à tout ce qiïil a, ne peut être mon disciple, pour que nous ne soyons pas de ceux qui sont chrétiens par la profession, par la vie, par une conduite irréprochable, mais qui ne connaissent rien de la vie de sacrifice et de renoncement.))

Cependant, pour respecter vraiment sa mémoire et entrer dans l'esprit qui l'animait lui-même, ce n'est point la gloire de l'homme que nous voulons exalter ; mais plutôt, par le simple récit de ce que Dieu a fait en lui, pour lui et par lui, rendre témoignage à la fidélité de Dieu , et donner gloire à sa bonté ; en rappelant ces paroles qu'il adressait aux siens quelques jours avant de les quitter : « Je recommande qu'on n'ait pas d'idolâtrie pour ma mémoire; je veux dire qu'on fasse les choses non parce que je les aurais faites, mais parce qu'elles sont bonnes devant Dieu. — Ne pensez jamais à moi sans que ma pensée éveille en vous celle de Dieu. »

Parmi des notes de prédication écrites quelques années avant sa mort, et jetées au courant de la plume , on lit ces mots : « On me dit que je parle bien : que m'importe? Demain je serai couché

dans le tombeau. Quel avantage aurai-je alors d'avoir bien parlé? Heureux si l'on peut dire de moi : Il a servi son Maître ; il est mort à la peine, s'effaçant et glorifiant Dieu. De l'éloge? Ne m'en parlez plus! N'en parlez pas seulement entre vous : songez seulement à ce que je vous dis, et sauvezvous! Déjà, touchant à mon demi-siècle, je sens ma voix s'éteindre et mon imagination se refroidir ; mais plus que jamais j'ai à cœur de faire l'œuvre de Dieu, durant le peu de temps et avec le peu de forces qui me demeurent ! »

Notre plan est tout indiqué : nous parcourrons successivement, et autant que possible au moyen même de sa correspondance, les diverses époques de sa vie, dans ses années de jeunesse, et avant sa conversion, à Naples ; puis dans les trois périodes entre lesquelles son ministère s'est partagé : Lyon, Montauban, Paris. L'inconvénient que pourrait avoir ce plan au point de vue de la composition ou des proportions littéraires nous semble plus que racheté par la certitude d'avoir sa propre pensée sur les principaux événements de sa vie. C'est ainsi que l'histoire de son ministère à Lyon, par le fait même des difficultés qu'il y rencontra, et de la fondation de l'Eglise évangélique, occupera une place

plus considérable que celle de son paisible séjour à Montauban. Pour le groupement des lettres nous avons choisi l'ordre chronologique, qui, en étant le plus simple et le plus historique, est aussi celui qui nous permet de suivre le plus sûrement le développement de sa pensée chrétienne et de sa vie religieuse. Enfin nous avons réuni sous le titre d'Appendice un certain nombre de lettres, qui nous ont été confiées pour la publication, à la condition de n'en faire connaître ni le destinataire, ni les dates, et quelques courts fragments, empruntés pour la plupart à sa correspondance.

Notre intention n'est pas de nous étendre sur ses écrits et sur sa prédication, pas plus que de juger ou d'apprécier sa conduite et ses principes ecclésiastiques, choses qui rentreraient dans le cadre d'une biographie ordinaire. Ce qu'il y a à dire à ce sujet, nous l'entendrons de lui-même. Et ici nous sommes pleinement d'accord avec M. le professeur Pédézert écrivant: « Il mérite d'être considéré à part et pour lui-même; mais un seul homme pourrait parler de lui comme il convient, et ce serait lui1. »

1 Adolphe Monod, Étude d'Éloquence religieuse, par J. Pédézert,ip. 36. Nous sommes heureux, parmi les travaux les plus récents, de mentionner ce beau travail ; comme aussi la

Une parfaile sincérité nous a fait un devoir de ne pas exclure de notre recueil telles lettres qui pourraient sinon sembler contradictoires, du moins indiquer certaines modifications dans les vues ou la pensée de leur auteur. Ces modifications elles-mêmes ne font-elles pas partie de son histoire morale ? et n'a-t-il pas été le premier à reconnaître que ses idées, ou la forme dont il croyait devoir les revêtir, ont pu changer sur tel ou tel point, bien qu'on ait parfois exagéré ces modifications ?

D'autre part, on nous pardonnera de ne pas craindre de temps à autre de mentionner quelques détails intimes ou familiers. S'il fallait une excuse, nous la trouverions dans la dédicace même de ce volume aux petits-enfants d'Adolphe Monod, dont aucun n'a eu le privilège de connaître son grandpère. Heureux si, en nous effaçant pour faire revivre devant eux cette austère, tendre et sainte figure, nous pouvions leur communiquer quelque étincelle de son amour pour la vérité, de son zèle pour le salut des âmes et pour la gloire de Dieu! Recueillons encore ces paroles, tracées par lui en tête d'un

chaleureuse Etude que lui consacre M. Edmond de Pressensé, dans ses Etudes contemporaines; — à tels jugements de laquelle cependant nous ne pourrions souscrire sans réserve.

ADOLPHE MOÏSOD XIII

de ses discours, et qui sont comme la clef de son ministère et de sa vie. « 0 mon Dieu Sauveur, assiste-moi, pour ta gloire, et pour l'honneur de ton saint Fils Jésus ! Mon cœur, mon esprit, mon âme, mon corps, ma voix, ma plume, je mets tout sous ta garde et à ta seule disposition ! »

Page 1