RETOUR A LYON. JOURNAL
communiquer cette assurance précieuse! ...J'espère qu'il a reçu des impressions favorables, en particulier par ce passage : Quand nous aimons les frères, nous reconnaissons que nous sommes passés de la mort à la vie, car il a beaucoup d'amour pour les chrétiens, et les aime d'autant plus qu'ils sont plus avancés. Je me suis fort attaché à lui. C'est un homme original, vif, d'une conversation animée et piquante, ayant des observations intéressantes et utiles...
17 Août 1833. — Réunion bénie. Pourquoi ne vivons-nous pas plus à la gloire de Dieu ? Nous regardons trop au langage, pas assez aux œuvres. Nous nous occupons trop de choses controversées, pas assez des fondamentales. Dans nos besoins nous ne glorifions pas assez le Seigneur, en nous confiant en lui avant les hommes. On fait souvent l'inverse. Nous ne vivons pas assez de grâce. Pas assez dans la vigilance et l'activité.
20 Octobre. — J'ai pu parler à mes domestiques et avec bénédiction. L... est bien. J... est peu disposée à prier, et privée de la communion de Dieu.
Seigneur, je te rends grâces ! Fais que je puisse chaque dimanche parler à tous les membres de la famille, et prier spécialement avec les enfants. Chaque matin et chaque soir, prier avec les enfants.
Pour avoir la paix il ne faut pas chercher premièrement la paix, mais premièrement la volonté de
Dieu. Par l'obéissance la paix viendra tôt ou tard. Premièrement la gloire de Dieu, ensuite notre repos.
30 Octobre. — Dieu me fait vivement sentir combien l'influence qu'exerce sur tout un auditoire la disposition d'un ministre lui fait un devoir, je ne dis pas deux fois, mais soixante fois, et deux cent fois et davantage, plus grand qu'aux autres de s'y préparer tellement qu'il y apporte un esprit rempli de choses utiles à dire, et un cœur rempli de Dieu. J'espère que je me préparerai avec un soin redoublé pour tous les comités, réunions et surtout prédications.
Avant de quitter l'année 1833, nous devons mentionner un fait intéressant à relever. Adolphe Monod avait fait un voyage à Paris au printemps, et s'y était rencontré avec M. et Mrae Henry Lutteroth, qui préparaient le recueil des Chants chrétiens. Mme Lutteroth lui demanda de contribuer par la composition d'un cantique sur un sujet de son choix à ce beau recueil qui depuis tant d'années à été un moyen si bienfaisant d'édification pour toutes nos Églises évangéliques. Quelques mois après, il lui envoyait le cantique bien connu :
Que ne puis-je, ô mon Dieu, Dieu de ma délivrance, etc.
qui parut ainsi pour la première fois dans la première édition des Chants chrétiens1.
1 Ce cantique est l'expression si vraie de la foi chrétienne,
18 Mars 1834. — Imiter le plan de Jésus-Christ. Quelle simplicité de foi! quelle sincérité de cœur! quel renoncement! quelle activité! Seigneur, donnemoi tout cela, et tout ce qui me manque.
30 Meurs, Pâques. — Journée bénie. Prêché le matin avec force, le soir avec paix et liberté. Hier soir, prière en famille, pour faire à Dieu la confession de nos péchés, particulièrement en ce qui concerne la charité, et le prier de nous donner d'aller à la communion avec un cœur libre de toute amertume. Cette prière a été bénie. J'ai nommé chaque membre de la famille par son nom, ainsi : « Pardonne à un tel ses péchés ; et donne à ceux de nous qui auraient à se plaindre de lui de lui pardonner, comme tu nous as pardonné, etc. »
Il nous faut marcher dans l'amour. Il y a un grand changement à faire. Je voudrais que nous
qu'un ecclésiastique catholique exprimait un jour à M. Verny son regret de ce qu'un seul mot avait empêché qu'il fût adopté dans un Recueil de cantiques de l'Église catholique : ce mot se trouve dans la dernière strophe, « pour guide l'Esprit Saint. » La pensée qu'il exprime que chaque fidèle est directement conduit par le Saint Esprit, n'avait pas permis au clergé de l'approuver. Depuis lors quelques recueils catholiques l'ont inséré, en supprimant la dernière strophe.
A la même époque, M. et Mme Lutteroth avaient eu la pensée de publier un Recueil de prières, et avaient demandé à divers amis de leur en envoyer. Faute d'un concours suffisant, ce projet dut être abandonné. Nous devons à l'obligeance de M. Henry Lutteroth la communication de quelques prières qu'Adolphe Monod lui avait adressées en vue de ce volume.
laissassions les questions de discipline pour nous occuper de l'amour, de la prédication de la Parole, etc.
Donne-moi, Seigneur, de marcher dans l'amour en présence de ma maison. Fais que je porte partout dans mon corps la mort du Seigneur Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans ma chair mortelle.
30 Mai. — Nouvelle de la mort de M. Gonthier. Oh ! quelle joie, bien-aimé frère, de se retrouver dans la maison de notre Père ! Seigneur Jésus, viens bientôt!
25 Septembre J83/i. — ...Je réfléchis, et parle, et consulte souvent sur l'éducation des enfants. Je continue lentement Mother at Home. J'ai fait une réflexion qui mJa fait du plaisir et du bien. C'est que le Seigneur, dans sa fidélité, ne fera pas tant dépendre le résultat de l'éducation du savoir-faire des parents que de leur piété. Faisons de notre mieux, et recherchons le meilleur système d'éducation que nous pourrons trouver. Mais après tout, ce qui importe le plus, c'est que nous priions beaucoup pour nos enfants, et que nous marchions dans la sainteté. Alors le Seigneur ne pourra pas manquer de nous bénir. Ce point de vue me plaît, d'abord parce qu'il fait dépendre l'éducation d'une condition où notre volonté a plus de part; ensuite parce qu'il nous excite davantage à la sanctification.
Et certainement le meilleur système d'éducation doit être celui qui sanctifie le plus non seulement les enfants, mais les parents.
lli Décembre. — La foi est ma force. Mon succès en tout est exactement proportionné à ma foi. J'ai vu cela comme à l'œil dans les Conférences du commencement à la fin. Décidément Dieu m'exauce toujours quand je crie à lui avec foi. Oh! bienheureuse expérience! Dieu continue de bénir mon ministère. Gloire à lui seul !
5 Janvier 1835. — Jour de jeûne et de prières. J'ai demandé à Dieu un esprit de paix, et pour cela un esprit de renoncement complet à ma volonté... Il faut demander pardon pour tout, rendre grâces pour tout, laisser ce qui est derrière moi, et me mettre, tel quel, à la disposition du Seigneur, pour l'œuvre qu'il met devant moi aujourd'hui. Rom. VIII, 25, 26.
6 Janvier. — Conversation avec D. Ma prédication manque de variété. Deux moyens d'en avoir davantage: J° la méditation, car ce sont surtout mes sermons improvisés qui se ressemblent ; 2° la variété dans les sujets. Il y a deux genres de prédication bien distincts: le sermon, où l'on expose un sujet, et la paraphrase , où l'on développe un texte. Un troisième genre, qui peut se rattacher au sermon ou à la paraphrase suivant l'esprit dans
lequel il est traité, c'est Yhomélie : il y a l'homélie sermon, et l'homélie paraphrase. Un quatrième genre, sermons historiques, par exemple histoire de Pierre, histoire de Paul, etc., qui ne différeraient de l'homélie qu'en ce qu'on donnerait plus de place au récit et moins à l'application, et que le récit serait à recueillir de divers endroits des Écritures. Il faudrait donc: 1° quand j'ai quelques jours, faire un sermon, et surtout des homélies-sermons sur la grâce ; 2° quand j'ai un jour, faire une paraphrase sur plusieurs versets, et surtout une paraphrase sur St-Jacques , l ou encore une homélie-paraphrase ; o° quand je n'ai que le dimanche matin, une paraphrase sur un verset; 4° de temps en temps un sermon historique, des sermons sur les missions, etc.
1er Mai. — Publication de mes conférences. 0 mon Dieu, sers-toi de ce pauvre livre pour glorifier ton nom!
3 Mai. — Bon dimanche ! Bon Sauveur !
10 Juillet. — Absolument, il y a quelque chose à changer à ma prédication et à ma préparation. Il faut rendre ma prédication plus variée, plus précise, plus détaillée, plus courte, plus scripturaire et plus populaire ; enfin parler de la manière la plus propre à convertir et à sanctifier.
1 Allusion à une série de méditations qu'il écrivait pour la Feuille Religieuse.
Le défaut de sanctification du troupeau m'accable. Ah! pasteur, pasteur! es-tu un homme de prière? Mon Dieu, aie pitié de moi ! Je ne visite pas assez le troupeau ; je me suis relâché à cet égard.
7 Septembre. — Tâcher d'être plus paternel, plus Oberlin.
. 9 Septembre. — Paix. J'ai appris à me décharger quelque peu de mon fardeau sur le Seigneur. Ps. XXXVII, 6; LV, 23. Gela ne peut se faire que par un complet renoncement à soi ; tant à la gloire propre qu'à la volonté propre. Ps. GXXXI. Cet abandon parfait peut se concilier avec l'usage des moyens d'activité, mais cette conciliation n'est pas facile. Elle est nécessaire, ou je me briserais. Il n'y a de paix possible pour moi qu'à me décharger ainsi sur le Seigneur.
Amour. Aimer, c'est tout. Aimer le Seigneur, aimer ses enfants, aimer tous les hommes. Esprit de grâce et de liberté avec le Seigneur. Avec les hommes, agir par l'amour.
12 Septembre. —L'Eglise de Lyon est mon œuvre : la première chose que j'aie à faire, c'est de faire mon devoir. Esprit d'amour pour mon troupeau, et de joie dans mon œuvre. Etre pasteur. Avoir un sentiment paternel pour les âmes sous ma direction. Les accueillir avec amour et joie. Donner l'exemple
de la sainteté, et le faire donner par ma famille : humilité, activité, dévouement, renoncement, simplicité, économie. J'aimerais à réduire mon traitement. Surtout profonde piété, amour dominant, constant, tendre, pour le Seigneur. Dans mes fonctions pastorales proprement dites, vivre plus près du troupeau. Visiter et recevoir davantage. Prédication plus utile, plus populaire, plus instructive, soit pour la doctrine, soit pour la vie chrétienne ; plus onctueuse. Moyens : méditer plus et prier plus. Écrire, autant que possible, et si possible, apprendre quelquefois par cœur. Faire tout mon travail de préparation la semaine, et le dimanche, me préparer par la prière.
29 Janvier 1836. — Matth.: XI, 28. Jésus est bon. Jésus m'aime. Jésus a compassion de moi ; je veux aller à lui. Je crois, je sais que Jésus est doux et humble de cœur. Je crois aussi, je sais qu'il m'a pris à lui, et qu'il ne permettra pas que personne me ravisse de sa main. Quand je ne pourrai me tenir debout, je m'asseoirai au pied de sa croix ; et quand je ne pourrai pas demeurer assis, je m'y coucherai, jusqu'à ce qu'il me relève. Je suis résolu de croire que la Bible est la Parole inspirée de Dieu, que Jésus est le Sauveur, que je suis sauvé. Je suis résolu de croire aussi que toutes choses tournent au bien de ceux qui aiment Dieu ; et moi aussi je puis lui dire : Tu sais tout, tu sais que je t'aime. Si je de-
mande : mais mes erreurs, mes péchés, tournent-ils aussi à mon bien, je ne veux pas me charger de résoudre cette difficulté ; mais Jésus m'aime, et cela me suffit : tout est là. Je ne veux rien dire absolument, ni faire, qui soit en opposition avec cette foi. Faisant ainsi, Jésus me soulagera ; et dussé-je demeurer dans l'angoisse, je trouverai du repos pour mon âme. Si l'on me demande comment j'aurai du repos dans l'angoisse, je réponds : Jésus m'aime. Il est mon Sauveur. Je m'appuie sur le sein de Jésus. Je ne veux point d'autre place. Voilà, qu'il me tue, je ne cesserai point d'espérer en lui. . .
25 Mars. — I Cor. IX, 27. Il y a une crainte de tomber, quant à nous, qui doit nous exciter à la vigilance ; comme il y a une assurance de persévérer, quant à Dieu, qui doit nous encourager à la paix. Et l'un de ces deux sentiments, séparé de l'autre, n'est pas ce qu'il doit être. Au reste, il faut faire la part de la comparaison que suit ici l'apôtre, comme Phil. III ; ce qui ne permet pas de tirer de ce passage une doctrine de possibilité de déchoir, comme on peut tirer de Rom. VIII, fin, une doctrine d'assurance de persévérer. C'est seulement un sentiment de crainte, excitant à la vigilance.
26 Mars. — Faire un Pain quotidien des chrétiens sans joie, composé de passages tous relatifs à la joie et à la paix. En prendre un chaque matin
avant tout le reste, et un chaque soir après tout le reste.
27 llfars. — 0 mon Dieu ! je m'attends à toi. Je veux jouir de la promesse de la joie et de la gloire.
A plusieurs reprises, pendant les années 1831 à 1836, la Société évangélique de Genève revint à la charge auprès de lui pour qu'il acceptât une chaire de professeur à l'École de Théologie. Mais il ne se sentait pas la liberté de quitter son Eglise avant qu'elle eût des ressources plus régulières et plus assurées. D'ailleurs il ne s'était point séparé volontairement de l'Église Réformée, et il attendait toujours le moment où il y serait rappelé sans effort et sans provocation de sa part.
Enfin, dans le courant de cette même année 1836, nous le voyons encore refuser un nouvel appel venu de Genève, où il se sentait attiré de tant de manières, et céder aux instances de ses amis chrétiens, en acceptant une nomination à la chaire de morale évangélique de Montauban, vacante de nouveau. Son Église même, qu'il consulta dans les deux circonstances, considéra ces deux appels d'une manière toute différente, ainsi qu'il l'écrivit à quelques mois de distance à M. Blanc, de Mens, et à M. Gaussen.