LA VIE CRUCIFIÉE
serve toute sa liberté pour prier et pour aimer. Figurez-vous ce que c'est qu'un crucifié qui dans son agonie a assez de liberté pour prier, non seulement pour lui, mais pour ses bourreaux ! Ses douleurs ne nuisent en rien à son œuvre, et cela dans une souffrance dont nous ne voyons que l'extérieur, mais qui renferme des trésors d'exquise agonie, dont nous ne pouvons nous faire aucune idée.
11 Décembre. — Communion de famille. Je veux, non pas parler, je ne le pourrais pas, mais appeler comme du sein du tombeau, où j'ai déjà la moitié de mon être, votre attention sur cette parole de Jésus-Christ, qui se rattache, profondément, quoique indirectement, à la communion : Si quelqu'un ne renonce pas à tout ce quil a, et ne charge pas chaque jour sa croix, et ne me suit pas s il ne peut être mon disciple. J'ai prêché beaucoup la vie crucifiée et la nécessité d'y entrer ; mais si je remontais dans la chaire chrétienne, je la prêcherais encore beaucoup plus. Il est arrivé dans notre Réveil ce qui est arrivé dans tous les réveils, c'est qu'après avoir été très vivants au commencement, parce qu'ils sont peu nombreux, ils le sont moins, a mesure qu'ils le deviennent davantage, et perdent en profondeur ce qu'ils gagnent en étendue. Qu'il n'en soit pas ainsi de nous. Remarquons cette parole : Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il a, ne peut être mon disciple ; pour que nous ne soyons pas de ceux qui
sont chrétiens par la profession, par la vie, par une conduite irréprochable, mais qui ne connaissent rien de la vie de sacrifice et de renoncement. — Que m'en coûte-t-il d'être chrétien? Où sont mes sacrifices? Où sont mes travaux personnels? Voilà des questions que l'âme chrétienne doit se poser chaque jour, et ne pas se contenter qu'elle n'ait trouvé une réponse satisfaisante. Je vous conjure, par le sang de Jésus-Christ, de méditer sur ce passage (Luc XIV, 27, 33) et de le graver profondément et tout de nouveau dans vos cœurs. Si j'avais eu une vie plus crucifiée, peut-être supporterais-je plus facilement mes douleurs d'aujourd'hui. Peut-être même alors Dieu eût-il pu m'épargner la croix sur laquelle je suis maintenant. Mais il a voulu vous donner à tous un avertissement salutaire dans l'un d'entre nous, ce qu'il a bien pu faire sans blesser sa miséricorde, puisque votre instruction est mon privilège. Il a en quelque sorte rassemblé en quelques mois ce que j'aurais dû endurer de croix dans toute ma carrière chrétienne ; et par là, tout en suppléant à ce qui m'a manqué à cet égard, il vous dit à vous : Prenez garde qu'il ne vous arrive quelque chose de semblable, si vous n'entrez volontairement dans la vie crucifiée. Si au contraire vous y entrez, Dieu pourra vous épargner, et vous éprouverez ainsi la vérité de cette parole : Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés par le Seigneur. 0 mes amis ! que mes épreuves vous soient