‹ Adolph MonodChapitre 18 sur 143 · A M. BOUVIER · texte numérisé non relu

A M. BOUVIER

de Jésus-Christ, de l'amour que nous lui devons, de son exemple, de sa Rédemption si incompréhensible, mais si clairement et si fréquemment enseignée dans le Nouveau Testament : — En toutes ces choses, le christianisme du plus grand nombre des membres de la Compagnie ne me satisfait pas entièrement; — il est vrai que les pasteurs dont je parle traitent quelquefois ces sujets en chaire; mais alors même, c'est plutôt comme une sorte de concession qu'ils font à l'orthodoxie que comme des choses qu'ils s'appliquent et qu'ils veulent appliquer à leurs auditeurs; et ils semblent avouer certains dogmes plutôt que de les sentir. Le défaut de l'orthodoxie me paraît consister surtout en ce qu'elle oublie ce que le christianisme a de commun avec les autres systèmes religieux, pour s'attacher exclusivement à ses dogmes caractéristiques; Malan et Gaussen me font l'effet d'avoir toujours peur de n'être pas assez éloignés de ceux qui ne sont pas chrétiens ou qui ne le sont qu'imparfaitement : — la Compagnie me semble être tombée précisément dans le défaut opposé. Je ne blâme ni les uns ni les autres; les deux partis s'excusent mutuellement, parce qu'un excès en crée un autre ; et d'ailleurs les deux partis renferment des hommes pour lesquels je suis plein de respect et d'admiration. Mais je bénirai le ciel si je vois s'établir à Genève une espèce de système moyen, dont je crois que Genève a besoin et que

même l'esprit public semble appeler. C'est vous et vos amis qui aurez opéré cette réforme; — et ceux qui auront eu la gloire de donner l'exemple sont Thouron fils et Ramu, comme prédicateurs ; et surtout Cellérier fils, comme professeur. Je vous prie de me dire si vous êtes d'accord avec moi sur le sujet dont je viens de vous écrire: mais ayez soin de ne rien dire qui puisse faire de la peine à mon père ; il aime la Compagnie de cœur, et il est susceptible pour elle, lui qui ne l'est jamais pour lui-même.

Je vous trouve heureux d'être forcé de vous occuper de prédication; pour moi du moins, je ne puis travailler, surtout à la composition, que lorsque j'y suis obligé; aussi ne fais-je rien; et j'ai fini par abandonner un sermon que j'avais commencé et qui ne faisait que m'attrister et me désespérer. Cette difficulté m'effraye. Je suis désolé aussi de la peine que j'ai à improviser. J'en ai fait quelque exercice depuis que je suis à Paris, et de la manière la plus facile: je suis chargé de faire le culte domestique du matin dans ma famille; je lis un chapitre, quelquefois j'en donne quelques courtes explications; et puis je fais une prière, tantôt improvisée, tantôt un peu préparée. Croiriez-vous que je ne suis pas encore parvenu à faire cette prière avec assez de facilité, pour être tout entier au sentiment qui doit animer une prière; j'ai toujours le sentiment de la difficulté et je ne suis point à mon

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