A M. CHARLES BOUVIER
tempéraments, et le besoin que nous avions d'une délivrance commune, qui m'a déjà été accordée, et qui pour vous est encore en réserve. Un jour, c'était le 21 juillet 1827, me promenant dans les rues de Naples, accablé comme toujours par une mélancolie sans consolation, je me dis tout d'un coup : d'autres ont été tristes avant toi ; ils ont trouvé la paix dans l'Évangile. Pourquoi ne l'y trouverais-tu pas? Sous l'impression de cette pensée, je rentrai chez moi, je me jetai a genoux, et je priai comme je n'avais encore prié de ma vie. A partir de ce jour, une vie intérieure nouvelle commença pour moi : non que ma mélancolie eût disparu ; mais elle avait perdu son aiguillon. L'espérance était entrée dans mon cœur, et une fois engagé dans cette voie, le Dieu de Jésus-Christ, auquel je venais d'apprendre à me confier, a fait peu à peu le reste. Il ne m'est demeuré sous la croix de Jésus-Christ qu'une teinte générale de tristesse, que les douleurs que j'endure aujourd'hui et la perspective de la mort achèvent enfin de dissiper. Vous pouvez m'en croire, mon bon ami : ce ne sont pas des arguments nouveaux, ni des objections résolues, qui m'ont donné cette direction salutaire. Mais sentant au fond du cœur que j'étais malheureux sans ressource, je me suis jeté, sans raisonnement ni réserve, entre les bras d'un Dieu d'amour, que l'Évangile me révélait, et que devinait d'ailleurs, au dedans de moi, un sentiment intime dont j'étais aussi sur que de mon existence.
Oh! si ces quelques lignes d'un ami qui s'en va, et que votre amitié fidèle accompagne, pouvaient être pour vous ce que fut pour moi le soleil du 21 juillet 1827! Qui est-ce qui avait donné à une pensée qui m'était venue cent fois, une vertu nouvelle de persuasion? C'était Dieu, le bon Dieu; c'était son Esprit, parlant à mon cœur au jour qu'il avait choisi, après m'avoir laissé languir assez longtemps pour me rendre capable d'apprécier sa délivrance. Si cet Esprit vous parle à votre tour, en lisant ces lignes d'un tendre adieu, ne repoussez pas sa voix, ne vous défiez pas, confiez-vous ! N'ayez pas honte de répandre devant lui votre cœur, dans le secret de votre cabinet, ou dans une promenade solitaire ; je vous dis que vous le trouverez, qu'il relèvera votre esprit abattu, qu'il y répandra une force nouvelle ; et qu'après avoir employé activement, utilement et heureusement, les jours qui vous sont encore comptés, vous vous en irez, quand votre heure sera venue, rempli de cette paix que je goûte aujourd'hui. Alors, après avoir donné votre première pensée à ce Sauveur qui vous aura racheté par son sang, vous réserverez aussi une petite place à un ami qui vous a peu connu, mais qui vous a beaucoup aimé, et dont le bonheur s'accroîtra du vôtre. // reste un repos pour le peuple de Dieu. C'est là que vous donne rendezvous un pauvre pécheur sauvé par pure grâce, et qui, jusqu'au dernier souffle, ramassera ce qui lui