LE TEMPS EST COURT
plus et ne veut plus nous exaucer. Je crie, et tu ne réponds point ; de nuit, et je ne cesse point. Eh bien ! que doit faire alors l'âme fidèle? Quoi qu'il en soit, il ne faut point se lasser ; et quand même nous ne pourrions que crier du matin au soir et du soir au matin : Jésus, Fils de David, aie pitié de moi! ce serait encore une prière qui serait agréable, et très agréable à Dieu. Il y a une certaine douceur, pour l'âme fidèle, à souffrir tellement qu'il lui semble qu'elle ne peut souffrir davantage, bien qu'il y en ait qui souffrent davantage, et beaucoup, — parce que nous pouvons alors mieux sympathiser avec ceux qui souffrent. C'est la satisfaction d'un sentiment de justice. Il n'est personne de nous qui n'ait ressenti un certain malaise, lorsque, au milieu du bien-être et de la santé, il a été conduit vers quelqu'un qui souffrait cruellement. Nous nous sommes alors reproché en quelque sorte le bien-être dont nous jouissions ; tandis que si nous avons souffert nous-mêmes, nous avons l'occasion de montrer la réalité de ce que nous avons prêché aux autres. Si nous pouvions aller par exemple vers un homme comme Job, nous lui dirions : Tu vois, mon frère, j'étais sincère quand je t'exhortais ; me voici réduit au même état que toi ; soutenons-nous mutuellement. — Après tout, le temps est court ; la fin vient; les voiles seront levés, la foi couronnée, Jésus glorifié. Un jour passe après un jour, et une nuit après une nuit, en attendant ce dernier jour ou
-442 ADOLPHE MOxNOD 1855
cette dernière nuit où le filet sera rompu, et où l'oiseau reprendra sa liberté, jettera auprès de lui, d'un même coup, toutes ses entraves, tous ses maux, toutes ses peines, à la vue de ceux qui l'aiment , et qui le verront avec bonheur planer, jusqu'à ce qu'il disparaisse à leurs yeux, pour entrer dans une région de liberté et de paix, où ils le verront entrer avec joie, et où ils iront le rejoindre pour la réunion éternelle. Patience ! patience ! donnons gloire à Dieu !
20 Décembre. — H y a une chose, parmi tant d'autres, qui me paraît particulièrement digne de nous toucher dans la Passion de notre Seigneur : c'est l'empire de piété et de charité qu'il conserve sur lui-même jusque dans les plus affreuses douleurs. Il réalise dans sa plénitude cette exhortation qu'il adressait à ses disciples : Possédez vos âmes par la patience. Nous le voyons d'abord en Gethsémané, dans son affreux combat, saisir l'occasion qui se présente de donner à ses apôtres une leçon bien précieuse , un avertissement bien salutaire : Veillez et priez, de peur que vous n'entriez en tentation; car V esprit est prompt, mais la chair est faible, — en même temps que nous le voyons parfaitement maître de lui-même pour prier Dieu, dans ce paroxysme de douleur. Et au sortir de là, il est parfaitement préparé pour l'œuvre qu'il doit accomplir. Et puis, ce qui est encore plus admirable, sur la croix il con-