SÉJOUR A PLOMBIÈRES
avec l'Eglise des premiers temps, c'était sa pauvreté. A part un fort petit nombre de personnes aisées, la plupart des membres du troupeau ne pouvaient guère la soutenir que de leurs prières et de leur bonne volonté personnelle : il fallut chercher au dehors les ressources matérielles et nécessaires. Dès 1833, Adolphe Monod publia un Appel aux chrétiens de France et de V Etranger en faveur de l'Eglise évangélique de Lyon, qui est un historique fort intéressant dans sa brièveté, de la fondation de l'Église. C'était bien la vie de la foi, au jour le jour, dans la dépendance du Père céleste, qui sait bien qu'on a besoin de ces choses, et qui les accordait, à mesure du besoin, à la prière de la foi. Plus tard on aimait à se rappeler le temps où la délivrance de Dieu était survenue, dans des moments de grande détresse. Sur l'heure même, on était parfois bien angoissé, on s'ingéniait à réduire les dépenses de la vie au strict nécessaire, qu'on ne pouvait pas même toujours s'accorder.
Tant de soins, de soucis, de responsabilités, altérèrent la santé d'Adolphe Monod, et nous le voyons à plus d'une reprise, obligé de se rendre aux eaux de Plombières, pour y chercher des forces nouvelles. Ces séjours étaient pour lui, comme les moindres courses, des occasions d'évangélisation ; c'était aussi un temps de retraite et de recueillement, pendant lequel il ne cessait pas de porter sur son cœur le troupeau que Dieu lui avait confié. Quelques
lettres, adressées à son Église pendant ces absences, nous le montrent sans cesse préoccupé de sa prospérité intérieure et spirituelle.
Citons ici quelques fragments de son journal et de sa correspondance particulière de cette époque.
Plombières, 20 Juillet 1833. — ...Gomment tirer l'Église de sa langueur au dedans, de son inactivité au dehors? Agir sur une échelle plus étendue, crier à haute voix, réveiller la population, me parait désirable. Quels moyens employer? Je ne sais. Mais je sens que nous nous asphyxions, et qu'il nous faut du grand air. Je voudrais avoir une chapelle-église; faire connaître la prédication par la ville; peut-être combattre ouvertement Terreur, etc. Je voudrais aussi employer davantage les divers membres de l'Église, chacun à ce pour quoi il est propre; c'est un moyen de faire beaucoup; j'ai appris cela des moraves. M. Monnier pense qu'on pourrait ouvrir une souscription publique et annoncée dans les journaux, pour des écoles primaires, pour les chrétiens évangéliques de Lyon... D'un autre côté, il y a dans les moyens bruyants quelque chose qui me répugne; et j'en reviens toujours là : je ne sais que faire. J'aimerais mieux, si possible, par une prédication fort éloquente, par des écoles fort distinguées, par une excellente organisation et par une resplendissante sainteté dans les chrétiens, forcer l'attention et le respect du monde. Cela me paraîtrait plus noble à la