FUNERAILLES
de nombreux piétons ont suivi jusqu'au cimetière la dépouille de celui que tous aimaient et respectaient. Des femmes même en grand nombre, bravant la pluie et la boue, entouraient le tombeau, et l'on sentait que tous les cœurs étaient à l'unisson, et que la famille d'Adolphe Monod n'était pas seule à le pleurer. Tous les pasteurs des deux Églises officielles de Paris et des environs, au nombre d'une trentaine, en robe, et tous les pasteurs des Églises indépendantes assistaient au convoi, à la tête duquel était M. Juillerat, président du Consistoire. Au cimetière, M. Juillerat a prononcé des paroles de foi et de vie; M. le pasteur président Cuvier, a parlé au nom de l'Église de la Confession d'Augsbourg; M. Grand- Pierre a rendu après lui témoignage à la foi, au caractère et à la vie du défunt. M. E. de Pressensé a aussi parlé au nom des chrétiens indépendants, qui tous étaient pénétrés d'affection et de respect pour lui; et enfin M. Frédéric Monod, son frère, a parlé au nom de la famille, si douloureusement frappée dans un de ses membres les plus tendrement aimés. Un autre de ses frères, 31. Guillaume Monod, avait lu la Parole de Dieu, parlé et prié à la maison mortuaire, avant le départ i.
« Que Dieu nous donne sa foi! disait son frère Frédéric, en terminant son allocution ; que Dieu nous donne sa vie ! que Dieu nous donne sa mort ! Nul
1 Archives du Christianisme, 12 avril 1856.
472 ADOLPHE MOSOD 1856
n'est exclu de ces grâces excellentes ; elles seront données à quiconque en sentira le besoin, et les demandera à ce Dieu Sauveur qui nous dit à tous : Demandez et il vous sera donné; cherchez et vous trouverez; heurtez et il vous sera ouvert... »
Prêchant aux jours de sa plus grande puissance oratoire sur cette parole de saint Paul : Pour moi, vivre, cest Christ, et mourir, cest gain, Adolphe Mouod montrait l'apôtre embarrassé de choisir entre la vie et la mort, non comme entre « deux maux, à l'un ou à l'autre desquels il faut se résigner, » mais comme entre « deux biens dont il ne peut jouir à la fois et entre lesquels il est incertain lequel des deux est le plus désirable. » — Quelle autre parole, en arrivant au terme de sa propre vie, chercherions-nous qui s'appliquât mieux à lui-même?
C'est dans les jours les plus heureux, les plus bénis, disait-il, que saint Paul éprouve cet embarras; et c'est la plénitude de la vie qu'il trouve en Jésus-Christ, qui seule fait flotter sa préférence. 11 songe à Jésus-Christ, qui a son premier amour; il souhaite de l'aimer sans empêchement, en le contemplant sans voile; il voit tout ce qu'oppose d'obstacles à ce saint désir, la terre et la vie présente, et il souhaite de mourir, seulement parce que la mort doit le faire entrer dans une communion étroite, complète, constante, avec son Sauveur. Mais, le