‹ Adolph MonodChapitre 76 sur 143 · TOURNÉES DE PRÉDICATIONS · texte numérisé non relu

TOURNÉES DE PRÉDICATIONS

demie (la seule distribution). Gomme une impression salutaire a été produite dans toute l'Église, nous pouvons espérer que la plupart de ces communiants sont venus au moins avec de bonnes dispositions. Le service, commencé à dix heures, a fini à deux heures environ. Et voilà qu'on me redemande de prêcher h quatre heures, de donner mon sermon Dieu est amour, et de collecter après le second service pour nos Orphelines. J'obéis, et je prêche à quatre heures... Il faut que je retourne à Marseille. Jamais je n'ai été béni de Dieu et accueilli des hommes, je crois, comme dans cette Église.

Et l'année suivante :

Marseille, 19 Mars 1845. — Dimanche matin j'ai prêché à Nîmes au Grand-Temple, à un auditoire de deux mille personnes, fort attentif. Le Seigneur m'a bien soutenu. (L'autorité de la Parole de Dieu, Luc IV, 1-11.) Après le service il a été arrangé que je prêcherais pour M. Gallup, à trois heures. Je prêchai donc une seconde fois dans le Petit-Temple. Le soir, réunion chez Mme Dhauteville (1 Jean V). J'eus une bien bonne journée, que je terminai en visitant le pauvre bienheureux Blanc, de Saint- Gilles, qui se meurt d'un cancer au visage: il veut se hâter avant que sa langue tombe, d'en faire usage pour chanter les louanges de Dieu...

A l'unanimité moins une voix, le Consistoire d'Uzès m'a fait inviter par un de ses membres à

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lui donner une prédication, quand je voudrais: accepté pour le mardi 25, à huit heures et demie du matin. Je quitterai Marseille lundi matin pour arriver à Nîmes le soir. J'y trouverai une voiture qui me conduira à Uzès dès la pointe du jour, et me ramènera à Nîmes pour partir par le convoi de deux heures par le chemin de fer pour Montpellier, où je coucherai le soir et d'où je repartirai le lendemain matin pour Toulouse...

J'ai trouvé mon monde bien ici, et j'ai commencé hier mes prédications, Matth. XV, 1-9. Ce soir, après beaucoup d'hésitation, sur Matth. XII, 33, etc. Hier sans liberté; aujourd'hui avec liberté; Je dîne dehors une fois au moins par jour, quelquefois deux, à midi et à sept heures. Je me repose samedi, et ne prêche qu'une fois dimanche. De plus, je ne préside pas de réunions dans les maisons où je dîne : c'est bien résolu et déterminé d'avance par le Consistoire. Seulement, il est probable que je ne pourrai pas finir vendredi matin de traiter mon sujet des Deux larrons et que je réserverai la seconde partie pour samedi ; dans ce cas je prêcherai samedi. De plus, on m'autorise à faire en faveur des Orphelines de Montauban une collecte dimanche, à la suite de la prédication .que je ne dois pas donner: donc je prêcherai deux fois dimanche. Enfin, on m'a invité à faire une explication biblique dans la maison où j'ai dîné aujourd'hui; et je pense que j'en ferai autant dans les autres. A cela près, les

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ménagements convenus sont irrévocables; on est résolu de ne pas même me laisser faire... Mes auditoires sont très nombreux.

Un soir, comme il faisait une tournée clans les Églises de l'Ariège et de la Haute-Garonne, il arriva entre huit et neuf heures chez un pasteur de ses amis qui lui avait offert l'hospitalité au passage.

— «A quelle heure désirez -vous prêcher demain?

— Il ne me sera pas possible de prêcher ici : je dois partir de bonne heure, étant attendu ailleurs dans la journée. — Eh bien ! vous pouvez tenir une réunion ce soir? — Mais tous vos gens sont couchés à cette heure-ci? — Oh! cela ne fait rien. Nous allons sonner la cloche: vous les aurez tous...» Adolphe Monod eut beau protester. Rien ne put empêcher le digne pasteur de faire sonner la cloche ; le temple se remplit, et force fut bien de faire le service demandé.

Évidemment, le Seigneur qu'il servait le soutenait d'une manière particulière ; mais la fatigue physique était encore peu de chose auprès de ce qu'était la prédication elle-même. Il se donnait dans toute la force du terme, et un bien petit nombre de ceux qui l'entendaient pouvaient se douter soit de l'effort de la préparation, soit de l'émotion profonde de la prédication elle-même.

«Je voudrais avoir pour règle invariable de ne

prêcher dans les temples que de deux jours l'un : ce n'est ni le corps, ni l'esprit qui s'épuise, c'est l'âme. Les émotions d'une prédication comme la mienne sont trop fortes pour se renouveler tous les jours... Je crains quelquefois que ce que le Seigneur m'a donné de facilité pour parler ne l'empêche de se glorifier en moi : il faut que je le prie d'autant plus, ou je serai peut-être d'autant moins utile. Je puis dire du reste, à la gloire de Dieu, que la pensée de prêcher sans autres fruits que la louange de l'homme m'est antipathique. C'est à mes yeux non seulement un péché détestable, mais la plus misérable de toutes les misères. 0 mon Dieu! fais que je ne sois pas une cymbale qui retentit! »

A sa lecture particulière des Écritures, Adolphe Monod ajoutait volontiers celle de quelque biographie chrétienne qui pût l'édifier et le stimuler. Il n'aimait que le vrai, ce La lecture de Faust, écrivaitil, me fait du mal, en échauffant mon imagination et me dégoûtant des réalités. C'est un grand danger. Que l'Écriture est différente! Elle ne cesse jamais de tourner le cœur vers Dieu, même en élevant le plus haut l'imagination.» Dans une de ces biographies, la Me de Philip Henry, une phrase l'avait particulièrement frappé, et il aimait à la répéter et à se l'approprier : ce Je suis résolu à vivre pour les choses sur lesquelles tous les chrétiens véritables peuvent s'entendre. -» Préoccupé constamment du manque de vie

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