RECUEILLI DANS LE SEIN DE DIEU
dans le moment même où il me faisait le mieux sentir mon indignité, disait-il quelques jours avant. Je suis comblé des dons de Dieu et des hommes , et mon dernier souffle s'éteindra dans l'action de grâces. — J'ai toujours pensé que le moment où je cesserais de parler serait aussi celui ou je cesserais de vivre.
C'était « la fin de son ministère » ; ses souffrances se prolongèrent encore quelques jours, en se compliquant d'une faiblesse croissante, qui l'empêchait le plus souvent de parler, et lui causait des moments de grande angoisse : « Cette oppression est toute physique, disait-il dans un de ces moments, Dieu n'en est pas moins avec moi. Je l'attends, dans la foi de Jésus-Christ et du Saint-Esprit. »
J^e dimanche suivant, avant l'heure ordinaire de son service, il entrait dans son repos.
Tout attendue que fut la nouvelle de sa mort, elle n'en causa pas moins une émotion profonde. Chaque dimanche, depuis plusieurs mois, dans tous les temples, l'Eglise de Paris priait pour le pasteur malade. Ce jour-là, lorsque les pasteurs officiants annoncèrent du haut de la chaire qu'il était mourant, un douloureux frémissement saisit les auditeurs. Des prières plus ferventes encore que de coutume s'élevèrent de tous les cœurs : à ce moment même il était recueilli dans le sein de Dieu, « porté
comme il l'avait souvent exprimé lui-même, sur les prières de son peuple. »
« Tout en Christ, par le Saint-Esprit, pour la gloire de Dieu. Tout le reste n'est rien ! » disait-il dans un jour de grandes souffrances. Gomme on sentait la vérité de ces paroles autour de ce lit de mort ! Une telle mort n'est pas une défaite, mais une délivrance et une victoire, selon cette parole de l'Écriture, que sa veuve choisit pour la faire inscrire sur sa tombe : La mort a été détruite par la victoire (I Cor. XV, 54).
Ce fut un deuil profond, auquel s'associèrent toutes les Églises, sans distinction de dénomination ni de parti. La fermeté avec laquelle il avait toujours défendu les principes évangéliques n'avait ,nui en rien à la largeur de son cœur aimant, et l'on peut dire que s'il eut des adversaires ecclésiastiques, il n'eut jamais d'ennemis.
Un solennel hommage lui fut rendu le jour de ses funérailles : « La cérémonie funèbre a eu lieu le mardi 8 avril. Jamais témoignage plus éclatant ni plus cordialement sympathique n'a été rendu en pareille circonstance à un pasteur décédé. Malgré une pluie torrentielle, plus de mille personnes appartenant à toutes les classes de la société se pressaient dans la maison mortuaire et dans la rue où elle est située : plus de cent voitures pleines de monde, et