FONDATION DE L ALLIANCE ÉVANGÉUQUE
dans l'Eglise, et en général parmi les chrétiens, il ne l'était pas moins du manque d'union et d'amour fraternel. Il souffrait réellement du manque d'union des chrétiens entre eux ; non par faiblesse et faute de rester fidèle à ses principes personnels, — il l'avait assez montré; mais parce qu'il était persuadé que ce principe de l'amour pouvait et devait dominer toutes les discussions et les divergences, dironsnous même, ou surtout, ecclésiastiques.
Aussi accueillit-il avec une sympathie particulière le projet de fondation de l'Alliance Evangélique, formé en Angleterre. Voici comment il répondit à l'invitation qui lui avait été adressée en vue de la première réunion projetée à Londres pour le mois d'août 1846 :
Montauban, 18 Juillet 1846.
Messieurs et honorés frères en J. G. J'ai reçu la circulaire que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 16 juin dernier, et je dois commencer par vous exprimer la sympathie chrétienne avec laquelle j'ai suivi les développements de Y Alliance Evangélique, ainsi que ma reconnaissance pour l'honneur que vous m'avez fait en m'invitant à en faire partie.
J'accepte cette invitation avec plaisir, comme vous le verrez par ma signature apposée au bas de la formule d'adhésion que vous m'avez envoyée. Mais je crois devoir expliquer la portée exacte de cette signature.
Dans l'entreprise à laquelle on veut bien me pro-
poser de m'associer, je distingue deux choses : le but et les moyens.
Le but me paraît également conforme à la vérité qui est selon la piété, à la gloire de Dieu, au bien des hommes, à la prospérité de l'Église, aux progrès de TÉvangile et aux signes des temps. Ce but a été depuis bien des années un des objets dominants de mes désirs et de mes faibles efforts; et l'une de mes maximes favorites est celle de votre excellent Philip Henry : a. In thèse things vvherein ail the people of God are agreed , I vvill spend my zeal ; and wherein they differ, I vvill endeavour to walk according to the light that God hâve given me, and charitably believe the others to do so1.»
Il n'en est pas tout-à-fait de même des moyens employés. Je les approuve en général , mais ce n'est pourtant pas sans quelque restriction. Ainsi je crains que la fondation d'un journal, ou toute action commune, ne soit de nature à compromettre l'union désirée. Je ne peux pas non plus bien concilier avec le principe fondamental de l'Alliance celui des articles de Liverpool qui exclut toute une société chrétienne dont l'erreur peut s'allier avec une piété exemplaire. Je dirai plus encore; en y
1 C'est pour les choses sur lesquelles tous les enfants de Dieu peuvent s'entendre, que je veux me dépenser. Là où ils ne seront pas d'accord, je m'efforcerai de marcher selon la lumière que Dieu m'aura donnée, et je penserai avec charité que les autres font de même.
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réfléchissant, je doute qu'une profession de foi quelconque soit en harmonie avec l'objet de l'Alliance Évangélique, tel que je le conçois. L'unité qu'elle est destinée à mettre en lumière est essentiellement spirituelle, et paraît dès lors pouvoir difficilement se renfermer dans des barrières visibles, telles qu'en réclame une Église ou une association. Ou la profession de foi sera assez large pour convenir à tous les chrétiens qui le sont de cœur, ou elle ne le sera pas. Dans le premier cas, le but ne sera pas atteint; dans le second, il sera dépassé. Je me trompe peutêtre; et je suis persuadé que les hommes de Dieu qui ont rédigé lesdits articles, après mûre délibération, sont bien plus capables que moi de juger les questions sur lesquelles j'ai pris la liberté d'attirer votre attention. En vous les soumettant, j'ai voulu surtout expliquer le sens dans lequel j'ai signé; et tout en adoptant du fond de mon cœur vos vues et vos principes, réserver ma liberté pour les applications dans les choses auxquelles je viens de toucher, et dans d'autres encore où il serait trop long d'entrer en ce moment...
J'espère être présent à la Conférence du 49 août, s'il plaît à Dieu, et je m'en fais une véritable joie, tant à cause du grand principe au nom duquel elle est convoquée, que par le désir de faire connaissance avec les chrétiens éminents qu'elle rassemblera sans doute des diverses parties du monde.
Recevez, etc.
Il s'y rendit en effet, et prit part avec un vif intérêt aux travaux de cette assemblée composée d'un millier de chrétiens de l'ancien et du nouveau monde. « Le principe de l'Alliance, écrivait-il, n'est autre que celui de l'amour fraternel : mais cet amour revêtu dune manifestation spéciale et soutenu par la grande force du jour, l'association. Cet appareil extérieur déplaît à quelques-uns ; et il faut convenir qu'il ne devrait pas être nécessaire. Mais il l'est, au moins pour un temps, pour relever l'amour fraternel, et lui rendre, aux yeux de l'Eglise et du monde, la place qu'il a perdue dans le christianisme de notre époque. Voilà, selon moi, le grand objet de l'Alliance; et cet objet est si beau, si évangélique, si important, que c'est assez pour lui mériter mon assentiment et mon concours. Je ne pourrais supporter la pensée qu'une pareille œuvre se poursuive de nos jours et que j'y demeurasse étranger. Ce serait m'écarter, je n'en doute pas, de l'esprit des apôtres et de celui de leur Maître... »
Le voyage en Angleterre eut lieu de la fin d'août au commencement d'octobre J 8/1.6.
La conférence terminée, Adolphe Monod visita quelques parents et amis en Angleterre et jusqu'en Ecosse , prêchant en anglais dans diverses localités.
Il écrivait avant de quitter Londres :
...Hier matin, M. Noël a donné la communion